Publié le 13/03/2009 à 12:00 par anarchie23
"C'EST L'ANARCHIE !"
"C'est l'anarchie !". Les gens de pouvoir, les médias utilisent à profusion le terme "anarchie" pour désigner le chaos économique, politique et moral de notre société. L'emploi du mot "anarchie" tendrait à faire croire que ce monde est livré aux mains de forces diaboliques qui veulent renverser le bel édifice que les peuples disciplinés, conduits par les Etats, ont bâti au cours des siècles.
Pourtant, ce sont bien les Etats qui se partagent et gouvernent la planète. C'est bien à eux que l'on doit le désordre économique dans lequel nous vivons. Faire mieux que les Etats dans les domaines du chaos et de l'horreur est difficile...
Qui peut croire encore que le pouvoir est synonyme d'organisation ? Ceux qui vivent du pouvoir, très certainement. Mais pas les anarchistes. Le chaos institutionnalisé, le pouvoir et l'esclavage ont fait leur temps. Aujourd'hui, choisir l'anarchisme, c'est faire preuve de réalisme et de sens organisationnel.
Nos détracteurs (des fascistes aux marxistes en passant par les démocrates) nous considèrent comme des terroristes ou des idéalistes en retard d'une révolution. Il y a ceux aussi qui prétendent défendre l'anarchisme, mais qui préconisent une société sans règle, sans morale, sans contrainte, dans laquelle on pourrait faire ce que l'on veut. Quel choix le citoyen raisonnable pourra-t-il faire entre les propositions d'autoritaires de toutes sortes qui ont montré leur faillite, et celles des nihilistes de tout poil qui prétendent que demain on rasera gratis, tout étant résolu par la suppression pure et simple de toutes les institutions mises en place jusqu'à nos jours ?
La pensée libertaire englobe un projet de société différent de tous les modèles connus jusqu'à présent.
ALORS, L'ANARCHIE, C'EST QUOI ?
C'est l'état d'un peuple, et plus exactement encore, d'un milieu social sans gouvernement. Hormis les anarchistes, tous les philosophes, tous les moralistes, tous les sociologues, y compris les théoriciens démocrates et les doctrinaires socialistes, affirment qu'en l'absence d'un gouvernement, d'une législation et d'une répression qui assure le respect de la loi et sévit contre toute infraction à celle-ci, il ne peut y avoir que désordre et criminalité.
Les anarchistes affirment que "l'anarchie est la plus haute expression de l'ordre".
ANARCHIE ET ORDRE ?
Notre ordre repose sur l'entente (principe de Liberté, opposé au principe d'Autorité). Au contraire, les autres propositions d'organisation de la société -socialisme, libéralisme, marxisme...- ont toujours octroyé à une minorité de privilégiés le droit de gérer la société à la place des concerné(e)s et pour leur propre profit. Ce mode de gestion porte un nom: l'Etat. L'Etat est l'expression politique du régime économique auquel est soumise la société. Il permet et justifie l'oppression et l'exploitation de l'homme par l'homme: il confisque à l'individu son pouvoir -en dictature comme en démocratie (élections)- et met ce pouvoir au service du capital (répression des mouvements sociaux, aides financières...).
L'Etat, à force d'être omniprésent, finit par se superposer à la société, et tente de faire croire qu'en-dehors de lui elle ne saurait fonctionner. Cette illusion est d'autant plus pathétique que l'Etat constitue de fait un groupe social à part entière, coupé des réalités des individus et des autres groupes sociaux. Il ne sert qu'à maintenir l'ordre (fonctions législative et répressive) au service des intérêts de la classe exploiteuse, qu'on la nomme patronat, bourgeoisie ou nomenklatura.
Il s'appuie pour cela sur une morale dégradante et humiliante pour l'être humain, secondé en ce sens par la religion qui légitime elle aussi l'exploitation et la domination, se contentant parfois d'en condamner les manifestations les plus brutales, sans jamais émettre de critique de fond ni proposer d'autre modèle que patriarcal, hiérarchique et caritatif.
Les anarchistes refusent ce modèle sociétaire, oppresseur, exploiteur, négation de l'individu et de ses aspirations. Ils cherchent par tous les moyens à montrer qu'il est possible et souhaitable de vivre dans une société égalitaire, gérée directement et librement par ses diverses composantes: individus, groupements sociaux, économiques, culturels, et ce dans le cadre du fédéralisme libertaire.
LE REFUS DE L'AUTORITE
Le refus de l'autorité n'est pas apparu avec les théories libertaires. Il les précède largement au travers des actes, des attitudes d'individus ou de groupements sociaux. Certains évènements historiques nous le rappellent: par exemple les révoltes des esclaves dans la Rome antique, les jacqueries paysannes du Moyen âge, l'essor de la Renaissance, les philosophes des Lumières, la Révolution française.
Plus près de nous, ces théories ont participé au déclenchement de la Révolution de 1848, de la Commune de Paris, de la Révolution russe et de la Révolution espagnole.
Autant de lieux, de situations, dans lesquels des hommes ont cherché à desserrer, voire à abolir l'étau oppressif dans lequel ils se sentaient pris au piège.
En replaçant ces évènements dans le contexte historique et social qui leur a donné naissance, on s'aperçoit qu'ils visent le même but: l'amélioration des conditions d'existence, le partage des richesses, le droit à la connaissance, l'instruction, le bien-être, bref une aspiration au bonheur. Ces mouvements de révolte ont été pour la plupart écrasés (les esclaves, les paysans, la Commune de Paris...), ou récupérés au profit d'une classe ou d'un parti (la bourgeoisie émergente sous la Révolution française, les Bolcheviks dans la Révolution russe...), ou encore détournés de leur but (les monarques dits "éclairés" du Siècle des Lumières).
Car malgré l'embryon de liberté qu'ils contenaient, ils n'étaient pas suffisamment forts ni structurés pour renverser le cours des choses. Ils étaient des utopies dans le sens où ils ont osé projeter sur l'écran de l'avenir des images en contradiction avec celles de leur temps.
HERITAGES
Cet héritage philosophique a été théorisé puis mis en pratique au XIX° siècle, coïncidant en cela -et non sans raison- avec l'apparition du nationalisme et de l'étatisme.
On s'accorde aujourd'hui à dire que Pierre-Joseph PROUDHON est le "père" de l'anarchisme, le théoricien du système mutualiste et du fédéralisme, et l'inspirateur du syndicalisme ouvrier. Son influence sur le mouvement ouvrier a été réelle, puisqu'au sein de l'Association Internationale des Travailleurs (A.I.T.) existait un courant nettement proudhonien.
Le Congrès de Saint-Imier (1872) jette les bases de l'anarchisme. Les délégués réunis proclament "que la destruction de tout pouvoir politique est le premier devoir du prolétariat" ; "que toute organisation d'un pouvoir politique soi-disant provisoire et révolutionnaire pour amener cette destruction, ne peut être qu'une tromperie et serait aussi dangereuse pour le prolétariat que tous les gouvernements existant aujourd'hui...".
Ces idées, reprises de Michel BAKOUNINE et de la Première Internationale, resteront présentes jusqu'à nos jours. Elles seront l'apanage de Louise MICHEL (Commune de Paris), du 1er Mai 1885 (Etats-Unis), de Fernand PELLOUTIER (Bourses du Travail), des explications du monde d'Elisée RECLUS, éminent géographe, de Pierre BESNARD (anarchosyndicaliste), de Pierre KROPOTKINE et du communisme libertaire, de Paul ROBIN et de son école libertaire de Cempuis, de Jean GRAVE et de ses 40 ans de propagande anarchiste, de Gustav LANDAUER, fusillé par la soldatesque en 1919 pour sa lutte au côté des Conseils Ouvriers de Bavière, de Nestor MAKHNO et de son engagement dans la révolution russe, de SACCO et VANZETTI, assassinés par chaise électrique pour leur idées, d'Erich MUHSAM, poète et dramaturge allemand, mort dans un camp de concentration en 1933, de Buenaventura DURRUTI pendant la guerre d'Espagne, d'Armand ROBIN et ses langages multiples, pour ne citer que quelques-uns.
Après la seconde guerre mondiale, elles resurgiront et verront la création de la Fédération Anarchiste, de l'Internationale des fédérations anarchistes dans le monde ; elles impulseront la reconstruction de la Confédération Nationale du Travail (CNT), anarchosyndicaliste, affiliée à l'AIT ; elles souffleront dans les rangs de Mai 68 et de la contre-culture, dans le mouvement social...
DE L'ANARCHIE A L'ANARCHISME
Ainsi donc, l'anarchie est ce que nous entrevoyons (société libertaire) ; l'anarchisme est le mouvement social qui poursuit la réalisation de l'idéal anarchiste. L'anarchisme est une lutte incessante, sous les formes les plus variées, contre les préjugés, l'obscurantisme, le fait autoritaire. Il s'articule principalement autour de 2 types de tâches: les unes destructives, les autres reconstructives. Les actions destructives consistent à saper profondément le principe d'autorité dans toutes ses manifestations, le démasquer, combattre toutes les manoeuvres par lesquelles il tente de se réhabiliter et de se survivre sous une autre forme. Les actions reconstructives, parfois parallèles aux destructives, visent à mettre en place un fonctionnement fédéraliste et de gestion directe. Pour cela, il faut un outil adapté, une organisation...
ORGANISATION
L'organisation est fonction du degré de conscience, atteint par les discussions, débats et confrontation d'idées, et dans l'action. Plus cette conscience sera grande et plus la vitalité de l'organisation sera élevée. Pour aboutir à une organisation souple et forte, en même temps conforme à l'esprit libertaire, il faut aller de la base au sommet, de l'unité au nombre, du particulier au collectif.
Nous nous accordons entre individus et groupes sur un ensemble de principes généraux, de conceptions fondamentales et d'applications pratiques: c'est le fédéralisme qui permet à chacun de rester lui-même, de se soustraire à tout écrasement, de garder son autonomie, de prendre une part active à la vie de l'organisation, d'émettre son opinion.
Une telle organisation laisse à chacun de ses éléments la totalité des forces qui lui sont propres, tandis que par l'association de ces forces, elle atteint elle-même son maximum de vitalité.
L'action n'est pas l'agitation. Elle doit correspondre à un but, la révolution libertaire, et à une stratégie, plus circonstancielle. Parfois, la situation sociale est provisoirement calme, parfois elle s'emballe. L'organisation doit s'adapter à ces différentes phases.
En tout état de cause, la place des militants(tes) anarchistes est dans la lutte sociale, expression de la lutte des classes, y compris dans les luttes dites réformistes (lutte contre la précarité, contre les licenciements, augmentation des salaires, défense des services publics...), avec nos principes antiautoritaires et d'action directe (contrôle et révocabilité des mandaté-e-s...), et nos perspectives d'ensemble.
C'est de la confrontation entre nos idées, nos pratiques, et les masses, que peut surgir ou naître progressivement la conscience révolutionnaire.
DES PROPOSITIONS
L'anarchisme, enfin, est un ensemble de propositions et de pratiques tendant à l'émancipation totale de l'homme en société. Si la société existe en tant qu'entité sociologique, l'individu existe tout autant, sans rapport hiérarchique à cette société. C'est donc l'harmonie entre ces 2 éléments que recherchent les anarchistes.
