L'étatisme
Posté le 05.01.2008 par anarchie23
LA TENTATION DE L'ETATISME
L' étatisme a été non seulement une catastrophe sur le plan historique et aussi et surtout, d'abord, une erreur stratégique.
L'étatisme est devenu le terme référent de tout ce qui concerne le "public", le social. C'est autour de lui que s'est construite l'idée d'une société nouvelle et dès le 19° et surtout le 20°, le "socialisme".
Les aberrations et les monstruosités du "socialisme réel", fondé sur l'étatisme, constituent un argument de choix pour que rien ne change et que s'étende sans partage le règne de la marchandise. L'étatisme et par voie de conséquence l'étatisation, est en effet devenue synonyme d'incompétence, de lourdeur bureaucratique et d'absence de liberté.
Il/elle est devenu-e le principal argument des libéraux et de manière générale, aujourd'hui, des gestionnaires du système marchand, pour jeter l'opprobre contre toute tentative de changement des rapports sociaux.
ETAT ET INTERET PUBLIC
Il est né d'une confusion entre "Etat" et "intérêt public" dans le cadre du projet d'une nouvelle organisation sociale et économique.
S'il est exact que l'Etat, l'institution, constitue le lieu politique de l'expression du pouvoir de la classe dominante, c'est-à-dire de la catégorie sociale qui profite de manière prioritaire du système en place, et permet de "guider" les politiques économiques susceptibles d'assurer la pérennité du système, il est par contre tout à fait hasardeux, et même faux, de faire de l'Etat, l'objectif essentiel de toute stratégie politique de changement.
"Détenir" l'Etat n'est pas, à priori, contrairement aux apparences, et l'expérience nous le confirme, synonyme de détenir les clefs de l'avenir. Dans le système marchand, d'ailleurs pas plus que dans tout autre système, l'Etat n'est l'expression de l'intérêt public et donc, il n'est pas du tout évident que, "détenir" l'Etat, permette de défendre cet intérêt public, c'est-à-dire les intérêts économiques et sociaux de la majorité.
Or, la plupart des stratégies mises en oeuvre au 20° siècle se sont fondées sur ce principe de "centralisation" du pouvoir et de "centralisation" de la gestion de la nouvelle organisation sociale et économique.
L'étatisme est fondé sur une double erreur:
-l'Etat serait le centre de gravité de tout pouvoir.
-il existerait une rationalité économique qui, exercée à partir de l'Etat assurerait la défense de l'intérêt public.
Contrairement aux apparences, la réalité des rapports sociaux ne se trouve pas concentrée dans l'Etat. S'il en est le garant, il n'en est cependant pas l'essence. Celle-ci est constituée par la réalité économique et sociale des rapports de production qui sont un produit de l'évolution historique, à un moment donné. Différentes formes, constitutionnelles, de l'Etat peuvent d'ailleurs s'adapter à différents moments de l'évolution de ces rapports (république, monarchie constitutionnelle, fascisme...).
ETATISME ET STRATEGIE POLITIQUE
L'étatisme procède logiquement d'une conception et stratégie politiques erronées.
Si l'on part de l'hypothèse que la prise du pouvoir d'Etat est l'élément essentiel du changement social, qu'il permet de confisquer le pouvoir économique des possédants, et que l'élément essentiel de la suppression de toute inégalité c'est que personne ne possède rien... alors l'étatisation est la solution. C'est ce raisonnement qu'ont tenu la plupart des révolutionnaires du 20° siècle... avec le "succès" que l'on sait.
De manière tout à fait aberrante, l'Etat tenait dans leurs analyses une place centrale qu'il n'a en réalité pas, celle que tiennent en fait les rapports sociaux réels entre les individus dans la société civile. L'Etat devient alors, dans leur raisonnement, la clef de voûte, non seulement de la stratégie de prise de pouvoir, mais aussi de toute l'organisation économique, sociale et même idéologique de la nouvelle société. Les germes du totalitarisme sont plantés, ils ne demandent qu'à germer.
La germination sera assurée par deux facteurs étroitement liés:
-la déconnexion entre la réalité politique artificiellement crée et la réalité sociale du terrain.
