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Posté le 09.06.2007 par anarchie23
Posté le 14.06.2007 par anarchie23
Bonjour ! Voici une ancienne affiche de la Fédération Anarchiste.
Elle est toujours d'actualité !
Salutations Anarchistes.
Alayn (pour anarchie23)
Posté le 16.06.2007 par anarchie23
Bonjour ! Voici l'autocollant anti-électoral de la campagne 2007 unitaire des anars.
Plus explicite qu'un long discours !
Salutations Anarchistes.
Alayn.
Posté le 20.01.2008 par anarchie23
Vous pouvez cliquer sur le dessin pour l'agrandir !
CATASTROPHISME ET IDEOLOGIE DOMINANTE
Le réchauffement climatique global, présenté comme une catastrophe universelle, ne serait-il pas l'arbre qui cache la forêt ? Ne sert-il pas à nous vendre une gouvernance planétaire globale et totalitaire ? N'est-il pas le prétexte que nous sortent les capitalistes pour masquer leurs responsabilités individuelles face aux graves dangers écologiques qui menacent notre planète ? L'usage du catastrophisme qui lui est associé sert les desseins de l'idéologie dominante.
Qui n'a pas entendu parler du "réchauffement climatique" et des désastres qui s'en suivraient ? Reportages, émissions de télévision ou déclarations politiques chocs tendent à nous mettre face à ce qui serait l'inéluctable. Mais les scientifiques sont loin d'être tous d'accord sur l'analyse, les explications et les conséquences de la situation climatique, malgré ce que laissent penser les médias, et que de nombreuses interrogations scientifiques, et donc politiques, restent en suspens.
Prenons les choses à rebours, ce qui ne devrait pas choquer les partisans de la libre pensée. Imaginons, même si on n'en est pas forcément d'accord, que le "réchauffement climatique" n'est pas prouvé ou bien, si l'on est trop réfractaire à cette idée, que celui-ci est moins ample qu'on ne le dit, ou partiel. On écoutera alors les médias, les savants -avérés ou charlatans- et les politiciens sous un autre angle. On se demandera pourquoi tous nous parlent doctement et avec angoisse du "réchauffement climatique", pourquoi ils ont tous intérêt à le faire. Essayez.
LE SENSATIONNALISME
Pour s'imposer dans un monde moderne où se mêlent à la fois rationalisme et religiosité, que celle-ci soit ancienne ou nouvelle, scepticisme et fanatisme, révolte et fatalisme, toute idéologie à vocation hégémonique doit frapper fort. Elle recourt alors au catastrophisme. Pour cela, elle n'hésite pas à cultiver la plus grande confusion.
Dans la quasi-totalité des reportages qui sont consacrés à l'environnement, le réchauffement global apparaît comme la panacée explicative -ce fut le cas de la récente émission télévisée de Yann Arthus-Bertrand, qui fut très regardée-. Comme ce phénomène complexe et mouvant est difficile à filmer, des images palliatives parfois éloignées du sujet tentent d'illustrer le propos. Bien souvent, on voit la photo d'une mare asséchée et craquelée, ou bien de vagues déferlant sur une côte, sans savoir s'il s'agit vraiment d'une résultante du réchauffement global, ou simplement la manifestation d'un climat habituel (saison sèche, saison des typhons).
Pourtant, l'image du local extrême pour illustrer le global universel est à la limite de l'escroquerie. Un peu comme lorsque la presse anglo-saxonne se délectait d'images de banlieues en émeute pour affirmer que toute la France était en feu...
La moindre inondation, la moindre sécheresse ? C'est désormais la faute au "réchauffement global". Tendez l'oreille, et vous constaterez comme moi que, dans les bulletins d'infos radiotélévisés, les journalistes ne s'encombrent pas d'explications sophistiquées. D'ailleurs, puisqu'ils ne le font pas à propos des révoltes en banlieue, du Proche-Orient ou de la faim dans le monde, pourquoi le feraient-ils à propos du climat ? Et quand ils consultent un spécialiste et si celui-ci essaie de nuancer ou de préciser l'analyse, on lui coupe la chique et on lui demande de dire si oui ou non, c'est "la faute" au réchauffement climatique. Je l'ai encore entendu dire cette année à la radio à propos des orages dans le Midi de la France à la fin de cet été. Ces orages relèvent pourtant d'un phénomène classique très connu des géographes et des climatologues sous le nom d'"épisode cévenol", lequel n'était pas cette année plus intense que d'autres fois.
Pendant ce temps, rares sont les reportages sur les pollutions effectives et non fantasmées, y compris dans notre propre espace, et non pas au fin fond de la forêt vierge ou des calottes polaires qui, il est vrai, sont beaucoup plus exotiques, esthétiques et glamour à montrer. Des ouvriers dans la merde, des habitations dans la merde, vous n'en verrez pas. L'état de la nappe phréatique en Bretagne, des sols dans les anciennes zones industrielles non décontaminées où les promoteurs rebâtissent à tour de bras, du pourquoi de l'usine toulousaine AZF et de ses copies carbone ? Accrochez-vous, vous n'aurez pas grand-chose à vous mettre sous la dent. C'est moins vendeur et plus risqué que la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées, sans parler des hippopotames au bord du lac Edward au Congo. Et les nitrates dans les eaux bretonnes ne doivent rien au "réchauffement global".
