Posté le 04.11.2007 par Anarchopedia et anarchie23
"Les libertariens ne sont pas des anarchistes, ce sont des ultra-libéraux"
Bonjour ! Suite à un "débat" lancé par Spendius (voir les nombreux commentaires à la fin de ce billet) à propos du mouvement libertarien qu'il défend, il nous a semblé primordial de décrire ici ce que sont véritablement les libertariens et leurs nombreux avatars (agoristes, anarcho-capitalistes, panarchistes, minarchistes, etc...)
DES FAUX ANARCHISTES
Nous nous devons de préciser les contradictions de l'utilisation par les capitalistes libéraux de la terminologie anarchiste.
Malgré leur volonté de récupération de la mouvance individualiste de l'anarchisme (Stirner, Spooner, Tucker, etc...) les libertariens sont pour un individualisme libéral et non pas des individualistes anarchistes.
Pour ne pas permettre la confusion des genres, certains libéraux (Rothbard, disciple de Mises et appartenant à la société du mont pélerin dont le but est de diffuser les idées libérales dans le monde) s'approprieront le terme de "libertarian", puis, du fait que la nouvelle désignation ne changera rien à leurs pratiques libérales habituelles, d'autres libéraux, opposés à la faction minarchiste (ne demandant que la limitation des prérogatives de l'Etat), créeront l'oxymore "anarcho-capitaliste".
Il se trouve, dans les faits, que les libertariens/anarcho-capitalistes forment des partis politiques qui se révèlent n'être, selon la tendance, que des soutiens pour des partis centristes de droite ou conservateurs (droite, extrème-droite) ; donc ils soutiennent de fait l'existence de l'Etat. En rentrant dans le jeu de l'autorité publique, ils s'excluent ainsi de leurs prétentions anarchistes.
Rothbard réclamera la création d'un parti populiste.
Leur soutien à la propriété privée fait qu'ils n'ont rien contre le pouvoir que les propriétaires ont concernant des locataires ou des salariés. D'ailleurs, dans de nombreux ouvrages, ils admettent l'esclavage comme une possibilité (voir F.2.2 Do "libertarian"-capitalists support slavery ?) (infoshop.org/faq/secF2.html#secf22)
Les anarcho-capitalistes (ou libertariens) ne s'opposent pas à la concentration de la richesse, aux distinctions de classe.
Ils utilisent également la manipulation à des fins idéologiques (l'oxymore "anarcho-capitaliste" étant un exemple). Cet oxymore associe 2 termes, anarcho (qui se réfère à l'anarchisme) et capitalisme. Mais les termes "anarcho" et "capitalisme" signifie pour eux "individualisme" (au sens libéral) et "libéralisme économique".
Les anarcho-capitalistes sont en fait simplement des capitalistes qui s'opposent au découpage par l'Etat de leurs propres bénéfices par des règlements et par l'imposition. C'est leur rogne unique contre l'Etat.
Leur rejet de l'Etat est factice car ils ne rejettent pas la hiérarchie (fondement des sociétés autoritaires) et, n'ont donc, rien d'anarchistes.
DES DOCTRINAIRES LIBERAUX
Les libertariens prônent la privatisation de tous les services publics. Selon Friedman, les règles du Droit seraient produites sur un marché libre, alors que selon Rothbard, elles découlent de la théorie du Droit Naturel.
Tous les services seraient donc laissés au libre jeu du marché (firmes, multinationales, etc...). C'est la concurrence qui assurerait l'équilibre.
Leur doctrine défend également le "droit" des enfants à travailler et la prostitution.
Ce sont, selon eux, des conséquences logiques du droit naturel.
Leurs penseurs s'opposent aussi à toute forme de redistribution des richesses.
Ils peuvent défendre également le monarchisme (voire le fascisme).
Ils défendent aussi la "hiérarchie naturelle" ainsi que la hiérarchie économique et sociale qui ne fait que refléter, selon eux, une hiérarchie naturelle "inévitable". Hans-Hermann Hoppe s'exclame ainsi: "les riches sont en règle générale intelligents et industrieux, alors que les pauvres sont typiquement stupides ou paresseux, ou les deux à la fois".
Ils ont parfois, suivant la logique de la "hiérarchie naturelle" des positions qu'on peut assimiler à de l'eugénisme. Ils ont une tendance à l'anti-écologisme.
Hormis Friedman, ils prennent des positions anti-immigrationnistes.
Ils sont pour le port et les ventes d'armes libres.
Enfin, ils peuvent également être taxés de liberticides puisque leur vision de la liberté est principalement orientée sur la capacité économique d'un individu ; ceux qui ont beaucoup d'argent auront plus de liberté que ceux qui ont peu d'argent, la liberté pour eux a un prix.
Les libertariens anarcho-capitalistes vénèrent d'ailleurs les entrepreneurs riches. Leurs maîtres-mots sont privatisation et concurrence.
UNE FAUSSE LIBERTE
La conception de la liberté que promeut un libertarien est une pièce maîtresse de son argumentaire. Or celle-ci est également on ne peut plus éloignée des positions anarchistes.
Cette liberté est la liberté individuelle de n'être pas entravé: c'est la liberté dite négative, conçue d'une manière purement individuelle et garantie par un système de protection que certains veulent privée tandis que d'autres reconnaissent qu'un Etat sera nécessaire à son maintien. Or cette liberté, qui ignore tout des circonstances, est d'une confondante pauvreté. Le salarié contraint de se vendre y est présumé libre. C'est la liberté libre du renard dans le poulailler libre, c'est celle de ces villes grillagées derrière lesquelles se réfugient les plus riches citoyens américains pour échapper au chaos qu'ils ont créé, c'est la liberté qui s'accroit avec l'esclavage d'autrui.
Le libertarianisme est une liberté faussée par l'argent. Seuls les riches auraient une réelle liberté puisque dans une société libertarienne, tout se paye ; les pauvres n'auraient pas librement accès à la santé, à l'éducation...
UNE NEBULEUSE ULTRA-LIBERALE
David Nolan a fondé le Parti Libertarien américain en 1971. Il a crée un diagramme pour montrer que sa doctrine est supérieure aux autres, diagramme largement critiqué par les anarchistes parce qu'il ne montre que les thèmes que défendent les libertariens: le libéralisme économique et les libertés individuelles au sens libéral.
Ayn Rand (1905-1982) théoricienne de l'Objectivisme, une doctrine de philosophie morale qui prône l'égoïsme comme moteur de toutes les actions humaines.
Elle a fait avant tout le monde et dans l'amérique du New Deal l'apologie d'un capitalisme libéral.
A bien des égards, Rand est la "maman" de tous les libertariens, celle à laquelle tous se réfèrent. (voir politique-info.org/archive-08-2006.html)
Les libertariens se basent également sur les travaux d'économistes ultra-libéraux tels que Mises, Bastiat, Hayek, Molinari, etc...
Plusieurs Partis Libertariens existent: Parti Pirate Suédois, Alternative Libérale en France.
Ils ont une influence non négligeable en premier lieu aux USA et en Amérique du Sud mais également au Canada, en Belgique ou en Suisse.
EN FORME DE CONCLUSION
Le mouvement libertarien est d'essence libérale.
Il se distingue de l'anarchisme de 2 manières:
-Loin de nier la propriété privée, il se fonde sur elle.
-Après avoir posé l'égalité formelle de tous les individus en droit, il admet les inégalités matérielles.
Le libertarianisme est la forme ultime du capitalisme individualiste, l'argent est son dieu. Ce mouvement a le soutien moral des rentiers et des milliardaires.
Libertariens et libertaires: 2 mondes opposés !
--
Posté le 19.10.2007 par Vincent Nouzille et Anarchie23
Bonjour ! Au moment où la rue commence à remettre en cause les réformes (notamment les régimes spéciaux des retraites) de Sarkopen ; ou des grèves éclatent, notre ami Francis vient de nous communiquer ce texte de "bakchich.info", écrit par Vincent Nouzille sur les retraites dorées de nos chers (très chers !) "dépités" ! :
Timides et cachottiers, les parlementaires de l'Assemblée couvent un superbe déficit, celui de leur retraite...
Le gouvernement et sa majorité s'apprêtent à aligner tous les régimes spéciaux de retraite (EDF, SNCF, etc) sur le droit commun. C'est une question d'équité sociale et d'équilibre économique, martèle le Premier ministre. Mais, belle exception, les députés hésitent à réformer leur propre caisse, qui est pourtant très très "spéciale".
