Photo: Mary SMILES et Stephen MAC SAY lors de leur collaboration à "La Ruche", l'école libertaire de Sébastien FAURE (1906/1910).
Stephen MAC SAY et Marie-Adèle Anciaux (dites Mary SMILES) étaient un couple d'anarchistes qui avait trouvé refuge en Creuse à côté de la Souterraine pendant la guerre de 14-18.
BIOGRAPHIE:
De son vrai nom Stanislas Alcide Masset, né le 15 octobre 1884 à Beaurepaire-sur-Sambre dans le nord de la France et décédé le 10 mars 1972 à Morencez dans l'Eure-et-Loir. Militant anarchiste, professeur de français, forain puis apiculteur.
Il a 17 ou 18 ans lorsque, avec des camarades étudiants, il crée le "Club des égaux" ; le refus des hiérarchies et des ségrégations exprimé par ce titre lui interdit de se limiter au milieu universitaire ; il se tourne vers le monde paysan parmi lequel il recueille des adhésions.
Il lui est offert alors d'entrer professionnellement dans la carrière journalistique mais il repousse les sollicitations qui lui sont faites.
Il a 22 ans lorsqu'il unit sa vie à celle de Mary SMILES, née, comme lui, en ce département du Nord, à Prisches, le 8 mars 1887.
Appartenant à l'enseignement, il exerce successivement à Charleville et à la Fère, où les méthodes qu'il developpe lui attirent la sympathie, voire l'amitié de ses élèves. Il s'oppose très vite à l'enseignement "officiel" dont il déplore les méthodes et le caractère avec lequel il est prodigué et le quitte.
En 1906 il rejoint, avec sa compagne Mary SMILES l'école libertaire "La Ruche" de Sébastien FAURE (communauté éducative fondée sur les principes libertaires qui a fonctionné de 1904 à 1917 près de Rambouillet) où ils enseigneront tous les 2 jusqu'en 1910. Leurs dons d'éducateurs allaient pouvoir s'épanouir, où, rompant avec une pédagogie basée sur une hiérarchie et des ségrégations, ils réaliseront leur rêve d'une école fraternelle, sans frontière d'autorité entre les enseignants(tes) et les enseigné(e)s.
Lorsqu'en 1910, Stephen et Mary quitteront "La Ruche", ils répugneront à se faire les collaborateurs d'un enseignement que Stephen avait dénoncé dans son livre: "L'école laïque contre l'enfant".
Pendant toute cette période, l'activité de Stephen MAC SAY ne se limitera pas à l'éducation des enfants, il collaborera au "Libertaire", aux "Temps nouveaux", à "L'Anarchie" (de 1906 à 1911), à "L'Idée Libre" (revue d'éducation sociale fondée par LORULOT) et au périodique d'Emile ARMAND "Pendant la Mêlée" et "Par-delà la mêlée" qui lui succèda à partir de janvier 1916, propagera dans sa région journaux et tracts et organisera des conférences comme il le fera toute sa vie.
En 1909, il fonde le journal "Le Fouet", organe du groupe d'action des régions d'Avesnes, de Verviers et de Valenciennes, puis organe du Groupe d'action et de défense des départements du Nord et de l'Aisne, enfin organe mensuel d'éducation et de lutte ouvrière. Le siège du journal était à La Flamengrie (Aisne).
Fatigués, ils retournent dans le Nord, leur terre de naissance, pour y prendre du repos, puis ils se fixent dans l'Eure-et-Loir, où ils exercent le métier de forains en confection, qui leur évite une servitude patronale.
Ils se réfugient en cette oasis de verdure, dans la campagne beauceronne, à "La Sauvagette" à Gourdez-Luisant dont le porche s'est ouvert à tant de camarades venus respirer le calme et la plénitude d'une demeure personnalisée par ceux qui l'habitaient.
Rapproché de cette nature qu'il a tant chantée dans ses écrits et dans ses vers, Stephen MAC SAY adjoindra vers 1916 à ses occupations commerciales, dont il cherche à se libérer, l'activité apicultrice, ce qui lui permettra de développer, concernant les abeilles, cette observation minutieuse et attendrie qu'il a pour toutes les espèces dites inférieures et dont, sa vie durant, il prendra chaudement la défense.