Regardez bien les émissions de Nicolas Hulot: les images sont exotiques, belles ; rares sont les gros plans sur les nappes de mazout de dégazage ou de marée noire (qui, elles non plus, ne doivent rien au "réchauffement global" mais tout à la jungle capitaliste qui règne dans le monde des transports) ; rares sont les facteurs scientifiques clairement expliqués (l'émission "C'est pas sorcier" destinée au public jeune est de ce point de vue bien plus didactique). Tout cela passerait moins bien entre deux coupures publicitaires. L'esthétisation de la catastrophe ne vous rappelle rien comme procédé ? En revanche le discours -d'un expert in situ ou, encore plus dramatique et frappant, la voix off du héraut Hulot- pallie la démonstration par argument d'autorité.
Le discours sensationnaliste et catastrophiste ambiant mêle insidieusement les affirmations péremptoires et l'hypothèse éventuelle, le mode conditionnel et l'abus du verbe "sembler" qui permettent de se garder une issue de secours en cas de flagrant délit d'amalgame ou d'outrance. Il n'hésite pas à mélanger différents problèmes et différentes causes dans un tableau apocalyptique, mais confus.
DISCOURS EPOUVANTAIL CONTRE-PRODUCTIF
L'évocation des catastrophes environnementales actuelles mais surtout à venir -donc invérifiables par définition- fonctionne comme un épouvantail destiné à effrayer et à culpabiliser les individus passifs ou indifférents. Elle apeure les masses du monde prétendument post-industriel, tout en stigmatisant les masses de l'ex-tiers-monde jugées coupables de vouloir rejoindre ce monde industrialisé.
Théoriquement, le catastrophisme vise, notamment chez certains militants sincères, à faire réagir les individus. Il cherche à s'imposer comme un impératif moral justifiant la révolte.(cf. "Ni patrie, ni frontières", n° 16-17, 2006, p. 47.)
Certes, le catastrophisme a permis de sensibiliser les sociétés aux problématiques écologiques et environnementales, ce qui a favorisé certaines avancées. Mais il a aussi permis (tout autant ?) des carrières politiques, parties et pétries de bons sentiments mais aboutissant à des résultats pour le moins mitigés, les seuls sur lesquels nous devons baser notre jugement politique.
Le catastrophisme a en fait surtout des effets contre-productifs. Il renforce l'égoïsme collectif face à une situation présentée comme complexe, inéluctable, redoutable, angoissante car tantôt lointaine, tantôt proche. L'individu est encore tenté de "tirer son épingle du jeu", soit par un refuge dans le mysticisme, soit par une plongée dans le carriérisme. Autrement dit: "Après moi le déluge".
Le catastrophisme peut aussi encourager un terrorisme écologiste ou des actions exemplaires censées réveiller les masses "apathiques". Mais l'histoire fourmille d'exemples où ces actions ne réveillent personne, tout en annihilant ses propagateurs qui se retrouvent souvent seuls en taule tandis que les derniers soutiens s'échinent à les en faire sortir. Quand au terrorisme, qui présuppose une clandestinité coupée du monde, teintée de paranoïa et sensible au militarisme machiste, il débouche sur une impasse dont le mouvement anarchiste lui-même a tiré le bilan depuis un siècle au moins.
Le catastrophisme légitime aussi 2 types d'illusion: celle de pouvoir créer des alternatives immédiates, des échappatoires dans une contre-culture ou une contre-société ; et celle de promouvoir un capitalisme "éthique" ou "équitable". La première est possible car le système tolère des espaces plus ou moins libres, quand il ne les récupère pas à son profit. La seconde alternative n'est pas incongrue puisque les capitalistes ne peuvent pas scier durablement la branche naturelle sur laquelle est installé leur profit. Les plus conscients d'entre eux -un peu comme les Stiglitz ou Soros dénoncant les méfaits de la financiarisation en économie, voire les mêmes- proposent des solutions déjà opératoires. Ces deux illusions a priori contradictoires se rejoignent sur le caractère mystifiant de leur démarche.
QUAND LA CATASTROPHE N'EST PAS LA ?
Quand la catastrophe annoncée n'est malgré tout pas au rendez-vous, ou qu'elle est moins forte, moins spectaculaire, le discours passe à l'évocation sentimentale des "générations futures". Il joue sur la fibre paternaliste si nous laissions n'importe quoi à nos suivants, à tous les suivants, et pas seulement à "nos" enfants.
Mais pourquoi ne pas commencer à améliorer le cadre de vie pour nous tous, ici et maintenant ? Pourquoi remettre au lendemain ?
Ce sentimentalisme lénifiant et bien-pensant est, en fait, une habile manière de repousser les vraies solutions, celles qui seraient susceptibles de bousculer vraiment le désordre établi.
Rappelons-nous qu'il a été propulsé par le pseudo "commandant" Jacques-Yves Cousteau (il faudrait plutôt dire "capitaine"), dont les positions philosophiques et politiques ont un caractère réactionnaire. (Voir Kéchichian Patrick -1999- "La plongée anti-sémite du commandant Jacques-Yves Cousteau". Le Monde, 18 juin, p.1. On peut également évoquer les positions démographiques radicales et malthusiennes de Cousteau qui traite les pauvres du tiers-monde comme le faisait Malthus des pauvres de l'Angleterre victorienne. Ou encore cette déclaration de Cousteau: "L'Europe va être envahie par les musulmans d'Afrique du Nord. Ne vous y trompez pas: dans 3 générations [...], on ne parlera plus français, allemand, espagnol, italien. On parlera arabe." -Le Quotidien de Paris, 5 juin 1991.)
