Errico MALATESTA
Posté le 13.04.2008 par anarchie23
Errico MALATESTA (né le 14 décembre 1853 à Santa Maria Capua Vetere, dans la province de Caserte, en Campagnie, Italie -mort le 12 juillet 1932) est un propagandiste et un révolutionnaire anarchiste très actif tout au long de sa vie.
Il naît dans une famille de propriétaires terriens. Le père Federico et son épouse Lazzarina Rastoin (originaire de Marseille) possède aussi la fabrique de tannage de cuir la plus florissante de la région. Il fait ses études dans un collège tenu par les Pères Scolopi. Très jeune, il se range aux idées républicaines de Giuseppe Mazzini. A l'âge de 14 ans, il écrit une lettre au roi Victor-Emmanuel II, se plaignant de l'injustice locale, il est inquiété par la police, mais à raison de son âge, il est laissé libre.
En mars 1870, il est arrêté une première fois pour une réunion organisée dans un cercle d'étudiants républicains. Il est alors inscrit à l'Université de Naples, où il fait des études de médecine pendant 3 ans sans obtenir de diplômes. En effet, il est expulsé de l'université parce qu'en 1871, il adhère à la Première Internationale. Il devient le secrétaire de la section italienne. Entre-temps, après la Commune de Paris, il abandonne les idées républicaines pour adopter les idées anarchistes. La même année, il apprend la mécanique et l'électricité.
En 1872, durant le Congrès de Saint-Imier, pour la création de l'Internationale anti-autoritaire, il rencontre le révolutionnaire anarchiste Michel BAKOUNINE.
Durant les 4 années suivantes, il participe à la propagande internationaliste en Italie. Il est emprisonné 2 fois pour ses activités. En 1973, il est arrêté à Bologne et en 1874, il participe avec un petit groupe à une tentative infructueuse d'insurrection à Castel del Monte. Il est arrêté peu après à Pesaro. Le procès se termine par l'acquittement de tous les inculpés, résultat d'une grande popularité pour les insurgés et en particulier pour Errico MALATESTA.
Le 19 octobre 1875, Errico MALATESTA entre dans la franc-maçonnerie afin de tenter de diffuser l'idéal anarchiste et en sort définitivement le 18 mars 1876, indigné de la décision de la loge d'organiser une réception d'honneur pour Giovanni Nicotera, élu depuis peu ministre de l'Intérieur.
Le communisme anarchiste est proclamé pour la première fois à la Fédération italienne de l'Association Internationale des Travailleurs et Anti-Autoritaire au Congrès de Florence de 1876 par COSTA, Errico MALATESTA, Carlo CAFIERO et COVELLI. Cette prise de position suscite l'opposition au collectivisme qui est la position officielle de l'AIT anti-autoritaire (l'influence de Michel BAKOUNINE) de cette époque.
En avril 1877, Errico MALATESTA, Carlo CAFIERO, le russe Sergius STEPNIAK et une trentaine d'autres commencent une insurrection dans le Bénévent, prenant les villages de Letino et Gallo sans un combat. Les révolutionnaires brûlent les registres communaux sur les propriétés et déclarent la fin de règne du roi. Ils sont accueillis par la population avec enthousiasme, même un prêtre montre son soutien. Après avoir quitté Gallo, ils sont arrêtés par les troupes gouvernementales et mis en prison pendant 16 mois avant d'être acquittés.
Après un certain nombre d'attaques terroristes contre la famille royale italienne et leurs amis, la police commence à garder sous une surveillance constante les radicaux et les révolutionnaires. Bien que les anarchistes clament n'avoir aucun lien avec ses attaques, Errico MALATESTA, en tant que militant pour la révolution sociale, fait partie des éléments sous surveillance.
Après son retour de Naples, il sera obligé de quitter l'Italie, et commence une longue période d'exil.
LE DEPART DE L'ITALIE
En 1878, Errico MALATESTA commence une longue période de pérégrinations: il fair un brève passage en Egypte où il visite quelques amis italiens avant d'être expulsé par le consul italien, à cause de son implication dans les révoltes anticoloniales survenues en Egypte.