-la gestion par une bureaucratie de plus en plus éloignée de la réalité et sûre de détenir la "vérité".
Ceci explique l'importance fondamentale de l'idéologie, et donc de la propagande, dans ce type de système. D'abord parce que l'Etat est tout, par principe, mais aussi parce que la réalité sociale imposée déforme, déchire, de plus en plus, l'image idyllique de la société nouvelle. L'Etat s'est en fait, et en droit, substitué à la réalité sociale et a "bâti" artificiellement, c'est-à-dire en dehors de l'Histoire, une société qui se veut idéale qui, si elle correspond aux intérêts des gestionnaires-bureaucrates, ne convient pas du tout au reste de la population. Le mythe des premières heures de la "révolution" est censé compenser la triste réalité qui peu à peu s'impose.
ETATISATION ET RATIONNALITE ECONOMIQUE
Si l'étatisme n'est pas un gage d'efficacité politique, au sens noble du terme, c'est-à-dire l'expression de la réalité des désirs d'une population à un moment donné, l'étatisation elle n'est pas non plus gage d'efficacité économique... "efficacité économique" pas au sens marchand du terme, mais simplement en terme de satisfaction des besoins... l'exemple du "socialisme" avec ses collectivisations forcées -"on fait le bonheur des gens contre leur volonté" (sic)- en est un exemple flagrant.
La gestion centralisée des moyens de production, de la distribution, voire de la détermination des besoins et des désirs ne peut aboutir, et a abouti, à la catastrophe. Pourquoi ?
Pour plusieurs raisons:
-l'Etat, après la prise du pouvoir, est devenu le lieu de tous les pouvoirs, y compris les plus intimes puisque l'idéologie qui l'habite est "juste".
-l'Etat se donne le pouvoir exorbitant d'être l'expression de tous les besoins et tous les désirs, il est donc à même, en principe, de pouvoir tous les satisfaire.
-l'égalité étant la règle, personne ne possède plus rien, l'Etat possède tout et comme l'Etat est le peuple, le peuple a tout (CQFD).
L'étatisation est donc bien une réponse logique à un projet politique qui décrète une gestion centralisée, à tous les sens du terme, de la société.
Le problème c'est qu'une telle conception ne correspond ni à une logique de l'Histoire, celle de l'évolution des rapports sociaux, ni à l'évolution de la conscience humaine qui n'évolue que progressivement et n'obéit absolument pas à des règles strictes de rationalité... aussi éthiquement, morales et donc théoriquement souhaitables soient-elles.
Certains domaines, dans ces économies étatisées, ont pu, et ont effectivement été un immense progrès par rapport à la situation précédente mais également par rapport aux pays "capitalistes"... comme la santé et l'éducation. Domaines qui ont d'ailleurs terriblement régressés à la chute de l'empire soviétique. Mais globalement, historiquement, ces systèmes n'étaient pas viables... ils faisaient, à l'origine, un pari risqué, et perdu, sur une stratégie politique qui s'est avérée fausse et sur un état de la conscience humaine qui ne correspondait pas aux mesures prises.
Il n'y a pas de regrets à exprimer, il y a par contre à comprendre les erreurs commises pour éviter de les reproduire dans l'avenir... Car, et c'est ce qui constitue l'impasse politique actuelle, toutes les stratégies actuelles qui prétendent "changer la société" sont sur cette même problématique, le même schéma de base: prendre le pouvoir, conquérir le pouvoir, accéder au pouvoir... et changer la société.
Patrick MIGNARD.
(matieres@fedetlib.net)
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Anarchie pour qui?
Posté par
Viemoderne le 13.01.2008
Madame, Monsieur,
Vos constats de l'état de la sociétè sont en partie axacts, toutefois défendre l'anarchie c'est oublier que cela represente l'idée d'une vie impossible étant donné le manque de régles essentielles pour éviter la guerre civile eternelle
Soyons logiques et sachons défendre des systémes respectueux de l'être humain et capables de bannir l'argent comme besoin vital.
Amicalment votre
Lien vers mon blogPour tout le monde !
Posté par
Alayn le 15.01.2008
Bonjour !