Quand les individus constatent que la catastrophe annoncée n'est pas là, il s'en suit pratiquement le même phénomène que chez les enfants découvrant que les croque-mitaines des adultes n'existent pas. Ils deviennent inconscients face au vrai danger. Ils redeviennents passifs, méfiants, désengagés. Ou schizophrènes, comme les militants à qui le marxisme avait annoncé la paupérisation de la classe ouvrière alors que le niveau de vie augmentait, y compris le leur...
"L'heuristique de la peur", revendiquée par le philosophe Hans Jonas qui nous promettait d'ailleurs une "dictature bienveillante" pour sauver la planète, rien que çà, n'est en réalité pas nouvelle. Tous les dogmes, toutes les Eglises nous promettent une catastrophe: le christianisme avec l'apocalypse, le marxisme avec l'effondrement du capitalisme sous le poids de ses propres contradictions. On attend toujours.
N'oublions pas non plus que le catastrophisme révolutionnaire, véhiculé dans les années 1910-1920 au sein de certains secteurs du mouvement ouvrier et socialiste, a débouché sur le mythe de la violence et sur son utilisation par le fascisme, lequel a également remplacé l'économisme par le psychologisme.
La trajectoire du sociologue Roberto Michels, issu de l'extrême gauche socialiste italienne puis admirateur de Mussolini, est à cet égard caractéristique, de même que l'influence auprès des nazis de l'essayiste Oswald Spengler, idéologue de la décadence occidentale.
Rappelons-nous aussi qu'au lendemain de mai 1968 nombreux furent ceux qui nous annonçaient sans ambages que la révolution était toute, toute proche, et que les mêmes actuellement, à l'instar des Daniel Cohn-Bendit, Serge July et autres Philippe Sollers, nous déclinent au contraire, mais non moins frénétiquement, de variations sur l'aphorisme Tina: There Is No Alternative (Voir "En deuil de révolution ? Pensées et pratiques anarcho-fatalistes" par Dupuis-Déri Francis, revue Réfractions n° 13, p. 139-150, 2004)
Tous les dogmes, toutes les Eglises jouent sur la crainte, l'angoisse, le châtiment, la paralysie, la soumission, le contrôle. Supposer que la peur est le commencement de la sagesse, c'est se tromper, et tromper les autres. C'est faire tomber bien bas l'ambition philosophique de l'être humain, et rétrograder l'émancipation tant individuelle que collective.
Il ne s'agit pas de nier la gravité des problèmes ou, au contraire, de se taire "pour ne pas désespérer Billancourt" (et Neuilly-sur-Seine ?). Il ne s'agit pas non plus de dire n'importe quoi, car cela profite aux charlatans, aux bonimenteurs et aux carriéristes, ceux qui tiennent encore le Monde sur le dos des naïfs.
Philippe PELLETIER
(article paru dans le Monde Libertaire -fin novembre 2006-)
Posté le 16.08.2007 par Fédération Anarchiste
Le développement des forces "productives", conçu par le capitalisme comme la finalité de l'histoire, a engendré une nouvelle religion, celle de la croissance économique. Selon les promesses de l'idéologie libérale, le bonheur devrait se mesurer à l'aune du PNB.
Après un demi-siècle de "progrès", le vaste chantier des "modernistes" prend des allures de ruines. L'homme est atteint dans sa chair et dans sa dignité: aliénation par le travail, chômage, précarité, stress, solitude, mal-être, etc... Les inégalités sociales, tant entre pays riches et pays pauvres qu'à l'intérieur de chaque nation, n'ont jamais été aussi fortes. Allumés et entretenus essentiellement pour des enjeux stratégiques, les conflits armés germent sur tous les continents.
Mais, surtout, parce qu'il met gravement en péril les générations futures, le bilan lié à l'environnement s'avère proprement désastreux. L'empreinte écologique globale de l'humanité (c'est à dire le niveau d'épuisement des ressources et de perturbation des mécanismes régulateurs) dépasse d'ores et déjà de 20% les capacités biologiques de la Terre. A plus ou moins long terme, si l'on maintenait les tendances actuelles, il nous faudrait des ressources équivalant à plusieurs planètes. La croissance n'est plus possible.
Pour remédier à cette situation, le "développement durable" est désigné par les détenteurs du pouvoir (politique, économique, médiatique, etc...), ainsi que par la fraction alter-mondialiste qui rêve d'"humaniser" le capitalisme, comme la panacée. Mais la supercherie ne résiste pas à une réflexion un peu sérieuse. L'ambiguïté même du terme en assure le succès: elle masque le problème en donnant l'impression de le résoudre. Pis, elle déplace le problème pour en créer un autre, plus épineux. Pour les bénéficiaires de la "mondialisation", il ne s'agit nullement de remettre en cause le principe d'économie libérale, mais de faire accepter les règles de l'Organisation mondiale du commerce, avec la perspective, pour quelques centaines de multinationales, de privatiser un peu plus des domaines vitaux comme l'eau, l'alimentation, la santé. Le marché est chargé de remédier à la destruction de la planète infligée par... le marché, la seule concession consistant à en atténuer les dégâts les plus visibles, pour autant que subsistent les profits.
Puisque l'impact écologique met en évidence un "surrégime" par rapport aux ressources de la planète, il faut s'orienter vers une décroissance physique, c'est à dire réduire progressivement la quantité de matières premières et d'énergie mise en jeu. La décroissance n'est pas un choix idéologique ; elle est une nécessité absolue.