Après avoir travaillé sur un bateau français, et s'être vu refusé son entrée en Syrie, en Turquie et en Italie, il débarque à Marseille, d'où il part pour la Suisse, à Genève (à ce moment-là un haut lieu de l'anarchisme) et où il fait la connaissance d'Elisée RECLUS (voir portrait dans cette même rubrique) et de Pierre KROPOTKINE, dont il devient un grans ami et avec qui il publie "La Révolte".
Il est expulsé de Suisse et part pour Londres en 1880, en passant par la Roumanie, Paris et la Belgique où il organise avec Pierre KROPOTKINE le Congrès International socialiste révolutionnaire.
En 1882, il prend connaissance de la révolte de Arabi Pacha et il retourne en Egypte pour essayer de transformer le mouvement nationaliste en révolte sociale. Il est arrêté par les soldats anglais et rentre en Italie clandestinement en débarquant à Livorno.
Peu de temps après, il est arrêté pour conspiration avec son ami Francesco MERLINO et d'autres révolutionnaires. Profitant de sa liberté provisoire, il se rend à Florence où il commence la publication de "La Question Sociale".
Malgré une condamnation à 3 ans de réclusion, en 1884, il se rend à Naples, pour aider la population touchée par une épidémie de choléra, qu'il quitte précipitamment pour l'Amérique du Sud afin d'éviter l'emprisonnement.
L'EXIL EN ARGENTINE
Il s'installe à Buenos Aires, où il entre en contact avec le "Cercle communiste Anarquico" et reprend la publication -en langue italienne- de "La Question Sociale".
En 1886, il tente l'expérience qui se révéla désastreuse, de chercheur d'or en Patagonie et en 1887, il participe à la naissance du premier syndicat argentin, le "Sindacat des boulangers", dont il écrit les statuts.
En 1888, il est accusé d'avoir falsifié de la monnaie, cela se révèlera faux. Il prend la décision de partir et après un court séjour à Montevideo, il rentre en Europe en 1889.
RETOUR EN EUROPE
Il s'établit d'abord à Nice, où il publie le quotidien clandestin "L'avvenire". La police française se met rapidement sur ses traces, l'obligeant à se réfugier de nouveau à Londres.
Entre 1891 et 1892 il tient une série de meetings en Espagne avec son ami Pedro ESTEVE, et il participe à une révolte populaire à Jerez de la Frontera. Recherché par la police, il retourne à Londres où en 1896, il assiste au Congrès socialiste international.
A Paris, on parle de contacts entre Marie Sophie de Bourbon, surnommé romantiquement la "Reine des Anarchistes" et Errico MALATESTA, rapports probablement seulement de connaissance compte tenu du peu de sympathie politique que montre l'aristocratie à l'égard des "subversifs".
En 1897, il voyage clandestinement jusqu'à Ancône, où il participe à la création de "L'agitazione".
L'année suivante, à l'occasion du "Mouvement pour le pain", il est arrêté et condamné à 7 mois de réclusion. A peine a-t-il fini sa peine qu'il est condamné à 5 ans de résidence forcée à Ustica, puis à Lampedusa d'où il s'évade en 1899 pour se rendre en Tunisie.
En 1900, après 2 brefs séjours à New York et à Cuba, il s'installe à Londres où il reste 12 ans à l'exception d'un voyage à Amsterdam en 1907 pendant lequel il participe au "Congrès Anarchiste International".
A LONDRES
Pendant le séjour dans la capitale anglaise, Errico MALATESTA gagne sa vie comme électricien et mécanicien. Pendant cette période, on note un certain ralentissement de son activité subversive. Très rapidement, il gagne l'estime des travailleurs anglais qui tiendront d'importantes manifestations de protestation lorsque Errico MALATESTA rencontre des problèmes judiciaires.
