Histoires Anarchistes
Publié le 09/09/2009 à 14:46 par anarchie23
DANS LE SYNDICALISME DE LA Belle Epoque
Comme on le sait, l'idée de grève générale est dernièrement dans "l'air du temps" et, il y a quelques temps, quand on agitait déjà l'hypothèse d'une grève générale contre la politique du gouvernement, le secrétaire de l'époque de FO, Marc Blondel, faisait remarquer que, l'expression étant chargée à l'origine d'une connotation toute particulière (l'équivalent du Grand Soir), il préférait parler, quant à lui, de "grève généralisée", un distinguo déjà opéré il y a plus d'un siècle par certains des ennemis socialistes de l'idée de grève générale.
C'est de ce sens originel dont nous dirons ici quelques mots. Pour ce faire, il nous faudra évoquer le syndicalisme français de la fin du XIXe siècle jusqu'à la veille de la Grande Guerre, c'est-à-dire le syndicalisme représenté d'abord par la Fédération des Bourses du travail (FBT) puis par la CGT, radicalement différent des grands modèles allemand ou anglais et source d'inspiration pour de très nombreuses organisations ouvrières à travers le monde.
LE GREVE-GENERALISME
Toutes celles et ceux qui s'intéressent peu ou prou au syndicalisme de la Belle Epoque connaissent les thèmes principaux de sa riche doctrine: le rôle des minorités agissantes, l'action directe, le boycott, le sabotage, l'antimilitarisme, l'antipatriotisme, l'a-parlementarisme, la grève générale, le double rôle du syndicat ("groupement de résistance" avant d'être "groupement de production et de répartition, base de la réorganisation sociale", pour citer les mots même de la résolution votée en 1906 au congrès d'Amiens), etc. Cependant, il est patent que, dans l'arsenal idéologique du syndicalisme de la FBT et de la CGT, la grève générale n'est pas une idée parmi les autres.
Elle est vraiment l'épine dorsale, l'idée directrice du syndicalisme d'avant-guerre, ce qu'il tient pour l'outil par excellence de l'émancipation du prolétariat. En 1907, le socialiste Paul Louis pouvait écrire dans son "Histoire du mouvement syndical français" que "la grève générale est au prolétariat ce qu'était, il y a quatre-vingts ans, le régime parlementaire et constitutionnel à la bourgeoisie européenne".
Quelques années plus tard, en 1912, un certain Louis Garriguet, abbé de son état, notait pour sa part que l'idée de grève générale est "la grande pensée comme la grande espérance du syndicalisme", qu'elle "constitue comme la clé de voûte du syndicalisme" ("L'Evolution actuelle du socialisme en France. Le mouvement syndicaliste révolutionnaire).
S'il fallait une preuve de plus de l'importance tu thème de la grève générale dans le syndicalisme de la Belle Epoque, on la tient dans le qualificatif par lequel il s'est désigné et s'est reconnu lui-même: avant d'être des "syndicalistes" tout court ou des "syndicalistes révolutionnaires" -l'appellation, popularisée par la revue "Le Mouvement socialiste" à partir de 1903/1904, ne figure d'ailleurs pas dans les écrits de Fernand PELLOUTIER-, les porte-parole de la FBT et de la CGT se sont regardés dès avant 1895 comme "grève-généralistes", en se faisant une gloire du qualificatif appliquéà leur endroit, par dérision, par leurs irréductibles rivaux du POF (Parti ouvrier français), les partisans de Jules Guesde et de Paul Lafargue, les premiers à se réclamer en France de l'enseignement de Marx.
LES ORIGINES DE L'IDEE ET SON APPARITION EN FRANCE
Cette idée, d'où vient-elle et qu'en savent les syndicalistes eux-mêmes ? Dans un texte rédigé en 1893, Fernand PELLOUTIER écrit que l'idée de grève générale est "très récente". Quelques années plus tard, dans une note de son "Histoire des Bourses du travail", il affirme exactement le contraire: c'est une idée "fort ancienne", écrit-il, sans autre précision. De fait, quand ils s'occupent de l'histoire de l'idée-force du syndicalisme, Fernand PELLOUTIER et Emile POUGET ne vont pas en deçà de la 1re Internationale, où elle a été défendue par certains représentants de sa fraction antiautoritaire, en particulier par l'aile marchante de ce courant, la Fédération jurassienne, qui prône la grève générale dès 1870 dans son journal "La Solidarité". C'est pourquoi Engels va l'appeler une "chimère anarchiste", une expression qui sera reprise par la social-démocratie européenne au moment du surgissement du syndicalisme révolutionnaire.
En réalité, elle était déjà apparue avant, autour de 1830, dans le chartisme anglais. L'épisode est connu de ce même Engels qui appelle la grève générale un "cheval de parade qui est, par l'origine, de race anglaise". En effet, dès 1832, un certain William Benbow avait publié une brochure où il lançait l'idée d'une "grande fête nationale", ou "mois sacré" ou "general strike", d'une cessation générale du travail pendant un mois au cours duquel les classes productrices se réuniraient en congrès pour établir une constitution universelle qui réaliserait l'égalité des droits et des libertés, des jouissances et des sacrifices. L'idée fut donc anglaise à l'origine, avant que le mouvement ouvrier d'outre-Manche l'oublie et perde sa première inspiration révolutionnaire. A partir de la fin des années 1880, elle va être une "idée française", le signe d'identité du courant dominant du syndicalisme français jusqu'à la veille de la Grande Guerre.