L'émancipation est de triple nature. Emancipation économique d'abord, par la réappropriation des outils de production, leur gestion directe par les travailleurs eux-mêmes, et par la répartition égalitaire des richesses.
Emancipation politique ensuite, par le remplacement de la bureaucratie d'Etat, par une organisation fédéraliste des secteurs de la société, maintenant la cohésion et préservant l'autonomie.
Emancipation intellectuelle, enfin, via la prise en charge par l'individu de son rôle social, reléguant la religion et toute forme de soumission au musée des horreurs. Une société sans classe et sans Etat, organisée par et pour les femmes et les hommes, voilà ce que veut l'anarchisme.
L'anarchiste est par tempérament et par définition réfractaire à tout embrigadement qui trace à l'esprit des limites et encercle la vie. Il nie le principe d'autorité dans l'organisation sociale. Il ne peut donc y avoir de catéchisme libertaire.
L'organisation anarchiste de la société, émanation directe de la volonté des individus et des groupements sociaux, ne pourra se réaliser qu'en dehors et contre la tutelle de tous les organismes et structures autoritaires établis sur l'inégalité économique et sociale.
Les fondements éthiques et organiques du fédéralisme libertaire sont: la liberté comme base, l'égalité économique et sociale comme moyen, la fraternité comme but. Cette définition marque la profonde différence entre le fédéralisme libertaire et le "fédéralisme étatique".
Nous appelons de toutes nos forces une société de type fédéraliste, fondée sur la possession collective ou individuelle des moyens de production et de distribution (excluant toute possibilité pour certains de vivre du travail d'autres), l'entraide, l'abolition du salariat et de l'exploitation de l'homme par l'homme.
Les anarchistes n'accordent aucun crédit à un simple changement des personnes qui exercent l'autorité: les mêmes causes engendrent les mêmes effets. Toutes les formes d'autorité se tiennent. En laisser subsister une seule, c'est favoriser la réapparition de toutes.
VERS UNE SOCIETE LIBERTAIRE
Pour arriver à instaurer une société libertaire, il faut se doter de moyens en accord avec la finalité. Tel que l'exprime Errico MALATESTA, "ces moyens ne sont pas arbitraires, ils dérivent nécessairement des fins que l'on se propose et des circonstances dans lesquelles on lutte. En se trompant sur le choix des moyens, on n'atteint pas le but envisagé, mais on s'en éloigne, vers des réalités souvent opposées et qui sont la conséquence naturelle des méthodes que l'on emploie".
Les règles qui vont faire fonctionner une telle société sont basées sur des contrats mutuels, égalitaires, réciproques, pouvant être remis en cause à tout instant. Ces contrats peuvent être écrits ou tacites.
MANDATEMENTS
Une telle société ne peut évidemment pas fonctionner sans entraide ni coopération volontaire. La délégation de responsabilité permettra de discuter au niveau fédéral. Mais attention, entendons-nous sur les mots: pour les anarchistes, chaque délégué(e) reçoit un mandat précis. L'assemblée qui l'a mandaté exerce un contrôle permanent sur son travail, et, surtout, peut le révoquer à tout moment si le travail qu'il effectue ne correspond pas à son mandat.
L'anarchisme est une proposition globale de société cherchant à promouvoir une civilisation réellement différente. Il oppose le principe de liberté au principe d'autorité, l'entraide à la loi de la jungle, l'égalité à la discrimination.
"Aussi longtemps que la société sera basée sur l'autorité, les anarchistes resteront en état perpétuel d'insurrection." (Elisée RECLUS)
FEDERATION ANARCHISTE
(texte présenté dans les CFA (Centre de Formation Anarchiste) de la Fédération Anarchiste se déroulant plusieurs fois par an et dans des lieux différents).
Publié le 01/03/2009 à 12:00 par anarchie23
120 pages. Editions Libertaires. Février 2009. 10€.
4ième de couverture:
Samedi 27 septembre 2008, 145 rue Amelot, Paris XIème, 17 heures.
La librairie du "Monde Libertaire" est bondée. Benoist Rey, l'auteur de "Les égorgeurs", un des livres mythiques sur la guerre d'Algérie, présente ses derniers bouquins, "Les trous de mémoire", fin, et "Mieux vaut boire du rouge que broyer du noir".
Soudain, une ombre casquée, toute de cuir vêtue, pénètre dans la librairie d'un pas décidé, sort un pétard de son blouson et met deux balles dans la tête d'un petit jeune homme.
La police est là dans les cinq minutes. Le petit jeune homme est rapidement identifié. Nom, Pâques. Prénom, Didier. Lieutenant à la DNAT (Division Nationale Anti-Terroriste). Cela faisait trois mois qu'il avait infiltré le groupe Liberté de la FA (Fédération Anarchiste). Il enquêtait sur E.T.A.
Immédiatement la librairie est bouclée. Et, les flics découvrent deux nouveaux cadavres. Celui du général (à la retraite) Maxime de Bonnefieu (en 1960 il était lieutenant et commandait le commando de choc où Benoist Rey officiait comme... infirmier). La nuque brisée. Sa spécialité de l'époque. Et celui de l'évêque Eberhardt von Steinberg. Dans les chiottes. La bave aux lèvres. Il était aumônier militaire dans la légion Kondor en Espagne, en 1936. Il avait béni les Stukas qui avaient rasés Guernica.
Les anarchistes auraient-ils décidés d'en revenir aux fondamentaux et d'exterminer flics, militaires et curés ? En commençant par régler les comptes en cours ?
Les flics et les médias en sont persuadés.
Il est, donc, temps pour Ed Merlieux et Ted Chaucre, des services secrets de la Fédération Anarchiste, de lâcher le côte de Bourg et de mener l'enquête !
Et c'est peu dire qu'ils vont aller de surprises en surprises !
Meurtres en série chez les anarchistes (textes et notes de lectures de PACO):
Avec "Meurtres exquis à la librairie du Monde Libertaire", Jean-Marc RAYNAUD signe un polar étonnant. Une histoire où les services secrets de la Fédération Anarchiste se montrent bien plus efficaces que la maison Poulaga...
Quand il n'écrit pas de "Lettre ouverte aux maîtres du monde", quand il n'héberge pas de "terroriste de trois ans", quand il ne lance pas un pertinent appel à l'unité aux anars de tout poil, quand il ne parle pas de l'école libertaire Bonaventure qui a poussé au fond de son jardin, quand il n'est pas pendu au téléphone pour faire tourner les Editions Libertaires (80 titres au catalogue), quand il n'aligne pas des kilos de moules sur une planche pour une églade fraternelle, quand il ne promène pas la fidèle Bouillote sur la plage de Chaucre, quand il ne s'amuse pas à nous faire peur avec ses vieilles artères, Jean-Marc RAYNAUD passe de belles heures à écrire des livres.
Dans les années 80, Manuel Vasquez Montalban avait plongé le détective barcelonais Pepe Carvalho dans les entrailles du PCE (Parti Communiste Espagnol) pour son roman "Meurtre au comité central". Changement de latitude avec "Meurtres exquis à la librairie du Monde Libertaire". Jean-Marc RAYNAUD vient en effet de lancer Ed Merlieux et Ted Chaucre, deux détectives des services secrets de la Fédération Anarchiste, sur trois meurtres survenus chez Publico, la librairie du "Monde Libertaire" (hebdo de la Fédération Anarchiste -FA).
Comme dirait quelqu'un que je connais bien, c'est peu dire qu'il y avait un sacré bazar chez les zanars ce fameux 27 septembre 2008 vers 17 heures. A vue de nez, tout devait bien se dérouler pendant la rencontre organisée avec l'auteur du livre "Les Egorgeurs", un document redoutable sur la guerre d'Algérie publié en 1961 et aussitôt interdit. Benoist Rey, 70 ans, 1,93 mètre, 130 kilos boubou compris, était attendu pour présenter un coffret réunissant "Les Egorgeurs", "Les Trous de mémoire 1 § 2" et son dernier volume, "Mieux vaut boire du rouge que de broyer du noir", un recueil de recettes de cuisine et de bonnes adresses pinardières. La révolution sera festive ou ne sera pas.
C'était sans compter sur une irruption d'évènements déroutants et pas très catholiques. Dans la série noire des cadavres exquis, un lieutenant de la division nationale anti-terroriste (DNAT) a ouvert le bal en se prenant deux balles en pleine tête. Il avait infiltré la Fédération Anarchiste dans l'espoir d'y trouver des gens d'ETA. Au coeur de la mêlée, le général Maxime de Bonnefieu (qui commandait le commando de choc où Benoist Rey était infirmier) s'est écroulé avec la nuque à l'équerre, une de ses spécialités en Algérie. Enfin, l'évêque Eberhardt von Steinberg (aumônier militaire dans la légion Kondor qui avait béni les avions qui ont rasé Guernica) est retrouvé le coeur perforé par une baleine de parapluie dans les chiottes (fermés de l'intérieur) de la librairie fréquentée par une foule d'habitué-e-s, dont Jacques Tardi et Michel RAGON.
Fichue mélasse pour les flics qui passent sur le gril une grosse brochette de militant-e-s présumé-e-s coupables. C'est dans l'air de tous les temps. Un méli-mélo qui conduit illico presto la sinistre de l'Intérieur à envisager la dissolution de la Fédération Anarchiste pour conjurer le spectre d'un complot anarcho-autonome. Air connu. Admettons qu'il n'est pas facile de trouver un semblant de logique dans ces trois affaires embrouillées qui alignent trois des cibles favorites des anars: les flics, les militaires et les curés. Les anars seraient-ils assez cons pour commettre des crimes dans leurs propres locaux ? L'enquête est confiée à deux femmes qui pataugent lamentablement bien que pas nées de la dernière pluie de chevrotine. La commissaire a été sympathisante de l'Organisation communiste libertaire lorsqu'elle étudiait le droit à Toulouse. Quand à la juge, elle a su manier le cocktail molotov avec la Ligue communiste, ancêtre d la LCR, au début des années 70.
Ne voulant pas attendre niaisement que la foudre leur tombe dessus, les anars s'organisent. Après un meeting unitaire houleux, les services secrets de la FA sont mis sur le coup pour sortir de taule au plus vite les camarades placés en garde à vue. Nous sommes en mesure de révéler ici que, grâce à saint Bakounine et à quelques méthodes expéditives, les trois dossiers n'alimenteront pas les prochains épisodes de "Cold Case". Mais que l'on ne compte pas sur nous pour dénoncer les coupables (même si aucun n'est anarchiste). Disons seulement qu'il faut toujours se méfier des apparences... et parfois de ses amis.