L'épisode du 20 mai 1912 est emblématique, quand la cour de Bow Street le condamne à 3 mois de réclusion suite à la plainte pour diffamation de la part de l'espion italien Ennio Belelli, la condamnation est accompagnée d'un décret d'expulsion qui est annulé suite à la manifestation populaire du 12 juin.
Il laisse l'Angleterre en 1913 pour rentrer en Italie où il commence la publication d'un hebdomadaire "Volonta".
En 1914, il est le principal artisan de la Semaine Rouge (settimana rossa) ; recherché de nouveau par la police, il est obligé de revenir pour la énième fois à Londres.
A la veille de la Première Guerre Mondiale, il se sépare douloureusement de son ami Pierre KROPOTKINE, après un âpre débat sur l'attitude que les anarchistes doivent tenir sur le sujet de l'interventionnisme. Errico MALATESTA soutient les idées de l'antimilitarisme et de l'internationalisme. Cette position est encore plus évidente en 1916, au travers de sa réponse au "Manifeste des Seize" publiée en avril par "Freedom".
LE RETOUR EN ITALIE
En 1919, après plusieurs tentatives vaines, Errico MALATESTA obtient un passeport du consul italien à Londres. Il s'embarque pour Taranto le 24 décembre. En Italie, il utilise immédiatement sa popularité pour mener une intense activité de propagande et de subversion qui en fait l'un des acteurs principaux de la période "biennio rosso". Il prend contact avec les "Arditi del Populo".
Entre 1919 et décembre 1921, il participe avec Gabriele D'Annunzio au coup de force sur la ville de Fiume. Son influence se fait sentir dans la charte du Carnaro écrite par le syndicaliste révolutionnaire Alceste de Ambris, et finalisée par D'Annunzio sous la forme d'une régence pirate autonome et littéraire.
En 1920, il dirige à Milan le quotidien anarchiste "Umanita Nova" ; la même année il est arrêté et enfermé dans la prison de San Vittore. Il commence avec d'autres détenus une grève de la faim qui le mène presque à la mort. La grève est arrêtée suite à un attentat perpétré par quelques anarchistes du courant individuel, le 23 mars 1921 dans un hôtel situé à proximité du Théâtre Diana.
LE FASCISME ET LA FIN DE L'ACTIVITE SUBVERSIVE
La même année, Errico MALATESTA est libéré ; il continue à diriger "Umanita Nova" jusqu'en 1922, année au cours de laquelle les fascistes prennent le pouvoir et interdisent le journal qui réouvrira en 1945 sous la forme d'un hebdomadaire.
Fuyant les contrôles fascistes, Errico MALATESTA se rend clandestinement en Suisse pour assister au 50ième Congrès de Saint-Imier, puis s'installe définitivement à Rome avec sa compagne Elena MELLI et sa fille Gemma.
Pendant les premières années du gouvernement fasciste, il poursuit son activité de propagande, de 1924 à 1926, malgré le rigide contrôle de la censure, il publie le journal clandestin "Pensiero e Volonta".
Les années suivantes, le régime fasciste impose à Errico MALATESTA le contrôle continu auprès d'un groupe de gardiens, le condamnant ainsi à un isolement en particulier des mouvements anarchistes.
Il passe les dernières années de sa vie reclus dans sa maison avec sa famille, subissant une détérioration progressive de son état de santé. En mars 1932, il survit à une grave infection pulmonaire, et meurt le 22 juillet d'une grave crise respiratoire.
PRINCIPES POLITIQUES
Errico MALATESTA tente une synthèse de la conception anarchiste, sans pourtant l'emprisonner dans un système. Pour atteindre ce but, il distingue l'anarchie de l'anarchisme. Le premier est la finalité, il a une valeur mi-historique et universelle: il représente le vouloir être et comme tel n'est pas déductible d'aucune situation historique. L'anarchisme est la traduction de cette fin dans la concrétisation d'une situation historique. La division correspond à celle entre jugements de valeur et jugements de fait.