Vice-président de la Ligue contre la vivisection, il dénoncera le sadisme des expériences pseudo-scientifiques et développera les rapports possibles entre les animaux et les hommes.
Outre ses livres: "La vivisection, ce crime" ; "Avec les bêtes chère compagnie" ; "Les bêtes proches de l'homme", diverses allusions à ce thème se retrouveront dans d'autres ouvrages: "Propos sans égards" et dans des tracts pamphlétaires: "Pour les bêtes martyres" ; "L'Enfer des laboratoires" ; "On assassine nos amis les animaux" ; "Sous le règne de l'homme (les animaux et nous)" ; "Corridas et chasse à courre" ; "Une science égarée torture et assassine nos amis les animaux".
Mais le 2 août 1914 sonne la guerre ; c'est à Tours, chez un instituteur où ils sont en visite, que Stephen et Mary apprennent l'assassinat de Jaurès, prélude à la guerre mondiale.
Stephen est réformé, mais compte tenu de son activité et de son antimilitarisme (il n'ignore pas l'existence du carnet B) , il juge plus prudent de s'éclipser, comme l'ont fait à ce moment beaucoup de camarades.
Les voilà donc dans un petit village de la Creuse, proche de La Souterraine.
Après quelque temps, les choses semblant se calmer, ils prennent la route du retour, s'arrêtent dans un petit pays d'Eure-et-Loir, où ils avaient l'habitude de faire le marché. Là, les gendarmes viennent l'arrêter.
Il sera du reste relâché le lendemain et, aux dires des gendarmes, n'aurait pas été inquiété s'il n'avait pas quitté son domicile.
En effet, Malvy, ministre de la Guerre, ne fait pas jouer les ordonnances du carnet B, qui prévoyaient d'arrêter ou d'envoyer en première ligne les militants figurant sur la liste ; mais nul ne pouvait prévoir cette suppression et même beaucoup n'en avaient pas connaissance.
Les archives de la police confirment bien que Stephen MAC SAY était recherché (et traqué par un indic du nom de Foureur) de 1909 à 1912 pour non présentation au service militaire.
En leur absence, le domicile de Stephen et Mary avait été perquisitionné.
Durant ces sombres jours, ils poursuivront parallèlement leur commerce et l'apiculture ; ils abandonneront le premier lorsqu'ils auront établi 360 ruches.
La guerre prend fin.
La propagande reprend vie, les journaux sortent de l'ombre. Naturellement, Stephen sera des premiers à y collaborer. Dans le premier numéro de "L'En-dehors" daté du 31 mai 1922, journal individualiste d'Emile ARMAND, il fait de la réclame pour son miel !
Vers les années 1926, Sébastien FAURE, qui en nourrit depuis longtemps le projet, entreprend la parution de cette monumentale "Encyclopédie anarchiste" pour laquelle il fait appel à la collaboration de tout ce qu'il peut toucher d'esprits libres parmi ses contemporains.
Comment Stephen MAC SAY n'en serait-il pas ? Non seulement il apporte à l'oeuvre entreprise une participation considérable, sous son nom, sous ses initiales SMS, ou sous le pseudonyme de Lanarque, mais, lorsque Sébastien FAURE devra être hospitalisé pour une opération, c'est à lui qu'il confiera la poursuite de l'encyclopédie.
Durant cet intérim, Stephen sollicita la collaboration d'IXIGREC que Sébastien FAURE n'avait pas contacté. Par la suite, celui-ci rétabli et ayant repris la direction de l'oeuvre entreprise, apprécia et sollicita IXIGREC.
La "Voix Libertaire", organe de l'Association des fédéralistes anarchistes, compta également Stephen MAC SAY parmi les siens dans sa rubrique "Nos Collaborateurs" le 9 mars 1929. Ainsi qu'au "Semeur" de A. Barbé de 1927 à 1936. Il collabora aussi au premier numéro de "L'Unique" (1er juin 1945) sous-titré dans ses débuts "Bulletin intérieur exclusivement réservé aux amis d'Emile ARMAND" !