Avec humour, Jean-Marc RAYNAUD en profite pour nous immerger dans l'univers anarchiste, son histoire, ses querelles fratricides (les entourloupes d'un quarteron de "cosaques marxistes libertaires" ne sont pas digérées), ses lieux, ses personnages. Ce roman à clef met en scène des doubles de personnes réelles. Cent cinquante sont citées, avec ou sans pseudo transparent. Pour faciliter le décodage de cette private joke, une vingtaine de caricatures dessinées par Jean-Charles Vincent ponctuent les pages. Les intéressé-e-s apprécieront, mais, que l'on se rassure, nul besoin d'avoir des décennies de cotisations à la FA derrière soi pour déguster ce polar croustillant comme un pavé à la sauce oléronaise.
Publié le 25/02/2009 à 12:00 par anarchie23
QUATRIEME DE COUVERTURE:
"Entre l'anarchisme et le marxisme, il n'y a pas de conciliation possible. Le marxisme maintient l'homme dans le cercle qui enserre les sociétés de classes, quel que soit le système dont elles se réclament, l'anarchisme sort l'homme de ce cercle. Malgré ses prétentions, le marxisme n'est qu'une adaptation des sociétés de classes avec des moyens appropriés. L'anarchisme est rupture. C'est la civilisation de l'Homme en lutte contre toutes les formes d'oppression."
Ainsi écrivait Maurice JOYEUX.
Les Editions du Monde Libertaire se devaient de consacrer un livre à celui qui, par son action et sa pensée a marqué, et marque encore aujourd'hui, le mouvement libertaire français.
Maurice JOYEUX se montra, sa vie durant, ouvert à toutes les pistes dès lors que le principe fondateur s'appuyait sur cette notion chère qui s'appelle: la liberté, et, en brisant les conformismes, Maurice JOYEUX construisit les adaptations de la pensée libertaire nécessaires au monde contemporain. Il reste, encore aujourd'hui, l'un des principaux artisans de sa reconstruction.
Roland BOSDEVEIX, qui fut un de ses compagnons de combat pendant plus de 20 ans, raconte Maurice JOYEUX dans ces pages. Il raconte le personnage d'abord, celui qui passa de la révolte (qui le conduisit plusieurs fois en prison) à l'action révolutionnaire et à la création de la Fédération Anarchiste.
Dans une deuxième partie, l'auteur analyse l'oeuvre et la théorie de Maurice JOYEUX.
PREFACE de Michel RAGON (31 mars 2004)
En 1947, à 23 ans, grâce à Henri POULAILLE, je publie mon premier livre: "Les Ecrivains du Peuple" ; et celui-ci me dit d'aller en porter un exemplaire à un libraire de Montmartre qui a pris pour enseigne: "Le Château des brouillards".
C'est ainsi que j'ai rencontré pour la première fois Maurice JOYEUX, alors libraire et néanmoins anarchiste.
Rencontre qui, pour moi, allait devenir aussi fructueuse que celle d'Henri POULAILLE. Mes 2 aînés m'ouvraient une voie qui est toujours demeurée la mienne: celle de la philosophie et de l'action libertaire.
Pour Henri POULAILLE, Maurice JOYEUX était un jeune homme. Il était en effet son aîné de 14 ans. Pour moi, Maurice JOYEUX était un aîné déjà prestigieux. Coïncidence étrange, il était, lui aussi, mon aîné de 14 ans.
Si Henri POULAILLE m'a beaucoup donné, Maurice JOYEUX m'a beaucoup offert. Il m'a permis de collaborer à "La Rue", au "Monde Libertaire", à "Radio Libertaire" et de fréquenter le Groupe Louise Michel.
Toujours, il demeura un camarade attentif, critique positif à l'occasion, parfait ami toujours.
Très vite, à l'amitié de Maurice JOYEUX s'ajouta celle de sa compagne, Suzy CHEVET, de sa fille Claudette, de son gendre Pepito ROSELL et des 3 petits-enfants: Ninon, Thyde et Wally qui continuent aujourd'hui l'oeuvre des parents et grands-parents, au sein de la Fédération Anarchiste.
Cette biographie et étude critique de l'oeuvre de Maurice JOYEUX montre bien la transformation qui s'est opérée chez Maurice JOYEUX à partir du moment où il a partagé sa vie avec Suzy.
Avant Suzy, c'était un révolté, un bagarreur. Avec Suzy, ce devint un révolutionnaire conscient et un organisateur.
Qui a assisté aux sensationnels galas de la Fédération Anarchiste, au Moulin de la Galette ou au Palais de la Mutualité, avec leur affluence record et leur programme exceptionnel (Brassens, Léo FERRE, Jean Yanne, etc), se souvient de l'efficacité de Suzy et avec quelle communication chaleureuse elle obtenait des collaborations épatantes pour nos galas.
Roland BOSDEVEIX appelle Maurice JOYEUX un "vieux lion". C'est dire l'énergie qu'il diffusait. Mais par son physique il ne ressemblait guère à un lion. Ni d'ailleurs à un tigre. De petite taille, très mince, nerveux, toujours en mouvement, coléreux, imprécateur, enthousiaste, il avait conservé, à la fois dans son langage et son aspect, l'allure de l'ouvrier trimardeur qu'il avait longtemps été.
Les tribuns sont rares et parfois dangereux lorsqu'ils donnent dans le populisme. Maurice JOYEUX était populaire, à la voix forte, aux paroles claires, vibrantes, chaleureuses, convaincantes.
Sa culture littéraire et politique était exceptionnelle. De PROUDHON et Michel BAKOUNINE à Albert Camus et André Breton, il avait beaucoup lu, beaucoup réfléchi. Ses critiques de livres dans "Le Monde Libertaire" témoignent de l'étendue de ses connaissances et de la pertinence de ses jugements.
Théoricien, son ouvrage "L'Anarchie dans la société moderne" demeure un classique de la littérature libertaire. Lorsque je fus amené à diriger une collection de volumes sur les sciences humaines, aux Editions Casterman, j'offris naturellement la possibilité à Maurice JOYEUX de rédiger un livre et il publia avec succès: "L'Anarchie et la révolte de la jeunesse".
Après la mort accidentelle de Suzy, en 1972, il y eut chez Maurice JOYEUX une fêlure qui ne se guérit jamais.
Aux obsèques, au crématorium du Père Lachaise, une véritable foule était venue. J'eus beaucoup de mal à me frayer un passage pour dire le petit message d'adieu que Wally m'avait demandé de prononcer au nom de la famille.
AVANT-PROPOS (par Roland BOSDEVEIX)
Octobre 1966. XVIII° arrondissement de Paris. Métro Jules Joffrin. Remontant la grouillante et commerçante rue Ramey, nous empruntons à mi-chemin sur la gauche un petit passage du même nom. L'étroitesse du lieu associé à un éclairage blafard donne au passage une impression de coupe-gorge. Au fond de celui-ci, une grande porte de garage ouverte s'offre à nous. Deux ou trois personnes discutent sur le pas de la porte nous laissant supposer que c'est bien à cet endroit là que nous avons rendez-vous avec le Groupe libertaire Louise Michel. En réalité, nous venons pour la première fois aux cours donnés par ce groupe qu'annonce le journal de la Fédération Anarchiste à chacune de ses parutions. La porte franchie de ce qui pourrait s'appeler l'entrée de l'immeuble, un petit couloir distribue l'accès des différentes caves où les habitants du quartier entreposent leurs encombrants. La porte du local de ce groupe que je découvre pour la première fois est entr'ouverte...
Tant bien que mal, sur des bancs ou des chaises récupérées ici ou là, de nombreux auditeurs s'entassent dans ce local exigu. Les poteaux qui soutiennent la verrière servant de toit ainsi que les murs sont tapissés d'innombrables affiches anars défraîchies ou récentes: galas du groupe, appels à la lutte, annonces de meeting... A moins d'un mètre au-dessus de nos têtes des fils suspendus traversent la pièce de part en part, attendant sans doute quelque prochain tirage sérigraphique. Une table barre le mur du fond derrière laquelle trois personnes attendent que l'auditoire soit prêt. Enfin, derrière ces trois personnages, des rayonnages couvrent le mur où s'entassent dans ce que l'on ne peut pas appeler "la plus haute expression de l'ordre": ronéotype, ramettes de papier, rangées de livres, bacs à fiches, paquets de colle à papier, agrafeuse...
Trois personnages sont assis derrière cette table. Deux jeunes, à l'allure étudiante, et le troisième nettement plus âgé qui ne peut être à mes yeux que le conférencier annoncé dans le journal: Maurice JOYEUX. Bien qu'assis, l'homme semble de courte taille. Il possède des cheveux gris peu enclins à se laisser peigner facilement. Son visage pâle et ridé accuse la vie tumultueuse et difficile que l'homme avait dû endurer et certainement de nombreuses nuits de veille. Vêtu d'un pull au col roulé quelque peu défraîchi, il tire inlassablement sur une pipe noircie par des années de service. Appuyé à fond sur le dos de la chaise, les épaules rentrantes prêtes à livrer un prochain combat, face à son public il semble paisible. Mais le calme n'est qu'apparent. Les années futures de fréquentation du personnage m'apprendront que derrière cette attitude se cachait un homme actif, particulièrement nerveux, à l'image de son regard vif.
L'auditoire est à son comble ou, plus exactement, la salle est au maximum de sa capacité d'absorption. Ne pouvant pas rentrer, certains restent debout dans l'entrebâillement de la porte. Puis, l'heure venue, l'un des trois personnages attablés prononce quelques mots d'usage pour présenter le cycle des cours du Groupe Louise Michel avant de passer la parole au conférencier du soir. Maurice JOYEUX parle sans hâte, avec la clarté, l'aisance et la verve qui caractérise les tribuns. Le calme apparent qui régnait quelques instants auparavant avant l'ouverture des travaux se brise rapidement pour ne laisser apparaître qu'un homme passionné par son sujet qu'il domine parfaitement bien.
Dans une étrange et magique communion le public écoute en silence le conférencier. L'exposé dure plus d'une heure avant que Maurice ne s'arrête pour laisser aux auditeurs le soin d'intervenir. Il répond à tout et à tous laissant parler son coeur, son intelligence avec calme, avec passion. Quelquefois, se déchaînant contre les contradicteurs dont les propos lui semblent provocateurs ou contraires aux principes qui caractérisent ses idéaux de justice, de liberté et de fraternité. La réunion terminée, nous nous égaillons satisfaits et comblés par les propos positifs et combatifs de Maurice qui fourniront à nous, jeunes auditeurs, les éléments indispensables de construction de notre pensée libertaire.
Oui, ces cours du Groupe libertaire Louise Michel verront passer de nombreux auditeurs qui, pour un certain nombre, formeront une bonne partie des militants de la Fédération Anarchiste de la région parisienne et qui, eux-mêmes, viendront plus tard dispenser ces formations faisant le renom du groupe organisateur. Parmi ces conférenciers, pour ne citer que quelques-uns parmi les plus connus, il y eut les militants: Maurice LAISANT, Maurice FAYOLLE, les frères LAPEYRE, l'historien Jean MAITRON, les écrivains: Jean-Pierre Chabrol, Michel RAGON... Ces cours furent l'émanation de la volonté de Maurice JOYEUX qui, en digne continuateur de la pensée de Fernand PELLOUTIER, entendait former les militants à une forte culture révolutionnaire.
