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anarchie23
Description du blog :
Tout ce qui a trait à l'anarchisme en Creuse et au-delà...
Catégorie :
Blog Politique
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02.06.2007
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Forum Social Limousin

Posté le 28.05.2008 par anarchie23
Le 5ième Forum Social Limousin (FSL) aura lieu à Baubreuil à Limoges du 27 au 31 mai 2008.

Après le succès des 4 premiers Forums, la dynamique se poursuit. Le quartier de Baubreuil à Limoges va vivre à l'heure des alternatives.
Dans 1 douzaine de chapiteaux, situés sur le terrain de sport de la rue du Prieur, vont se dérouler en simultané différents évènements: débats, conférences, spectacles, concerts, expositions, village du monde, cuisine d'ici et d'ailleurs, projections de films et de documentaires, librairies, animations pour les jeunes...

30 ans que les quartiers autour des villes demandent justice et que des revendications sont formulées, 15 ans que le ministère de la ville a été crée, 20 ans que les associations s'essoufflent sans vrais moyens. Nos quartiers sont riches d'histoires et de traditions. Aujourd'hui il faut inventer des formes de solidarités. Beaucoup de choses sont à dire et à construire.

Le FSL s'inscrit dans la même perspective que le Forum Social Mondial qui, depuis 2001, constitue un espace pour développer des résistances et des alternatives à la mondialisation libérale.


LE PROGRAMME

JEUDI 29 mai à 20h: film "Le monde selon Monsanto" suivi d'un débat avec des intervenants(tes), biologistes, lanceurs d'alertes, faucheurs dont A. Dorange poursuivi en justice.
De multiples questions: le développement durable face à la crise sociale et à la crise écologique, la diminution des productions nuisibles (armement, publicité...) ou prédatrices (agriculture intensive, brevetage du vivant, OGM, transport routier, grande distribution)...


VENDREDI 30 mai: espace 3:

10/15h: exposition comparée de Plantes Médicinales du Limousin et du Kénédougou. 2 animatrices de l'association Chlorophylle présenteront, spécialement pour les enfants, l'exposition les vendredi et samedi de 10h/15h. Pour accompagner l'exposition, un livret de jeux est proposé aux enfants à partir de 8 ans. Ils pourront découvrir les plantes et maladies présentées dans l'exposition de manière ludique.

Chapiteau 2:

14h: Des Alternatives pour les hommes et la planète. Animations par Raymond Gibeau (Les Amis de la Terre et Artisans du Monde)

"La cuisson solaire sous toutes ses formes". Diaporama.

Film "Bon appétit M. Soleil" une expérience de solidarité active. Démonstration de cuisson solaire (si soleil)

15h: Une journée dans la vie d'un jeune d'un Lycée. Professionnel de la banlieue sur Limoges: journal littéraire clandestin. Pourquoi cette impression d'oubli quand on est jeune à Limoges et en Limousin ?

16h: Jardinage "Bio" et animations par Raymond Gibeau.

19h: Conférence-débat avec Sylvain Aquatias, sociologue: "Quartiers périphériques: préjugés et réalités...".
Le fait d'habiter dans un "quartier" doit-il induire une série de fatalités ? Pour les jeunes, fatalité de l'échec scolaire ? Du chômage ? De la délinquance ? Pour les plus anciens, fatalité de la pauvreté et de l'exclusion sociale ? Pour les immigré(e)s, fatalité des discriminations ? Qu'est-ce qui entretient cette image ? Pourquoi nous devons lutter contre ces fausses fatalités ?
Venez dire votre vie et votre réalité. Cherchons des réponses ensemble.

20h30: "Vivre sa diversité culturelle"

-Chants vietnamiens
-Danses khmers de l'association ARKEL
-Chants portugais
-Chants limousins
-La Troupe "Les Amis de Sarah" avec slam
-Danses malgaches, mahoraises, manouches, égyptiennes, rwandaises, musique gitane...

Débat: "Quelle place donne-t-on à la culture dans nos quartiers et notre société ?" avec Danielle Kelder, chanteuse et comédienne.

22h30: Spectacle Ska avec le groupe occitan "Goulamas' K".


Espace "Librairies":

15h30: Un nouveau monde en marche en Amérique latine avec Salim Lamrani, écrivain et journaliste, chercheur à l'université Diderot.

17h30: Rencontre, débat, autour de l'exposition "Mai 68". Une histoire et un combat à poursuivre. Avec des syndicalistes, des auteurs dont Gérard Filoche auteur du livre "Mai 68 une histoire sans fin".


SAMEDI 31 mai: Chapiteau 1:

10h: Table Ronde "Les Migrants et le Limousin" avec Marie-France Houdart (ethnologue, historienne du Limousin), Jean-Maurice Prudent (association des Réunionnais de Creuse, sur la déportation des enfants réunionnais), et des témoignages de membres d'autres communautés présentes en Limousin.

11h30: débat "Les Migrants: auteurs de développement ici et de leur pays d'origine" avec Zniber Abdallah, responsable de Immigration Démocratie Développement et des témoignages de migrants(tes).

13h: Animation Percussion par la troupe SAABA du Burkina Faso.

14h/16h: "L'Afrique est riche, pourquoi les africains(nes) sont-ils pauvres ? Quelles solidarités mettre en oeuvre ?" avec Moussa Konaté, écrivain et éditeur malien. Témoignages et débats avec différents acteurs de la solidarité internationale en Limousin.

16h/18h30: Si la démocratie représentative est mariée avec l'économie de marché, quelle démocratie construire pour une économie solidaire, sociale et écologique ?
Pas de "tribune": place au débat public, aux expériences...
4 interventions:
Anonyme: Les institutions face à la crise écologique
Bernard Defaix: Services publics face à la dictature du marché.
Patrick Faure: Critique de la démocratie représentative comme confiscation du pouvoir.
Marie-Noëlle Lienemann: Contrat social, démocratie et république, laïcité, communautarisme...

Chapiteau 2:

10h/18h: "Chacun(e) prend la parole" autour de films sur la question du travail, chômage, précarité, logements, discrimination raciale, oppression des femmes... sur le thème "combat social" avec la participation d'ARTOS, VARLIN Image et différents acteurs sociaux de Baubreuil qui ont participé à la préparation des débats.

10h: Engagement social hier et aujourd'hui.
Clip 2007-10mn: "Demain, ce s'ra vachement mieux". Réalisation : Sylvie Texier, montage: Julie Lenfant.
Court-métrage 2007-40mn: "Eugène VARLIN, un combat". Réalisation: Nicolas Roerhig et Walid Slim, avec interventions des réalisateurs, échanges et discussion. Des combats à poursuivre.

14h: Le racisme au quotidien - les ségrégations: diffusion de courts-métrages contre le racisme, suivi d'un débat.

16h: Egalité homme-femme au travail ?
Film d'atelier (2008) 28mn. Réalisé par un groupe composé d'hommes et de femmes de cultures et d'horizons professionnels très varié. Suivi d'un débat avec les participants(tes) au projet.

En même temps:
-Performance en direct d'un artiste graffeur "Zeff" avec ses amis, sur panneau géant.
-A côté, en boucle, un film sur le graff et la culture urbaine.
-Un groupe de jeunes danseurs de Break/Hip Hop et de Tricks de Baubreuil.
-Projection en boucle des photos et film d'ARTOS.

18h30: Plénière
Compte-Rendu des débats de la semaine avec les représentants(tes) des Forums Sociaux Locaux préparant le FSL Européen.

A l'Espace des Alternatives Possibles:

14h30: "Le soleil au service du développement" film 10mn. Echanges et débats avec Thérèse Convert (Bolivia inti-sud soleil)

15h30: "Rencontre des initiatives limousines pour une consommation alternative" animée par Claire Douady (Les Amis de la Garenne)

16h30: diaporama "Les substances chimiques cancérigènes" présenté par Limousin Nature Environnement.

SOIREE FESTIVE pour clore le 5ième FSL:

-Tribal Banda et des groupes de l'Aurence et de Baubreuil.
-Le groupe de danseuses Hip Hop "African Crew".
-Les Amis de Sarah: Hip Hop mixte.
-Des artistes musiciens: "Hors Norme", groupe de rap.
-Des danseuses de Hip Hop "African Cadence".
-Iroko Percussions
-Shino, rappeur.
-Groupe de percussions de Habib El Hamrouni...

EXPOSITIONS PERMANENTES:

-Santé Environnement (Récréasciences)
-L'eau (Amis de la Terre)
-Pollution, eau, air, sol, usine d'incinération (Barrage)
-La Mondialisation (FSL)
-Historique du FSL...
-Autres échanges, autre monde (Artisans du Monde)

ESPACE LIBRAIRIES

Régionales, occitane, libertaires, presses alternatives...
Expo: Mai 68 et Laïcité.

RESTAURATIONS

Des associations proposeront des dégustations du monde. (Les Amis de Sarah: des samoussas)...

Samedi midi: GABLIM (groupement des agriculteurs(trices) bio du Limousin): Plat Limousin.
Vendredi et samedi soir: AFIL (Association d'Insertion de Baubreuil): Tajine, couscous, gâteaux exotiques...