Il est vrai que les cotisations des députés valent double durant leurs quinze premières années de mandat: il leur suffit de passer 22,5 années sur les bancs du Palais-Bourbon, pour cumuler leurs 40 annuités de cotisations, avant de partir tranquillement à la retraite à 60 ans révolus. Un privilège exceptionnel, qui mettrait tous les régimes de retraite en faillite s'il était généralisé à l'ensemble des salariés ou des fonctionnaires !
Nous sommes d'ailleurs en mesure de révéler un petit secret: à cause de ses charges, la "caisse de pensions des anciens députés" est justement dans le rouge ! "Bakchich.info" a déniché son bilan financier, dans les comptes de l'Assemblée nationale pour 2006, qui ont fait l'objet d'un rapport passé inaperçu (consultable sur "bakchich.info") le 29 mai dernier, présenté par le député Yves Fromion, élu UMP du Cher.
Le résultat n'est pas très glorieux, selon le document officiel. Du côté des recettes, les cotisations versées l'an dernier par les 577 députés n'ont rapporté que 7,4 millions d'euros. Une misère.
L'Assemblée a également généreusement cotisé (en tant qu'employeur) en faveur de ses édiles, pour un montant de 14,9 millions d'euros. Le total des ressources de la caisse ne dépasse donc pas les 22,3 millions. En revanche, côté dépenses, c'est l'hémorragie. Les retraites versées à quelques 2000 anciens parlementaires (montant moyen: 2400 euros net par mois pour 1958 pensionnés) ont dépassé les 60 millions d'euros, soit près de trois fois les recettes. Un record.
La différence n'est pas mince: le trou était d'environ 38 millions d'euros en 2006, comme en 2005, soit près de 20 000 euros par retraité et par an. Ce déficit chronique, creusé méticuleusement d'année en année dans l'indifférence générale, équivaut à une "faillite" selon l'expression favorite de François Fillon ! "Vu le nombre limité de députés cotisants, les conditions de l'équilibre économique de notre régime spécial ne peuvent pas être réunies, admet Yves Fromion, en confirmant les chiffres. C'est la même chose pour les retraites des agriculteurs, des mineurs, ou des marins."
Jusqu'à présent, la République, bonne mère, éponge automatiquement le déficit du régime des anciens députés, grâce à une discrète "subvention de l'Assemblée nationale", pompée sur les crédits alloués chaque année au Parlement. Pour équilibrer le régime "sur mesure" des députés-retraités, les contribuables ont donc été ponctionnés de 38 517 765 euros en 2005 et de 38 000 240 euros en 2006. Une bricole comparée aux dizaines de milliards des déficits de l'Etat, de la Sécu ou des autres caisses de retraites. Mais, l'heure est justement aux révisions déchirantes pour tous les régimes spéciaux. Et l'exemple ne devrait-il pas venir d'en haut ? "Les Français ne comprendraient pas que nous ne réexaminions pas notre propre régime, de manière à l'adapter, répond Yves Fromion. Moi, en tout cas, je suis prêt à en débattre". Quitte à s'attirer les foudres de ses collègues !
Vincent NOUZILLE (bakchich.info)
Notre petit commentaire:
C'est donc limpide ! Dans les histoires de gros sous, le pouvoir ne remet jamais en cause ses prébendes. Les serviteurs de l'Etat pillent allègrement la tune des contribuables. Sans états d'âme.
Dans les mouvements de grèves amorçées, le peuple est toujours le dindon de la farce, manipulé par les syndicats réformistes divisés sur la mobilisation. Nous pensons qu'il faudra faire beaucoup plus que quelques journées de grèves dispersées pour faire infléchir ou supprimer les nouvelles mesures sur les retraites que ce gouvernement capitalo-poujadiste veut instaurer.
Paralysie du pays, véritables grèves générales (et autogestionnaires !), remise en cause de l'Etat, du capitalisme et du pouvoir, voilà quelques modes d'actions que nous préconisons pour faire plier cette pseudo démocratie inégalitaire.
Les députés gagnent des milliers d'euros sur notre dos. Nous pouvons organiser la société d'une autre manière. Sans eux ! A la retraite, les dépités !
La mise en place d'une société fédérale libertaire est, à nos yeux, la meilleure façon d'y parvenir. (voir sur ce blog les billets "La Fédération Anarchiste" ; "Le projet libertaire" et le commentaire "Le fédéralisme libertaire" ainsi que les liens vers "Mes sites préférés")
Salutations Anarchistes
Posté le 23.10.2007 par Fiammetta Venner et anarchie23
Bonjour ! Dans un but de clarté, pour répondre également à de nombreux commentaires par rapport à ces mouvements obscurantistes et nébuleux, nous vous présentons le livre de Fiammetta Venner: "Extrême France".
Par-delà l'expression électorale classique de l'extrême droite qu'est le Front National, les nostalgiques d'une France d'antan forment une nébuleuse qu'on pourrait appeler "l'Extrême France". Cette Extrême France incroyablement diverse, organisée, parfois fanatique, juge le présent décadent et ne rêve que d'un passé "idéal".
Elle est active, très organisée, et irrigue profondément les mouvements politiques traditionnels.
Cet essai hors du commun révèle une France méconnue. Après des années d'enquêtes de terrain, d'entretiens, de rencontres, et en s'appuyant sur le décryptage de plus de 20 000 mobilisations, Fiammetta Venner a classifié cette Extrême France en cinq familles:
-les frontistes
-les nationaux-radicaux
-les royalistes
-les catholiques traditionalistes
-les pro-vie.
L'auteur nous fait découvrir, de l'intérieur, ces groupes minoritaires mais inquiétants: commémorations en l'honneur de Pétain ou de Louis XIV, commandos contre l'avortement, opération de soutien aux Serbes, campagnes contre le blasphème, soirées skinheads, repositionnement du Front National, tout est soigneusement recensé et expliqué.
Chaque "famille" est analysée en profondeur: objectifs, méthodes, pouvoir réel, réseaux d'influence, chants, sites Internet, journaux, librairies.
Grâce à ce travail rigoureux et inédit, Fiammetta Venner nous livre la radiographie d'une "certaine idée de la France". Un livre de référence, fondé sur la thèse de l'auteur, soutenue à l'IEP de Paris sous la direction de Pascal Perrineau.
"Extrême France" de Fiammetta Venner. 518 pages. Chez Grasset § Fasquelle. 2006.
Commande en ligne possible à: http://www.librairie-publico.com.
Politologue, Fiammetta Venner a fondé en 1997 la revue ProChoix. Elle est l'auteur, entre autres, de "L'opposition à l'avortement" (Berg, 1995), avec Caroline Fourest, d'un livre qui connut un grand retentissement: "Le guide des sponsors du Front National et de ses amis" (R.Castells, 1998), et plus récemment de "Tirs croisés, la laïcité à l'épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman (Calmann-Lévy, 2003).
Nota: Fortuitement, nous nous sommes interessés à quelques sites ultras cathos royalistes. Y constatant du révisionnisme de l'histoire (surtout à l'encontre du mouvement libertaire) ; de l'obscurantisme religieux ; de la défense de l'Inquisition ou du système monarchique, de la vénération d'écrivains d'extrême droite ou catholiques traditionnels, du misogynisme, etc...nous nous sommes fait copieusement insultés et censurés, puisque mettant certainement le doigt sur des "vérités".
Quelques sites de cette "nébuleuse":
-http://isabelledescharbinieres.hautetfort.com : royalistes catholiques. (IDC pour les intimes)
-http://incarnation.blogspirit.com : blog d'un Serbe ami d'IDC et fan de littérature de droite dure.
-http://lapinos.hautetfort.com : un Ovni ! Catholique marxiste ! Pour le fun !
Les nombreux commentaires ci-dessous apportent des précisions sur cette mouvance.
Salutations Anarchistes.
Posté le 07.10.2007 par Patrick Mignard
Dans un grand journal du soir, daté des 22 et 23 juillet, à propos de la situation en Turquie et plus particulièrement du succès populaire du parti des "islamistes modérés", le AKP, on pouvait lire un reportage sur le "petit peuple des barbecues" qui constitue la partie la plus pauvre de la société turque et qui se voit, par les autres classes, montré du doigt car, "tous les week-ends ils envahissent les espaces publics avec leurs familles et leurs barbecues".
A une question du journaliste, l'un deux répondant: "c'est pour cela que nous allons voter pour un parti qui nous accorde le droit d'allumer nos barbecues" (???)