Comment, en quelques mots, peut-on définir l'homme qui nous offrît son amitié et avec lequel nous militerons jusqu'à ce qu'il nous quitte ? Un être sensible et fraternel, avec ses faiblesses, ses qualités, ses colères, une mémoire et une intelligence hors pair. En bref un homme droit, un vrai, fait de chair et d'esprit. Au risque d'utiliser une définition tautologique, il fut un anarchiste empreint d'une profonde culture humaniste.
"Maurice JOYEUX" par Roland BOSDEVEIX, collection "Graine D'Ananar", Editions du Monde Libertaire, 104 pages, 2005, 9€.
Publié le 22/02/2009 à 12:00 par anarchie23
Errico MALATESTA est né le 14 décembre 1853, à Santa Maria Capua Vetere, près de Naples, de parents appartenant à la classe moyenne.
En 1869, il entend parler de l'Internationale: il a 16 ans. Ce jeune homme issu de la bourgeoisie napolitaine, passionné par les idées républicaines, rencontre alors FANELLI, GAMBUZZI et entre à l'Internationale en 1871. Après le massacre des ouvriers parisiens et la mort de la Commune, la bourgeoisie européenne, passée sa grande frousse, met l'AIT (Association Internationale des Travailleurs) hors-la-loi. Elle se reconstitue cependant en Italie, clandestinement, sous le nom de Fédération Ouvrière Italienne. Errico MALATESTA en est le secrétaire et rencontre Carmelo PALADINO qui l'initie à l'Anarchisme. Avec Carlo CAFIERO, il collabore à "L'Ordine" et à "La Campana" de Naples, puis il abandonne ses études de médecine (1872) et se consacre à fond à la Fédération Ouvrière Italienne: il devient, en conséquence, la bête noire de la police italienne.
En vue du Congrès de Saint Imier (Sept. 1872) il rencontre Michel BAKOUNINE et participe aux travaux de l'Alliance des Révolutionnaires Socialistes. Malgré sa grande énergie, Errico MALATESTA est de santé fragile ; Michel BAKOUNINE dit de lui: "Dommage qu'il soit si malade ! Nous le perdrons bientôt, il n'en a pas pour 6 mois."
A son retour, il est incarcéré à Bologne pour une durée de 54 jours ; motif: révolutionnaire dangereux !
En 1874 éclatent en Italie du Sud des mouvements insurrectionnels préparés par Michel BAKOUNINE et Andrea Costa. Errico MALATESTA se trouve dans les Pouilles: la police en est avertie et fait échec à ces mouvements. Il tente de fuir dans une charrette à foin mais il est reconnu et de nouveau incarcéré, à Trani. Au procès (1875) la propagande pour l'Internationale s'intensifie et c'est l'acquittement.
Errico MALATESTA rejoint Michel BAKOUNINE et Carlo CAFIERO en Suisse. Puis il part en Espagne. Il rencontre MORAGO à Madrid et rend visite à ALLARINI qui est en prison à Cadix.
Revenu à Naples, il devient franc-maçon espérant, comme Michel BAKOUNINE, obtenir une influence ; mais 2 ans après, il quitte la franc-maçonnerie en adversaire intransigeant.
En 1875, malgré les conseils de Michel BAKOUNINE, il part en Hongrie pour participer à l'insurrection de l'Herzégovine contre les Turcs. Il est arrêté et remis à la police italienne.
Lors du Congrès de l'AIT à Florence (1876) surgit le problème du Collectivisme et du Communisme. A ce congrès, tout d'abord à Florence puis dans les environs, enfin dans un bois, à cause de la police, est adoptée la formule: "De chacun selon ses propres forces, à chacun selon ses besoins."
Errico MALATESTA et Carlo CAFIERO sont nommés délégués pour le Congrès de Berne où Errico MALATESTA présente le Communisme Anarchiste.
Errico MALATESTA et Carlo CAFIERO préparent le Mouvement "La Bande de Benevento". Ils cherchent de l'argent, rencontrent Pierre KROPOTKINE, sans résultat ; finalement Carlo CAFIERO vend le reste de ses biens. Ce mouvement, en 1877, a valeur d'exemple. Le révolutionnaire russe Stepniak y participe. Malgré l'action des carabinieri, une trentaine d'internationalistes armés, drapeau rouge en tête, prennent le village de Letino. On distribue des armes aux paysans, on brûle les documents officiels. Ils vont ensuite à Gallo. Ils font partout des discours mais la population, qui écoute pourtant, ne participe pas. L'armée intervient: la situation est désespérée. Errico MALATESTA et Carlo CAFIERO, restés sur place, sont arrêtés.
L'équipée de Benevento a duré 12 jours ; un carabinier a été tué, un autre blessé. En prison, Carlo CAFIERO écrit "Résumé du Capital", Stepniak "La Russie souterraine", Errico MALATESTA un rapport des faits pour l'AIT. Au procès, Saverio Merlino s'offre à défendre Errico MALATESTA. Tous déclarent avoir tiré sur les carabinieri. Le jury les acquitte.
Errico MALATESTA revient à Naples, en 1878, où il est constamment surveillé par la police. Il a dépensé son héritage en propagande.
Il se rend en Egypte ; le consul italien l'expulse sur Beyrouth, celui de Beyrouth sur Smyrne. Se trouvant sur un bateau français, il se lie d'amitié avec le capitaine qui le garde à bord jusqu'en Italie. A Livourne, la police veut l'arrêter mais le capitaine refuse de le livrer. Finalement, Errico MALATESTA débarque à Marseille d'où il se rend à Genève pour aider Pierre KROPOTKINE à publier "Le Révolté".
Expulsé, il part en Roumanie, revient en France en 1879 ; à nouveau expulsé, il se rend alors en Belgique, puis il rejoint Londres où il se fixe. D'abord vendeur de glaces et bonbons, il ouvre par la suite un atelier de mécanique. Son ami Carlo CAFIERO souffre d'une attaque mentale. Andrea Costa se convertit au parlementarisme: sa défection causera de graves dommages aux internationalistes de Romagne. Il sera co-fondateur du Parti Socialiste Italien.
A Londres a lieu le dernier congrès de l'AIT. Sont présents: Pierre KROPOTKINE, Merlino, Louise MICHEL. Errico MALATESTA propose "une nouvelle organisation semblable à l'Internationale, qui conserve son nom mais accentue ses principes dans un sens révolutionnaire."
Pratiquement, il n'obtient aucun résultat, à cause, surtout, de l'esprit anti-organisateur des Anarchistes français. "Nous sommes des doctrinaires impénitents" dit Errico MALATESTA. Sous le nom de Serreaux, un policier français participe au Congrès ; il dirige la "Révolution Sociale" à laquelle participent Louise MICHEL, Carlo CAFIERO, etc... Il donne de nombreux renseignements aux polices européennes.
Errico MALATESTA quitte Londres pour rejoindre les Egyptiens en révolte contre les Européens. Il ne parviendra pas à les joindre et rentre alors clandestinement en Italie. Il est arrêté mais relâché peu après, grâce à une nouvelle loi qui supprime la détention préventive. Il fonde "La Questione Sociale" et "Anarchia".
En 1884 a lieu le procès d'Errico MALATESTA, Merlino et autres ; condamnés à 4 et 3 ans de prison, ils font appel et sont remis en liberté provisoire. Une épidémie de choléra éclate à Naples ; Errico MALATESTA, avec d'autres compagnons, se porte volontaire pour soigner les malades. Roméo LOMBARDO et Antonio VALDRE meurent. Errico MALATESTA, ex-étudiant en médecine, s'occupe de la section de malades où l'on enregistrera le plus de guérisons. Un décret officiel le remercie, mais il refuse les remerciements. Lorsque l'épidémie cesse, les anarchistes quittent Naples en publiant un manifeste: "La cause véritable du choléra est la misère, et le seul remède pour éviter son retour ne peut être que la révolution sociale."
Le procès reprend ; les condamnés s'enfuient. Errico MALATESTA se fait enfermer dans une caisse de machines à coudre pour échapper à la police et il s'embarque pour l'Amérique du Sud ; auparavant il avait publié son dialogue "Entre paysans".
En 1885, à Buenos Aires: avec Agenore NATTA, il installe un atelier de mécanique et publie un journal en langue italienne: "La Questione Sociale". Il organise les sections ouvrières de résistance, en particulier l'"Association des Boulangers d'Argentine".
Avec AGOSTINELLI, Agenore NATTA, MANICONI, PALLA, il part en Patagonie dans l'espoir de ramener de l'or pour la propagande. Après des aventures rocambolesques, il revient à Buenos Aires où, à part quelques visites à Montevideo, il restera jusqu'en 1889.
Il rentre en Europe ; à Nice, il publie "L'Associazione" mais, interdit de séjour en France, il doit partir précipitamment pour Londres. Il ouvre à nouveau un atelier de mécanique. Effectuant des voyages clandestins en France et en Italie, il est arrêté en Suisse. Il revient à Londres où il doit polémiquer avec d'autres anarchistes sur les attentats, les syndicats, etc...
En 1892, il se rend en Espagne. Il rencontre Fernando Tarrida del MARMOL à Séville ; Ricardo MELLA et Fermin SALVOCHEA à Cadix. Carlo CAFIERO meurt à Nocera Inferiore.
Il effectue des voyages clandestins en Belgique et en France, échappant à chaque fois à la police.
A Londres, tous les anarchistes réfugiés décident d'intervenir au Congrès International Ouvrier Socialiste (1896). Errico MALATESTA est délégué de l'Espagne. Il y a aussi Fernand PELLOUTIER, Pietro GORI, Gustav LANDAUER, Domela NIEUWENHUIS de Hollande. Les marxistes étant majoritaires votent l'expulsion des anarchistes et des socialistes anti-parlementaires.
Errico MALATESTA rencontrera Michele ANGIOLILLO à Londres ; il naîtra entre eux une amitié fraternelle. Michele ANGIOLILLO exécutera le 8 août 1897, à Santa Agueda, le président du Conseil des Ministres espagnol Antonio Canovas del Castillo. Michele ANGIOLILLO sera garrotté le 20 août 1897 dans la cour de la prison de Vergara.
Revenu incognito en Italie, Errico MALATESTA polémique dans "L'Agitazione" avec Merlino qui est passé au parlementarisme: peu d'anarchistes italiens suivront Merlino.
Errico MALATESTA propage pour la première fois en Italie la méthode syndicale et l'action directe ouvrière. "L'Agitazione" est très estimée de ses adversaires: la police ne parvient pas à l'arrêter. Mais 9 mois après son arrivée, la femme d'un compagnon, croyant être trompée, fait un scandale devant la maison où se cache Errico MALATESTA, maison qu'elle croit être le lieu des "turpitudes" de son mari. Découvert et arrêté, Errico MALATESTA est remis en liberté, sa condamnation à 3 ans de prison étant caduque.
De nouveau arrêté avec ses camarades pour "Association de malfaiteurs", il en profite pour lancer une campagne pour la "liberté d'association", campagne qui réussit: les anarchistes ne sont plus considérés comme malfaiteurs mais comme agents subversifs. Déjà condamné à 6 mois de prison, Errico MALATESTA est envoyé, à la suite de "troubles sociaux", en réclusion avec 2 compagnons en 1899, gagne Malte, Londres, puis Patterson (USA).