VIVRE UN AUTRE PRESENT, IMAGINER UN AUTRE FUTUR !

Un large temps pour la Libre Parole: le Forum, c'est l'occasion de prendre la parole, de témoigner de son expérience et d'échanger avec les autres...

AVEC LA PARTICIPATION ENTRE AUTRES DE:

Fédération Anarchiste, Artisans du Monde, ATD Quart Monde, ARTOS, Confédération Paysanne, GABLIM, MAIS l'usine, les amis de Jayyous, LDH, Ni Putes Ni Soumises, Oui A l'Avenir, Sortir du Nucléaire, les SEL (Service d'Echanges Locaux), Mémoire A Vif, de nombreux regroupements agricoles et coopératifs proposant des alternatives de travail, des syndicats, des journaux: Creuse-Citron (le journal de la Creuse libertaire), Silence, le Monde Libertaire, etc...

BIEN EVIDEMMENT !: Le groupe Arthur Lehning de la Fédération Anarchiste de la Creuse sera présent à cet évènement avec sa table de presse. Livres et brochures anarchistes des Editions Libertaires et des Editions du Monde Libertaire.

RESISTER, C'EST CREER !




--

Mai 68, interview d'un creusois

Posté le 24.05.2008 par anarchie23
Photo: la couverture réalisée par Tardi pour le Hors Série n° 34 du Monde Libertaire consacré à Mai 68.


Voici l'interview de Serge (Elan Noir) parue en 1988 dans le livre "Mai 68 par eux-mêmes" aux Editions du Monde Libertaire. (on en retrouve d'ailleurs une autre justement "similaire" dans le HS du Monde Libertaire présenté en photo). A souligner également que Serge (Elan Noir) participe régulièrement au journal de la Creuse libertaire, Creuse-Citron.


EN MAI... OCCUPE CE QU'IL TE PLAIT

Serge est né à la campagne et il le revendique. En 68, tout jeune diplômé, il est ingénieur-électronicien à Sud-Aviation. Ouvert au monde, ouvert aux autres, il était normal que Mai 68 change sa vie ! De l'occupation de son labo à la rencontre avec les anarchistes, il nous raconte ici son itinéraire. Forcément résumé, hélas !

SERGE: J'ai été élevé dans la Creuse jusqu'à 5 ans. J'y ai toujours des racines et ai hérité de la vieille tradition des "maçons de la Creuse": antimilitaristes et anticléricaux.
J'ai eu une formation d'ingénieur électronicien et, en janvier 1967, j'ai commencé à travailler à Sud-Aviation Suresnes, dans un labo où l'ambiance était jeune et ouverte.

Q: Comment as-tu vécu Mai 68 ?

SERGE: J'avais 25 ans et, méfiance paysanne, je voulais voir un peu, avant de m'engager syndicalement. La CGT était la plus implantée, surtout dans les ateliers, la CFDT existait un peu dans les labos.
Dès les premières manifestations, j'écoutais la radio, mais j'allais aussi voir sur place. J'ai fortement ressenti l'impact du "Mouvement du 22 Mars" et de Cohn-Bendit qui personnifiait l'humour, la dérision ; je me souviens d'une discussion où des "responsables" lui demandaient ses revendications et il répondait: "Nous, on est en train de changer la société..."

Q: Comment la grève a-t-elle démarré à Suresnes ?

SERGE: Quelques jours avant, la première usine occupée était Sud-Aviation Nantes. Un matin, un copain me montre le parking de la direction: les grosses voitures ont disparu ! Ils ont dû être prévenus, car c'est le jour où l'on a décidé d'occuper ; il y a eu un vote par secteur, c'était un engagement car dans mon service on a voté en présence des chefs ! Sur les 1200 salariés, il y a eu 70% pour l'occupation, 20% pour une grève sans occupation, 10% contre.
Dès le soir, avec Gilbert -mon "alter ego"- on s'est pointés avec notre sac de couchage ; à l'entrée il y avait des jeunes de l'atelier avec un foulard rouge, en tout 500 à 600 personnes dans l'usine, c'était une autre planète...

Q: Comment a été vécue l'occupation ?

SERGE: La moyenne d'âge était basse, 30-35 ans et il y avait une compréhension entre les jeunes ouvriers et les étudiants ; en fait plein de gens, chacun dans leur coin, pensaient que ça n'allait pas, se sont engouffrés dans la brèche et se sont aperçus que ça faisait du monde...
Un comité de grève a été constitué avec la CGT, la CFDT et un "inorganisé" qui est devenu le porte-parole des non-syndiqués, la grande majorité -la CGT avait 60 adhérents, la CFDT 15. En assemblée générale, il a été proposé la création d'une commission information pour avoir des nouvelles de l'extérieur ; la CGT aurait préféré qu'on se contente de "garder" l'usine, prendre le balai et conserver propres les machines...
On s'est retrouvé à plusieurs dizaines dans la commission, on ramenait des témoignages directs de la Sorbonne, des barricades, des boîtes occupées, du comité d'action local et on montrait parallèlement ce que disait la radio et la presse ; il suffisait d'afficher côte à côte l'"Humanité" et "Combat" (journal issu de la Résistance..., celui d'Albert Camus ! En 68, très ouvert au mouvement de Mai, "Combat" éditait le journal des étudiants "Action", ce qui déclencha la colère du Syndicat du Livre CGT.), c'était explosif ! Il n'y avait pas de chefs, on se répartissait collectivement les activités.

Q: Vos rapports avec la CGT ?

SERGE: On avait l'impression de changer la vie, et l'attitude du PCF, condamnant le mouvement, a fait que la commission s'est développée et est devenue le pôle d'opposition à la CGT. Il y a eu des heurts quand on a fait venir des gens extérieurs: le SNESUP (Syndicat national de l'enseignement supérieur de Geismar) et surtout un historien du mouvement ouvrier qui, devant une forte assistance, a dévoilé une réalité différente de celle vue par la droite et le PCF.

Q: Vous viviez sur une autre planète, mais qu'est-ce qui s'est concrétisé ?

SERGE: On vivait autrement, on se promenait en vélo, on dormait dans l'usine -moi sur le bureau du chef-, on parlait et on faisait ce qui nous intéressait.
On a vite remarqué les manoeuvres des organisations politiques et syndicales et on cherchait des liens horizontaux avec les autres boîtes occupées. Je pensais que l'information avait un rôle essentiel, et j'avais des contacts avec les grévistes de l'ORTF, "Combat", "Action" (journal des étudiants). Alors que, dans d'autres usines, les initiatives sont restées individuelles, la commission a permis de les organiser et de les rediffuser.
On se retrouvait avec Cohn-Bendit quand il parlait de coordination des luttes, de révolution sociale ; tous les éléments de la vie étaient remis en cause: rapports entre les gens, entre les hommes et les femmes, rapports au travail...

Q: Au sein même du mouvement, il y eut des manipulations ?

SERGE: Comme on était jeunes, inorganisés, actifs, on a "intéressé" plein de monde. Un militant de l'AJS (Alliance des Jeunes pour le Socialisme, cache-sexe de l'organisation trotskiste OCI- aujourd'hui PCI) appliquant leur mot d'ordre "Assemblée des travailleurs de..." nous a réuni Gilbert, moi et...lui, pour toute la ville de Suresnes !
Au comité d'action, les militants de la JCR (Jeunesse Communiste Révolutionnaire, organisation trotskiste de Krivine) proposaient l'adoption de textes qu'on retrouvait le lendemain dans "Rouge" ! Des manoeuvres comme ça, ça te forme !
Il y a eu pour beaucoup une politisation rapide, c'est-à-dire la capacité de comprendre ce qui se passe en soi et de le relier à la société environnante, et ça c'est un énorme "investissement", encore aujourd'hui. Mais il y avait en face les institutions, les manoeuvres du PCF, du PS, des gauchistes...

Q: Comment s'est passée la reprise ?

SERGE: Au bout de 4 semaines, la CGT a dit qu'il fallait reprendre le boulot, qu'on était le seul établissement de Sud-Aviation à continuer la grève. Mais, la nuit précédente, on avait téléphoné partout et on savait qu'elle disait la même chose dans les autres établissements ! (La CGT a pratiqué de même dans les dépôts de bus et ailleurs) On est intervenus dans l'assemblée générale et la grève s'est poursuivie une semaine de plus. On ne pouvait aller plus loin, on n'était pas assez organisé et, à l'époque, le PCF était fort nationalement.
Le lundi, on a vu revenir les "tristes figures", notamment les cadres ; seuls quelques jeunes ingénieurs ont participé à l'occupation, je me souviens de la réunion le jour du déclenchement de la grève, il y en avait un qui pleurait: "Mais que va devenir mon hydroptère ?", c'était surréaliste !
On était déçu, mais pas désespéré, ça ne pouvait pas redevenir comme avant...
Autour du noyau de la commission information, on a constitué le CLEO (Comité de Liaison Etudiants-Ouvriers) avec les maoïstes qu'on connaissait, qui a duré quelques semaines, jusqu'à ce qu'on se rende compte qu'ils tentaient de faire les tracts à notre place !
Pour éviter que chacun retourne dans son coin, on a décidé de s'organiser syndicalement, on a choisi la CFDT parce qu'elle nous avait moins trahi, et aussi parce qu'ils n'étaient que 15 à la section, alors que nous adhérions à une centaine...