UNE DERIVE DE LA DEMOCRATIE
Remarque anodine diront certains et même prêtant à sourire. En sommes-nous si sûrs qu'il faille sourire ? Pas à cause de ce qu'est ce parti... que ce soit celui-là ou un autre, là n'est pas le propos, mais sur le principe que recouvre ce type d'attitude de la part de ce qui s'appelle et que l'on appelle un citoyen.
La question qui se pose, quand on voit ce genre d'attitude, c'est tout simplement: est-ce celà la démocratie ?
Bien sûr, les puristes politiques, et il n'en manque pas, me rétorqueront que ce n'est qu'une expression et qu'elle reflète une réalité sociale et politique... et qu'il ne faut pas prendre l'expression au "pied de la lettre".
Pourtant, le comportement que l'on qualifie de citoyen, même dans un pays comme la France, se résume parfois, souvent, à une défense d'intérêts particuliers, accessoires, voire un fantasme... et même quand ces intérêts sont collectifs, leur décalage total avec la réalité sociale en fait des particularismes élevés au rang de, sinon valeurs politiques, du moins éléments de positionnement politique. Un exemple ? Un parmi tant d'autres... "les dates d'ouverture de la chasse aux canards" (?)
Un tel comportement, une telle situation fait de la démocratie un "fourre tout" inextricable où "l'impression", le "fait divers" tiennent lieu de "conscience politique".
L'INSTITUTIONALISATION DU "N'IMPORTE QUOI"
Le système politique tel qu'il est conçu aujourd'hui, dans ce que l'on appelle les "démocraties modernes" est essentiellement fondé sur ce "n'importe quoi".
Quel est ce "n'importe quoi" et quel sens a-t-il ?
"N'importe quoi" signifie que la volonté politique peut se fonder sur tout et son contraire, sur des détails souvent inessentiels de la vie quotidienne. L'éclatement et la diversité des "intérêts" fait que le particularisme, l'accessoire, l'emporte sur l'essentiel. L'exemple des "barbecues" est significatif: le choix politique s'arrête à ce simple aspect d'une réalité sociale qui est autrement plus complexe et dont souvent le particularisme n'est que le révélateur. Le signifiant devient le signifié et acquière un statut d'impératif catégorique.
Au nom d'une conception particulièrement démagogique et perverse de la "liberté", le système dit "démocratique" a institutionnalisé cette pratique non pas qu'il faille taire ces revendications, mais, vouloir en faire la colonne vertébrale de l'investissement citoyen est la meilleure manière d'en détourner le sens... et les politiciens ne s'en privent pas.
Quand on observe de près le fonctionnement de la politique, c'est effectivement aujourd'hui comme celà que fonctionne les "démocraties"... Les politiciens "déguisés en Père Noël" se livrent à une surenchère de promesses alléchantes, enveloppées dans un verbiage pseudo philosophico-économico-scientifique, pour faire bonne mesure, et se donner, et surtout, donner l'illusion de la profondeur de pensée, discours toujours écrits par des professionnels de la manipulation, du marketing politique et des experts toujours prêts à vendre leurs "compétences".
Le citoyen se place en demandeur et le politicien en offreur reproduisant parfaitement le schéma du marché.
Nous avons là les bases les plus fétides du populisme.
UNE DEMOCRATIE DEGENEREE
Cette dégénérescence populiste est scrupuleusement entretenue, vantée et même louée, par une classe politique qui y trouve tout son intérêt ; en effet une telle situation est propice aux promesses démagogiques, à la rhétorique de "super marché", voire au clientélisme.
L'attitude politique, la parole politique, le discours politique est fabriqué non plus à partir d'idées et de conceptions, encore moins de pratiques, portant sur l'organisation sociale, réfléchies et soumises à la critique publique, mais à partir du glanage des désirs, voire fantasmes des électeurs. Le discours politique devient une sorte de mixture dans lequel tout le monde doit y trouver ce qu'il cherche.
Dénoncer cette escroquerie c'est risquer les foudres des pseudo démocrates qui tiennent absolument à ce que le peuple, toujours prenant prétexte de la liberté d'opinion et d'expression, ne s'en tienne qu'à ces/ses considérations superficielles.
L'intérêt de tout celà c'est que rien n'est abordé sur le fond, tout reste à la périphérie des grands problèmes qui, tout en étant la cause de ces "particularités", ne sont jamais mis et débattus sur la place publique. L'essence même du politique et donc de ce qui devrait constituer l'élément essentiel du fonctionnement démocratique, est sacrifiée sur l'autel des cuisines partisanes et des intérêts des clans politiciens.
Les organisations politiques qui ont la prétention de changer la société ont été emportées par le flot de la démagogie ambiante et n'hésitent pas, elles non plus, à en rajouter dans les promesses. La teneur des discours change mais la problématique reste la même... on promet, pas tout à fait les mêmes choses (encore que !),... on dit ce que l'on appelle, pas du tout originalement, "être à l'écoute du peuple" revient à fonder son action politique sur le plus petit commun dénominateur de ce que l'électeur moyen, gavé d'absurdités diffusées par les médias, est capable d'ingurgiter.
Tant que nous ne changerons pas de problématique politique, tant que nous adopterons le système pervers de la soit disante "conquête-du-pouvoir-avec-un-programme-répondant-aux-besoins-du-peuple", non seulement nous serons dans le "n'importe quoi", mais nous n'arriverons même pas à l'imposer... les aigrefins de la politique, maîtres chanteurs des médias, feront, en la matière, toujours "mieux" que nous.
Source: Fédérer et Libérer
Liste de diffusion de Matière à réflexion.
matieres@fedetlib.net
Posté le 02.10.2007 par anarchie23
Cliquer sur le dessin pour l'agrandir !
Bonjour ! Cette "affaire" défrayant la chronique actuellement dans le microcosme politicien creusois et même au-delà, rappelons de quoi il s'agit:
-Tout d'abord reprenons le communiqué de l'AFP que Lisa nous avais envoyée très gentiment et qui se trouve dans le commentaire "pour toi" dans le billet sur Gustav Landauer.
GUERET (AFP) Le conseil municipal de Sannat, un village de 380 habitants (tes) de la Creuse a refusé, par 5 voix contre 4, de suspendre en mairie le portrait du président de la République Nicolas Sarkosy, a indiqué le maire, Henri Sauthon.
"La question s'est posée lorsqu'on nous a proposé un portrait du président", a expliqué l'édile, un exploitant agricole de 81 ans à la retraite qui se dit sans étiquette. "Lors de la séance, mardi, certains se sont élevés contre cet accrochage et un élu a demandé un vote qui s'est soldé par un refus à la majorité de 5 voix contre 4", a-t-il dit, précisant que l'accrochage du portrait du président n'était "pas une obligation".
"Il n'y avait eu aucun problème pour afficher Jacques Chirac, qui reste accroché à la mairie au côté de François Mitterrand", a estimé M. Sauthon.
"Ici, nous nous faisons une haute idée de la démocratie, de la République. Nous sommes certes un peu rebelles. Nous avons peut-être la tête un peu dure. Tout le monde n'est pas béni oui-oui. Ce n'est pas pour autant que nous sommes des sauvages", a conclu le maire de Sannat.
FIN du communiqué.
A la suite de cet évènement, voici la lettre-tract des jeunes de l'UMP de la Creuse (hautement édifiante !):
A l'attention des parents d'élèves du collège Marouzeau.
Attitude déplorable du principal du collège Marouzeau.
Une partie des membres du conseil municipal de la commune de Sannat a récemment refusé d'afficher le portrait du Président de la République française dans les locaux de la mairie.
Nous tenons à vous informer du fait que le chef d'établissement d'acceuil de vos enfants, en sa qualité d'adjoint au maire de la commune de Sannat, est l'un des initiateurs de cette lamentable décision.
L'apposition dans les mairies de la photographie officielle du Président de la République constitue une tradition républicaine profondément ancrée dans notre démocratie.
Un chef d'établissement scolaire devrait avoir un comportement exemplaire. Or, il s'agit là d'un véritable dérapage et d'un comportement irresponsable.
Nous formulons le voeu que les initiateurs de cette décision anti-républicaine revoient leur position.
FIN de la lettre-tract des jeunes de l'UMP de la Creuse.
Sur son blog, Michel Moine, le maire socialiste d'Aubusson écrit (extraits):
-Les jeunes populaires se hasardent maintenant à la délation publique, en mettant en cause es-qualité un fonctionnaire de l'Education Nationale, par ailleurs élu de sa commune, pour les choix du conseil municipal.