Là, il continue le journal "La Questione Sociale" et doit polémiquer avec l'individualiste CIANCABILLA et son journal "L'Aurora". Au cours d'une discussion animée, un camarade "énervé" tire sur lui un coup de revolver et le blesse à une jambe.
Errico MALATESTA écrit "Il Nostro Programma", se rend à Cuba, puis revient à Londres (1900) où il reprend son atelier de mécanique et d'électricité dans le quartier d'Islington. Il publie divers journaux: "L'Internazionale", "Lo Sciopero Generale", etc.
En 1907 il participe au Congrès anarchiste d'Amsterdam où il s'oppose à Monatte sur l'organisation syndicaliste.
Monatte: "Le Syndicalisme Révolutionnaire, à la différence du socialisme et de l'anarchisme qui l'ont précédé dans la carrière, s'est affirmé moins par des théories que par des actes, et c'est dans l'action, plus que dans les livres, qu'il faut aller le chercher. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir tout ce qu'il y a de commun entre anarchisme et syndicalisme", etc.
Pour plus d'information sur ce sujet, lire le livre disponible auprès des Editions du Monde Libertaire intitulé "Anarchisme et Syndicalisme: le Congrès Anarchiste International d'Amsterdam de 1907" de M. Delasalle, A. Miéville et M. Antonioli.
Dans l'histoire de l'anarchisme, le Congrès d'Amsterdam, qui s'est tenu du 14 au 31 août 1907, constitue un des évènements les plus significatifs: les délégué(e)s de 14 pays participèrent à ce congrès ; la présence de figures historiques du mouvement anarchiste international, telles qu'Errico MALATESTA, Luigi FABBRI, Monatte, Benoit BROUTCHOUX, Emma GOLDMAN, Rudolf ROCKER, CORNELISSEN... lui donna un relief particulier.
Parmi tous les problèmes débattus, celui qui fera date dans l'histoire de l'anarchisme international fut celui du développement futur du mouvement ouvrier et en particulier sur le rapport entre anarchisme et syndicalisme, entre organisation spécifique et organisation syndicale, de masses.
Le débat entre Errico MALATESTA et Monatte constitue encore aujourd'hui une référence et un témoignage historique d'une valeur indiscutable.
En 1910, un terroriste russe qui travaille à l'atelier d'Errico MALATESTA est surpris en flagrant délit de vol et est tué après une bataille rangée avec la police. Errico MALATESTA n'est pas inquiété. Il écrit l'article "Capitalistes et voleurs".
A la suite de provocations de la part d'agents du gouvernement italien, il manque d'être expulsé de Grande Bretagne.
En 1913, rentré en Italie, il rencontre Mussolini, directeur du journal "Aventi", le plus important des journaux ouvriers. (En 1912, au Congrès du Parti Socialiste Italien, à Reggio Emilia, le groupe réuni autour de Bissolati, Bonomi et Cabrini, qui s'était déclaré en faveur de la guerre, est exclu du Parti. Mussolini qui appartient à l'aile gauche est chargé de la rédaction de "L'Avanti". Après le début de la 1ère guerre mondiale, Mussolini prit soudain parti, dans "L'Avanti", pour la guerre. Il fut relevé de ses fonctions et exclu du Parti.)
Errico MALATESTA calme les querelles personnelles parmi les anarchistes ; prend des contacts avec les autres organisations révolutionnaires, fait des conférences, encourage le syndicalisme (1914).
Il reçoit Mussolini et discute longuement avec lui sur la révolution. Mussolini est sceptique. Errico MALATESTA conclut en disant à Luigi FABBRI: "Cet homme est révolutionnaire seulement dans son journal, il n'y a rien à faire avec lui"...
A Ancône, lors de manifestations antimilitaristes auxquelles participe Errico MALATESTA, le peuple s'empare de la ville: la police tire ; les Syndicats décrètent la grève générale ; l'armée intervient ; c'est la Semaine Rouge. Mussolini soutient le mouvement en paroles, mais ne fait rien. Errico MALATESTA doit fuir à nouveau. Il est à Londres, toujours électro-mécanicien.
Après la publication pro alliés de Pierre KROPOTKINE, il écrit dans le journal "Freedom": "Les anarchistes ont-ils oublié leurs principes ?".
En 1919, il retourne en Italie, à Gênes, où il est accueilli par la foule. Il commence une série de conférences sur la nécessité de la révolution. Il engage des négociations avec les socialistes afin de la réaliser ; la police essaye alors de l'assassiner. Malgré les obstacles légaux, "Umanita Nova" tire à 50 000 exemplaires. Il impulse l'Union Syndicaliste Italienne (USI), d'influence anarchiste.
En 1920, un soulèvement a lieu à Ancône: les usines sont occupées, mais le mouvement est trahi par l'attitude des sociaux démocrates de la CGL, qui rendent les usines. (CGL: les associations professionnelles qu'on désignait aussi, au début, sous le nom de "Leghe di Resistenza" donnèrent naissance à la Confédération Italienne du Travail (Confederazione Italiana del Lavoro), qui succédait à la Commission Syndicale domiciliée à Milan. Du point de vue de l'organisation, la CGL se trouvait en liaison avec le parti socialiste.)
A Bologne, après un meeting anarchiste où Errico MALATESTA prend la parole, des incidents éclatent: il y a des victimes et des blessés du côté des ouvriers et de la police. Errico MALATESTA et l'équipe d'"Umanita Nova" sont arrêtés.
Les protestations se multiplient, des attentats fascistes ont lieu.(Le 23 mars 1919, Mussolini fonde les "Fasci di Combattimento". Le 9 novembre 1921, fondation du "Partido Nazionale Fascista". Mussolini est reconnu comme Duce. Le 27 octobre 1922, début de la marche sur Rome. Le 30 octobre 1922, constitution du nouveau gouvernement Mussolini.)
En mars 1921 une bombe est lancée au théâtre Diana, tuant 20 personnes. Il s'agit, hélas, de l'attentat d'un anarchiste individualiste. Les fascistes attaquent et détruisent les locaux d'"Umanita Nova".
Bien que comprenant et expliquant des faits semblables comme le produit inévitable des injustices sociales et des provocations d'en haut, Errico MALATESTA leur a toujours manifesté dans sa propagande son opposition la plus décidée.
(Giuseppe Mariani qui participa à l'attentat du Diana, le 23 mars 1921 -attentat qui causa de très nombreuses victimes et qui fut commis en signe de protestation contre le maintien en prison d'Errico MALATESTA- passera 25 ans en prison et en déportation dans les îles ; mais il attendra sa libération -Mussolini étant exécuté et le Fascisme abattu- pour dire ce qu'il pensait depuis longtemps, à savoir que l'attentat était une erreur.) Luis MERCIER-VEGA, "L'increvable anarchie" -coll.10-18, p.76.
Le procès d'Errico MALATESTA et de ses amis (son avocat est toujours Saverio Merlino) se termine par un acquittement général.
Le Fascisme, financé par la bourgeoisie, aidé par le gouvernement, avance. En juillet 1922, l'Alliance du Travail (Union des divers Syndicats sur l'impulsion d'Errico MALATESTA) proclame la Grève Générale ; mais les fascistes la déciment par la force. Ils brûlent ensuite, sur la place Cavour, le portrait d'Errico MALATESTA. "Umanita Nova" est interdit.
Errico MALATESTA a 69 ans: il reprend son métier d'électricien.
En 1924 paraît "Penserio e Volonta". Le Fascisme à ses débuts laisse la liberté de la presse, mais la censure se fait de plus en plus sévère et en 1926 interdit la revue. L'atelier d'Errico MALATESTA est détruit par les Fascistes: il doit, ainsi que sa compagne Elena MELLI, et sa fille Gemma, vivre de l'aide des compagnons anarchistes.
Il refuse de quitter l'Italie. Au moment de la République espagnole (12 avril 1931: victoire des Républicains aux élections. Proclamation de la république) "il aurait voulu partir, mais il était déjà trop tard". Luigi FABBRI, p. 160.
Une équipe de police le surveille nuit et jour. Sa santé faiblit. Il fait passer des articles pour "Il Risveglio" et " L'Adunata dei Refrattari".
"Franchement, quand on a rêvé et tant attendu, il est douloureux de mourir dans les conditions où je vais peut-être mourir, à la veille, qui sait ?, des évènements espérés. Mais que veux-tu, peut-être n'y a-t-il rien d'autre qu'à attendre la fin avec, devant les yeux, l'image de ceux qui m'ont tant aimé et que j'ai tant aimés". (Lettre à BERTONI, 30 juin 1932).
Errico MALATESTA meurt le 22 juillet 1932.
(Biographie qui se trouve dans l'ouvrage "Ecrits Choisis" d'Errico MALATESTA ) -voir ici même dans la rubrique "Ouvrages Anars" la présentation de ce livre-.
EN SUPPLEMENT:
"J'ai le malheur -ou le bonheur- de ne pas être un littérateur. Je ne sais pas faire de belles phrases et cela ne m'intéresse pas, je n'aime pas la rhétorique ampoulée. Ce que je dis, je le dis toujours au pied de la lettre et c'est pourquoi j'ai tendance à prendre au pied de la lettre ce que disent les autres."
(Errico MALATESTA, "Penserio e Volonta", 16 avril-16 mai 1925)
"Par respect pour la vérité aussi bien que dans l'intérêt du mouvement anarchiste, il est faux de présenter Errico MALATESTA comme un agitateur et un révolutionnaire professionnel. Si sa vie est aussi importante que ses idées, pour le mouvement anarchiste, c'est précisément parce qu'il n'a été ni un révolutionnaire professionnel, ni un "saint", ni un "prophète", ni un "homme prédestiné". Errico MALATESTA a toujours été un compagnon parmi d'autres compagnons et s'il cherchait à défendre son point de vue, c'était sans jamais tenter d'imposer le poids de sa personnalité à un argument. Il est bon d'ajouter à cet égard que, comme orateur, il n'a jamais utiliser de "trucs" oratoires et, comme auteur d'articles, il s'est toujours attaché à convaincre ses lecteurs par la clarté, la logique et le strict bon sens de ses arguments. Et c'est justement non pas malgré cette attitude mais grâce à cette attitude que ses écrits sont imprégnés (comme l'étaient ses discours, j'en suis persuadé) d'une véritable chaleur humaine, parce qu'ils partent de la compréhension des problèmes (ainsi que des difficultés à surmonter) auxquels sont confrontés tous ceux qui désirent ardemment faire quelque chose pour changer radicalement la société."
Vernon RICHARDS, "MALATESTA, Life and Ideas".
Publié le 20/02/2009 à 12:00 par anarchie23
Photo: couverture du numéro 1343 de l'hebdomadaire "Le Monde Libertaire", le journal de la Fédération Anarchiste, la précédente donc de cet édito.