Q: Quels ont été les grands moments pour toi après 1968 ?

SERGE: On s'est intéressé à tout: l'écologie, le culturel, les écoles parallèles, la vie communautaire... et puis il y avait "Charlie-Hebdo" qui rassemblait tout ça.
La commission a continué plusieurs années, toujours dans l'optique de développer l'esprit critique: ouverte à tous, on affichait une revue de presse hebdomadaire à thème pour montrer des déformations des journaux.
J'ai participé au groupe écologique "Survivre et Vivre", autour d'une revue et d'une coopérative de bouffe ; on avait repeint un vieux corbillard et on partait le week-end acheter des légumes biologiques chez les paysans.
J'ai découvert Reich, "La Révolution Sexuelle", et le mouvement "Sexpol" (Animé par le docteur Carpentier) ; ça a été un choc pour moi de bien analyser le lien entre ce qui se passe en moi et les contraintes sociales autour de moi. Les cuirasses n'ont pas toutes explosé en 1968, mais on n'acceptait plus les mêmes rapports entre les gens, entre les hommes et les femmes, et, pour moi, cela reste encore aujourd'hui.

Q: Par quelles rencontres es-tu devenu anarchiste ?

SERGE: En 1968, j'ai découvert l'anarchisme par l'apparition de drapeaux noirs, noir et rouge, de plus en plus nombreux.
J'ai été beaucoup influencé par la personnalité d'André, un ouvrier anarchiste de mon usine connu en mai, et aussi par la lecture de "L'anarchisme" de Daniel GUERIN. Tout cela correspondait à ce que je sentais en moi.
Et puis un jour j'ai lu un tract qui disait: "68 a été un mouvement de caractère libertaire, mais il y a eu un manque d'organisation dans le monde du travail sur ce plan..." ; j'ai été à une réunion et ai adhéré à l'Alliance syndicaliste (Coordination d'anarcho-syndicalistes).

Q: Quelle évolution à ton travail ?

SERGE: Après Mai 68, j'ai toujours refusé d'être dans une situation hiérarchique, d'autorité: je ne voulais pas définir les augmentations de salaire -ou alors égales pour tous- ni faire régner la discipline.
Dans plusieurs services, on a élu des gens pour noter les augmentations individuelles (chacun montrait sa feuille de paie) et on intervenait si quelqu'un n'en avait pas à son tour ; cela cassait les divisions entre nous.
Sur le plan syndical, j'ai senti que l'interprofessionnel était un moyen d'aborder tous les problèmes: dans les unions locales, à l'union départementale 92 on participait aux manifestations antinucléaires, du Larzac, de Lip: on intervenait sur l'antimilitarisme ; on faisait de la photo, de la vidéo... On a fait beaucoup d'adhésions, et en congrès à l'UD, les positions syndicalistes révolutionnaires regroupaient 70% des mandats, les drapeaux noir et rouge étaient présents dans nos manifs !
Par la suite, j'ai été muté dans les Yvelines ; ce n'était pas le même type de militants et la CFDT commençait à "faire le ménage": exclusions de l'UL 8° et 9° à Paris, de l'UD Gironde..., partout où il y avait des anarcho-syndicalistes. La répression et le centralisme de la confédération étaient facilités par les pratiques fractionnistes de certains gauchistes, très mal ressenties par les adhérents.

Q: Que reste-t-il de Mai 68 ?

SERGE: En 1968, j'ai pris conscience que je n'étais pas sur terre pour être dans une "vallée de larmes" ; un individu qui commence à vivre autrement le garde toujours en lui: mes rapports avec une compagne, des copains, ma fille s'en ressentent: j'essaie qu'elle soit capable d'analyser ce qui lui arrive, de faire des choix, d'agir. En réalité l'Histoire est faite à partir de ce qui se passe dans la peau des gens, qui se révèle, à l'occasion de tels évènements.
En fait, ceux qui, aujourd'hui, sont devenus patrons de journaux -par exemple- ont "joué dans la cour" en 1968, mais se sont servis du mouvement pour prendre une place dans la société, pas pour la changer.
Je sais qu'il est possible de vivre autrement, c'est ça qui est subversif et représente une sacrée bombe à retardement !
La société actuelle, absurde et folle, ne survit que parce qu'une majorité l'accepte, pensant qu'il n'y en a pas d'autre possible. A nous de montrer par nos histoires, par "notre histoire", que c'est faux et qu'il est possible d'agir pour sortir du "goulag mou" de cette démocratie où le capitalisme veut nous cantonner à râler et voter.
Faire évoluer les mentalités, c'est le rôle essentiel des individus et des organisations pour préparer un changement de société.

Motions de Congrès

Posté le 22.05.2008 par anarchie23
Bonjour ! Lors de son 65ième Congrès qui était en Creuse cette année, la Fédération Anarchiste a adopté 4 motions. En voici 2:

MOTION de la Commission anti-religion:

La Fédération Anarchiste, regroupée lors de son 65° Congrès au Villard (Creuse), adopte la motion suivante:

On constate aujourd'hui la progression du danger religieux dans la vie privée, sociale et politique.

Le développement du prosélytisme religieux, se manifestant en particulier dans le repli communautaire de fractions de plus en plus importantes de la population, donne un regain de vigueur à l'obscurantisme.

L'érection d'une statue représentant l'ancien pape à Ploërmel, ou le retour prononcé du créationnisme comme matière d'étude aux Etats-Unis sont des symptômes parmi tant d'autres de ce renforcement et de l'invasion du religieux dans la sphère publique ; au niveau international, les oppositions religieuses engendrent de plus en plus de conflits, jetant quotidiennement des centaines d'individus dans des guerres de fanatisme. Les attaques contre la liberté des femmes à disposer de leur corps et les actes homophobes se font plus virulents.

La réaction des Etats est une complicité active. Le récent discours du président français, au Latran, a réaffirmé la supériorité du curé sur l'instituteur ; l'Union Européenne continue de se construire sous les auspices de la chrétienté, et les intrusions des références religieuses dans les écoles et l'éducation se font de plus en plus fréquentes.

Cette offensive obscurantiste rencontre une opposition qui n'est pas à la hauteur du danger. Cette quasi-indifférence permettra, si rien n'est fait, aux religions et aux sectes de tous poils d'imprégner pernicieusement les esprits et de retrouver une influence que nous pensions disparue.

Il nous semble impératif de réagir de façon énergique. La venue en France du pape, dans ce contexte, constitue une occasion pour nous d'affirmer notre volonté de s'émanciper et de s'épanouir hors du joug aliénant et oppressant des religions.

A bas l'obscurantisme ! A bas toutes les religions ! Vive l'anarchie !




MOTION de Congrès DECROISSANCE:

En 2008, le constat d'une crise environnementale globale (épuisement des ressources, effet de serre, déforestation, dégradation de la biodiversité...) est désormais largement partagé.

Partout, la réponse des tenants du système capitaliste consiste à désarmorcer la contestation en organisant le consensus autour de fausses solutions. En France, cette stratégie s'est traduite par l'organisation d'un Grenelle de l'Environnement. Les solutions proposées visent avant tout à offrir de nouveaux débouchés au complexe industriel. La fuite en avant technologique aboutit à des aberrations comme par exemple les agrocarburants, dont le développement entre directement en concurrence avec la production alimentaire et accélère la déforestation.

Face aux ravages causés par le développement durable... du système capitaliste, les populations en sont réduites en France à contester la baisse de leur pouvoir d'achat tandis que dans plusieurs pays éclatent des émeutes de la faim.

Le système connaît aujourd'hui un basculement. Si aucun gouvernement ne le reconnaît encore, ce sont bien les limites physiques de la planète qui sont largement dépassées: nous savons que désormais, le coût du pétrole ne baissera plus.

Le discours dominant s'enferre dans une attitude schizophrène: poursuivre la logique productiviste en accélérant la croissance (rapport Attali) tout en culpabilisant les individus par rapport à leur consommation (discours de Nicolas Hulot). Le démantèlement des services publics participe en ce sens à la disparition de toute gestion collective en limitant ses prestations aux seuls individus solvables.

Insister sur les solutions technologiques et entretenir l'illusion d'une croissance propre, permet à la classe dirigeante d'éviter d'aborder les questions politiques touchant à la question explosive de la répartition et de la redéfinition des richesses. En effet, le capitalisme qui tire profit du gaspillage des ressources, est condamné à la croissance.