-C'est ainsi qu'à été distribué aux élèves, à la sortie d'un établissement guérétois, il y a quelques jours, un tract calomniateur envers le chef d'établissement, pour en discréditer "le comportement irresponsable" et en dénoncer le "véritable dérapage".
-On ne peut partager l'attitude du conseil municipal de Sannat, ce qui est mon cas...
Extraits du blog de Michel Moine, maire socialo d'Aubusson.
Dans le dernier Creuse-Citron (le journal de la Creuse libertaire n° 14) il est écrit:
Les enfants de Pétain et la démocrature.
Le chef d'établissement du collège Marouzeau, qui est aussi le 2ème adjoint à la mairie "rebelle" de Sannat (son refus d'accrocher le portrait de Sarkosy a été largement médiatisé), n'est pas digne d'exercer au sein de l'école de la République.
C'est ce que pense la milice des Jeunes Populaires de l'UMP creusoise qui l'a fait savoir en distribuant un tract aux enseignants, parents et élèves aux portes du collège guérétois.
Outre l'intimidation et le risque disciplinaire encouru par le principal, ce tract révèle la vraie nature de l'UMP: une organisation totalitaire en passe de réitérer sa "nuit de cristal" et sa "rafle du Vel'd'Hiv".
Pour nous c'est inacceptable. C'est donc résistance et sabre au clair !
Maintenant nos commentaires:
Evidemment, la lettre-tract des jeunes de l'UMP est immonde: délation, distribution à des élèves et à leurs parents où travaille un membre de ce conseil municipal, pressions diverses...
Prendront-ils prochainement des élèves en otages ?
Nous pensons qu'il n'y a rien à attendre non plus finalement des socialos qui sont choqués de ce manque de "civisme".... Ils sont bien trop respectueux des traditions de notre démocratouille.
Aucune loi n'oblige les conseils municipaux à accrocher la trombine du Président. On aura au moins appris cà !
Au final, le geste de cette petite mairie est une anecdote croustillante. Pour faire parler d'elle, elle n'aurait pas pu trouvée mieux !
D'avoir le portrait de Chirac ou de Mitterrand, çà ne les dérange pas plus que çà par ailleurs...
Nous vous tiendrons informés des suites (s'il y en a) de l'Affaire du portrait de Sarkopen non accroché à la mairie de Sannat !
Salutations Anarchistes.
Posté le 29.09.2007 par anarchie23
Le SEL (Système d'Echange Local) en Creuse appelé "CarrouSEL" existe depuis 1997 et a vu le jour du côté de la Souterraine. Il réunit aujourd'hui une cinquantaine de personnes dans 3 secteurs couvrant le département (La Souterraine, Guéret et Faux La Montagne). Sa "monnaie" est la nèfle. On peut y échanger des biens, du savoir-faire ou des savoirs. Il est organisé en association loi 1901.
Un SEL est un creuset où chacun apporte son expérience, ses déboires et ses réflexions sur l'économie libérale. Il permet d'expérimenter concrêtement d'autres types de relations: par rapport au travail, à l'argent, aux relations sociales, aux activités qui nous plaisent ou nous rebutent...
Un SEL est un système multilatéral d'échanges. Il crée des liens plutôt que des biens et ressemble à un groupe d'entraide.
Les premiers SELs sont apparus en Europe dans les années 30. C'est un système basé sur le troc avec une monnaie fictive.
Le premier SEL moderne de France a été créé en Ariège en 1994. Aujourd'hui, il en existe environ 400, de tailles plus ou moins modestes (de 2 à quelques centaines de membres) suivant les régions, qui permettent à plus de 20 000 personnes de procéder à des échanges.
On en trouve aussi en Australie, au Japon, en Amérique latine...
Un SEL est une structure associative déclarée ou libre qui permet aux adhérents(tes) de pratiquer des échanges multilatéraux valorisés en monnaie fictive et autonome (souvent basée sur le temps passé) au nom varié (grain de sel, cacahuète, truffe...néfle comme en Creuse...), et des échanges libres (souvent à caractère de service plus qu'à caractère matériel).
Une personne ainsi, par exemple, pourra être créditée de 100 nèfles en gardant des enfants pendant une soirée avant d'aller les dépenser ailleurs en cours de guitare. La valeur d'un service est généralement dictée en fonction du temps qu'il nécessite. Il n'y aura ainsi pas de différence entre 1 heure de cours de maths et 1 heure de jardinage.
D'un point de vue anarchiste, les SELs sont des ébauches d'alternatives économiques assez interessantes avec le bémol que nous pensons qu'ils devraient plus s'affirmer anticapitalistes qu'ils ne le font actuellement.
Majoritairement composés d'écolos alter-mondialistes, voire traversés par des courants ésotériques (les massages ou les cours de yogas y sont souvent à la mode...) ils restent trop souvent dans un discours certes alternatif mais empreint d'environnementalisme et de réformisme.
Nous aimerions que la rupture avec le système capitaliste en leur sein y soit tout simplement plus radicale. Le troc, les échanges sans argent, l'entraide, l'organisation de groupes sur ces bases sont néanmoins un bon début de construction d'une société fonctionnant sans fric.
Le CarrouSEL creusois fait donc partie des alternatives remettant peu ou prou en cause cette société basée sur le pouvoir de l'argent en tentant d'impulser une autre économie plus solidaire et d'autres rapports entre les gens.
A partir d'échanges égalitaires, de chantiers d'entraide, de partage de savoirs et de biens. De solidarité et de convivialité.
Pour qui souhaiterait apporter sa pierre à l'édifice et adhérer au SEL de Creuse, le contact est:
marinette.minne@wanadoo.fr
Tél: 05/55/66/50/24.
Parce que le système capitaliste n'est pas inéluctable et est un système profondément inégalitaire et inhumain !
Posté le 22/09/2007 par anarchie23
Gustav Landauer naquit le 7 avril 1870 dans une famille juive moyenne à Karlrushe, en Allemagne du Sud-Ouest, une région avec un long passé de dissidence sociale remontant au Moyen Age et où naquirent et grandirent deux autres anarchistes: Johann Most et Rudolph Rocker.
C'est en 1870 qu'éclata la guerre franco-prussienne qui marqua l'apparition de l'Allemagne comme une puissance militaire centralisée. Tout au long de ses 50 années d'existence, Landauer dut se battre contre ce Léviathan sans cesse grandissant. En même temps, il s'opposa à la version centraliste et étatiste du socialisme contenue dans le parti social-démocrate allemand au caractère hiérarchique et autoritaire.
En 1892, après des études aux Universités de Heidelberg, Berlin et Strasbourg, Landauer se joignit à un groupe marxiste dissident à Berlin connu sous le nom de "Die yungen" (les jeunes) qui avait été expulsé du parti social-démocrate l'année précédente.
Assurant l'éditorial du journal hebdomadaire du groupe Der Sozialist, il émit une critique décentralisatrice et anti-autoritaire du marxisme dans la lignée de Kropotkine et Bakounine, réclamant le remplacement de l'Etat par une fédération de communes autonomes organisées à partir de la base.
Comme Kropotkine et William Morris, Landauer admirait la vie communale décentralisée du Moyen Age, "un ensemble d'unités indépendantes", qu'il appelait "une société de sociétés". Bien qu'il acceptât la notion de lutte de classe, il fut rebuté par la rigidité dogmatique de la théorie marxiste ainsi que par toute autorité bureaucratique centralisée, tant économique que politique.
En 1893, il fut un des dissidents -Rosa Luxembourg en fut une autre- exclus du Congrès de Zurich de la 2° Internationale. Ce qui provoqua le départ du vétéran Amilcare Cipriani, qui protesta: "Je m'en vais rejoindre ceux que vous avez bannis, les victimes de votre intolérance et de votre brutalité".
Landauer fut à nouveau exclu -avec Errico Malatesta, Ferdinand Domela Nieuwenhuis et d'autres délégués anarchistes- du Congrès de Londres en 1896, la dernière fois que les anarchistes cherchèrent à participer aux rassemblements de l'Internationale socialiste. Dans son livre "Aufruf zum Socialismus" publié en 1911, Landauer alla jusqu'à appeler le marxisme "le fléau de notre ère et la malédiction du mouvement socialiste".