Les valeurs fondamentales de l'anarchie -liberté, égalité, solidarité- sont des expressions rationnelles d'une aspiration universelle et comme telles ne sont liées à aucune doctrine. Errico MALATESTA refuse autant le droit naturel que le positivisme. Le premier, car il considère l'idée d'une société naturelle comme le résultat de la paresse de ceux qui rêvent que les aspirations humaines se réalisent spontanément, sans lutte ; le second, parce que l'exaltation de la science amène à un nouveau dogme.
Errico MALATESTA développe dans ses différents écrits des principes révolutionnaires anarchistes, tels le volontarisme, le gradualisme révolutionnaire et bien d'autres principes.
Il expérimente divers principes révolutionnaires dont l'insurrectionalisme dans le Bénévent, mais aussi dans d'autres pays, où il dut s'exiler.
"Une chose est de comprendre, une autre de pardonner certains faits, les revendiquer, en être solidaires. Nous ne pouvons accepter, encourager et imiter de tels actes. Nous devons être résolus et énergiques, mais nous devons également nous efforcer de ne jamais dépasser les limites nécessaires." (Errico MALATESTA, "Un peu de théorie" (1892))
Il met en garde contre les tendances à la bureaucratisation dans les organisations anarchistes:
"Evidemment si, dans une organisation, on laisse à quelques-uns tout le travail et toutes les responsabilités, si on subit ce que font certains sans mettre la main à la pâte et chercher à faire mieux, ces "quelques uns" finiront, même s'ils ne le veulent pas, par substituer leur propre volonté à celle de la collectivité. Si dans une organisation tous les membres ne se préoccupent pas d'exercer sur tout et sur tous leurs facultés critiques et laissent à quelques-uns la responsabilité de penser pour tous, ces "quelques uns" seront les chefs, les têtes pensantes et dirigeantes." (Errico MALATESTA, "L'Agitation à Ancône" (1897)).
Il est très critique vis-à-vis du syndicalisme révolutionnaire que défendait Pierre Monatte. Il exprime son point de vue sur cette question au Congrès international anarchiste d'Amsterdam en 1907.
Il critique également la plateforme de Piotr Archinov, plateforme étant une proposition d'organisation avec de nouveaux principes, et qui fut lancé par le groupe russe Dielo Trouda (pourchassé par les bolchéviques) en exil. Errico MALATESTA remarque dans la "plateforme" des principes peu libertaires dans le fond, sur la responsabilité collective par exemple, et quand au fonctionnement sur les prises de décisions peu claires, laissant le champ vide à de possibles prises de pouvoir.
LA REVOLUTION, UN ACTE DE VOLONTE
La volonté est l'élément décisif pour la transformation sociale. La société libertaire dépend uniquement de la volonté des hommes. L'histoire échappe à toute philosophie et à toute tentative de prévisions. Pour cela, il n'est pas possible de savoir quand la période est faste pour la révolution et il faut profiter de toutes les occasions. La révolution n'est pas un fait économique et sociale mais un acte de volonté. La révolution doit rassembler les masses, mais les masses ne deviendront pas anarchistes avant que la révolution ait commencé ; les anarchistes doivent alors se joindre aux masses et les accepter comme elles sont, sans projets pédagogiques inévitablement autoritaires et en adaptant plutôt l'idéologie à leur ressentir. L'action révolutionnaire à 2 objectifs: la destruction des obstacles à la liberté, et la diffusion graduelle de la pratique de la liberté, privée de toutes coercitions.
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Errico Malatesta
Posté par
véronique le 13.04.2008
Bonsoir,
c'est qui cette personne ? un anarchiste, je suppose..... mais encore ?
Oui, oui !
Posté par
Alayn le 13.04.2008
Bonsoir Véronique ! Il y a d'abord la photo et ensuite l'article.
Voilà qui est fait; Bonne lecture et merci pour ta visite.
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Posté par
véronique le 14.04.2008
il est beau le dernier paragraphe....beau comme un doux rêve inaccessible....car je ne crois pas "dans les hommes", ils sont comme un troupeau de moutons avec des dents de fauves !