Il paraît que des membres du gouvernement sont fatigués, voire désemparés. Que fait le petit timonier ? Reculerait-on dans l'entretien physique nécessaire pour bien tenir les rênes de la Nation ? Décidément les élites issues de l'ENA ne sont plus ce qu'elles étaient. De plus, les effets d'annonces du locataire, au double salaire des beaux quartiers, ne fait plus trop recette dans l'Hexagone, sans parler de nos départements des îles.
La ministre de l'Education inaugure la nouvelle université de Strasbourg sous protection rapprochée, le secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer revient à Paris pour avouer son incompétence... Celui que des médias persifleurs appellent maintenant le "président du pouvoir d'achat" a du mal à reprendre son souffle. Et sa dernière prestation télévisée, même dans son camp, n'a pas été jugée de la meilleure eau. Des scribouillards patentés avancent même qu'il jouerait avec les syndicats au "poker menteur". Où est l'arnaque ?
Tout ceci peut faire sourire, mais cela ne présage rien de bon pour une mobilisation qui devient urgente. Car si on a bien compris, les boutiques syndicales s'en remettent à fin mars pour espérer un autre monde plein d'espérances. Sale temps pour les dernières nommées. Pourtant, c'est quand la bête, l'ennemi de classe, accuse la fatigue qu'il faut faire monter la pression. On a pu, a posteriori, critiquer les accords de Grenelle de 1968. Mais en ce temps-là les confédérations étaient poussées au cul par des millions de travailleuses et de travailleurs en lutte. A croire qu'en ce moment, entre la Saint-Valentin et les sports d'hiver, tout le monde ferait le dos rond.
Pourtant, les diverses gazettes l'évoquent fortement: "Crise ou pas, les profits sont là." La société Total annonce 14 milliards de gains pour 2008. De quoi mettre plus d'une pièce dans le bastringue. Questions libertés quotidiennes, on se laisse aussi bouffer. Un vendeur de l'Humanité, un dimanche dans le 18e arrondissement à Paris, marché Dejean, a été gratifié d'une amende de 172 euros pour "vente sans autorisation". L'affaire est encore en cours... Celles et ceux qui posent "n'importe où" des autocollants de la FA ont intérêt à compter leurs abatis comme les mêmes qui pratiquent assidûment la vente à la criée de leur hebdomadaire favori.
UN SEUL MOT: RESISTANCE !!!
Publié le 14/02/2009 à 12:00 par anarchie23
L'ISLANDE DEVASTEE PAR LA CRISE ECONOMIQUE MONDIALE
Les manifestations de colère font chuter le gouvernement.
Quelques jours de manifestations, où des protestataires qui jetaient des oeufs ont fait face à la police anti-émeute et à son gaz lacrymogène, ont réussi à forcer l'organisation de nouvelles élections.
Les masses protestent dans un pays qui est, jusqu'à présent, celui qui a été le plus fortement touché par la crise économique. Parmi celles et ceux qui sont descendu(e)s dans les rues, des discussions se développent au sujet du besoin d'une nouvelle force politique.
Les manifestants(tes) ont lancé du lait caillé vers les robocops...
Le gouvernement a du donner sa démission le lundi 26 janvier pour tenter de désamorcer le mouvement de protestation.
Il y a seulement 4 mois, en octobre, l'Islande est passée du 5ième pays le plus riche au monde -en PIB par habitant(e)- à une situation où le pays est plongé dans la pire des crises, jusqu'ici en tout cas.
Les banques islandaises super-endettées ont été nationalisées afin d'essayer de limiter la crise.Aujourd'hui, 70% de toutes les compagnies et 40% des ménages sont techniquement en faillite.
On s'attend à ce que le PIB chute de 10% cette année.
Le chômage a grimpé de 6 jusqu'à 9% uniquement au cours du mois de décembre.
L'inflation est proche de 20% alors que les taux d'intérêts sont de 18%.
La devise, la couronne islandaise, est maintenant à peine échangeable.
LA COLERE SE REPAND
La haine est largement répandue contre les banquiers qui ont orchestré la crise et leurs amis les politiciens. Tandis que les banquiers semblent avoir quitté le pays, les politiciens sont restés au pouvoir. Jusqu'à il y a 3 semaines.
Dès le mardi 20 janvier, quand les parlementaires sont rentrés de vacances, des protestations quotidiennes ont été organisées. Le slogan principal était: "gouvernement incompétent".
La plupart des participants(tes) avaient apporté des casseroles ou d'autres objets pour faire du bruit.
Mercredi 21 janvier, la protestation s'est déroulée devant un meeting de l'Alliance Sociale Démocratique, partenaire du gouvernement de coalition, et la foule exigeait la démission de l'ASD.
Plus tard, la même nuit, les protestataires ont entouré la limousine du Premier Ministre Geir Haarde, en frappant sur le toit de sa voiture et en lui envoyant des oeufs et des bouteilles, des cannettes...
La police anti-émeute a été envoyée pour défendre Haarde, également dirigeant du Parti de l'Indépendance. A ce stade, il refusait encore toute éventualité d'une élection avant celles prévues en 2011.
Tard dans la nuit, le jeudi 22 janvier, des pierres ont été jetées vers la police, et 2 policiers ont été blessés.
La police a recouru au gaz lacrymogène et au spray au poivre, et 20 personnes ont été arrêtées au cours de la première véritable charge contre une manifestation depuis 1949, quand les Islandais(ses) manifestaient contre l'adhésion de leur pays à l'OTAN.
Le gouvernement islandais, qui ne dispose que d'une poignée de soldats, a même envisagé d'appeler au secours les forces armées norvégiennes.
Le site Web "Ice News" a relayé les déclarations d'un manifestant: "Personne n'a démissionné et personne n'a été viré. Ils travaillent dur pour avoir le peu qui reste ici et le donner ensuite à celles et ceux qui ont brisé notre économie."
"Les gens ont peur et sont à la merci des criminels impitoyables non seulement du gouvernement, mais également des entreprises et des banques. Ces banques leur ont été données avec une fausse privatisation en 2005, pour presque rien, mais pour recevoir beaucoup ensuite. Maintenant que tout est foutu, vous voudriez leur donner davantage ?"
Les manifestants(tes) revendiquaient que l'argent promis par le FMI et les gouvernements étrangers ne soit pas versé au gouvernement actuel. Au total, 10 milliards de dollars ont été promis. L'accord du FMI comprend de graves coupes budgétaires et des taux d'intérêts élevés, 2 mesures qui ne vont qu'approfondir la crise.
DEMISSIONS ET NOUVELLES ELECTIONS
Vendredi 23 janvier, le Premier Ministre Haarde a soudainement déclaré la tenue de nouvelles élections pour le 9 mai. A la même conférence de presse, il a annoncé sa démission en tant que chef du Parti de l'Indépendance, en déclarant qu'il était malade du cancer, comme le chef du parti social-démocrate, le ministre des affaires étrangères Ingibjorg Solrun Gisladottir.
Le jour suivant, le ministre du commerce, Bjorgvin Sigurdsson, a démissionné après avoir renvoyé le patron de l'autorité de l'Etat responsable de la surveillance financière.
Ces déclarations n'ont cependant pas cassé l'élan des protestations.
Samedi 24 janvier, plus de 6000 personnes se sont rassemblées en exigeant la démission immédiate du gouvernement.
"Nous ne laisserons plus rien passer. Le gouvernement doit s'en aller. Nous en avons assez de leur contrôle sur tout et du fait qu'ils ne prennent soin que d'eux-mêmes sans s'inquiéter des gens" a déclaré l'un des orateurs à cette occasion, sous les acclamations de la foule.
Le quotidien suédois "Dagens Nyheter" a dit dans son reportage de cette manifestation que cette oratrice "et d'autres en Islande veulent voir une nouvelle société, sans le népotisme et la corruption qui sont aujourd'hui selon eux dominant après le long règne du Parti de l'Indépendance."
Le même article continue: "Les différents mouvements de protestation se sont répandus, avec l'aide de Facebook". [96% des 20-29 ans sont sur Facebook.] "Ils ont très vite réuni des milliers de partisans et ont pu de cette façon facilement convoquer des rassemblements. Maintenant, différents mouvements discutent d'un manifeste commun pour une nouvelle société."
Dans les sondages d'opinion, le parti d'opposition Gauche-Vert a doublé son soutien depuis les dernières élections il y a 2 ans, jusqu'à obtenir 32,6%.
Les 2 partis du gouvernement ont perdu ensemble 22%.
Le Parti de l'Indépendance serait tombé à 22,1% et l'Alliance Sociale Démocratique à 19,2%.
Un ancien partenaire du Parti de l'Indépendance, le Parti Progressiste, maintenant dans l'opposition également, a également augmenté son soutien de 11,7% à 16,8%.
C'est une indication claire que les gens sont à la recherche d'une alternative plus radicale.
Le Parti Gauche-Vert est vu comme le parti le plus anticapitaliste. Ce parti préconise par exemple la nationalisation de toutes les ressources naturelles.
Les Gauche-Verts veulent aussi de nouvelles négociations au sujet de l'accord conclu avec le FMI et veut quitter l'OTAN. L'opinion favorable à ce que l'Islande rejoigne l'Union Européenne, qui avait augmenté quand la devise s'était effondrée l'an dernier, retombe déjà.
Aujourd'hui, 38% de la population veut rejoindre l'UE, comparé à plus de 50% en octobre 2008.
Beaucoup ont compris que l'aide étrangère ne viendra pas sans problèmes.
REVOLUTION ?
Les manifestations de masse qui se sont déroulées en Islande, comme dans d'autres pays européens, illustrent la volonté des gens de contrôler eux-mêmes leurs vies.
Ils ne font plus confiance aux politiciens ou aux capitalistes. Aux manifestations de Reykjavik, le patron de la banque centrale, l'ancien Premier Ministre David Oddsson, a été comparé à Hitler !
Il est clair que les manifestants(tes) en ont eu assez et qu'ils/elles représentent un sentiment généralement répandu en Islande. Cela a provoqué beaucoup de discussion pour savoir si ce qui est en train de se passer est oui ou non une révolution.
"Le mot "révolution" pourrait être un peu exagéré, mais au vu du tempérament calme qui règne habituellement dans la politique islandaise, ces évènements sans précédent représentent une révolution dans l'activisme politique" a écrit Eirkur Bergmann dans le journal britannique "The Guardian".
Un autre récent visiteur de l'Islande, le professeur Robert Wade de la London School of Economics, a déclaré que: "La situation est très tendue et très instable".
Il a comparé la situation à d'autres manifestations parfois violentes qui se sont déroulées le mois dernier en Bulgarie, en Hongrie, en Lettonie, en Lithuanie et en Grèce.
Un autre observateur, Fredrik Erixon du Centre Européen pour l'Economie Politique Internationale, a dit que la situation rappelait "la Révolution française de 1789", plutôt que 1968. La colère est certainement présente, mais l'Islande capitaliste est de loin différente à la France féodale.
La leçon des mouvements de masse qui ont pris place dans d'autres pays ces dernières années est que des régimes impopulaires peuvent être renversés.
