POUR COMPRENDRE LA "CRISE" AGRICOLE. Par Jean-Pierre TERTRAIS.
C'est chaque jour un peu plus évident et flagrant, la gestion capitaliste de l'agriculture est une véritable calamité.
C'est une calamité pour les petits paysans qui sont implacablement éliminés par des "exploitations" toujours plus gigantesques. Pour une ruralité qui se désertifie chaque jour un peu plus. Pour l'environnement et les écosystèmes qui sont littéralement massacrés. Pour les consommateurs qui sont nourris avec de la merde. Pour les paysans qui se retrouvent livrés pieds et poings liés aux banques et aux multinationales de l'industrie agro-alimentaire. Pour les agricultures des pays pauvres qui sont pillés d'une manière éhontée...
Est-il besoin de le préciser, cette calamité ne relève en rien du hasard.
Le productivisme, l'industrialisation à outrance, la mal bouffe, l'obsession de l'abaissement des coûts de production, la non prise en compte des contre-coups humains, environnementaux, sociaux... dans le calcul de ces coûts de production, la prolétarisation des paysans, l'asservissement de populations entières à des trusts supra-nationaux, la destruction des conditions mêmes de la vie... sont, en effet, les conséquences d'une course effrénée au profit maximum immédiat.
C'est l'âme de cette logique capitaliste qui est mise à nu dans cette brochure.
Et c'est une autre logique, celle du socialisme libertaire, qui trace le chemin d'une autre agriculture, humaine, égalitaire, solidaire, saine, autogestionnaire...
Un extrait de la brochure: UNE DESERTIFICATION RURALE ACCRUE
Même si elle ne constitue pas la seule cause (déclin des industries traditionnelles au profit des industries nouvelles, attrait culturel de la ville), la modernisation de l'agriculture, en abaissant régulièrement le nombre d'exploitations dans les communes rurales, va contribuer aux déplacements considérables de populations des campagnes vers les villes. En 1936, la population rurale dépasse encore la population urbaine ; en 1962, cette population ne représente plus que 38% de la population totale ; en 1975, 20% ; en 1989, moins de 10%.
Si d'un côté, des villes de plus en plus monstrueuses confinent à l'asphyxie, de l'autre, des zones rurales se dépeuplent, des régions entières sont menacées de désertification, des paysages ne sont plus entretenus (avec les risques d'incendie), des services ne sont plus assurés, des écoles ferment, des commerces disparaissent, des équipements collectifs sont inutilisés, des villages meurent, malgré la volonté parfois vive des habitants de rompre cette fatalité.
Le système productiviste a non seulement endommagé des siècles d'architecture, mais encore bouleversé profondément le tissu social. En divers endroits, ce sont des liens qui se brisent, toute une culture qui disparaît, un patrimoine qui part en lambeaux, des coutumes, des traditions qui se perdent dans l'uniformité ambiante d'une société qui s'est cru libérée à jamais des contraintes naturelles élémentaires.
Peu nombreux sont ceux qui semblent avoir pris la mesure des problèmes posés. Parmi les plus lucides (même si sa conception de la société n'est pas celle des anarchistes), Paul Houée, spécialiste du développement rural, constate: La logique du profit pousse à la concentration, à la spécialisation des espaces: d'un côté, des zones intenses d'activité, de peuplement, de consommation à des coûts élevés, de l'autre, de vastes territoires que l'on exploite avant d'y déverser tous les rejets, à l'exception de quelques réserves naturelles ou touristiques.
Et un autre extrait: LA TERRE A CEUX QUI LA TRAVAILLENT
Pour réaliser un vrai changement, il ne suffira pas de formuler des voeux auprès des pouvoirs dominants, même en trois exemplaires et sur papier recyclé ! Ceux-ci n'ont toujours satisfait que des revendications qui ne remettaient pas en cause leur suprématie. Il ne suffira pas de dénoncer un ordre économique et social fondé sur l'inégalité, mais il faudra atteindre le mal à sa racine: l'usurpation des ressources naturelles par la propriété privée, foncière, industrielle ou agraire. Il ne suffira pas de dénoncer l'appropriation du vivant par les grandes firmes agro-chimiques, réalisée à tout prix, quitte à détruire les conditions mêmes de la vie sur terre, mais il faudra encourager l'épargne solidaire, l'accès collectif au foncier et au bâti. Il ne suffira pas de s'affranchir des dépendances à l'égard du système agro-industriel, mais il faudra le renverser.
Et que l'on ne nous parle pas d'utopie, puisqu'une telle expérience s'est déjà concrétisée, même si sa durée fut malheureusement trop courte. Gaston Leval écrivait: L'idéal a été réalisé en Espagne, pendant la révolution libertaire de 1936-1939. Il a consisté en l'expropriation de tous les grands propriétaires et en l'adhésion volontaire de tous les petits à ce que l'on a appelé: les collectivités villageoises. Ces collectivités ont fonctionné comme de vastes coopératives de production. Elles ont été dirigées selon les directives établies par les assemblées générales qui comprenaient les petits propriétaires ayant apporté leur terre, leurs instruments de travail et leur bétail, et les travailleurs salariés, tous réunis maintenant sur un pied d'égalité.
Pour l'application de ces directives, une commission était nommée. Elle comprenait, dans chaque collectivité, un délégué par spécialité -agriculture, fruiticulture, bétail, riziculture, production d'oranges ou d'huile, cultures maraîchères... Ce délégué, qui travaillait à mi-temps, ou à temps complet, selon l'importance de ses activités, coordonnait, avec les délégués des équipes de sa spécialité, les travaux à exécuter.
Brochure de 48 pages éditée aux Editions du Monde Libertaire. 2001. 3€.
Avec un article en supplément du groupe "La Commune" de Rennes: "Agriculture, agroalimentaire et santé publique".
Commande en ligne possible à: http://www.librairie-publico.com