Si aucune société n'est écologiquement innocente, c'est à dire si le développement de l'humanité s'accompagne toujours d'une transformation du milieu, c'est bien la course au profit, à l'accumulation, avec la création de besoins artificiels, qui produit une accélération fulgurante de la dégradation des écosystèmes. Le préalable à la mise en oeuvre de cette décroissance est donc la disparition du capitalisme. Parce que ce système a besoin d'une croissance pour survivre, parce que sa logique propre est une dynamique suicidaire, il ne peut accomplir cette décroissance... sauf à supprimer massivement les populations pauvres, c'est à dire perpétrer des génocides.
La deuxième condition est la suppression de l'Etat, dans la mesure où cette dynamique capitaliste ne s'accélère qu'avec la collaboration des différents gouvernements: multiples subventions, mise en place d'infrastructures, prise en charge par la puissance publique de la formation, de la recherche, des coûts environnementaux, des pertes financières, cadre juridique sur mesure... Ne pas s'atteler à la disparition de l'Etat reviendrait à épargner un pilier fondamental du système et un adversaire redoutable, et donc à rendre impossible la transformation profonde de la société.
Toute solution qui ferait l'économie d'une redistribution des richesses serait fatalement vouée à l'échec. Pour que la décroissance puisse être maîtrisée par les différentes populations, pour qu'elle n'ouvre pas la voie à la barbarie des conflits pour l'appropriation des ressources ou aux mesures draconiennes d'un totalitarisme, le problème doit impérativement être posé dans une perspective d'égalité économique et sociale, la gratuité des services publics pouvant constituer un levier essentiel de cette construction.
Si la démarche individuelle de simplicité volontaire, c'est à dire l'adoption d'un mode de vie différent peut représenter la base "philosophique" d'une société soucieuse des générations futures, il est clair que la somme des comportements individuels écologiquement "responsables" ne saurait suffire, loin s'en faut, à édifier une société de décroissance. Ne serait-ce que parce que les domaines les plus dévoreurs d'énergie et de matières premières (complexe militaro-industriel, transports, agriculture, etc...) relèvent des politiques globales, et donc des décisions collectives. Il serait illusoire de penser que nous pourrions faire l'économie d'une révolution.
Parce que la maîtrise par chacun de sa propre existence, parce que la définition par chacun de ses propres besoins ne peuvent en aucun cas justifier une production boulimique, source d'un travail aliénant, seule une société fédéraliste, autogestionnaire peut assurer conjointement l'égalité économique, la justice sociale et la préservation des ressources naturelles.
MOTION du 61° Congrès de la Fédération Anarchiste en 2004 à Rennes.
Posté le 08.03.2008 par anarchie23
Dessin de Steinlein.
Un ami (âne Oh nimes !) vient de nous envoyer cette chanson. Il nous conseille de la brailler sur l'air qu'on veut et peut-être devant les bureaux de vote. En v'la t'y pas une bonne idée !
AH LA DEMOCRATIE, EUH
A la présidentielle
M'en allant respirer
Un air pestilentiel
Je m'y suis pollué
Il y a longtemps qu'on en crève
Il va falloir t'achever
Paraît qu'il faut élire
Paraît qu'c'est citoyen
Notre destin empire
Tous les cinq ans c'est bien
Il y a longtemps qu'on en chie, euh
Il va falloir t'enterrer
Paraît qu'la république
C'est l'meilleur des festins
Quand je vois toute la clique
Des bouffons des requins
A la télé qui gigotent
J'ai envie d'leur botter le train
A la municipale
M'en allant gambader
J'ai vu le ciel si pâle
Qu'j'avais envie d'pleurer
Il y a longtemps que le film
Est classé dans les navets
Et à la cantonale
M'en allant écouter
J'ai entendu des râles
J'ai eu peur vous savez
Il y a longtemps que ça dure
Il va falloir se bouger
Se bouger le derrière
Pour tous se rassembler
Les bons gars les bergères
En une grande assemblée
Il y a longtemps que ce cirque
Est mauvais pour la santé
A nous d'donner les règles
Et d'les faire respecter
Si on veut la Sociale
Il n'y a pas d'secret...
Il y a longtemps qu'on en souffre
Va falloir te remplacer.
(Chanson écrite le 13 février 2008)
Posté le 07.04.2008 par anarchie23
Vous pouvez cliquer sur le dessin pour l'agrandir.
Bonjour ! 3ième volet (voir précédemment les billets "Le contrôle idéologique" dans cette même rubrique et "Le contrôle social" dans la rubrique "Ouvrages Anars") de nos extraits de la brochure "Le contrôle social en société dite démocratique", publiée aux Editions du Monde Libertaire mais épuisée pour le moment.
FORMATER LE CITOYEN
Pour formater le citoyen, l'argent et la propagande constituent de redoutables moyens de contrôle social. De nombreux exemples peuvent le démontrer: lorsque des crédits sont refusés à un chercheur marginal, dont les travaux heurtent les dogmes établis... et des intérêts économiques "supérieurs" ; lorsque des pots-de-vin sont distribués à des hommes politiques pour obtenir un marché au détriment d'un concurrent ; lorsque les entreprises capitalistes versent des revenus si faibles que les salariés ne peuvent acheter que les produits médiocres qu'elles fabriquent ; et parallèlement, lorsque le système bancaire traditionnel refuse un prêt d'installation à un jeune soucieux de ne pas s'intégrer dans une filière professionnelle classique. Mais au-delà du pouvoir d'achat lui-même (au sens large du terme), c'est bien la liberté de penser qu'il s'agit d'acheter.