En 1893, après le Congrès de Zurich, Landauer publia son premier roman, "Le Prêtre de la mort", mais ses activités littéraires furent interrompues par un séjour en prison pour avoir publié des "propos séditieux" dans Der Sozialist dont la parution fut temporairement suspendue. Bien qu'il ait été emprisonné de nombreuses autres fois -une pour avoir critiqué le chef de la police de Berlin- il continua à publier Der Sozialist jusqu'à la fin de la décennie, en faisant un journal d'une haute qualité intellectuelle bien qu'ayant une valeur d'agitation limitée. Car son orientation théorique et philosophique grandissante l'empêchait d'avoir une grande audience parmi la classe ouvrière. Ce journal toucha de plus en plus d'intellectuels et de spécialistes plutôt que des ouvriers et des paysans. Ce qui provoqua des divisions parmi les ouvriers du journal qui objectaient que celui-ci perdait son efficacité en tant qu'instrument de propagande anarchiste. Bien que Landauer essayât de modifier son attitude, il n'alla pas assez loin et en 1899, une audience de plus en plus rare obligea Der Sozialist à cesser sa publication.
A cette époque, Landauer en était arrivé à abandonner ses attaques de front contre le capitalisme et l'Etat.
Auparavant, sa pensée avait été dominée par l'anarchisme révolutionnaire de Bakounine et de Kropotkine. A propos de Bakounine, il notait: "Je l'ai aimé et admiré depuis le premier jour que je l'ai rencontré" et en 1901 il édita avec Max Nettlau une collection allemande des oeuvres de Bakounine. Au cours des années suivantes, il traduisit plusieurs des livres les plus importants de Kropotkine. Et puis, au début du siècle, il tomba de plus en plus sous l'influence de Tolstoï, et principalement de Proudhon, qu'il appelait "le plus grand de tous les socialistes". Il s'inspira beaucoup du mutuellisme de Proudhon pour former sa propre philosophie, adoptant l'idée d'une "Banque du Peuple" qui permettrait au petit producteur d'obtenir des crédits moins chers et de faciliter le juste échange de ses produits. De plus en plus, il mit l'accent sur une révolution sociale pacifique et sur l'importance de l'éducation libertaire, principalement celle développée par Francisco Ferrer et son mouvement d'école Moderne.
Pendant ce temps, il restait attaché à Kropotkine, moins pour l'aspect militant et révolutionnaire de sa pensée que pour son approche éthique, sa théorie de l'aide mutuelle et son intérêt pour la production coopérative décentralisée.
Suivant les principes fédéralistes de Kropotkine et Proudhon, Landauer réclamait une société basée sur la coopération volontaire et l'aide mutuelle, "une société d'échange égalitaire basée sur des communautés régionales, des communautés rurales qui combinent l'agriculture et l'industrie". Il parla de moins en moins de lutte de classes, et pour lui, "action directe" signifia alors la création de coopératives pacifiques combinées avec la résistance passive à l'Etat plutôt que la révolte armée ou les actes de propagande par le fait.
Pour Landauer, en outre, la "grève générale" vint à signifier non pas l'arrêt du travail, mais la poursuite du travail pour le bénéfice propre de chacun et sous le contrôle de chacun. Considérant l'Etat comme "la négation de l'amour et de l'humanité", il réclama son remplacement par des communautés volontaires. Il appela les ouvriers, les paysans ainsi que les intellectuels à sortir de leur passivité et à se détacher de l'Etat -en quoi il voyait un système de contrainte, d'exploitation et d'injustice- en formant leurs propres communes rurales et urbaines.
Le socialisme, pour Landauer, n'était plus l'inauguration de quelque chose de nouveau, un acte apocalyptique brutal, mais la découverte et le développement de quelque chose "toujours à son début" et "toujours en train de se transformer". Dans ses livres les plus connus, "Die Revolution" et "Aufruf zum Sozialismus", il appelait les ouvriers à créer une société libre "en dehors" et "au côté" de celle existante. Il les pressa de "partir du capitalisme" en "commençant à être des êtres humains" de créer ce que nous appellerions maintenant "une société alternative" prenant la forme d'enclaves libertaires à l'intérieur de l'ordre établi, qui servirait d'inspiration et de modèles pour les suivantes. En d'autres termes, il ne concevait plus la révolution comme un violent soulèvement de masse mais comme la création pacifique progressive d'une "contre culture".
En formulant cette conception, Landauer était fortement influencé par l'écrivain français du 16° siècle, Etienne de La Boétie, et sa critique de la "servitude volontaire" des masses. La Boétie avait dit que le peuple devait se dégager de l'appui des institutions autoritaires et former ses institutions libertaires. Si personne n'obéit au tyran, son pouvoir disparaîtra. Se libérer de la société centralisée, curative et bureaucratique, tel fut alors le message essentiel de Landauer.
Son "Socialist Bund" fondé en 1908, devait marquer le début d'une telle société alternative, constituée de corps naturels et volontaires. En même temps, le "Socialist Bund" devait être une alternative libertaire au parti social démocrate autoritaire et hiérarchique. Vers 1911, il ne comptait pas moins de 20 groupes à Berlin, Zurich et dans d'autres villes allemandes et suisses, et même à Paris.
Mais bien que Landauer soit devenu un porte parole de la coopération volontaire et de la résistance passive, il ne renia jamais complètement la révolution de masse. Il ne repoussa jamais l'insurrection populaire spontanée. Et bien qu'il fût opposé au terrorisme individuel, il conserva toujours une certaine sympathie pour les terroristes et il comprenait le désespoir qui les poussait à agir ainsi.
Au cours des années précédant la première guerre mondiale, Landauer était un personnage familier au sein des cercles politiques et intellectuels allemands. Grand, mince, la carrure étroite, les traits fins, et les yeux expressifs, il portait souvent une grande cape et un vieux chapeau. Soucieux, fervent, toujours à la recherche de la vérité, il évita constamment tous les dogmes. On sentait quand il parlait, écrivait Rudolf Rocker, que chaque mot sortait de son âme, était empreint d'une intégrité absolue. Mais il fut un prophète sans gloire dans son propre pays. Il s'attira la haine éternelle de beaucoup de ses compatriotes par son opposition à la guerre.
"La guerre est un acte de puissance, de meurtre, de vol", écrivait-il déjà en 1912, avant Randolph Bourne. "C'est l'expression la plus aiguë et la plus claire de l'Etat" (une célèbre expression de Bourne "La guerre c'est la santé de l'Etat"). A Noël 1916, il écrivit une lettre à Woodrow Wilson mettant l'accent sur la nécessité non pas seulement de la conclusion de la paix, mais aussi d'une ligue des nations pour le contrôle des armes et pour assurer la protection des droits humains à travers le monde.
Quand la Révolution éclata en Bavière, le 7 novembre 1918, premier anniversaire de la Révolution Bolchévique, Landauer fut appelé à Munich par son ami Kurt Eisner, président socialiste de la nouvelle république bavaroise. Landauer, cependant, ne devint pas membre du cabinet de Eisner, comme cela fut parfois affirmé. Il joua, avec ses camarades Erich Muchsam et Ernst Toller, un rôle essentiel dans un mouvement pour l'organisation de conseils d'ouvriers, de fermiers, de soldats et de marins destinés à lancer cette espèce de société fédéraliste qu'il avait si longtemps préconisée. Il milita, avec Muchsam, au Conseil des Travailleurs Révolutionnaires (R.A.R) et au Conseil Central des Travailleurs de Bavière. Il continua de soutenir un système de conseils et de coopératives, basé sur l'autonomie et l'autogestion, laissant de côté toute idée de gouvernement parlementaire ou de dictature prolétarienne avec un contrôle de l'Etat sur l'industrie et l'agriculture. Se différenciant nettement de Muchsam sur ce point, il avait critiqué la dictature révolutionnaire créée en Russie par Lénine, en écrivant en 1918 que les bolchéviques "oeuvraient pour un régime militaire qui serait beaucoup plus horrible que tout ce que le monde avait connu". Au lieu de la vision marxiste du socialisme d'Etat et d'une dictature du prolétariat, Landauer continua à se battre pour une société décentralisée de coopératives et de communautés libres avec un contrôle local et une autogestion à partir de la base.
Non pas qu'il espérait que l'âge d'or d'une société sans Etat serait atteinte du jour au lendemain. "Il ne me vient pas à l'idée de désirer un résultat définitif, disait-il. Je verrai toujours quelque chose au-delà du but. J'ai pour objet le processus et nous sommes enfin dans le processus."