L'Islande connaîtra une campagne du capital national et international pour se soumettre aux conditions du FMI, ce qui comprendra le chantage économique. Tout gouvernement, qui n'est pas disposé à défier les capitalistes qui ont causé la crise, subira une énorme pression par de grandes coupes dans les conditions de vie des travailleurs(ses). Ce sera le cas, même avec un gouvernement Gauche-Vert ou un gouvernement "experts", comme certaines ou certains des manifestants(tes) l'ont proposé.
Les travailleurs(ses) et la jeunesse d'Islande ont déjà tiré des conclusions importantes. De nouvelles expériences les forceront à regarder vers d'autres solutions.
La crise a prouvé que des banquiers, les capitalistes et les politiciens ne sont pas les bienvenus.
La population pourrait gérer la société sans eux !
Les débuts d'un mouvement contre le capitalisme en Islande doivent être accueillis et encouragés partout à travers le monde. C'est juste la première indication de ce qui est à venir. Plus les pays tomberont dans la récession, plus la révolte des masses commencera à se développer !
(Extraits d'un article d'Alters belges)
Publié le 11/02/2009 à 12:00 par anarchie23
Recueil de nouvelles de Pierre MARLSON (voir l'interview de celui-ci dans la rubrique "Journal Anar").
"La Terre et les Temps" signe le retour tant attendu à la publication d'un de nos grands auteurs de SF à la Française: Pierre MARLSON "L'enfant et le capitaine", in Revue "Phénix" (1990), "Les Compagnons de la Marciliague", Encre, coll. L'Utopie tout de suite (1977), "Désert !" Kesselring, coll. Ici et maintenant (1979), "L'Empire du peuple" (écrit avec Albert Higon), Albin Michel, coll. Super fiction n° 23, (1977), "Où se peigne la pluie aux courbes des ombrelles" (1975) in Retour à la terre, 1, Denoël, Présence du Futur n° 189 (1975), sous la houlette de Jean-Pierre Andrevon.
Pierre MARLSON n'a rien perdu ni de sa verve ni de son style si personnel qui font de ces 4 nouvelles de purs moments de bonheur à la lecture ! "La Terre et les Temps" est un recueil qui inspire le respect sans dispenser le lecteur d'un réel effort à s'ouvrir à un monde très personnel, le monde de la SF selon Pierre MARLSON !
Un monde de féerie du verbe, une incitation aux voyages extraordinaires entre notre bonne vieille terre et les mystères que tissent les temps dépeints à souhait par l'auteur... "La Terre et les Temps", une virgule qui manquait à l'oeuvre de Pierre MARLSON que nous vous invitons à redécouvrir dans les moments où il dévoile la permanence de ses idées, la richesse de son intellect et de son indémodable puissance d'analyse et de compréhension.
Vient de paraître aux Editions Libertaires (janvier 2009)
140x210 mm, 176 pages.
isbn: 978-2-914980-70-8
12€
(voir lien vers le site des Editions Libertaires à gauche dans la rubrique "Mes Sites Préférés" -commande en ligne possible)
Publié le 10/02/2009 à 12:00 par anarchie23
Photo: la couverture d'un des ouvrages de Pierre MARLSON publié en 1977.
Pitch de ce livre: Flash ; priorité absolue: "Une centrale atomique vient d'exploser. Le tiers d'un département est coupé du reste du pays par une barrière radioactive...".
Que va devenir la population isolée ? Il faut survivre, et aussi vivre. Rapidement va naître une micro-société, véritable communauté libertaire. Cependant qu'au-delà de ces nouvelles frontières, les forces de l'ordre se préparent à la reconquête future. Sur cet échiquier, où deux types de civilisation sont prêts à l'affrontement, un pion imprévisible intervient: un ingénieur inventeur...
"Né en 1935, Pierre MARLSON adore qu'on l'aime, a horreur qu'on l'emmerde ; habite dans la Creuse et publie depuis une dizaine d'années..." c'est ainsi que se définit Pierre MARLSON, au dos d'un de ses ouvrages. Cet auteur de SF habite à côté d'Aubusson. Il fut l'un des organisateurs d'un Festival de Science-Fiction en 1979 à Aubusson auquel participèrent entre autres Yves Frémion, Jean-Claude Forest, Mézières, Druillet, Grichka Bogdanoff, Michel Jeury... Il a collaboré à IRL (Informations Recueillies à Lyon).
Il est également le frère de Daniel COLSON, célèbre auteur d'ouvrages consacré à l'anarchisme. Tous 2 étant originaires d'Aubusson dans la Creuse.
Creuse-Citron, le journal de la Creuse libertaire avait réalisé l'an dernier dans son numéro 15 (janvier-mars 2008) une interview de Pierre MARLSON. La voici:
Creuse-Citron: Tu es creusois depuis longtemps ?
Pierre MARLSON: Je suis né à Aubusson en 1935 et j'y suis toujours.
Creuse-Citron: Comme quoi on peut écrire de la SF à Aubusson.
Pierre MARLSON: Y'a pas de raison, surtout qu'actuellement on vit la révolution de l'informatique, ça peut être dangereux mais en même temps ça ramène une égalité face à l'information entre les gens où qu'ils soient.
Je suis content de voir qu'un gars comme Jean-Marc RAYNAUD des Editions Libertaires m'ait contacté par l'intermédiaire du blog "anarchie23" qui avait échangé des infos sur moi avec le blog [Aubusson] de Jean-Noël Saintrapt. Alors ça m'a relancé parce que malgré mon âge ça m'intéresse toujours.
Creuse-Citron: Tu continues à écrire ?
Pierre MARLSON: Oui j'ai toujours écrit depuis trente ans, j'entassais dans mes tiroirs. Du coup j'ai ressorti mes manuscrits et j'ai quinze romans à proposer.
Creuse-Citron: Peux-tu nous dresser un petit tableau de la Science-Fiction française de la fin des années 70 ?
Pierre MARLSON: Il y avait un mouvement en France qui était la SF politique: on voulait faire de la politique dans des romans, des nouvelles, des contes... Il y avait Bernard Blanc qui s'occupait de ça, il était hargneux, volontaire, antimilitariste, plus que moi (parce que dans les Compagnons de la Marciliague on est bien contents de trouver les militaires pour tomber sur les fachos, je m'amuse beaucoup avec ce genre de truc, je prends les choses à contre pied). Bon, moi j'étais là-dedans, j'écrivais de la SF et je me suis aperçu que j'étais jugé dans le coup.
C'est une période de SF qui a duré une dizaine d'années environ de 1975 à 1985 et après ça s'est tassé.
Il y avait une vraie effervescence, je lisais des nouvelles en public aux rassemblements du Larzac.
J'ai publié "Les Compagnons de la Marciliague" en 1977, puis "Désert" qui est sûrement plus radical. Les compagnons c'est de la petite histoire à la Robert Merle.
Toute cette SF politique était plutôt libertaire et écologiste dans sa thématique.
Creuse-Citron: Comment ça se fait que les autres courants politiques de gauche n'étaient pas représentés ?
Pierre MARLSON: On rejetait tout ce qui était totalitaire. Pour des gens comme moi le stalinisme et l'hitlérisme c'est blanc bonnet et bonnet blanc.
Moi j'ai écrit mes bouquins sur une idée très simple tirée de Michel BAKOUNINE qui disait qu'il n'était pas communiste et qu'il ne le serait jamais. Pour justifier cette idée il disait: c'est la situation qui fait l'homme et jamais l'inverse. C'est pour ça qu'on ne peut pas être communiste parce que si on crée une situation avant de modifier l'homme on va soumettre l'homme à une tyrannie épouvantable. Michel BAKOUNINE était un visionnaire.
Dans mes bouquins, par exemple dans les Compagnons, il y a les militaires qui deviennent anars grâce à la situation, ceux qui veulent créer une situation c'est les fachos et c'est eux qui se font tuer.
Creuse-Citron: Cette position politique tu la partageais avec les autres ?
Pierre MARLSON: Oui, il y avait Andrevon, René Durand, Frémion, Francis Valéry...
Creuse-Citron: On retrouve des thèmes qui étaient ceux de ces années-là: la lutte anti-nucléaire, les communautés, la recherche et la construction d'une contre culture et d'une contre société.
Pierre MARLSON: Je ne dis pas contre société mais autre société, essayer de vivre autrement, libres et égaux, c'est un programme énorme. Si on prend au sérieux les trois devises de la république, liberté-égalité-fraternité, on fout tout en l'air. Si on les applique c'est un bouleversement absolu, ça fout en l'air tous les totalitarismes, ça leur interdit d'exister, même dans l'esprit.
C'est ce que j'aime bien dans "Les Dépossédés" d'Ursula Le Guin. Ce bouquin m'a enthousiasmé, c'est même mieux qu'un livre de théorie. On voit des personnages se poser des questions dont on n'imagine même pas qu'elles peuvent se poser. Au lieu de faire une construction un peu théorique qui débouche sur une utopie, une tyrannie, Ursula met des personnages en jeu à l'échelle de deux planètes. Son idée géniale c'est de dire qu'il y en a une qui est la lune de l'autre, il y en a une où on a exilé tous les anars, tous les gauchistes, tous les chieurs et c'est cette planète-là qui réussit. Ca c'est formidable, parce que justement Ursula se pose des problèmes concrets.
Creuse-Citron: Il y a un écrivain, G.-J. Arnaud, auteur de la "La Compagnie des glaces", qui se définit comme un travailleur de la littérature et dont je trouve l'idéologie assez libertaire. Le connais-tu ?
Pierre MARLSON: Oui je le connais, il a des idées très très bien. C'est quelqu'un qui est très concret, il ne se voile pas la face et ne sous estime pas l'adversaire. Il a trouvé un cadre et système qui marchent pour développer des personnages intéressants. C'est la situation qui fait l'homme chez lui et il met en scène des individus qui sont en prise avec des systèmes policiers et qui réussissent à les battre en brèche. Avec cette saga romanesque Arnaud poursuit la tradition des feuilletonistes de la fin du XIXème et du début du XXème siècle comme Paul Féval ou Michel ZEVACO (journaliste anarchiste et écrivain). Le héros de Michel ZEVACO est un vrai anarchiste, il est contre tout. C'était l'époque des Pieds Nickelés, idéologiquement ils sont épatants, avec une joie de vivre.
Moi j'ai des histoires qui sont rigolotes comme ça, au fond. Une de mes nouvelles "Doux froid bel amour", qui sera peut-être éditée par les Editions Libertaires, met en scène un flic qui est un anti-héros, content de lui, fier, il est là pour faire le bien et il n'arrête pas de faire des conneries, il veut faire son devoir, c'est le vrai scout, naïf, pris dans toutes sortes d'intrigues. Il ne voit rien.
Creuse-Citron: Je trouve le titre d'une de tes nouvelles un peu situationniste "des structures de la parenté dans l'amélioration de la sécurité routière" ?
Pierre MARLSON: En fait il s'agissait de l'histoire d'un sous-préfet en train de sodomiser la femme d'un automobiliste. C'était paru dans "Les lolos de Vénus" une anthologie chez Kesselring. C'était vraiment pour rigoler, c'était de la provoc, mais c'était voulu par l'anthologiste, Bernard Blanc qui avait dit "foutez-nous du cul et plein la gueule".