La bonté et l'intelligence d'un homme ne désarment pas la méchanceté et la bêtise de ses semblables: Stephen est dénoncé comme juif à l'occupant hitlérien. (ce qui, soit-dit en passant, était faux) il est à nouveau contraint de quitter sa maison avec Mary.
Cependant, comme lui et sa compagne pouvaient être poursuivis à bien d'autres titres par les représentants de la haine, de l'intolérance et du racisme, ils abandonnent leur heureuse retraite, qu'ils réintégreront en 1946, après un séjour de 5 ans en Corrèze.
Ils la réintègreront pour la trouver mise à sac: bibliothèque et documents disparus ou volés.
Mais ils appartiennent à cette trempe sur laquelle l'adversité ne mord pas, pour qui le découragement n'est que passager et dont l'existence est un défi au sort.
Ils sont de ceux-là qui pansent les plaies et relèvent les ruines, et Stephen reprendra le combat pour toutes les causes justes et humaines ; il rédigera de nouveaux écrits pour l'enrichissement des hommes.
Comme tous les grands esprits, il ne se limitera pâs à l'étude d'un problème et à la passion d'une chose ; de tout ce qui est vie, rien ne lui est étranger. En dehors de ses ouvrages sur le problème éducatif: "Pour les petits" ; "Vers l'éducation humaine" ; "Les véhicules du crime (Presse et cinéma)" ; "Le cinéma et la délinquance juvénile" ; "Pas de jouets guerriers, pas d'éducation belliqueuse" ; "L'Histoire devant l'homme et devant l'enfant" ; en dehors de ses ouvrages anticléricaux et sociaux: "Les Histrions de la foi" ; "De Fourier à Godin" (à propos du Familistère de Guise) ; "Propos sans égards" (son livre-maître. Pointes, pensées et pamphlets. Synthèse de ses recherches et de ses pensées, qui constitue son testament philosophique).
Il se penche sur bien d'autres questions, celle de l'urbanisme: "Du logis des siècles à l'habitat normal" ; celle du style: "L'écrivain personnel et la critique de tradition", il ressuscite pour nous la longue suite des auteurs dans de savantes études: "La fable, joyau des ans" ; "Le conte à travers les peuples et les âges", il s'abandonne au rêve et à la beauté dans son recueil de vers "Révoltes et sanglots" qui, dans sa seconde édition revue et augmentée, deviendra "Emois et révoltes".
Il faudrait rappeler encore ses ouvrages compatissants aux animaux, cités plus hauts.
Ou s'attarder sur son ouvrage "Vers l'éducation Humaine" (1911) où il dénonce l'écrasement de l'élève par l'institution scolaire et annonce sur ce plan Paul Goodman et Yvan Illich. Il réhabilite l'autodidactisme, la connaissance primordiale de soi, l'introspection. Cette démarche de précaution et de réalité doit précéder pour lui tout acte pédagogique.
Son étonnante lucidité ne s'émousse pas sous le poids des années, et la mort le surprendra dans son sommeil le 10 mars 1972, alors que l'après-midi même il corrigeait les épreuves de son dernier livre: "L'Histoire devant l'homme et l'enfant".
Il s'éteindra comme il le désirait, sans souffrances, lui qui s'était évertué à adoucir toutes celles qui frappent tout ce qui vit en ce monde.
Mary SMILES, sa compagne, sera la compagne des bons et des mauvais jours, la fidèle collaboratrice de sa pensée et de ses actions, dont rien ne la séparera que la mort, après 66 ans de vie commune. Outre son action éducative, elle est inséparable de l'action de Stephen en faveur de la nature et en particulier de la défense des animaux au sein de la "Ligue contre la vivisection". Elle s'éteindra à Chartres le 9 février 1983.
Biographie établie grâce à "L'Ephéméride Anarchiste" et surtout par rapport à la brochure de Maurice LAISANT: "Stephen Mac Say, l'éducateur, l'humaniste, l'Ami des Bêtes". 1978. Edité par le Groupe Etienne de la Boëtie de la Fédération Anarchiste.