Sur une planète peuplée de neuf milliards d'individus en 2050, il n'y aura pas d'avenir durable, sans un ralentissement du cycle production-consommation. La seule perspective tenable est de faire redescendre l'empreinte écologique en dessous du seuil de renouvellement des ressources de la biosphère. Elle passe par une forte réduction de la sphère marchande et donc une diminution du temps de travail (travailler moins, pour vivre mieux) bénéfique tant pour l'individu que pour la société: développement du relationnel, usage optimal et économe des biens et services produits.

La relocalisation de l'activité économique doit permettre de renforcer l'autonomie des individus. Toutefois, il faut se garder de toute tentation autarcique de repli sur soi: aucun îlot écologiste ne pouvant survivre dans un océan capitaliste, l'objectif reste l'élimination du système capitaliste.

Contrairement au projet réformiste de décroissance soutenable, nous réaffirmons qu'il est parfaitement illusoire de s'en remettre à l'Etat, alors que celui-ci depuis toujours concentre les moyens et oriente la production au service des multinationales (subventions, infrastructures, recherche et développement, crédits de formation, privatisations, externalisation des coûts, prise en charge des pertes financières, etc...).

La participation d'écologistes dans les institutions montre que les étapes vers l'accession au pouvoir sont jalonnées de tous les renoncements et de toutes les trahisons.

L'autolimitation de l'activité humaine tenant compte des capacités de la planète ne peut résulter que des individus eux-mêmes, s'autogérant et se fédérant entre eux: c'est justement le projet de société libertaire !

Un certain nombre de points d'ancrage existent dans la société actuelle (AMAP, SEL, squatt, lieux autogérés) qui préfigurent un autre futur. Mais aucune autre société ne sera possible tant que ne sera pas mis fin à l'exploitation capitaliste.

Aujourd'hui, les pays riches se satisfont de pseudo-progrès en matière d'environnement alors qu'ils tirent leur niveau de consommation insoutenable de l'exploitation des pays du Sud.

Désormais, nous savons que la décroissance est inévitable et l'humanité se trouve face à un choix décisif, l'organiser ou la subir: écologie sociale ou barbarie !

Ne pas rompre définitivement avec la croissance, c'est condamner les populations à un avenir proche dans lequel les classes dirigeantes imposeront des restrictions toujours plus sévères au prix d'un contrôle social toujours plus fort et de populations livrées à toutes les guerres et à toutes les pénuries.

A l'opposé, la Fédération Anarchiste est porteuse d'un projet qui permet aux individus de gérer la société eux-mêmes: une révolution sociale, écologique et libertaire !

Concert de la Fédération Anarchiste

Posté le 04.05.2008 par anarchie23
Vous pouvez cliquez sur l'affiche pour l'agrandir !

A l'occasion du Congrès annuel national de la Fédération Anarchiste qui, cette année, se déroulera en Creuse (évènement incommensurable !) du 10 au 12 mai 2008 au Villard (Entre Royère-de-Vassivière et Gentioux, voir affiche) nous organisons un concert (voir programme de l'affiche) où l'entrée sera à prix libre avec 3 groupes + buvette et tables de presse + 2, 3 autres surprises.

D'avance merci à vous toutes et à vous tous d'en parler autour de vous et de venir nombreuses et nombreux à cet évènement. Bienvenue !

Salutations Anarchistes !

Histoire du 1er Mai

Posté le 29.04.2008 par anarchie23
Pourquoi manifeste-t-on le premier mai ? Pourquoi l'appelle-t-on "fête du travail" ? D'où vient cette date ? Que cherche-t-on à nous faire oublier en nous faisant promener ? Ce petit texte explique l'origine historique du Premier Mai.


L'obtention des 8 heures par jour était au centre des revendications pour lesquelles les travailleurs des Etats-Unis étaient décidés d'aller jusqu'à la grève générale pour faire pression sur le patronat et le gouvernement. Le 1er mai fut déclaré jour international de solidarité de classe et de revendication pour les 8 heures par les "Knights of Labour" (Les Chevaliers du Travail, premier syndicat d'audience nationale aux Etats-Unis). Au cours du printemps 1886, les ouvriers de tous les secteurs ont focalisé leurs actions sur cet objectif et ont parfois obtenu gain de cause dans ce domaine.

Devant la détermination des ouvriers et l'expansion du mouvement syndical, le patronat et le gouvernement décidèrent d'adopter des mesures de répression plus expéditives. La fameuse affaire de Haymarket à Chicago, évènement dramatique et marquant pour le mouvement ouvrier international, a inauguré une ère nouvelle de répression et de résistance.

1er mai 1886: succès maximal de la mobilisation. En dépit des avertissements haineux et des prédictions alarmistes de la presse bourgeoise, aucune émeute n'éclata, aucune atteinte à la propriété n'eut lieu et la manifestation pacifique des travailleurs ne se transforma nullement en révolution. Par ce beau samedi ensoleillé, les fabriques, les usines, les entrepôts furent désertés. Dans leurs plus beaux vêtements, les ouvriers de Chicago, accompagnés par leur famille, défilèrent par milliers dans les rues, sous les yeux sidérés de la police, de l'armée et des gardes privés prêts à intervenir au moindre trouble. La manifestation de solidarité se déroula sans encombre et s'acheva sur les bords du lac Michigan, où les principaux orateurs, parmi lesquels Albert PARSONS et August SPIES, 2 anarchistes, prirent la parole devant la foule.
Dans la seule ville de Chicago, 80 000 ouvriers participèrent à la manifestation et, dans tout le pays, le 1er mai eut le même retentissement et fut suivi avec le même enthousiasme.

Le lundi suivant, 3 mai, le mouvement de grève continua et beaucoup d'ouvriers se joignirent aux grévistes du 1er mai, paralysant ainsi l'économie de la ville de Chicago. La violence des forces de l'ordre, contenue durant la journée du samedi, allait éclater devant les grilles d'une usine de machines et outils agricoles, la McCormick Harvester Works (aujourd'hui International Harvester Corporation). Ripostant à la journée de grève du 1er mai par un lock-out massif, le patronat de cette usine avait remplacé ses employés par 300 briseurs de grève. A la sortie, ceux-ci furent pris à parti par les grévistes. Brusquement, la police chargea l'arme au poing. Les grévistes tentèrent alors de se disperser, mais les policiers, sans doute déçus et exaspérés par le caractère pacifique des manifestants du 1er mai, tirèrent sur la foule, abattant 6 hommes alors qu'ils s'enfuyaient.

Les organisateurs de la journée du 1er mai virent dans ce massacre un fait honteux et inacceptable qu'il fallait dénoncer publiquement. Une manifestation fut décidée pour la soirée du lendemain sur la place de Haymarket, non loin d'un des commissariats de Chicago. Cette soirée de protestation contre les brutalités policières se déroula sans heurt, les orateurs se succédant devant une foule calme. Vers la fin de la manifestation, alors que les principaux orateurs avaient déjà quitté la place, 180 policiers, la matraque à la main, firent irruption parmi les manifestants, les enjoignant de se retirer immédiatement, ce à quoi Sam Fielden, un des organisateurs, eut le temps de répliquer que la foule était paisible. Une bombe explosa alors au milieu des policiers et ce fut la panique. Les policiers, dont un fut tué et 7 blessés, firent feu et la foule se rua dans toutes les directions pour échapper à la fusillade.

Du côté des manifestants, le bilan fut également lourd, 1 mort et de très nombreux blessés. On ne retrouva jamais le lanceur de bombe, peut-être un provocateur. Cependant, les autorités ne prêtèrent aucun crédit à cette version des faits. La situation, à leurs yeux, ne comportait aucune énigme, les responsables étaient connus: les anarchistes.
Non contents d'inspirer les mouvements de grève des jours précédents et de semer le trouble en incitant les ouvriers à manifester sur la place de Haymarket, ils s'attaquaient directement aux forces de l'ordre. Les autorités devaient donc réagir vite et frapper à la tête du mouvement anarchiste pour endiguer une révolte qui mettait tout le système en péril.

Les représentants du mouvement ouvrier de Chicago, dont les anarchistes Albert PARSONS, August SPIES et Louis LINGG, + Michael Schwab, George Engel, Adolph Fischer et Samuel Fielden furent arrêtés, jugés et condamnés à être pendus, sans aucune preuve de leur culpabilité.
Albert PARSONS, August SPIES, Adolph Fischer et George Engel furent exécutés. Samuel Fielden et Michael Schwab réclamèrent la clémence et virent leur condamnation commuée en peine d'emprisonnement à vie.
Quand à Louis LINGG, dont la mort reste un mystère qui n'a toujours pas été éclairci, il se serait suicidé dans sa cellule.

Le procès des martyrs de Chicago a inauguré le règne de la terreur pour le mouvement ouvrier dans tout les Etats-Unis. Le 1er mai 1886 ainsi que les évènements dramatiques qui ont secoué le mouvement ouvrier américain sont à l'origine de la célébration de la Fête du Travail, jour chômé et réservé aux manifestations des travailleurs. Comme, plus tard, le cas de Sacco et Vanzetti (voir ici même "L'Affaire Sacco et Vanzetti" dans la rubrique "Histoires Anarchistes") et l'affaire Rosenberg, le procès des martyrs de Chicago reste un exemple de la justice à la solde des possédants dans l'Amérique capitaliste.