Creuse-Citron: J'ai trouvé pas mal d'infos intéressantes sur un portail qui s'appelle NooSFere, dédié à la SF française: on y trouve une bibliographie complète avec toutes les revues dans lesquelles ont été publiées tes nouvelles.
Pierre MARLSON: J'ai pas mal publié dans "Phénix", dans "SF et quotidien", dans "Fiction". Depuis ma première nouvelle publiée qui s'appelle "Vengeance de Cloriane", je n'ai jamais changé. Je n'ai pas suivi la mode, la mode est venue à moi. Et même dans mon écriture il y a des recherches d'écriture pure: ce que j'essaye de représenter quand j'écris, ce n'est pas ce qu'est réputé penser le personnage, j'essaye de rendre des états de conscience. J'ai l'intention au maximum de fournir des états de conscience qui forment un récit. Il n'y a pas besoin de dire "il était une fois", c'est des conventions, on peut en inventer d'autres. C'est très proche des séries TV mais elles sont traitées à la manière traditionnelle. Ce que j'essaye de faire en fait, c'est ce qu'ont fait les auteurs qui me plaisent: Proust, Faulkner. Quand on commence à lire "Sound and fury" de Faulkner on lit 30 pages et on se dit: "ah il y a un exposé préliminaire, puis je vais découvrir l'histoire", et puis au milieu on se le dit toujours et à la fin on se le dit encore. Quand on a fini le bouquin et qu'on a vu qu'il n'y avait rien de raconté, on s'aperçoit que tout était fourni et qu'on l'a absorbé osmotiquement.
A l'époque il y avait une volonté chez les auteurs de SF de soigner l'écriture et on a suivi toute l'évolution littéraire: on était néo-romanesque aussi. C'était pas qu'on voulait faire du nouveau roman, c'est qu'on l'avait absorbé.
Creuse-Citron: La SF des années 70 nous décrivait ce vers quoi il ne fallait pas aller, mais aujourd'hui on a malheureusement l'impression d'y être arrivés. Y a-t-il encore la place pour une écriture de ce vers quoi il ne faut pas aller ?
Pierre MARLSON: Ca, c'est ce qu'on dit tout le temps, mais on peut toujours trouver pire. C'est sombre comme perspective, mais on a pu dire que dans mes histoires il était toujours trop tard !
Creuse-Citron: Je pensais aux romans de SF préhistorique comme ceux de Jean Auel "Les enfants de la terre", c'est une veine qui t'intéresse ?
Pierre MARLSON: Oui j'aime bien, je l'ai tout lu. Mais je préfère "La guerre du feu" de Rosny Ainé. Je suis né au monde intellectuel avec La Guerre du feu.
Creuse-Citron: La société de cette époque-là était basée sur l'échange et pas sur le commerce, les gens se déplaçaient et partageaient leur savoir.
Pierre MARLSON: Ils s'entraidaient et ne pouvaient pas faire autrement. Les gens ne pouvaient pas se payer le luxe de se faire la guerre, ils n'étaient pas assez nombreux. Ils se fédéraient.
Creuse-Citron: Il y a mieux et pire que la SF, as-tu entendu parler de "Second life" ? Ce monde virtuel où sont maintenant présentes les grandes entreprises, les banques et même l'armée française, et où circule de l'argent qui n'est pas du tout virtuel.
Pierre MARLSON: C'est ni plus ni moins que la schizophrénie mise en valeur. Internet c'est comme la télé, il ne faut pas se droguer avec, il faut l'utiliser pour faire quelque chose, il ne faut pas l'utiliser pour être perdu dans un rêve. Il y a des fois où je me suis interrogé sur le cinéma et la littérature, parce que ça fournit des substituts de passions violentes, comme le disait Huxley dans "Le meilleur des mondes".
Repères bibliographiques:
-Pierre MARLSON: "Les Compagnons de la Marciliague", ENCRE, l'Utopie tout de suite, 1977.
"Désert !", Kesselring, Ici et maintenant, 1979.
"L'Empire du peuple" (en coll. avec Albert Higon), Albin Michel, Super fiction, 1977.
"Hyménophage", Ponte Mirone, Ecrits possibles, 1978.
"Des métiers d'avenir" (anthologie), Ponte Mirone, Espaces mondes, 1979.
Et une vingtaine de nouvelles dans des recueils, comme "Présence du futur" chez Denoël, ou des revues comme "Phénix", "SF et quotidien", "Fiction", "Lard-Frit", etc.
Les livres de Pierre MARLSON ne sont plus disponibles en librairie mais se trouvent facilement en bibliothèque ou en occasion.
-Rosny Ainé: "La Guerre du feu", Hachette.
-Ursula Le Guin: "Les Dépossédés", Le Livre de Poche, 2006.
-G.-J. Arnaud: "La Compagnie des glaces", Fleuve Noir Science fiction.
-NooSFere est une association qui a pour but de promouvoir la science-fiction de langue française, au travers du site web: http://www.noosfere.com
Publié le 25/01/2009 à 12:00 par anarchie23
Faillites de certaines banques, nationalisations partielles de certaines autres afin de les sauver du naufrage, les riches ont commencé à casser leur jouet à force d'en abuser et ont fini par se faire peur. Que la spéculation produise des "bulles", une économie virtuelle, n'est pas un dysfonctionnement, c'est l'économie financière "libérée des contraintes" de l'Etat telle que l'ont souhaitée les libéraux de droite et de gauche. Que les banquiers spéculent sur le fait que les pauvres ne pourront pas rembourser leurs emprunts et pourront ensuite leur confisquer leurs biens n'est pas une dérive du capitalisme mais le travail d'escrocs qui opèrent en toute légalité. Que les traders spéculent sur la spéculation elle-même afin de gagner toujours plus et toujours plus vite, c'est aussi l'évolution naturelle du capitalisme libéral. Et quand certains accusent les paradis fiscaux, ils omettent de dire que ceux-ci sont incontournables dans le système capitaliste.
Et pour nous, ceux de la "France d'en bas", faut-il avoir peur ? Les riches ont poussé le bouchon un peu loin, ont perdu au jeu, et alors ? Alors voilà qu'ils ne veulent pas payer de leur poche. Il faudrait que le bon peuple se serre la ceinture et, évidemment, ne revendique plus car ça pourrait mettre en péril l'emploi... Est-ce que ce sont les travailleurs qui mettent leur emploi en péril avec la spéculation et les délocalisations ?
Les récents chiffres du chômage sont-ils la conséquence de la crise ou bien sont-ils seulement plus ou moins trafiqués que d'habitude ? On nous promet encore plus de chômage et des conditions plus dures pour les chômeurs que l'on va culpabiliser toujours plus, comme s'ils étaient responsables de la "bulle spéculative", comme s'ils étaient responsables des délocalisations. Dès les premiers jours qui suivirent la dégringolade boursière, on nous annonçait des milliers de suppression d'emploi dans le secteur automobile, mais aussi dans nombre d'industries diverses. On voit bien que la crise est aussi un prétexte. Dès les premiers fléchissements de toutes les places boursières dans le monde, les économistes en vogue dans les médias nous ont annoncé un tsunami de licenciements. Et ça ne traîne pas ! Les patrons "dégraissent" comme au bon vieux temps, qu'ils soient ou non directement victimes de la "crise". Et c'est par milliers que les grandes entreprises jettent les salarié(e)s.
La nouvelle frilosité des banques à accorder des crédits ne justifie pas le renforcement de l'exploitation. Ceux qui ont perdu au jeu veulent se "refaire" et ils entendent se payer d'une part sur le contribuable et d'autre part à l'aide d'une exploitation toujours plus rigoureuse des travailleurs, de l'employé jusqu'au cadre.
Par rapport à ça, la promesse de sanctions contre les responsables ne consolera pas les licencié(e)s de partout et ne comblera pas non plus le manque à gagner des capitalistes... car sur le long terme, ils n'ont pas perdu ! Ils ont seulement gagné moins qu'ils ne le prévoyaient. Par contre, pour les SDF d'aujourd'hui et de demain, la perte est tout à fait concrète. Quand à l'éventualité d'un plafonnement des salaires les plus hauts, c'est tout simplement du foutage de gueule quand on sait que les plus riches trouvent la plus grande part de leurs revenus bien au-delà de leurs salaires (dividendes, stock-options...). Et ce n'est bien évidemment pas ça qui empêcherait une nouvelle crise. Et d'ailleurs, ce ne fut qu'une rumeur, les dernières mesures annoncées sont une timide politique de relance, dignes d'un keynésianisme dégonflé. Ce plan serait-il plus audacieux qu'il ne changerait rien au fait que sauver le capitalisme n'est évidemment pas notre objectif en tant qu'exploité(e)s.
A l'échelle de la planète, les Etats empruntent des sommes astronomiques (plusieurs milliers de milliards d'euros) pour les prêter aux banques afin qu'elles se remettent sur pied. Qui va payer les intérêts ? Les contribuables, les consommateurs... Pourtant, il n'en faudrait pas tant pour résoudre les problèmes de faim dans le monde, par exemple.
Pendant ce temps, l'Etat français trouve de l'argent pour construire de nouvelles prisons mais n'en a pas pour embaucher des enseignants. Au contraire, il en diminue le nombre. Il n'en faudrait pas tant non plus pour loger les SDF, il suffirait d'ouvrir les portes des logements vides. Il est clair qu'il ne faut pas compter sur l'Etat pour ça... Il n'y a rien de défendable dans ce système.
Allons-nous laisser le système capitaliste se refaire une santé à nos dépens sans réagir ? Nous savons depuis longtemps que nous ne pouvons pas faire confiance aux exploiteurs pour parvenir à un monde en paix dans lequel personne ne crèvera de faim et/ou de froid, y compris dans les pays riches. Sortir de la crise en relançant la croissance ? Ayons le courage de dire non: la croissance ne résout pas tous les problèmes. Réfléchissons: plutôt que de foncer dans le mur en gaspillant les ressources naturelles et en enrichissant les riches, si tous ensemble, au lieu de cette funeste perspective, nous mettions en place un monde vivable pour tous ?
Face au danger du partage généralisé de la misère, la Fédération Anarchiste l'affirme: le capitalisme ne s'effondrera pas seul sous le poids de ses contradictions, il va falloir le mettre à bas nous-mêmes ; pour cela, un seul moyen: bloquer par la grève générale expropriatrice le fonctionnement de l'économie, puis réorganiser sans Etat ni patrons chaque secteur de la vie sociale ; il faudra impérativement neutraliser les chiens de garde que sont les appareils bureaucratiques des organisations syndicales, qui ne manqueront pas de voler au secours du Medef en présentant comme une victoire d'ampleur le gain d'une broutille comme une prime de transport ou une hausse des salaires microscopique, il faudra neutraliser aussi les partis d'extrême gauche, qui ne manqueront pas de siffler la fin de la récré pour nous imposer par un processus électoral la mise à mort de la révolution sociale...
C'EST MAINTENANT QUE TOUT SE JOUE !
METTONS A BAS LE CAPITALISME !
EXPROPRIONS ! AUTOGERONS !
(Communiqué de la Fédération Anarchiste).
Publié le 17/01/2009 à 12:00 par anarchie23
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