Parce que l'essor d'une conception novatrice est ressenti comme un défi insupportable, parce que l'originalité de la pensée est suspectée de déviance, parce que la réflexion porte en germe un regard critique.
L'OBJECTIF, POUR LES CLASSES DIRIGEANTES, EST DE MAINTENIR L'ORDRE ETABLI !
Un ordre économiquement inégalitaire et politiquement autoritaire. Il s'agit donc de dompter la pensée, de juguler l'insubordination, d'obtenir l'adhésion du plus grand nombre aux valeurs de la société libérale, ce que Noam Chomsky appelle la "fabrication du consentement".
Il s'agit de piétiner ce "dogme démocratique selon lequel le peuple est le meilleur juge de ses propres intérêts", ce peuple, "troupeau désorienté" qu'il faut conduire, eu égard à la "stupidité de l'homme moyen". Propagande, endoctrinement, manipulation sont les maîtres mots. Divers processus sont utilisés, pour lesquels les grands médias, et notamment la télévision, jouent un rôle crucial.
ORIENTER L'INFORMATION
L'information détermine les choix politiques des individus ; son libre accès garantit la soi-disant "démocratie": sa qualité est donc fondamentale pour la formation du jugement. Or son "traitement" consiste à sélectionner les messages en fonction des intérêts des classes dominantes. Certains faits sont écartés, d'autres sont maquillés. Sous couvert de communication, d'information, le mensonge est l'arme la plus sûre, parce que l'image télévisée (entre autres) n'est qu'une interprétation de la réalité.
On notera d'ailleurs que la censure est de moins en moins nécessaire: l'autocensure, le journalisme de révérence, le cirage de godillots suffisent.
La marchandisation de l'information permet sa transformation en une mise en scène qui joue sur les sentiments, l'irrationnel, l'inconscient, sur la réaction instinctive. L'information devient une pure succession d'évènements isolés les uns des autres ou considérés dans un enchaînement tronqué, qui ne permet pas de comprendre les enjeux fondamentaux.
Un fait chasse l'autre. Le but de l'info-spectacle est sans ambiguïté: semer la confusion, empêcher de réfléchir en profondeur, d'exercer son esprit critique, éliminer tout débat de fond, toute confrontation, réduire le "citoyen" au rôle de spectateur passif.
FAVORISER L'INTERIORISATION DE CERTAINES VALEURS
Il s'agit ici surtout de ce qu'il est désormais commun d'appeler la "pensée unique", c'est-à-dire la "traduction en termes idéologiques à prétention universelle des intérêts d'un ensemble de forces économiques, celles, en particulier, du capital international", un consensus implicite tendant à imposer l'orthodoxie néolibérale.
Controversée, l'expression "pensée unique", née des années 80, c'est-à-dire dans la période de l'effondrement de l'Union soviétique et de la destruction du Mur de Berlin, aura eu au moins le mérite de faire prendre conscience de l'attitude quasi unanime d'une classe politique et médiatique faisant valoir ses idées comme étant sans alternative possible.
Qu'on lui préfère le terme de "politiquement correct" ne change rien à l'affaire. L'objectif est de présenter la victoire de la doctrine économique libérale comme "progrès ultime de l'humanité", l'économie de marché comme processus inéluctable et irréversible, le capitalisme comme horizon indépassable.
Il s'agit, pour les "bien-pensants", d'évacuer le débat politique. Au royaume du dogme et du monopole, toute résistance est vaine, tout opposant se voit diabolisé. La sagesse consiste à intégrer les valeurs "incontournables": une monnaie forte, une dérèglementation sans frein, une réduction des déficits... Et si le domaine de prédilection de cette pensée "administrée" est le champ économico-politique, il s'étend à l'ensemble de la pensée.
C'est la fin des idéologies, la notion "archaïque" de classes sociales, bien sûr, mais aussi le caractère naturel de la violence et de la hiérarchisation, selon les darwinistes sociaux de la Nouvelle Droite ; le racisme et l'ethnocentrisme qui "justifient" l'infériorité du Sud, la nécessaire militarisation, la valorisation de la réussite, la laïcité dite ouverte, le tout-nucléaire en matière d'énergie, le tout-génétique aussi, etc...
Dans cette entreprise de conditionnement, les sondages constituent une technique de persuasion des plus efficaces. En nous ressassant continuellement le désir du plus grand nombre, ils nous suggèrent d'y adhérer.
Spécialiste de la communication, Paul Watzlawick a montré comment un individu isolé finissait par douter de ses propres sens et, pour ne pas se distinguer, à se ranger à l'opinion du plus grand nombre: "La volonté de renoncer à son indépendance, de troquer le témoignage de ses sens contre le sentiment confortable, mais déformant la réalité, d'être en harmonie avec un groupe, est bien entendu l'aliment dont se nourrissent les démagogues."
Posté le 29.04.2008 par anarchie23
Pourquoi manifeste-t-on le premier mai ? Pourquoi l'appelle-t-on "fête du travail" ? D'où vient cette date ? Que cherche-t-on à nous faire oublier en nous faisant promener ? Ce petit texte explique l'origine historique du Premier Mai.