Les dernières paroles d'August SPIES, à ce propos, sont prophétiques: "Il viendra un temps où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd'hui".


LES DEBUTS DU PREMIER MAI EN FRANCE

Paris connut le premier mai 1890 son premier "premier mai". Une tradition allait naître, mais, pendant longtemps encore, sa célébration va se faire contre les forces de répression et 1er mai va signifier affrontements, brutalités et sanctions de tous ordres.

En 1901, le syndicaliste anarchiste Emile POUGET propose dans son journal "Le Père Peinard": "Fixons nous une date et proclamons qu'à partir du jour que nous aurons choisi pour rien au monde nous ne consentirons à faire plus de 8 heures !".

Il faudra attendre le 8ème congrès de la CGT (syndicat à son origine largement influencé par les anarchistes avant de passer courroie de transmission du Parti communiste), qui se tient à Bourges en septembre 1904, pour que l'idée soit reprise et la date fixée: ce sera le 1er mai 1906 !

Pour préparer cette journée, la CGT entame la première grande campagne de propagande de son histoire: affiches, tracts, papillons, brochures, création de comités d'action pour les 8 heures, articles dans le journal confédéral d'alors, "La Voix du Peuple". On y développe toute une argumentation autour de l'idée des 8 heures: moyen pour combattre le chômage, éliminer fatigue et surmenage, supprimer les maladies professionnelles, développer les bibliothèques, élever le niveau culturel des travailleurs, etc... (ceci sous l'influence des anciennes Bourses du Travail, qui furent le socle de la création de la CGT, initiées également à leur origine, une fois de plus, par les anarchistes).

C'est dans ce climat qu'arrive le 1er mai 1906, qui va être marqué par de violents affrontements avec les forces de police. Dès le matin, Paris est mis en état de siège: soldats et policiers en armes à chaque carrefour, forte concentration de policiers à cheval aux abords de la Bourse du Travail, place de la République. La caserne proche a même été aménagée en "prison" temporaire...

Les divers syndicats ont convoqué leurs adhérents en plusieurs points de la capitale. Un meeting est prévu à la Bourse, mais comme tout le monde ne peit y pénétrer, c'est une manifestation de rue que la police s'efforce de disperser: il y a des charges brutales, des arrestations par centaines. A l'heure du bilan, le soir, on comptera même 2 morts. Et il faudra attendre 23 heures pour que les rues de Paris retrouvent leur aspect habituel. Mais les violences continueront pendant plusieurs jours encore.
Les patrons licencieront plus de 2000 travailleurs coupables d'avoir quitté leur travail le 1er mai !

(D'après "IWW et syndicalisme révolutionnaire aux Etats-Unis", de Larry PORTIS, éd. Spartacus et un article de "La Voix Populaire".

Le Mandat Impératif

Posté le 25.04.2008 par anarchie23
Les maîtres du Monde du moment beuglent partout qu'ils ont instauré un modèle indépassable de démocratie. Et ils se targuent de la liberté qu'ont les moutons prolétaires de se faire tondre toujours plus ras par les ténors d'une loi de la jungle appelée loi du marché, et d'élections régulières lors desquelles la populace matraquée par des médias en chaleur est invitée à donner des chèques en blanc à des marionnettes dont les puissances d'argent tirent les ficelles.

Les révolutionnaires, quant à eux, se battent depuis toujours pour une démocratie tout à la fois politique, économique et sociale. Pour la démocratie directe. Et pour le mandat impératif (on vote pour un projet et non pour un homme). Pour le contrôle et la révocabilité à tout moment des mandaté(e)s...

L'histoire de ces 220 dernières années se résume à l'affrontement entre ces deux conceptions des choses. Et comme par hasard, c'est toujours dans les périodes de mouvements sociaux d'importance et d'effervescence révolutionnaire que resurgissent ces revendications de démocratie directe, politique, économique et sociale, de mandat impératif et de contrôle et de révocabilité permanente des mandaté(e)s.

Pierre-Henri ZAIDMAN nous rappelle cela dans ce livre qui se dévore en nous retraçant l'histoire du mandat impératif de la Révolution française à la Commune de Paris.

Et devinez qui était pour ? Le peuple, bizarrement !

Dans les périodes d'élections où les veaux sont invités à choisir leur boucher, c'est peu dire que la lecture de ce livre s'impose !

Oui une démocratie authentique, pleine et véritable est possible ! L'histoire le démontre. Mais l'histoire démontre également que les Maîtres du Monde feront tout pour empêcher son avènement !

Etonnant, non !


140x210 mm, 100 pages.
isbn: 978-2-914980-62-3
12€
Editions Libertaires.

Errico MALATESTA

Posté le 13.04.2008 par anarchie23
Errico MALATESTA (né le 14 décembre 1853 à Santa Maria Capua Vetere, dans la province de Caserte, en Campagnie, Italie -mort le 12 juillet 1932) est un propagandiste et un révolutionnaire anarchiste très actif tout au long de sa vie.

Il naît dans une famille de propriétaires terriens. Le père Federico et son épouse Lazzarina Rastoin (originaire de Marseille) possède aussi la fabrique de tannage de cuir la plus florissante de la région. Il fait ses études dans un collège tenu par les Pères Scolopi. Très jeune, il se range aux idées républicaines de Giuseppe Mazzini. A l'âge de 14 ans, il écrit une lettre au roi Victor-Emmanuel II, se plaignant de l'injustice locale, il est inquiété par la police, mais à raison de son âge, il est laissé libre.

En mars 1870, il est arrêté une première fois pour une réunion organisée dans un cercle d'étudiants républicains. Il est alors inscrit à l'Université de Naples, où il fait des études de médecine pendant 3 ans sans obtenir de diplômes. En effet, il est expulsé de l'université parce qu'en 1871, il adhère à la Première Internationale. Il devient le secrétaire de la section italienne. Entre-temps, après la Commune de Paris, il abandonne les idées républicaines pour adopter les idées anarchistes. La même année, il apprend la mécanique et l'électricité.

En 1872, durant le Congrès de Saint-Imier, pour la création de l'Internationale anti-autoritaire, il rencontre le révolutionnaire anarchiste Michel BAKOUNINE.

Durant les 4 années suivantes, il participe à la propagande internationaliste en Italie. Il est emprisonné 2 fois pour ses activités. En 1973, il est arrêté à Bologne et en 1874, il participe avec un petit groupe à une tentative infructueuse d'insurrection à Castel del Monte. Il est arrêté peu après à Pesaro. Le procès se termine par l'acquittement de tous les inculpés, résultat d'une grande popularité pour les insurgés et en particulier pour Errico MALATESTA.

Le 19 octobre 1875, Errico MALATESTA entre dans la franc-maçonnerie afin de tenter de diffuser l'idéal anarchiste et en sort définitivement le 18 mars 1876, indigné de la décision de la loge d'organiser une réception d'honneur pour Giovanni Nicotera, élu depuis peu ministre de l'Intérieur.

Le communisme anarchiste est proclamé pour la première fois à la Fédération italienne de l'Association Internationale des Travailleurs et Anti-Autoritaire au Congrès de Florence de 1876 par COSTA, Errico MALATESTA, Carlo CAFIERO et COVELLI. Cette prise de position suscite l'opposition au collectivisme qui est la position officielle de l'AIT anti-autoritaire (l'influence de Michel BAKOUNINE) de cette époque.

En avril 1877, Errico MALATESTA, Carlo CAFIERO, le russe Sergius STEPNIAK et une trentaine d'autres commencent une insurrection dans le Bénévent, prenant les villages de Letino et Gallo sans un combat. Les révolutionnaires brûlent les registres communaux sur les propriétés et déclarent la fin de règne du roi. Ils sont accueillis par la population avec enthousiasme, même un prêtre montre son soutien. Après avoir quitté Gallo, ils sont arrêtés par les troupes gouvernementales et mis en prison pendant 16 mois avant d'être acquittés.

Après un certain nombre d'attaques terroristes contre la famille royale italienne et leurs amis, la police commence à garder sous une surveillance constante les radicaux et les révolutionnaires. Bien que les anarchistes clament n'avoir aucun lien avec ses attaques, Errico MALATESTA, en tant que militant pour la révolution sociale, fait partie des éléments sous surveillance.
Après son retour de Naples, il sera obligé de quitter l'Italie, et commence une longue période d'exil.


LE DEPART DE L'ITALIE

En 1878, Errico MALATESTA commence une longue période de pérégrinations: il fair un brève passage en Egypte où il visite quelques amis italiens avant d'être expulsé par le consul italien, à cause de son implication dans les révoltes anticoloniales survenues en Egypte.

Après avoir travaillé sur un bateau français, et s'être vu refusé son entrée en Syrie, en Turquie et en Italie, il débarque à Marseille, d'où il part pour la Suisse, à Genève (à ce moment-là un haut lieu de l'anarchisme) et où il fait la connaissance d'Elisée RECLUS (voir portrait dans cette même rubrique) et de Pierre KROPOTKINE, dont il devient un grans ami et avec qui il publie "La Révolte".