Mais ces espoirs, bien que limités, furent de courte durée. Après l'assassinat d'Eisner (dont la mort fut durement ressentie après les meurtres de Rosa Luxembourg et de Karl Liebnecht à Berlin) Landauer devint ministre de l'Education dans un nouveau Conseil de République proclamé à Munich le 7 avril 1919, le jour de son 49° anniversaire. C'était peut-être un poste indiqué pour lui, disciple de Ferrer, pour un homme qui accordait une si haute valeur à l'éducation pour accomplir la révolution spirituelle de ses rêves. Mais il conserva ce poste seulement une semaine, le perdant lorsque les communistes prirent le pouvoir. Bien qu'il est élaboré un programme d'éducation libertaire pour les citoyens de tous âges, adultes aussi bien qu'enfants, celui-ci ne fut jamais appliqué.
Le 1er mai 1919, le ministre de la Défense à Berlin, Gustav Noske, envoya des unités "freikorps" pour écraser la révolution bavaroise. Le lendemain, Landauer fut arrêté. Dans la cour de la prison, un employé se leva et le frappa au visage, donnant ainsi le signal d'un sauvage massacre.
Provoqué, attaqué par une meute, Landauer fut battu à coups de matraques et de crosses de fusil, puis piétiné, écrasé.
"Tuez-moi donc" s'exclama-t-il. "Pensez que vous êtes des êtres humains !". A ces mots, il fut abattu. Son corps fut mis à nu et jeté dans un lavoir. (Erich Muchsam devait subir le même sort aux mains des nazis en 1934).
Noske, un social démocrate, félicita le commandant des forces punitives pour "la façon si discrète et pleinement réussie avec laquelle vous avez mené l'opération à Munich". Le soldat qui tua Landauer fut acquitté de toutes charges après avoir proclamé qu'il avait tout simplement "suivi des ordres". L'employé qui avait frappé Landauer au visage se vit infliger une amende de 500 marks. Un autre employé fut condamné à 5 semaines de prison, non pour avoir tué Landauer, mais pour avoir volé sa montre. L'officier en fonction ne passa jamais en jugement.
Un monument à la mémoire de Landauer, érigé par l'Union Anarcho-Syndicaliste avec l'aide des travailleurs de Munich, fut détruit par les nazis après l'arrivée au pouvoir de Hitler.
Sa mort tragique et brutale aux mains des soldats du totalitarisme naissant continue de soulever l'indignation et la compassion. Il fut le plus célèbre martyr anarchiste de la Révolution Allemande. Il fut aussi l'intellectuel anarchiste allemand le plus influent du 20° siècle, à la seule exception peut-être de Rudolph Rocker. Son oeuvre fut louée par des écrivains allemands aussi éminents qu'Hermann Hesse et Arnold Zweig.
Paul AVRICH
- Texte publié en avril 1975 dans "L'Humanisme Libertaire" n°215.
Posté le 17.09.2007 par Carmen et Ronald Creagh
BIOGRAPHIE de Sacco et Vanzetti par Carmen:
Nicola SACCO: il était né en 1891, d'une famille de 17 enfants à Torremaggiore en Italie. A 14 ans, il quitte l'école pour aller travailler aux champs. Avec son frère Sabino, ils rêvaient de voyages, de partir aux Amériques. Ils partirent un jour de 1908 et débarquèrent à Boston Est.
Nicola avait 17 ans. Sabino ne supporta pas longtemps l'exil, la vie d'immigrant et moins d'un an après il repartait au pays. Nicola persista. Il apprit un métier et devint spécialiste en fabrication de chaussures. En 1913, il adhéra au groupe anarchiste local "Circolo di Studi Sociali" et participa à l'organisation de meetings, dans les villes voisines, distribua tracts et brochures, ouvrit des souscriptions pour les grévistes et accueillit Tresca et Galleani, révolutionnaires anarchistes très connus. En 1916 son groupe organisa un meeting à Milford dans le but de recueillir des fonds pour soutenir les grévistes d'une usine dans le Minnesota.
La préfecture n'ayant pas autorisé cette manifestation, les orateurs furent arrêtés et parmi eux, Sacco. Il fût condamné à une amende et c'est là, la seule peine qu'il a encouru avant son arrestation.
Bartolomeo VANZETTI: "Sans nom dans la foule des sans nom", ainsi s'est-il décrit dans l'autobiographie de 20 pages qu'il a rédigée dans la prison de Charlestown: Histoire d'une vie de prolétaire.
Bartolomeo était né en 1888 dans un petit village du Piémont italien: Villafalleto. Doué pour l'étude et d'une intelligence particulièrement éveillée, il aurait pu, selon ses professeurs devenir enseignant ou même un savant. Son père, estimant que les études étaient trop coûteuses, préféra le placer comme apprenti pâtissier plutôt que de le laisser continuer à étudier. De place en place, besognant de ville en ville, il attrapa une pleurésie si grave que son père vint le chercher à Turin début 1907 pour le ramener à la maison.
Les jours qu'il passa chez lui, soigné admirablement par sa mère, ont été, a-t-il écrit plus tard les plus beaux de sa vie.
Mais ce bonheur fut éphémère, car sa mère atteinte d'un cancer devait mourir au bout de 3 mois d'agonie. Vanzetti la soigna avec le même dévouement et la même tendresse qu'elle avait eue pour le soigner. Il s'embarqua au Havre pour l'Amérique après avoir traversé la France à pied. De New York à Plymouth, Bartolomeo a trimé dur, errant de ville en ville, faisant tous les métiers au bas de l'échelle sociale.
Pour combler son manque d'instruction, il avait lu Darwin, Spencer, Hugo, Zola et Tolstoï mais il était depuis longtemps convaincu que seule l'anarchie délivrerait l'humanité de ses chaînes et il étudiait les oeuvres de Proudhon, Kropotkine et Malatesta qu'il affectionnait particulièrement. Tout d'abord employé à la Compagnie de Cordages de Plymouth comme la plupart des Italiens immigrés, il ne reprit jamais son emploi après une longue grève de revendication salariale en 1916.
Un ami repartant pour l'Italie lui revendit sa charrette à bras et son fond de commerce de poissons. C'est ainsi qu'il devint très connu et très aimé dans le quartier. Pommettes saillantes, moustache tombante, l'ami des enfants qui l'appelaient "Bart", effectuait tous les jours ses livraisons de poissons en poussant sa baladeuse dans ces rues très pauvres essentiellement peuplées d'Italiens et de Portugais.
Extraits de "L'Affaire Sacco et Vanzetti" de Ronald CREAGH:
Qui se souvient de cette magnifique chanson de Joan Baez sur une musique d'Ennio Morricone:
Here's to you, Nicola and Bart
Rest forever here in our hearts
The last and final moment is yours
That agony is your triumph
C'est aussi une chanson qui a été traduite en plusieurs langues et c'est Georges Moustaki qui l'a reprise en français:
Maintenant, Nicola et Bart
Vous dormez au fond de nos coeurs
Vous étiez tous seuls dans la mort
Mais par elle vous vaincrez !
C'est une chanson triste à la mémoire des 2 anarchistes condamnés à mort: "La Ballade de Sacco et Vanzetti". Paradoxalement, c'est une chanson qui a fait danser toute une génération en été 1971 !
LES FAITS
Sacco et Vanzetti ou les passions militantes: dans un pays aussi implacablement procédurier que les Etats-Unis, les grands procès tiennent une place non négligeable dans l'univers médiatique. La tragédie de Nicola Sacco et de Bartolomeo Vanzetti, 2 anarchistes accusés de crimes qu'ils se défendirent toujours d'avoir perpétré déborde même du cadre de la politique intérieure par son retentissement international, comparable à l'affaire Dreyfus en France.
Au delà d'un rappel des faits, ce sont les rapports réciproques entre les passions et les idéologies qui appellent notre attention.
LES PALMER RAIDS
Depuis 1917, l'Etat a entrepris de liquider les anarchistes italiens. ils sont arrêtés par centaines et, en 1919, ces opérations sont, pour l'essentiel, achevées.
LE DRAME
Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti n'étaient pas anarchistes lorsqu'ils arrivèrent sur le sol américain: ils le devinrent aux Etats-Unis. Sacco était ouvrier fraiseur dans une usine de chaussures ; Vanzetti, renvoyé d'une usine pour son action au cours d'une grève, gagnait sa vie comme poissonnier ambulant.
Leurs compatriotes italiens étaient au plus bas de l'échelle sociale.