Restons optimistes malgré tout !
Posté par
Alayn le 14.04.2008
Bonjour ! Certains (mauvais...) jours, j'en suis aussi quelquefois à désespérer de la capacité de l'humanité à sortir des ornières où elle se trouve.
Mais je reste fondamentalement optimiste car les maux qui nous accablent actuellement (capitalisme, libéralisme, etc...)et qui façonnent les modes de vie et cimentent les 3/4 de l'humanité autour de ces concepts mortifères se casseront la gueule un jour ou l'autre.
Et pour cela, effectivement, comme le pensait Errico MALATESTA, il faut la volonté (au moins...) de le vouloir !
La résignation ou la croyance que de toutes façons on ne peut rien faire ne fera jamais avancer les choses !
Il faut donc tout faire pour que nos rêves ne restent pas des rêves ! Avec de la volonté, on peut y arriver.
Faut pas baisser les bras, Véronique !
Salutations Anarchistes ! Et merci à toi de commencer à participer à ce blog ! Tu vois, avec de la volonté, tu y arrives ! Tout n'est pas perdu ! Alors...
Lien vers mon blogtout n'est pas perdu
Posté par
véronique le 14.04.2008
tu as raison....... la preuve , je suis là !! je dois travailler sur la résignation et sur ma non-croyance en l'homme....... peut-être qu'un grand chambardement les fera changer......il faut que j'y crois !
Il ne suffit pas d'y croire...
Posté par
Alayn le 14.04.2008
Bonsoir ! Je ne dis pas qu'il suffit d'y croire, il faut que l'humanité prenne conscience qu'il est possible d'organiser la ou les sociétés autrement. Que le capitalisme ou autres calamités ne peuvent être des systèmes uniques et éternels.
D'ailleurs, et quelque peu sur ce point épineux: les anarchistes refusent d'être une avant-garde éclairée (comme se considèrent sempiternellement par exemple les partis d'extrème-gauche) menant et surtout trompant les masses vers des révolutions pas vraiment...révolutionnaires !.
Il n'est pas question d'orienter les masses (c'est à elles de se prendre en main)comme un dictatorial parti, ni par le biais d'élections démocratico-parlementaristes soit-disant représentatives, puisque nous savons qu'à l'heure d'aujourd'hui, il y a bientôt plus de la moitié de la population qui ne vote plus.Bien fait, au passage, pour tous les polititocards professionnels de la magouille électoraliste !
Il y a largement moyen de s'organiser autrement, égalitairement, en s'entraidant et en n'ayant pas de rapports d'autorité ou de hiérarchie entre nous (première piste...)
Voilà tout le défi ou sinon, çà ne s'arrangera jamais et ce sera de pire en pire.
Salutations Anarchistes.
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Posté par
Tenryu le 16.04.2008
S'il y a des idées de pistes, utopiques, intéressantes, prometteuses ou même géniales, aucune d'entre elles ne prendra s'il n'y a pas un point de départ valide.
A mes yeux, le problème des masses n'est pas le manque d'idées, ni le manque de valeurs, il y a un large choix plus que suffisant. Le problème de l'individu qui aimerait que ça change est déjà sa propre situation.
De même que nous respirons le même air et que nous buvons la même eau, plus ou moins, pour vivre nous sommes tous sans exception dépendant de tout ce qui nous entoure, et en particulier dépendants du fonctionnement de notre société. Ce que nous achetons pour manger, pour nous vêtir ou nous soigner, notre travail qui nous le paye, tout cela provient du fonctionnement de la société, mais en même temps, la moindre de nos actions construit et structure la société.
L'individu qui veut que ça change n'a alors qu'à changer ses habitudes pour influer sur la société, mais en admettant qu'il le veuille, il a très souvent des grosses difficultés à le faire, tant le mode de vie actuel a rétrécit le champs des possibilités, tant il a imposé de contraintes. Mais bon, c'est toujours possible. Volonté effectivement.