Il est expulsé de Suisse et part pour Londres en 1880, en passant par la Roumanie, Paris et la Belgique où il organise avec Pierre KROPOTKINE le Congrès International socialiste révolutionnaire.

En 1882, il prend connaissance de la révolte de Arabi Pacha et il retourne en Egypte pour essayer de transformer le mouvement nationaliste en révolte sociale. Il est arrêté par les soldats anglais et rentre en Italie clandestinement en débarquant à Livorno.

Peu de temps après, il est arrêté pour conspiration avec son ami Francesco MERLINO et d'autres révolutionnaires. Profitant de sa liberté provisoire, il se rend à Florence où il commence la publication de "La Question Sociale".

Malgré une condamnation à 3 ans de réclusion, en 1884, il se rend à Naples, pour aider la population touchée par une épidémie de choléra, qu'il quitte précipitamment pour l'Amérique du Sud afin d'éviter l'emprisonnement.


L'EXIL EN ARGENTINE

Il s'installe à Buenos Aires, où il entre en contact avec le "Cercle communiste Anarquico" et reprend la publication -en langue italienne- de "La Question Sociale".

En 1886, il tente l'expérience qui se révéla désastreuse, de chercheur d'or en Patagonie et en 1887, il participe à la naissance du premier syndicat argentin, le "Sindacat des boulangers", dont il écrit les statuts.

En 1888, il est accusé d'avoir falsifié de la monnaie, cela se révèlera faux. Il prend la décision de partir et après un court séjour à Montevideo, il rentre en Europe en 1889.


RETOUR EN EUROPE

Il s'établit d'abord à Nice, où il publie le quotidien clandestin "L'avvenire". La police française se met rapidement sur ses traces, l'obligeant à se réfugier de nouveau à Londres.

Entre 1891 et 1892 il tient une série de meetings en Espagne avec son ami Pedro ESTEVE, et il participe à une révolte populaire à Jerez de la Frontera. Recherché par la police, il retourne à Londres où en 1896, il assiste au Congrès socialiste international.

A Paris, on parle de contacts entre Marie Sophie de Bourbon, surnommé romantiquement la "Reine des Anarchistes" et Errico MALATESTA, rapports probablement seulement de connaissance compte tenu du peu de sympathie politique que montre l'aristocratie à l'égard des "subversifs".

En 1897, il voyage clandestinement jusqu'à Ancône, où il participe à la création de "L'agitazione".
L'année suivante, à l'occasion du "Mouvement pour le pain", il est arrêté et condamné à 7 mois de réclusion. A peine a-t-il fini sa peine qu'il est condamné à 5 ans de résidence forcée à Ustica, puis à Lampedusa d'où il s'évade en 1899 pour se rendre en Tunisie.

En 1900, après 2 brefs séjours à New York et à Cuba, il s'installe à Londres où il reste 12 ans à l'exception d'un voyage à Amsterdam en 1907 pendant lequel il participe au "Congrès Anarchiste International".


A LONDRES

Pendant le séjour dans la capitale anglaise, Errico MALATESTA gagne sa vie comme électricien et mécanicien. Pendant cette période, on note un certain ralentissement de son activité subversive. Très rapidement, il gagne l'estime des travailleurs anglais qui tiendront d'importantes manifestations de protestation lorsque Errico MALATESTA rencontre des problèmes judiciaires.

L'épisode du 20 mai 1912 est emblématique, quand la cour de Bow Street le condamne à 3 mois de réclusion suite à la plainte pour diffamation de la part de l'espion italien Ennio Belelli, la condamnation est accompagnée d'un décret d'expulsion qui est annulé suite à la manifestation populaire du 12 juin.

Il laisse l'Angleterre en 1913 pour rentrer en Italie où il commence la publication d'un hebdomadaire "Volonta".

En 1914, il est le principal artisan de la Semaine Rouge (settimana rossa) ; recherché de nouveau par la police, il est obligé de revenir pour la énième fois à Londres.

A la veille de la Première Guerre Mondiale, il se sépare douloureusement de son ami Pierre KROPOTKINE, après un âpre débat sur l'attitude que les anarchistes doivent tenir sur le sujet de l'interventionnisme. Errico MALATESTA soutient les idées de l'antimilitarisme et de l'internationalisme. Cette position est encore plus évidente en 1916, au travers de sa réponse au "Manifeste des Seize" publiée en avril par "Freedom".


LE RETOUR EN ITALIE

En 1919, après plusieurs tentatives vaines, Errico MALATESTA obtient un passeport du consul italien à Londres. Il s'embarque pour Taranto le 24 décembre. En Italie, il utilise immédiatement sa popularité pour mener une intense activité de propagande et de subversion qui en fait l'un des acteurs principaux de la période "biennio rosso". Il prend contact avec les "Arditi del Populo".

Entre 1919 et décembre 1921, il participe avec Gabriele D'Annunzio au coup de force sur la ville de Fiume. Son influence se fait sentir dans la charte du Carnaro écrite par le syndicaliste révolutionnaire Alceste de Ambris, et finalisée par D'Annunzio sous la forme d'une régence pirate autonome et littéraire.

En 1920, il dirige à Milan le quotidien anarchiste "Umanita Nova" ; la même année il est arrêté et enfermé dans la prison de San Vittore. Il commence avec d'autres détenus une grève de la faim qui le mène presque à la mort. La grève est arrêtée suite à un attentat perpétré par quelques anarchistes du courant individuel, le 23 mars 1921 dans un hôtel situé à proximité du Théâtre Diana.


LE FASCISME ET LA FIN DE L'ACTIVITE SUBVERSIVE

La même année, Errico MALATESTA est libéré ; il continue à diriger "Umanita Nova" jusqu'en 1922, année au cours de laquelle les fascistes prennent le pouvoir et interdisent le journal qui réouvrira en 1945 sous la forme d'un hebdomadaire.

Fuyant les contrôles fascistes, Errico MALATESTA se rend clandestinement en Suisse pour assister au 50ième Congrès de Saint-Imier, puis s'installe définitivement à Rome avec sa compagne Elena MELLI et sa fille Gemma.

Pendant les premières années du gouvernement fasciste, il poursuit son activité de propagande, de 1924 à 1926, malgré le rigide contrôle de la censure, il publie le journal clandestin "Pensiero e Volonta".

Les années suivantes, le régime fasciste impose à Errico MALATESTA le contrôle continu auprès d'un groupe de gardiens, le condamnant ainsi à un isolement en particulier des mouvements anarchistes.

Il passe les dernières années de sa vie reclus dans sa maison avec sa famille, subissant une détérioration progressive de son état de santé. En mars 1932, il survit à une grave infection pulmonaire, et meurt le 22 juillet d'une grave crise respiratoire.


PRINCIPES POLITIQUES

Errico MALATESTA tente une synthèse de la conception anarchiste, sans pourtant l'emprisonner dans un système. Pour atteindre ce but, il distingue l'anarchie de l'anarchisme. Le premier est la finalité, il a une valeur mi-historique et universelle: il représente le vouloir être et comme tel n'est pas déductible d'aucune situation historique. L'anarchisme est la traduction de cette fin dans la concrétisation d'une situation historique. La division correspond à celle entre jugements de valeur et jugements de fait.

Les valeurs fondamentales de l'anarchie -liberté, égalité, solidarité- sont des expressions rationnelles d'une aspiration universelle et comme telles ne sont liées à aucune doctrine. Errico MALATESTA refuse autant le droit naturel que le positivisme. Le premier, car il considère l'idée d'une société naturelle comme le résultat de la paresse de ceux qui rêvent que les aspirations humaines se réalisent spontanément, sans lutte ; le second, parce que l'exaltation de la science amène à un nouveau dogme.

Errico MALATESTA développe dans ses différents écrits des principes révolutionnaires anarchistes, tels le volontarisme, le gradualisme révolutionnaire et bien d'autres principes.

Il expérimente divers principes révolutionnaires dont l'insurrectionalisme dans le Bénévent, mais aussi dans d'autres pays, où il dut s'exiler.

"Une chose est de comprendre, une autre de pardonner certains faits, les revendiquer, en être solidaires. Nous ne pouvons accepter, encourager et imiter de tels actes. Nous devons être résolus et énergiques, mais nous devons également nous efforcer de ne jamais dépasser les limites nécessaires." (Errico MALATESTA, "Un peu de théorie" (1892))

Il met en garde contre les tendances à la bureaucratisation dans les organisations anarchistes:
"Evidemment si, dans une organisation, on laisse à quelques-uns tout le travail et toutes les responsabilités, si on subit ce que font certains sans mettre la main à la pâte et chercher à faire mieux, ces "quelques uns" finiront, même s'ils ne le veulent pas, par substituer leur propre volonté à celle de la collectivité. Si dans une organisation tous les membres ne se préoccupent pas d'exercer sur tout et sur tous leurs facultés critiques et laissent à quelques-uns la responsabilité de penser pour tous, ces "quelques uns" seront les chefs, les têtes pensantes et dirigeantes." (Errico MALATESTA, "L'Agitation à Ancône" (1897)).