2 faits allaient marquer le destin des deux protagonistes. La veille de Noël 1919, à Bridgewater dans le Massachusetts, une fourgonnette transportant une importante somme d'argent fut attaquée par une voiture mais réussit à s'échapper. Le 15 avril 1920, dans la ville industrielle de South Braintree, à une vingtaine de kilomètres de Boston, un hold-up sanglant et réussi dans une usine de chaussures aboutit à la saisie du salaire des employés, seize mille dollars au total, qui ne seront jamais retrouvés.
Vanzetti est accusé du premier attentat, condamné, puis présenté au second procès. Il se trouve ainsi en posture de suspect. Alors qu'on avait pris pour sa défense un avocat "classique", on décide de recourir, pour le crime de South Braintree, à un avocat politiquement engagé. Le résultat, en juillet 1921, est désastreux: Sacco et Vanzetti sont condamnés à la peine de mort.
Les requêtes pour un nouveau procès se succèdent. Examinées chaque fois par le même juge qui avait statué dans les affaires précédentes, elles sont coup sur coup rejetées par lui, les décisions se faisant attendre parfois plus d'un an.
En 1925, un gangster, Celestino Madeiros, confesse le crime de South Braintree. Nouvel appel devant la Cour suprême du Massachusetts, qui le renvoie au juge précédent. Celui-ci refuse de prendre en compte le fait nouveau. Une seconde requête devant la Cour suprême en 1927 aboutit au même résultat négatif. En dernier ressort, une pétition est présentée au gouverneur de l'Etat. Celui-ci refuse le pardon. Pourtant, les 2 anarchistes ont toujours nié toute participation aux crimes pour lesquels ils sont accusés.
LE RETENTISSEMENT ET SES INTERPRETES
Après 7 années de prison, le 23 août 1927, à minuit, Sacco et Vanzetti sont exécutés sur la chaise électrique. Ce jour-là, l'Amérique entière est mobilisée dans une ultime attente. A Boston, par exemple, tout ce que le pays compte d'écrivains de talent manifeste sur la place publique. A Detroit, dans le Michigan, 25000 personnes manifestent. A New York, une population immense se retrouve à Union Square, le grand lieu des rassemblements ouvriers.
L'echo favorable que les accusés reçoivent auprès d'un segment de l'opinion est l'effet de plusieurs facteurs: la ténacité du Comité de défense, qui réussit à mobiliser quelques journalistes ; les Civil Liberties Commities ; l'impression forte suscitée dans le monde ouvrier ; le rôle remarquable de quelques grandes bourgeoises bostoniennes. Il résulte aussi de l'exceptionnelle durée de l'attente avant l'exécution sur la chaise électrique -7 ans- des protestations d'innocence des accusés, enfin et surtout de leur personnalité d'une trempe exceptionnelle.
LES SAMARITAINS DE LA DERNIERE HEURE
Les historiens ont beaucoup parlé de certaines collectivités, particulièrement représentatives: les communistes, les catholiques, les intellectuels. Néanmoins, à de rares exceptions près, ces groupes ne sont intervenus qu'à la fin de la crise.
Les communistes américains n'entrent en lice que dans la dernière année en 1927. Leur stratégie est essentiellement orientée à se présenter comme les meneurs de l'opération. Au-delà de leurs rodomontades, ils utilisent le procès et ses victimes comme marchepied à leur propagande.
Les anarchistes, dont un nombre important a été expulsé du pays, ne peuvent qu'agir en sous-main auprès de leurs compatriotes italiens, auxquels ils réussissent à faire passer une information fiable, mais aussi auprès des intellectuels, qui vont occuper les positions les plus visibles.
La population italienne est très logiquement la première à se mobiliser et à rechercher des informations honnêtes. Elle contribue généreusement, pendant ces 7 années, à la défense des accusés.
Par ailleurs, les conflits entre fascistes et antifascistes vont se multipliant tout au long de la campagne de défense des accusés. Les Etats-Unis et l'Italie de Mussolini coopèrent au plus haut niveau pour la répression des "agitateurs".
Un certain nombre de facteurs sont donc entrés en jeu: la xénophobie, les préjugés des Bostoniens, les brutalités policières, le désespoir des pauvres qui les incite à la violence. A ces données psychologiques s'ajoutent des éléments structurels: la lutte des classes, les inadéquations du système judiciaire...
LE POINT AVEUGLE DES IDEOLOGIES
Sur le procès de Sacco et Vanzetti plane le soupçon d'un réglement de comptes: le Bureau of Investigation (ancêtre du FBI) n'ayant pas réussi à démontrer leur participation à ces actions veut les leur faire payer en leur imputant un crime.
Plus qu'une page noire de l'histoire américaine, l'affaire Sacco et Vanzetti est la réaction cohérente d'institutions américaines soutenues par les conservateurs, mais aussi par les libéraux. C'était en effet une tragédie, dont le sens échappa à la plupart de ses participants: si au lieu de définir leurs ennemis en termes trop généraux, ils avaient visé une cible bien délimitée, le Bureau of Investigation, la partie aurait peut-être eu une issue différente.
EN CONCLUSION
Le combat héroïque de 2 personnes contre cette institution avide d'argent et de pouvoir, qui allait devenir le FBI, donne à cette histoire une pertinence que ne démentira pas notre époque où le destin du monde se joue dans des bureaucraties nationales et multinationales impitoyables. Mais il existe aussi, maintenant, des femmes et des hommes qui veulent agiter la conscience planétaire, et cette rencontre de deux êtres avec leur destin ne pourra que les éclairer.
Réf: extraits de la brochure "Sacco et Vanzetti" paru en 2001 aux Editions du Monde Libertaire. Préface de notre ami Franck Thiriot. 3€.
Commande possible en ligne à: http://www.librairie-publico.com.
Posté le 12.09.2007 par L'En Dehors
A la fin du XIXe siècle, des anarchistes se retroussèrent les manches pour vivre "ici et maintenant" au plus près de leurs aspirations. Ils fondèrent des "milieux libres". Les Editions Libertaires viennent de publier 2 ouvrages qui offrent un beau panorama de ces colonies expérimentales.
"Nous voulons vivre, non pas un lendemain hypothétique, mais une réalité libérée et puissante. L'homme libre doit chercher le plus possible à mettre ses actes en conformité avec les théories qu'il énonce." André Lorulot résume la volonté qui animait certains anars de la Belle Epoque. Il fallait se rendre à l'évidence.
Les tranchets, les revolvers et les marmites à renversement étaient incapables de liquider le Vieux Monde. Alors ? Les uns oeuvrèrent aux fondations du syndicalisme révolutionnaire. D'autres déployèrent leurs efforts à bâtir des expériences de vie communautaire, modèles réduits de la société à construire. Lassés d'attendre le Grand Soir et d'écouter les discours amidonnés qui les annoncent depuis des lustres, ils vont passer aux actes.
A Montreuil (1892-1893), à Vaux (1902-1907), à Aiglemont (1903-1908), à Ciorfoli (1906), à La Rize (1907), à Saint-Germain-en-Laye (1906-1908), à Bascon (1911-1957), à La Pie (1913-1914), à La Ruche (1904-1917), à Choisy-le-Roi... vont naître des lieux hors normes baptisés Commune anarchiste, Colonie libre de solidarité fraternelle, Essai, Phalanstère, Milieu libre... Parfois simples lieux de vie communautaire, ces expériences peuvent se développer autour de coopératives ouvrières, d'écoles libertaires, de journaux militants. Selon les endroits, on y pratique le végétarisme, le végétalisme, le naturisme, l'amour libre. Souvent les regroupements sont affinitaires, mais pas toujours.
Les anars individualistes sont très actifs dans le domaine, mais des syndicalistes ou des communistes libertaires s'y retrouvent aussi. La presse anar (le Libertaire, l'En-dehors, l'Anarchie, l'Ere nouvelle...) diffusent appels et débats sur le sujet. Les milieux libres ne font pas l'unanimité dans le mouvement libertaire. Loin de là. Dès 1877, Pierre Kropotkine avait dit tout le mal qu'il pensait de ces colonies communistes accusées notamment d'éloigner de l'action révolutionnaire les meilleurs éléments.