L'obtention des 8 heures par jour était au centre des revendications pour lesquelles les travailleurs des Etats-Unis étaient décidés d'aller jusqu'à la grève générale pour faire pression sur le patronat et le gouvernement. Le 1er mai fut déclaré jour international de solidarité de classe et de revendication pour les 8 heures par les "Knights of Labour" (Les Chevaliers du Travail, premier syndicat d'audience nationale aux Etats-Unis). Au cours du printemps 1886, les ouvriers de tous les secteurs ont focalisé leurs actions sur cet objectif et ont parfois obtenu gain de cause dans ce domaine.
Devant la détermination des ouvriers et l'expansion du mouvement syndical, le patronat et le gouvernement décidèrent d'adopter des mesures de répression plus expéditives. La fameuse affaire de Haymarket à Chicago, évènement dramatique et marquant pour le mouvement ouvrier international, a inauguré une ère nouvelle de répression et de résistance.
1er mai 1886: succès maximal de la mobilisation. En dépit des avertissements haineux et des prédictions alarmistes de la presse bourgeoise, aucune émeute n'éclata, aucune atteinte à la propriété n'eut lieu et la manifestation pacifique des travailleurs ne se transforma nullement en révolution. Par ce beau samedi ensoleillé, les fabriques, les usines, les entrepôts furent désertés. Dans leurs plus beaux vêtements, les ouvriers de Chicago, accompagnés par leur famille, défilèrent par milliers dans les rues, sous les yeux sidérés de la police, de l'armée et des gardes privés prêts à intervenir au moindre trouble. La manifestation de solidarité se déroula sans encombre et s'acheva sur les bords du lac Michigan, où les principaux orateurs, parmi lesquels Albert PARSONS et August SPIES, 2 anarchistes, prirent la parole devant la foule.
Dans la seule ville de Chicago, 80 000 ouvriers participèrent à la manifestation et, dans tout le pays, le 1er mai eut le même retentissement et fut suivi avec le même enthousiasme.
Le lundi suivant, 3 mai, le mouvement de grève continua et beaucoup d'ouvriers se joignirent aux grévistes du 1er mai, paralysant ainsi l'économie de la ville de Chicago. La violence des forces de l'ordre, contenue durant la journée du samedi, allait éclater devant les grilles d'une usine de machines et outils agricoles, la McCormick Harvester Works (aujourd'hui International Harvester Corporation). Ripostant à la journée de grève du 1er mai par un lock-out massif, le patronat de cette usine avait remplacé ses employés par 300 briseurs de grève. A la sortie, ceux-ci furent pris à parti par les grévistes. Brusquement, la police chargea l'arme au poing. Les grévistes tentèrent alors de se disperser, mais les policiers, sans doute déçus et exaspérés par le caractère pacifique des manifestants du 1er mai, tirèrent sur la foule, abattant 6 hommes alors qu'ils s'enfuyaient.
Les organisateurs de la journée du 1er mai virent dans ce massacre un fait honteux et inacceptable qu'il fallait dénoncer publiquement. Une manifestation fut décidée pour la soirée du lendemain sur la place de Haymarket, non loin d'un des commissariats de Chicago. Cette soirée de protestation contre les brutalités policières se déroula sans heurt, les orateurs se succédant devant une foule calme. Vers la fin de la manifestation, alors que les principaux orateurs avaient déjà quitté la place, 180 policiers, la matraque à la main, firent irruption parmi les manifestants, les enjoignant de se retirer immédiatement, ce à quoi Sam Fielden, un des organisateurs, eut le temps de répliquer que la foule était paisible. Une bombe explosa alors au milieu des policiers et ce fut la panique. Les policiers, dont un fut tué et 7 blessés, firent feu et la foule se rua dans toutes les directions pour échapper à la fusillade.
Du côté des manifestants, le bilan fut également lourd, 1 mort et de très nombreux blessés. On ne retrouva jamais le lanceur de bombe, peut-être un provocateur. Cependant, les autorités ne prêtèrent aucun crédit à cette version des faits. La situation, à leurs yeux, ne comportait aucune énigme, les responsables étaient connus: les anarchistes.
Non contents d'inspirer les mouvements de grève des jours précédents et de semer le trouble en incitant les ouvriers à manifester sur la place de Haymarket, ils s'attaquaient directement aux forces de l'ordre. Les autorités devaient donc réagir vite et frapper à la tête du mouvement anarchiste pour endiguer une révolte qui mettait tout le système en péril.
Les représentants du mouvement ouvrier de Chicago, dont les anarchistes Albert PARSONS, August SPIES et Louis LINGG, + Michael Schwab, George Engel, Adolph Fischer et Samuel Fielden furent arrêtés, jugés et condamnés à être pendus, sans aucune preuve de leur culpabilité.
Albert PARSONS, August SPIES, Adolph Fischer et George Engel furent exécutés. Samuel Fielden et Michael Schwab réclamèrent la clémence et virent leur condamnation commuée en peine d'emprisonnement à vie.
Quand à Louis LINGG, dont la mort reste un mystère qui n'a toujours pas été éclairci, il se serait suicidé dans sa cellule.
Le procès des martyrs de Chicago a inauguré le règne de la terreur pour le mouvement ouvrier dans tout les Etats-Unis. Le 1er mai 1886 ainsi que les évènements dramatiques qui ont secoué le mouvement ouvrier américain sont à l'origine de la célébration de la Fête du Travail, jour chômé et réservé aux manifestations des travailleurs. Comme, plus tard, le cas de Sacco et Vanzetti (voir ici même "L'Affaire Sacco et Vanzetti" dans la rubrique "Histoires Anarchistes") et l'affaire Rosenberg, le procès des martyrs de Chicago reste un exemple de la justice à la solde des possédants dans l'Amérique capitaliste.