Il est très critique vis-à-vis du syndicalisme révolutionnaire que défendait Pierre Monatte. Il exprime son point de vue sur cette question au Congrès international anarchiste d'Amsterdam en 1907.

Il critique également la plateforme de Piotr Archinov, plateforme étant une proposition d'organisation avec de nouveaux principes, et qui fut lancé par le groupe russe Dielo Trouda (pourchassé par les bolchéviques) en exil. Errico MALATESTA remarque dans la "plateforme" des principes peu libertaires dans le fond, sur la responsabilité collective par exemple, et quand au fonctionnement sur les prises de décisions peu claires, laissant le champ vide à de possibles prises de pouvoir.


LA REVOLUTION, UN ACTE DE VOLONTE

La volonté est l'élément décisif pour la transformation sociale. La société libertaire dépend uniquement de la volonté des hommes. L'histoire échappe à toute philosophie et à toute tentative de prévisions. Pour cela, il n'est pas possible de savoir quand la période est faste pour la révolution et il faut profiter de toutes les occasions. La révolution n'est pas un fait économique et sociale mais un acte de volonté. La révolution doit rassembler les masses, mais les masses ne deviendront pas anarchistes avant que la révolution ait commencé ; les anarchistes doivent alors se joindre aux masses et les accepter comme elles sont, sans projets pédagogiques inévitablement autoritaires et en adaptant plutôt l'idéologie à leur ressentir. L'action révolutionnaire à 2 objectifs: la destruction des obstacles à la liberté, et la diffusion graduelle de la pratique de la liberté, privée de toutes coercitions.

Formater le citoyen...

Posté le 07.04.2008 par anarchie23
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Bonjour ! 3ième volet (voir précédemment les billets "Le contrôle idéologique" dans cette même rubrique et "Le contrôle social" dans la rubrique "Ouvrages Anars") de nos extraits de la brochure "Le contrôle social en société dite démocratique", publiée aux Editions du Monde Libertaire mais épuisée pour le moment.


FORMATER LE CITOYEN

Pour formater le citoyen, l'argent et la propagande constituent de redoutables moyens de contrôle social. De nombreux exemples peuvent le démontrer: lorsque des crédits sont refusés à un chercheur marginal, dont les travaux heurtent les dogmes établis... et des intérêts économiques "supérieurs" ; lorsque des pots-de-vin sont distribués à des hommes politiques pour obtenir un marché au détriment d'un concurrent ; lorsque les entreprises capitalistes versent des revenus si faibles que les salariés ne peuvent acheter que les produits médiocres qu'elles fabriquent ; et parallèlement, lorsque le système bancaire traditionnel refuse un prêt d'installation à un jeune soucieux de ne pas s'intégrer dans une filière professionnelle classique. Mais au-delà du pouvoir d'achat lui-même (au sens large du terme), c'est bien la liberté de penser qu'il s'agit d'acheter.

Parce que l'essor d'une conception novatrice est ressenti comme un défi insupportable, parce que l'originalité de la pensée est suspectée de déviance, parce que la réflexion porte en germe un regard critique.

L'OBJECTIF, POUR LES CLASSES DIRIGEANTES, EST DE MAINTENIR L'ORDRE ETABLI !

Un ordre économiquement inégalitaire et politiquement autoritaire. Il s'agit donc de dompter la pensée, de juguler l'insubordination, d'obtenir l'adhésion du plus grand nombre aux valeurs de la société libérale, ce que Noam Chomsky appelle la "fabrication du consentement".
Il s'agit de piétiner ce "dogme démocratique selon lequel le peuple est le meilleur juge de ses propres intérêts", ce peuple, "troupeau désorienté" qu'il faut conduire, eu égard à la "stupidité de l'homme moyen". Propagande, endoctrinement, manipulation sont les maîtres mots. Divers processus sont utilisés, pour lesquels les grands médias, et notamment la télévision, jouent un rôle crucial.

ORIENTER L'INFORMATION

L'information détermine les choix politiques des individus ; son libre accès garantit la soi-disant "démocratie": sa qualité est donc fondamentale pour la formation du jugement. Or son "traitement" consiste à sélectionner les messages en fonction des intérêts des classes dominantes. Certains faits sont écartés, d'autres sont maquillés. Sous couvert de communication, d'information, le mensonge est l'arme la plus sûre, parce que l'image télévisée (entre autres) n'est qu'une interprétation de la réalité.

On notera d'ailleurs que la censure est de moins en moins nécessaire: l'autocensure, le journalisme de révérence, le cirage de godillots suffisent.

La marchandisation de l'information permet sa transformation en une mise en scène qui joue sur les sentiments, l'irrationnel, l'inconscient, sur la réaction instinctive. L'information devient une pure succession d'évènements isolés les uns des autres ou considérés dans un enchaînement tronqué, qui ne permet pas de comprendre les enjeux fondamentaux.

Un fait chasse l'autre. Le but de l'info-spectacle est sans ambiguïté: semer la confusion, empêcher de réfléchir en profondeur, d'exercer son esprit critique, éliminer tout débat de fond, toute confrontation, réduire le "citoyen" au rôle de spectateur passif.

FAVORISER L'INTERIORISATION DE CERTAINES VALEURS

Il s'agit ici surtout de ce qu'il est désormais commun d'appeler la "pensée unique", c'est-à-dire la "traduction en termes idéologiques à prétention universelle des intérêts d'un ensemble de forces économiques, celles, en particulier, du capital international", un consensus implicite tendant à imposer l'orthodoxie néolibérale.

Controversée, l'expression "pensée unique", née des années 80, c'est-à-dire dans la période de l'effondrement de l'Union soviétique et de la destruction du Mur de Berlin, aura eu au moins le mérite de faire prendre conscience de l'attitude quasi unanime d'une classe politique et médiatique faisant valoir ses idées comme étant sans alternative possible.

Qu'on lui préfère le terme de "politiquement correct" ne change rien à l'affaire. L'objectif est de présenter la victoire de la doctrine économique libérale comme "progrès ultime de l'humanité", l'économie de marché comme processus inéluctable et irréversible, le capitalisme comme horizon indépassable.

Il s'agit, pour les "bien-pensants", d'évacuer le débat politique. Au royaume du dogme et du monopole, toute résistance est vaine, tout opposant se voit diabolisé. La sagesse consiste à intégrer les valeurs "incontournables": une monnaie forte, une dérèglementation sans frein, une réduction des déficits... Et si le domaine de prédilection de cette pensée "administrée" est le champ économico-politique, il s'étend à l'ensemble de la pensée.

C'est la fin des idéologies, la notion "archaïque" de classes sociales, bien sûr, mais aussi le caractère naturel de la violence et de la hiérarchisation, selon les darwinistes sociaux de la Nouvelle Droite ; le racisme et l'ethnocentrisme qui "justifient" l'infériorité du Sud, la nécessaire militarisation, la valorisation de la réussite, la laïcité dite ouverte, le tout-nucléaire en matière d'énergie, le tout-génétique aussi, etc...

Dans cette entreprise de conditionnement, les sondages constituent une technique de persuasion des plus efficaces. En nous ressassant continuellement le désir du plus grand nombre, ils nous suggèrent d'y adhérer.

Spécialiste de la communication, Paul Watzlawick a montré comment un individu isolé finissait par douter de ses propres sens et, pour ne pas se distinguer, à se ranger à l'opinion du plus grand nombre: "La volonté de renoncer à son indépendance, de troquer le témoignage de ses sens contre le sentiment confortable, mais déformant la réalité, d'être en harmonie avec un groupe, est bien entendu l'aliment dont se nourrissent les démagogues."

Le Contrôle Idéologique

Posté le 27.03.2008 par anarchie23
Bonjour ! Suite des extraits de la brochure épuisée pour le moment "Le contrôle social en société dite démocratique" (voir billet "Le contrôle social" dans la rubrique "Ouvrages Anars"):


Longtemps, l'ordre moral a été assuré par la famille, l'Etat, l'école, l'armée, et peut-être surtout par l'Eglise. Ses objectifs sont les suivants: justifier les inégalités sociales. Faire accepter l'ordre établi par ceux-là mêmes qui le subissent, en le légitimant comme naturel, ou comme expression de la volonté divine. Prêcher la résignation. Favoriser l'apprentissage de formes de relations sociales fondées sur la soumission et l'aliénation. Privilégier des qualités telles que l'ordre ou la discipline au détriment de l'esprit critique. Valoriser le culte du chef et s'appuyer sur le charisme individuel. Faire adhérer à l'idéologie républicaine et à la patrie.

Tels ont été les leitmotivs permanents au cours des siècles. De plus, la collusion entre ces différents "agents" du maintien de l'ordre décuple la force de leurs interventions ; les influences réciproques des préférences idéologiques de tous les "acteurs" de la socialisation se renforcent mutuellement puisque leurs choix convergent généralement.
Pour assurer l'ordre public, l'Etat prend appui directement sur la famille ; l'Eglise défend des valeurs morales fondatrices de la famille traditionnelle ; tout au long de l'Histoire, cette même Eglise apporte sans défaillance sa caution morale aux pouvoirs politiques les plus belliqueux. Aujourd'hui, ce contrôle idéologique prend la forme d'un nouveau contrôle social, pour formater le citoyen et piéger le consommateur.