La brièveté de certaines aventures fut souvent critiquée. Tout n'était évidemment pas idyllique. Mais quelle existence l'est ? Ambiguïtés et contradictions sont le lot de toute une vie. Alors ici ou là, les inévitables problèmes de personnes, de jalousies pointèrent le bout de leur nez. En bute également aux tracasseries policières, à l'hostilité du voisinage, aux calomnies de la presse conservatrice, les milieux libres avaient fort à faire. Sans parler du quotidien. Les utopistes ne vivent pas d'amour et d'eau fraîche.
Pour faire bouillir la marmite, ceux et celles qui n'avaient pas totalement coupé le cordon avec le salariat travaillaient à l'extérieur. Parmi les colons, on dénombrait des cordonniers, des menuisiers, des tailleurs... Ceux-là réalisaient des travaux pour la colonie ou pour les sympathisants. Cultures et élevages pouvaient être envisagés pour l'autosuffisance alimentaire. A l'occasion, quelques "récupérations" permettaient de boucler les fins de mois difficiles.
Des souscriptions étaient également lancées. Pour limiter leurs dépenses et gérer plus sainement leur quotidien, certaines colonies ne consommaient ni viande, ni alcool, ni tabac, ni café, ni thé et fabriquaient leurs habits. Quant aux compagnons imprimeurs, quand ils ne sortaient pas de la monnaie de singe, ils éditaient des brochures qui, en plus de rapporter un peu de sous, diffusaient les idées.
Lieux de vie, les milieux libres étaient aussi des moyens de propagande par l'exemplarité. Une version non-violente de "propagande par le fait" en quelque sorte. Les colons organisaient des conférences un peu partout pour défendre leur cause. Divers sujets étaient au centre des débats: la remise en cause de la famille, la place des femmes, la sexualité, l'éducation, le contrôle des naissances, l'autoritarisme, la lutte contre l'alcool... Par ailleurs, on y échangeait tout bêtement des conseils pratiques.
Un rapport de police mentionne une causerie où un camarade donnait la recette d'un plat à base de farine de maïs, d'avoine, de cacao et de phosphate de chaux ! Un "délice" peu onéreux censé libérer les ouvriers des "bagnes patronaux"...
Anarchistes dans l'anarchisme, ces anars dissidents savaient se montrer hospitaliers. Ouvriers curieux, voisins ouverts aux idées nouvelles, militants de passage étaient bien accueillis s'ils mettaient la main à la pâte ou au porte-monnaie. En région parisienne, les colonies pouvaient devenir le but d'une balade dominicale reposante.
En train ou en vélo, les gens venaient par exemple à Saint-Germain où les attendaient un déjeuner sur l'herbe, une excursion en forêt, une causerie sur la Guerre Sociale, une audition du poète Charles d'Avray ou un concert. Victor Serge mentionne ces moments dans "Mémoires d'un révolutionnaire".
Une franche convivialité qui rompait avec l'image de l'anarchiste-bandit-et-criminel véhiculée par les journaux conservateurs.
Dans son livre, Céline Beaudet souligne minutieusement les hauts et les bas de ces colonies où tentait de s'épanouir le "communisme expérimental", comme disent les cartes postales d'Aiglemont. Des notes biographiques et des annexes permettent de bien situer quelques militant-e-s (Georges Butaud, Sophia Zaïkowska, E. Armand, Fortuné Henry, André Lorulot, Emilie Lamotte, Libertad, Rirette Maîtrejean, Eugénie Rey-Rochat... et la vie de certains lieux. Une solide bibliographie et des illustrations (dont des cartes postales étonnantes) complètent l'ouvrage.
Pour sa part, Tony Legendre s'attarde particulièrement au milieu libre de Vaux et à la colonie naturiste et végétalienne de Bascon, situés dans l'Aisne.
De copieuses annexes permettent de suivre les expériences "en direct" grâce à des récits épiques publiés à l'époque dans la presse anar, la Dépêche de Toulouse, la Gazette de Lausanne ou même Le Figaro. On y lit aussi avec regret les polémiques fratricides qui sévissaient alors, on y suit les entrées et les sorties fracassantes, "saignées nécessaires". On s'engueulait ferme entre militants.
"Comme seuls les anarchistes savent le faire", dira un colon de Vaux dans une lettre. Plus drôle, on notera la recette de la Basconnaise, une salade composée de 34 végétaux.
Un "aliment complet, de soutien et de force" inventé par Louis Rimbaux, un anarchiste végétalien qui séjourna à Bascon, tout comme l'écrivain Georges Navel et la danseuse Isadora Duncan.
Curieusement, les historiens ont peu étudié les milieux libres. Les Editions Libertaires réparent "l'oubli".
Céline BEAUDET: Les milieux libres -Vivre en anarchiste à la Belle époque. Editions Libertaires. 15€
Tony LEGENDRE: Expériences de vie communautaire anarchiste en France -Le milieu libre de Vaux et la colonie naturiste de Bascon (Aisne). Editions Libertaires. 15€
Posté le 02.09.2007 par Alayn DROPSY
Résumé (4ième de couverture): Flash ; priorité absolue: "Une centrale atomique vient d'exploser. Le tiers d'un département est coupé du reste du pays par une barrière radioactive...".
Que va devenir la population civile ? Il faut survivre, et aussi vivre. Rapidement va naître une micro-société, une véritable communauté libertaire. Cependant qu'au-delà de ces nouvelles frontières, les forces de l'ordre se préparent à la reconquête future. Sur cet échiquier, où deux types de civilisation sont prêts à l'affrontement, un pion imprévisible intervient: un ingénieur inventeur...
Un véritable roman d'aventure dans lequel l'imagination a pris le pouvoir. Mais les problèmes qu'il pose sont si proches, si contemporains que la fiction s'y interfère avec la réalité d'aujourd'hui.
De plus, Pierre Marlson nous a confié que son roman était d'inspiration bakouninienne.
"Les Compagnons de la Marciliague" de Pierre MARLSON. 1979. ENCRE, Coll. L'utopie tout de suite. Illustrations de Jean-Luc Sechet.
Pierre MARLSON, de son vrai nom Pierre Martial Colson n'est autre que le frère de Daniel Colson, tous 2 originaires de la Creuse !!!
Né en 1935, ingénieur, a publié également "L'Empire du Peuple" (1977) et "Désert !" et des nouvelles de SF: "Bille Rouge" dans La Planète Larzac en 1988 ; Dans "Retour à la Terre" avec Jean-Pierre Andrevon ; "Morte Pub" (1979) ; "Au bord du gouffre" (1981) ; "Lard-Frit", etc...
Il fut l'un des organisateurs d'un Festival de Science-Fiction en 1979 à Aubusson où participèrent entre autres Yves Frémion, Jean-Claude Forest, Mézières, Druillet, Grichka Bogdanoff ! , Michel Jeury...
Il a collaboré à IRL (ex Atelier de Création Libertaire) et connaît très bien la librairie anarchiste lyonnaise "La Gryffe".
Et cerise sur le gâteau: il habite en Creuse à côté d'Aubusson !
Daniel COLSON, son frère, est évidemment très connu dans les milieux libertaires pour ses écrits avec entre autres le "Petit Lexique anarchiste de Proudhon à Deleuze" (2001) ; 3 essais de Philosophie anarchiste: Islam, Histoire, Monadologie (2004) ; "Lectures anarchistes de Spinoza" ; "Deleuze et le renouveau de la pensée libertaire" ; "L'Anarchisme et le syndicalisme révolutionnaire au Brésil", etc...
Il a préfacé également le livre "La Bourse du travail de Lyon" de notre ami David Rappe.
Daniel Colson est professeur de sociologie à l'Université de St-Etienne, également conférencier.
Il milite au sein de l'association La Gryffe.
Daniel nous a dit qu'il était heureux quand il entendait parler des anars en Creuse: nous aussi !
Remercions (et notamment François Têtevide) les animateurs du site: [Aubusson] pour nous avoir appris que les frères Colson étaient originaires de la Creuse ! Nous découvrons tout un tas d'anars "réfugiés" en Creuse... et c'est génial !
Nous pensons que cette information est très peu connu du mouvement anarchiste.
Et surtout que le frère de Daniel Colson est auteur de science-fiction politique !
François Dibot (notre ami des Editions Libertaires) a proposé à Pierre Marlson d'éventuellement rééditer certains de ces ouvrages dans la collection "Nos Futurs". Ce qui, à nos yeux, pourrait être une excellente chose. Surtout pour les ouvrages qui sont épuisés ou inédits.
Pour finir, nous tenons à remercier Pierre et Daniel Colson pour leur gentillesse et leur acceptations que l'on parle un peu d'eux.
Salutations Anarchistes.