Les dernières paroles d'August SPIES, à ce propos, sont prophétiques: "Il viendra un temps où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd'hui".
LES DEBUTS DU PREMIER MAI EN FRANCE
Paris connut le premier mai 1890 son premier "premier mai". Une tradition allait naître, mais, pendant longtemps encore, sa célébration va se faire contre les forces de répression et 1er mai va signifier affrontements, brutalités et sanctions de tous ordres.
En 1901, le syndicaliste anarchiste Emile POUGET propose dans son journal "Le Père Peinard": "Fixons nous une date et proclamons qu'à partir du jour que nous aurons choisi pour rien au monde nous ne consentirons à faire plus de 8 heures !".
Il faudra attendre le 8ème congrès de la CGT (syndicat à son origine largement influencé par les anarchistes avant de passer courroie de transmission du Parti communiste), qui se tient à Bourges en septembre 1904, pour que l'idée soit reprise et la date fixée: ce sera le 1er mai 1906 !
Pour préparer cette journée, la CGT entame la première grande campagne de propagande de son histoire: affiches, tracts, papillons, brochures, création de comités d'action pour les 8 heures, articles dans le journal confédéral d'alors, "La Voix du Peuple". On y développe toute une argumentation autour de l'idée des 8 heures: moyen pour combattre le chômage, éliminer fatigue et surmenage, supprimer les maladies professionnelles, développer les bibliothèques, élever le niveau culturel des travailleurs, etc... (ceci sous l'influence des anciennes Bourses du Travail, qui furent le socle de la création de la CGT, initiées également à leur origine, une fois de plus, par les anarchistes).
C'est dans ce climat qu'arrive le 1er mai 1906, qui va être marqué par de violents affrontements avec les forces de police. Dès le matin, Paris est mis en état de siège: soldats et policiers en armes à chaque carrefour, forte concentration de policiers à cheval aux abords de la Bourse du Travail, place de la République. La caserne proche a même été aménagée en "prison" temporaire...
Les divers syndicats ont convoqué leurs adhérents en plusieurs points de la capitale. Un meeting est prévu à la Bourse, mais comme tout le monde ne peit y pénétrer, c'est une manifestation de rue que la police s'efforce de disperser: il y a des charges brutales, des arrestations par centaines. A l'heure du bilan, le soir, on comptera même 2 morts. Et il faudra attendre 23 heures pour que les rues de Paris retrouvent leur aspect habituel. Mais les violences continueront pendant plusieurs jours encore.
Les patrons licencieront plus de 2000 travailleurs coupables d'avoir quitté leur travail le 1er mai !
(D'après "IWW et syndicalisme révolutionnaire aux Etats-Unis", de Larry PORTIS, éd. Spartacus et un article de "La Voix Populaire".
Posté le 17.06.2007 par anarchie23
Bonsoir ! La dernière affiche anti-électorale des anars !
Ne pas voter, c'est affirmer son dégoût des politicards !
Salutations Anars.
Alayn.
Posté le 05.01.2008 par anarchie23
LA TENTATION DE L'ETATISME
L' étatisme a été non seulement une catastrophe sur le plan historique et aussi et surtout, d'abord, une erreur stratégique.
L'étatisme est devenu le terme référent de tout ce qui concerne le "public", le social. C'est autour de lui que s'est construite l'idée d'une société nouvelle et dès le 19° et surtout le 20°, le "socialisme".
Les aberrations et les monstruosités du "socialisme réel", fondé sur l'étatisme, constituent un argument de choix pour que rien ne change et que s'étende sans partage le règne de la marchandise. L'étatisme et par voie de conséquence l'étatisation, est en effet devenue synonyme d'incompétence, de lourdeur bureaucratique et d'absence de liberté.
Il/elle est devenu-e le principal argument des libéraux et de manière générale, aujourd'hui, des gestionnaires du système marchand, pour jeter l'opprobre contre toute tentative de changement des rapports sociaux.
ETAT ET INTERET PUBLIC
Il est né d'une confusion entre "Etat" et "intérêt public" dans le cadre du projet d'une nouvelle organisation sociale et économique.
S'il est exact que l'Etat, l'institution, constitue le lieu politique de l'expression du pouvoir de la classe dominante, c'est-à-dire de la catégorie sociale qui profite de manière prioritaire du système en place, et permet de "guider" les politiques économiques susceptibles d'assurer la pérennité du système, il est par contre tout à fait hasardeux, et même faux, de faire de l'Etat, l'objectif essentiel de toute stratégie politique de changement.
"Détenir" l'Etat n'est pas, à priori, contrairement aux apparences, et l'expérience nous le confirme, synonyme de détenir les clefs de l'avenir. Dans le système marchand, d'ailleurs pas plus que dans tout autre système, l'Etat n'est l'expression de l'intérêt public et donc, il n'est pas du tout évident que, "détenir" l'Etat, permette de défendre cet intérêt public, c'est-à-dire les intérêts économiques et sociaux de la majorité.
Or, la plupart des stratégies mises en oeuvre au 20° siècle se sont fondées sur ce principe de "centralisation" du pouvoir et de "centralisation" de la gestion de la nouvelle organisation sociale et économique.