UN NOUVEAU CONTROLE SOCIAL

Soumis aujourd'hui à la concurrence vigoureuse d'autres instances de socialisation, les piliers classiques de l'ordre moral, "marqueurs d'identité", ont vieilli: dissolution de la famille fragilisée par l'individualisme ; éclatement de l'école, objet de multiples tensions ; déclin du religieux (même s'il est relatif) ; effacement de l'Etat (même s'il est sournois). Si l'ordre moral est une tentative de figer la morale, par laquelle le groupe dominant prétend imposer ses valeurs qui deviennent les normes, il peut le faire de différentes manières. Il peut gérer en douceur les relations sociales si le rapport de forces est en sa faveur, s'il ne rencontre aucune résistance. Il devient agressif si son existence est menacée, si la faible adhésion de l'ensemble des individus met en péril sa cohésion.

Si les régimes autoritaires ont, sans ambiguïté, choisi la force, la brutalité, ce qu'on appelle les démocraties libérales élaborent un système beaucoup moins visible, beaucoup plus subtil en vue d'une "pacification de l'existence". Il y a plusieurs manières de réduire au silence ceux qui s'élèvent contre l'orthodoxie.

Depuis les années 60, l'autorité, sous sa forme traditionnelle, subit une crise. Emergent de nouvelles formes d'autorité, fondées sur une régulation plus souple, sur la "négociation", bénéficiant de l'influence subtile des propagandistes professionnels. Et par conséquent, de nouvelles dominations, plus difficiles à identifier. La soumission et le contrôle des consciences sont acquis non par la force ou les démonstrations de puissance, mais par la séduction. Nous sommes entrés dans l'ère de l'exploitation douce, de l'oppression souriante. Les psychotropes, les antidépresseurs, le conditionnement, la manipulation, l'hypnose sont préférés à la matraque. L'autocensure à l'interdit. La malléabilité de l'homme, sa plasticité presque infinie font naître un rêve dans la tête des dirigeants: nous rendre béats, euphoriques.
L'idéal étant une population docile qu'il serait inutile de contraindre parce qu'elle aurait "l'amour de sa servitude". Il faut se rappeler l'avertissement de B.F. Skinner, psychologue du comportement: "De ce que l'homme peut faire de l'homme, nous n'avons encore rien vu".

Ce contrôle en douceur s'effectue par plusieurs voies, plus ou moins développées, selon les circonstances, selon les priorités des politiques nationales: l'imprégnation souvent inconsciente des individus par la culture, l'asservissement des désirs et aspirations de ces individus à l'appareil de production capitaliste ; la surveillance généralisée de la vie quotidienne ; la mise en place, à travers les lois d'aménagement du territoire et la réforme de l'Etat, d'une démocratie participative fondée sur une prétendue "exigence de proximité".


"L'endoctrinement est à la démocratie ce que la coercition est à la dictature", écrit Noam Chomsky, penseur radical américain, professeur de linguistique au M.I.T. L'originalité de la société capitaliste réside dans l'utilisation de la technologie, plutôt que dans la terreur, pour obtenir la cohésion des forces sociales. Or les progrès de la technologie s'avèrent déterminants dans le perfectionnement des techniques de surveillance et d'encadrement collectif. Les méthodes, de plus en plus sophistiquées, souvent indolores, parfois même agréables, du conditionnement, de la manipulation permettent un contrôle discret, consensuel, voire coopératif, et de ce fait beaucoup plus insidieux.

Cette recherche de l'intégration des individus dans la société peut conduire à un "totalitarisme soft". Comme l'exprime Herbert Marcuse: "Le totalitarisme n'est pas seulement une uniformisation politique terroriste, c'est aussi une uniformisation économico-technique non terroriste qui fonctionne en manipulant les besoins au nom d'un faux intérêt général."
Ce qui est en train de se mettre en place, c'est ce que nous décrivaient, avec un sens remarquable de l'anticipation, Aldous Huxley dans "Le meilleur des mondes" et George Orwell dans "1984". Un ordre politico-social qui aliène l'individu plus fortement que jamais, une société totalitaire mécanisée, standardisée, automatisée, "fordisée". Un monde où tout est programmé parce que l'imprévisible, l'aléatoire, le pulsionnel, l'imaginaire, bref le vivant, troublent la belle ordonnance du système et constituent des dangers permanents. Un monde "horriblement parfait".

Aldous Huxley écrivait dans "Retour au meilleur des mondes": Par le moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation mentale, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques -élections, parlements, hautes cours de justice- demeureront, mais la substance sous-jacente sera une nouvelle forme de totalitarisme non-violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu'ils étaient au bon vieux temps, la démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions radiodiffusées et de tous les éditoriaux mais (...) l'oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs mentaux mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera."

"Plus une société devient libre, plus il est difficile d'utiliser la force", écrit Noam Chomsky. Il ne faut pas en conclure pour autant que la brutalité a disparu, car les multiples pièges de nos sociétés technocratiques ne réussissent pas, malgré leurs prouesses, à transformer tous les individus en citoyens dociles, stationnant dans les créneaux laissés libres.

Les sociétés capitalistes créent même tant de frustrations, de misère, suscitent tant de haine aujourd'hui qu'elles deviennent la cible de contestation plus ou moins violente. C'est à ce moment que le consensuel prend fin, et que le disciplinaire intervient: le contrôle social se muscle pour maîtriser "sauvageons" (dixit Chevènement) et fauteurs de troubles.

Saleté de Pub !

Posté le 23.03.2008 par anarchie23
Vous pouvez cliquer sur le dessin pour l'agrandir...


NOUS NE VOULONS PAS DE LA PUB NI (ET SURTOUT !) DU SYSTEME QUI LA GENERE !

La publicité est une atteinte constante à l'environnement. Les prospectus publicitaires représentent 40 kg de papier par foyer et par an, ce qui implique l'abattage d'arbres, une consommation d'eau phénoménale, des encres nocives...

Les panneaux lumineux ou mobiles engloutissent chaque année 5000 à 9000 kWh, soit la consommation électrique de 2 à 3 familles de 4 personnes.
Des tonnes de gadgets inutiles, et souvent en plastique non biodégradable, sont produits chaque année. Sans parler des implantations sauvages de panneaux publicitaires jusque dans des zones naturelles protégées...

Et tout ceci se fait évidemment au mépris des travailleurs(ses), qu'ils(elles) soient distributeurs(trices) de prospectus, maintenu(e)s dans la précarité et sous-payé(e)s, étudiants-hommes ou femmes sandwich embauchés au noir pour s'humilier le temps d'une opération publicitaire, ou ouvriers-ères chinois-e surexploité(e)s pour fabriquer des gadgets promotionnels.

Non contente de détruire la planète, LA PUB POLLUE AUSSI LES CERVEAUX. Elle crée des besoins imaginaires et pousse à la sur-consommation. Derrière les promesses de bonheur garanti, de sérénité consumériste, se cache le gaspillage de marchandises presque neuves mais déjà passées de mode, et pour les plus fragiles, la spirale des crédits et du surendettement.
Ce véritable système de propagande que dissimule la pub ne recule devant rien, s'infiltre partout, jusque dans les foyers avec le démarchage agressif par téléphone ou les spams sur Internet, et lorgne déjà sur les plus jeunes: aux Etats-Unis, des écoliers(ières) apprennent à compter en additionnant des hamburgers...

Les logiques de l'idéologie publicitaire s'immiscent dans tous les domaines. Les femmes sont rabaissées au rang d'objets consommables, voire même "offertes" avec le produit à vendre ("il a la voiture, il aura la femme"). De plus, elles doivent se plier aux règles de beauté que la pub impose: minceur jusqu'à l'anorexie, négation du corps et du vécu de l'individu (il faut "gommer les ravages du temps", etc...).

Les politiciens ne sont pas les derniers à s'engouffrer dans l'idéologie publicitaire. Les programmes ne sont plus que des slogans, les idées des looks... Les campagnes électorales s'apparentent à de vastes campagnes commerciales, où il s'agit d'appâter l'électeur-consommateur à grands coups de meetings-spectacles et de tracts tape-à-l'oeil. Et bien sûr, il n'y a pas de service après vente, une fois élu, le politicien oublie ses belles promesses et ses électeurs(trices).

Nous appelons chacune et chacun à apposer un autocollant "non à la publicité" sur sa boîte aux lettres, nous affirmons notre soutien à tous les déboulonneurs(ses) et barbouilleurs(ses) de panneaux publicitaires, ainsi qu'à tous(tes) les syndicalistes en lutte dans le domaine de la communication, et à toute forme d'action visant à enrayer la machine publicitaire et à dévoiler les mensonges du consumérisme capitaliste.

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