Il y a bien plus grave, c'est que l'individu n'en est même pas à vouloir que ça change, malgré les souffrances endurées, parce qu'il n'a pas conscience des autres possibilités, parce qu'il n'arrive pas à se résoudre à abandonner ses habitudes, son confort relatif. Certes nous avons un bon niveau de vie, excellent même par rapport à il y a deux siècles, le niveau de stress est de plus en plus intense. L'individu n'a pas conscience que son confort pourrait être encore meilleur avec d'autres habitudes. Donc on continuera de polluer, de ravager la nature, de bâtir des inégalités, ou de déclencher des guerres.
Donc pour moi, le problème est un problème de conscience individuelle. Au niveau de la conscience collective, on en sait déjà beaucoup, plus qu'assez, comme par exemple pour le problème du climat. C'est au niveau du choix individuel, surtout dans nos pays où la liberté individuelle existe malgré tout, que tout peut se jouer, et non au niveau des masses.
La vraie révolution est donc au niveau de la conscience et du choix personnel.
Chercher à abolir le "système" est une solution verbale stérile, une fausse piste. Quoiqu'on fasse, il y aura un mode d'organisation ou un autre, et finalement ce n'est pas ça qui compte. Pire, en voyant dans la destruction de notre organisation actuelle une solution salutaire, on ne fait qu'invoquer un danger qui coûtera encore plus cher que la situation actuelle, un peu comme la révolution Khmer, ou d'autres.
Un mode d'organisation n'est qu'un mode d'organisation, c'est un outil, un moyen. Tout comme on peut se servir du marteau pour construire ou pour tuer, tout système peut servir à n'importe quelle fin. Donc en détruisant le système actuel et en le remplaçant par un autre, on n'aura aucune garantie que le système suivant ne serve pas à des buts malsains, tout comme le capitalisme aujourd'hui sert en partie à des fins malsaines. Et cela parce qu'un changement de système n'implique en aucun cas un changement de conscience.
Et un système qui tente de changer la conscience par force comme l'a fait le communisme, on a vu ce que ça donne.
Michel Rocard a écrit un article admirable et brillant récemment dans Le Monde, où justement il décrit le capitalisme comme un outil. Le principe du capitalisme, dans son essence, est le regroupement du pouvoir financier du peuple, à travers les banques. Et ce sont ces fonds regroupés qui ont permis les plus grands chantiers du siècle dernier, et qui ont, malgré toutes les erreurs, donné le niveau de vie actuel dont nous jouissons, en Occident. Malgré tout ce qu'on peut en dire, ce niveau de vie est tout ce que souhaitaient les masses révoltées depuis deux siècles.
Dans cet article, il poursuit en disant que cet outil, comme tout autre, peut être utilisé de manière perverse, et s'il l'a été jusqu'à un certain point dans le passé, aujourd'hui le danger est encore plus grand. L'exemple de la crise des banques montre que l'éthique, qui a joué un rôle majeur dans l'aspect positif du capitalisme, est en train de disparaître, et pour preuve, les banques ne se font même plus confiance entre elles.
Donc encore une fois, c'est la conscience, dont découle l'éthique, qui est la clef de la santé globale de l'humanité.
La crise bancaire d'aujourd'hui, et dont on ne parle pas assez, risque d'être le point de départ de l'effondrement du capitalisme que tu souhaites, Alain, et c'est sûr que quand ça va arriver, tu seras content.
Peut-être que ça ouvrira un espace de possibilités propice aux anarchistes, mais c'est même pas sûr. Comme ça impliquera des hausses de prix démentielles, des famines, des émeutes et compagnie, il y aura aussi un durcissement de l'autorité, de la police et du contrôle. Il y aura aussi des tensions qui mèneront parfois à des guerres. Si c'est ce que tu souhaites, ta vision est une vision de cauchemar, une révolution baignée dans l'horreur. Et ce n'est certainement pas ça qui va entraîner un changement de conscience, sauf pour une minorité.