L'anarchie n'est pas forcément le désordre et ne mène pas non plus nécessairement à la guerre civile.
L'anarchisme propose des modes d'organisation (fédéralisme libertaire, autogestion, etc...)qui ne sont pas impossibles à mettre en place. Avec des règles choisies collectivement par tout le monde.
Je pense qu'il faut arrêter de voir l'anarchisme comme quelque chose d'impossible, d'inorganisé et violent. Celà, c'est ce que toutes et tous les détracteurs(trices) de ce mouvement ont toujours voulu faire croire.
L'anarchisme est bien plus que cette caricature.
Maintenant, être respectueux des êtres humains et bannir l'argent, je suis d'accord avec vous.
Salutations Anarchistes
Lien vers mon blogantiétatisme radical et coopérativisme béat
Posté par
Christian DELARUE le 11.02.2008
LA CRITIQUE RADICALE DE L' ETATISME
COMPLEMENT DE L'APOLOGIE BEATE DES COOPERATIVES
UNE TENDANCE CONTEMPORAINE DE L'ALTERMONDIALISME ?
La critique radicale de l'étatisme combinée à l'apologie des coopératives figure en de bonnes places parmis les thèmes de l'altermondialisme. Vu la fréquence des propos voire des slogans entendus, cette combinaison est en passe de constituer une quasi pensée unique de l'altermondialisme. Elle s'appuie sur tout un corpus de textes en défense des coopératives.
I - ETATISME / COOPERATION : OPPOSITION OU COMPLEMENT ?
On pourrait penser d'emblée par réflexe critique que poser ainsi la question étatisme ou coopérative en terme d'exclusion systèmatique d'un d'eux au profit de l'autre relève d'une pensée binaire et trop schématique. A considérer abstraitement l'Etat - donc sans adjectif - trois positions sont possibles : 1 - abolition de l'Etat et démocratisation-socialisation maximale de la vie locale (quartiers et entreprises notamment celles à statut de coopératives) 2 Renforcement de l'Etat social et marginalisation - ignorance des coopératives comme de la démocratie participative 3 Tenir ensemble Etat (lequel?) et coopération?
- Etatisme ou coopération
La tendance montante écolo-sociale-solidaire prone la multiplication des coopératives lié au développement de la démocratie participative un socialisme par-en-bas, surtout sous l'angle de la critique de l'étatisme et de l'apologie des coopératives de production. La critique de l'étatisme provient majoritairement du courant libertaire . Une critique récente de Patrick MIGNARD figure sur le site PAG 69.
La tendance inverse est perceptible chez d'autres auteurs. Dans "Réformes et révolution" Yves SALESSE (4) s'est interessé au socialisme et à la transformation de l'Etat mais pas aux coopératives. Denis COLLIN aussi (4bis ). Pour ma part j'ai aussi critiqué certaines positions apologétiques du néo-solidarisme et l'économie sociale et solidaire, celle qui emportaient critique de la voie vers le socialisme.
- Etatisme et coopération
Il s'agit de "tenir les deux bouts" : faire vivre le secteur coopératif tout en changeant l'Etat. La question "étatisme ou coopération" est sérieusement et explicitement posée par Thomas COUTROT membre du Conseil scientifique d'ATTAC dans son ouvrage "Démocratie contre capitalisme" mais pour y discuter des positions de Marx. Les chapîtres qui suivent portent sur "La démocratie directe des conseils ouvriers" puis sur l'expérience yougoslave et notamment "Du contrôle ouvrier au contrôle citoyen" puis sur l'intérrogation plus actuelle concernant "les coopératives de production : embryon ou avorton?" Cette dernière interrogation débouche sur l'idée que "les expérience coopératives ne sont pas forcément subversives mais demeurent précieuses". En son temps Jean-Marie HARRIBEY (6) avait déjà porté une analyse critique similaire concernant l'économie sociale et solidaire. A ces lectures qui ne débattent pas de la place de l'Etat il semble bien qu'il soit maintenu mais avec un rôle restreint.
II - QUE FAIRE DE L'ETAT ?
- Mais de quel étatisme parle-ton?