L'étatisme est fondé sur une double erreur:
-l'Etat serait le centre de gravité de tout pouvoir.
-il existerait une rationalité économique qui, exercée à partir de l'Etat assurerait la défense de l'intérêt public.
Contrairement aux apparences, la réalité des rapports sociaux ne se trouve pas concentrée dans l'Etat. S'il en est le garant, il n'en est cependant pas l'essence. Celle-ci est constituée par la réalité économique et sociale des rapports de production qui sont un produit de l'évolution historique, à un moment donné. Différentes formes, constitutionnelles, de l'Etat peuvent d'ailleurs s'adapter à différents moments de l'évolution de ces rapports (république, monarchie constitutionnelle, fascisme...).
ETATISME ET STRATEGIE POLITIQUE
L'étatisme procède logiquement d'une conception et stratégie politiques erronées.
Si l'on part de l'hypothèse que la prise du pouvoir d'Etat est l'élément essentiel du changement social, qu'il permet de confisquer le pouvoir économique des possédants, et que l'élément essentiel de la suppression de toute inégalité c'est que personne ne possède rien... alors l'étatisation est la solution. C'est ce raisonnement qu'ont tenu la plupart des révolutionnaires du 20° siècle... avec le "succès" que l'on sait.
De manière tout à fait aberrante, l'Etat tenait dans leurs analyses une place centrale qu'il n'a en réalité pas, celle que tiennent en fait les rapports sociaux réels entre les individus dans la société civile. L'Etat devient alors, dans leur raisonnement, la clef de voûte, non seulement de la stratégie de prise de pouvoir, mais aussi de toute l'organisation économique, sociale et même idéologique de la nouvelle société. Les germes du totalitarisme sont plantés, ils ne demandent qu'à germer.
La germination sera assurée par deux facteurs étroitement liés:
-la déconnexion entre la réalité politique artificiellement crée et la réalité sociale du terrain.
-la gestion par une bureaucratie de plus en plus éloignée de la réalité et sûre de détenir la "vérité".
Ceci explique l'importance fondamentale de l'idéologie, et donc de la propagande, dans ce type de système. D'abord parce que l'Etat est tout, par principe, mais aussi parce que la réalité sociale imposée déforme, déchire, de plus en plus, l'image idyllique de la société nouvelle. L'Etat s'est en fait, et en droit, substitué à la réalité sociale et a "bâti" artificiellement, c'est-à-dire en dehors de l'Histoire, une société qui se veut idéale qui, si elle correspond aux intérêts des gestionnaires-bureaucrates, ne convient pas du tout au reste de la population. Le mythe des premières heures de la "révolution" est censé compenser la triste réalité qui peu à peu s'impose.
ETATISATION ET RATIONNALITE ECONOMIQUE
Si l'étatisme n'est pas un gage d'efficacité politique, au sens noble du terme, c'est-à-dire l'expression de la réalité des désirs d'une population à un moment donné, l'étatisation elle n'est pas non plus gage d'efficacité économique... "efficacité économique" pas au sens marchand du terme, mais simplement en terme de satisfaction des besoins... l'exemple du "socialisme" avec ses collectivisations forcées -"on fait le bonheur des gens contre leur volonté" (sic)- en est un exemple flagrant.
La gestion centralisée des moyens de production, de la distribution, voire de la détermination des besoins et des désirs ne peut aboutir, et a abouti, à la catastrophe. Pourquoi ?
Pour plusieurs raisons:
-l'Etat, après la prise du pouvoir, est devenu le lieu de tous les pouvoirs, y compris les plus intimes puisque l'idéologie qui l'habite est "juste".
-l'Etat se donne le pouvoir exorbitant d'être l'expression de tous les besoins et tous les désirs, il est donc à même, en principe, de pouvoir tous les satisfaire.
-l'égalité étant la règle, personne ne possède plus rien, l'Etat possède tout et comme l'Etat est le peuple, le peuple a tout (CQFD).
L'étatisation est donc bien une réponse logique à un projet politique qui décrète une gestion centralisée, à tous les sens du terme, de la société.
Le problème c'est qu'une telle conception ne correspond ni à une logique de l'Histoire, celle de l'évolution des rapports sociaux, ni à l'évolution de la conscience humaine qui n'évolue que progressivement et n'obéit absolument pas à des règles strictes de rationalité... aussi éthiquement, morales et donc théoriquement souhaitables soient-elles.
Certains domaines, dans ces économies étatisées, ont pu, et ont effectivement été un immense progrès par rapport à la situation précédente mais également par rapport aux pays "capitalistes"... comme la santé et l'éducation. Domaines qui ont d'ailleurs terriblement régressés à la chute de l'empire soviétique. Mais globalement, historiquement, ces systèmes n'étaient pas viables... ils faisaient, à l'origine, un pari risqué, et perdu, sur une stratégie politique qui s'est avérée fausse et sur un état de la conscience humaine qui ne correspondait pas aux mesures prises.
Il n'y a pas de regrets à exprimer, il y a par contre à comprendre les erreurs commises pour éviter de les reproduire dans l'avenir... Car, et c'est ce qui constitue l'impasse politique actuelle, toutes les stratégies actuelles qui prétendent "changer la société" sont sur cette même problématique, le même schéma de base: prendre le pouvoir, conquérir le pouvoir, accéder au pouvoir... et changer la société.
Patrick MIGNARD.
(matieres@fedetlib.net)