La plupart des gens ne vont penser qu'à pouvoir manger, qu'à leur sécurité. Et comme les dérèglements climatiques vont amener les mêmes problèmes, d'une part ça nous pend vraiment au nez, et d'autre part ça va être une panique monstrueuse.
En conclusion, le véritable point de départ est le mûrissement de la conscience, et non la déclamation de slogans. Là où on est d'accord, c'est à propos de la volonté : une fois la conscience mûre, c'est la volonté qui va être importante pour trouver des pistes et les appliquer.
La conscience n'est pas une théorie fixe, c'est un vaste miroir qui reflète le monde avec intelligence. Sans elle, la volonté, surtout basée sur des idéologies rouillées et insuffisantes, est aussi stérile que dangereuse.
A suivre ...
Tenryu, http://www.vive-la-creuse.com
kikou c moa
Posté par
bea le 16.04.2008
j'espere que tu passes une bonne journée que le soleil est present dans tes yeux et dans ton coeur biz bea
Lien vers mon blogJe suis presque d'accord
Posté par
Alayn le 22.04.2008
Bonjour ! Merci Tenryu pour ton commentaire.
Evidemment que si c'est seulement le système qui change sans que change la "mentalité" humaine, çà ne marchera pas.
MAIS nous pouvons postuler, par exemple, que le système capitaliste disparaisse et laisse la place à une société organisée libertairement mais cela ne pourra se faire, non pas sous la volonté d'une poignée d'anarchistes, MAIS quand le plus grand nombre de personnes aura justement pris conscience d'abord individuellement et ensuite collectivement de la nécessité et de la possibilité d'organiser la société autrement que par le biais du système capitaliste.
Sans la prise de conscience individuelle dans un premier temps, ensuite l'organisation décidée collectivement, tout cela par le plus grand nombre, rien ne peut changer réellement.
Donc, de toutes façons, il ne pourra pas y avoir un changement de système sans l'acceptation et la volonté des gens. Ce qui forme la spécificité de l'idéal anarchiste.
En société anarchiste, ni individuellement, ni collectivement, chacune et chacun, avec sa conscience, ne subit aucune contrainte et se positionne librement dans ses choix individuels et collectifs.
Sinon, j'ai du mal à trouver quelques vertus au système capitaliste: les soit-disant progrès réalisés grâce à lui auraient pu l'être tout autant dans une société anarchiste, voire plus. Avec beaucoup moins de gaspillage, avec des moyens utilisés pour autre chose de plus positif, par exemple, que la fabrication d'armes...
Lien vers mon blogAnarchie encore et toujour
Posté par
Libertad le 26.04.2008
Exellent article qui nous
restitue avec fidélité et
sincéritée le compagnon
E.Malatesta dans sa trépidante vie militante et riche pensée.
Un compagnon(e)parmis tant
d'autres qui a travers
analyses,reflexions,pratiques et volontées on construit l'anarchisme.
Vive l'anarchie!
p.s:
Les propos et analyse(?)de Tenryu sont bien reformistes et a la sauce social democrate a mes yeux avec cerise sur le gateau une citation de
Rocard.Vous avez dit discours et volontée révolutionnaire?
Merci Libertad !
Posté par
Alayn le 26.04.2008
Bonjour ! Merci pour ta visite et ton commentaire, Libertad !
C'est vrai que ce que nous dit Tenryu + la référence à un soit-disant texte admirable de Rocard ne peut que nous faire sourire en tant qu'anarchistes.
C'est un vieux débat que j'ai depuis un moment avec Tenryu qui soutient mordicus qu'il n'est pas un capitaliste mais qui en défend les valeurs régulièrement...Cherchez la contradiction...
Je pense néanmoins qu'il a en partie raison sur la conscientisation nécessaire et la volonté également nécessaire pour au moins tenter de renverser ce vieux monde inégalitaire.
Et Errico MALATESTA soutenait également ces opinions là avec justesse et détermination. Un grand bonhomme !
Salutations Anarchistes.
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