Certes dans l'abstrait on peut dire que tout Etat de par sa rationalité, sa prise en compte du long terme, est en capacité d'assurer certaines missions de redistribution des richesses, de péréquation des sercices, de régulation économique. Mais en réalité l'Etat se soumet aux forces dominantes, celles du marché, des marchés et derrière du capital.
- Etat "transformé" nécessaire : est-ce possible?
Donc, pour le dire avec d'autres malgré quelques divergences (5) "nous ne défendons comme perspective immédiate ni la disparition de l'État - c'est évident - ni sa réduction. Ce que nous défendons, c'est sa transformation, qui doit être de plus en plus contrôlée par la population organisée et consciente, qui se constitue de plus en plus en véritable chose publique"
.http://www.lagauche.com/lagauche/spip.php?article461
- Etat capitaliste ou Etat socialiste : une rupture franche nécessaire !
Passer de l'Etat capitaliste à l'Etat socialiste ne se fera pas sans douleur et sans crise car il y a un changement de nature. Nous sommes dans l'après révolution, dans le cadre d'un post capitalisme.
POUR UNE ALTERDEMOCRATIE , BESOIN D'UN ETAT ECO-SOCIALISTE !
http://www.blogg.org/blog-44839-themes-1___2___democratisation___autre_democratie_ou_alterdemocratie-163694.html
UN POSTCAPITALISME ECOSOCIALISTE
http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=36838
Christian DELARUE
1) Thomas COUTROT Démocratie contre capitalisme page 149 La Dispute 2005
2) LA TENTATION DE L'ÉTATISME de Patrick MIGNARD
http://www.pag69.org/article.php3?id_article=718
3) Contre le néo-solidarisme et l'économie sociale et solidaire:
a) L'altermondialisme n'est pas soluble dans le néosolidarisme.
http://www.bellaciao.org/fr/spip.php?article27288
b) Vous critiquez l'Economie sociale et solidaire mais n'osez pas vous dire écosocialiste!
http://www.bellaciao.org/fr/spip.php?article23958
4) Yves Salesse, Réformes et révolution : propositions pour une gauche de gauhce, Contre-feux, Agone, 2001,
Quelques commentaires du livres :
- À propos de la « révolution nécessaire »
http://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=MOUV_017_0165
- J Zin http://pagesperso-orange.fr/marxiens/egep/economie/livres/salesse
- Catherine SAMARY : De l'émancipation de chacun/e à l'intérêt général- et réciproquement Quelle appropriation sociale ?
http://www.lagauche.com/lagauche/spip.php?article463
- Un premier pas vers une discussion programmatique François Chesnais
http://www.carre-rouge.org/Numeros/N19/59.pdf
4 bis De la république au socialisme par Denis COLLIN mars 2002
http://www.la-sociale.net/article.php3?id_article=46
5)Le socialisme comme autogouvernement solidaire du peuple organisé
.http://www.lagauche.com/lagauche/spip.php?article461
6) De Jean-Marie HARRIBEY
L'ESS, un appendice ou un faux fuyant?
http://harribey.u-bordeaux4.fr/travaux/travail/eco-solidaire.pdf
Du grain de sable au grain de sel
http://www.passant-ordinaire.com/revue/39-392.asp
Les frontières de la solidarité
http://www.passant-ordinaire.com/revue/37-304.asp
Dans quelle Etat-gère ?
Posté par
Alayn le 12.02.2008
Bonjour !
Pour moi, l'altermondialisme n'est pas un mouvement foncièrement anti-étatiste. Je pense que ce mouvement souhaite juste "aménager" l'Etat en donnant plus la parole aux citoyens par exemple. Doit-on rappeler ici, par exemple, les dérives autoritaires d'Attac ?
Que le mouvement alter-mondialiste ensuite soit pour le coopérativisme, pourquoi pas...
En tant qu'anar, il est clair que nous ne voulons plus d'Etat du tout. Et que nous pensons que nous pouvons nous organiser sans lui en créant des coopératives mais pas seulement: des fédérations libertaires, des alternatives anti-capitalistes, etc...
Un Etat, même éco-socialiste, risque de rester un Etat "contraignant", hiérarchisé, etc...
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