D'après Emile POUGET, le retour de l'idée de grève générale en Europe après la désagrégation de la Première Internationale s'est fait par le truchement du mouvement lancé en 1886 aux Etats-Unis par les syndicalistes américains et les anarchistes de Chicago qui décidèrent d'un arrêt national du travail le 1er mai de cette année-là pour demander l'instauration de la journée de travail de huit heures. Je ne m'étendrai pas plus là-dessus puisque on rappelle tous les ans l'origine de ce qui est devenu la "fête" du 1er Mai: les évènements du Haymarket à Chicago en mai 1886 et l'exécution des anarchistes tenus pour responsables de ces évènements, bien qu'on ignore souvent que la décision de faire du 1er mai une journée internationale de revendications fut prise par les délégués au congrès socialiste international tenu en 1889 à Paris.
C'est donc en écho aux évènements de Chicago que, sous une version "réformiste" (la grève générale pour les huit heures), l'idée de grève générale fait retour en Europe, et en France tout particulièrement, où les éléments avancés de la classe ouvrière passent en très peu d'années du refus de la grève comme outil de combat contre l'exploitation -un refus présent chez Pierre-Joseph PROUDHON- à l'adoption de la grève générale en tant qu'arme suprême du prolétariat. Sous sa forme "réformiste", elle apparaît chez les mineurs en tant qu'instrument de défense des intérêts de la profession, de grève générale corporative. Sous sa forme révolutionnaire, elle se manifeste en particulier chez certains ouvriers du bâtiment parisiens, et c'est un d'entre eux, le menuisier anarchiste Joseph TORTELIER, qui va se faire "l'apôtre" de la nouvelle idée ouvrière dans la seconde moitié des années 1880. Il le fera dans de très nombreux meetings et même dans des congrès ouvriers internationaux, comme celui qui se tient à Londres en 1888, la même année où, pour la première fois, une motion favorable à la grève générale est votée dans un congrès ouvrier, celui de la Fédération nationale des syndicats (FNS) au Bouscat.
La "nouvelle" idée ouvrière apparaît d'abord sous l'apparence pacifique et légalitaire (un peu "bonasse", dit Emile POUGET) de l'"insurrection des bras croisés". Il suffirait en somme que les producteurs cessent un beau jour de travailler, qu'ils se croisent les bras, pour que la société bourgeoise s'effondre presque naturellement. L'historienne Colette Chambelland l'a exprimé un jour dans une très jolie formule: "On resterait chez soi, on se mettrait à sa fenêtre et on verrait passer la révolution." Toutefois, devant les objections qu'on présente à cette première version de l'idée de grève générale - les prolétaires mourraient de faim bien avant que les bourgeois commencent à être un tant soi peu affectés par l'arrêt de la production-, elle se transforme dans l'esprit de ses propagandistes en grève générale expropriatrice et violente.
L'ASSIMILATION DE L'IDEE PAR LE SYNDICALISME
Des premiers cercles ouvriers où elle est apparue, l'idée passe rapidement dans les organisations ouvrières qui vont venir concurrencer la FNS des amis de Guesde, pour lesquels le syndicat, le "groupement corporatif", réformiste par nature, doit être subordonné au parti politique. Ceux qui pensent que le syndicalisme se doit d'être indépendant des partis politiques, qu'il est quelque chose de plus que "l'école primaire du socialisme", qu'il peut et doit être l'outil par excellence de l'émancipation ouvrière, ceux-là vont trouver dans l'idée de grève générale la notion dont ils avaient besoin pour faire exister le syndicalisme comme forme du socialisme ouvrier face à des factions politiques faibles et divisées, du moins avant l'unification de 1905.
Après le compagnon Joseph TORTELIER, les deux principaux porte-parole de l'idée de grève générale vont être le socialiste Aristide Briand et le libertaire Fernand PELLOUTIER, secrétaire de la FBT de 1895 à sa mort prématurée en 1901.
Ce sont eux deux qui, à partir de 1892, vont introduire et faire triompher l'idée de la grève générale dans les congrès ouvriers. C'est par cette idée que la FBT, fondée en 1892 par des factions socialistes non guesdistes, se distingue de la FNS et prend ses distances par rapport à elle. Quand à la CGT, elle naît en 1895 d'une scission opérée dans la FNS un an auparavant, précisément après le vote d'une nouvelle motion sur la grève générale. Parmi les promoteurs collectifs du grève-généralisme, il faut citer les socialistes du POSR (Parti ouvrier socialiste révolutionnaire) -les "allemanistes"-, qui, contrairement aux guesdistes, subordonnent le parti au syndicat et votent le principe de la grève générale à tous leurs congrès à partir de 1891. Enfin, dès le congrès de fondation de la CGT, le Comité de la grève générale (créé en 1893) est incorporé statutairement à l'organisme confédéral. Il changera plusieurs fois de nom jusqu'au congrès d'Amiens de 1906, où, à la suite du grand mouvement de cette année-là pour les huit heures, il devient la Commission pour les huit heures et la grève générale, en établissant une liaison qui fait revenir au point de départ du mouvement. Cette même année 1906 marque certainement le point culminant de l'"élan syndicaliste", avec le vote à la quasi-unanimité des délégués présents d'une résolution rédigée par Victor GRIFFUELHES et Emile POUGET pour le compte du Comité confédéral de la CGT, une motion qui va être qualifiée peu après, dès 1907-1908, de "charte" du syndicalisme (la dite "charte d'Amiens") et qui contient l'essentiel de la doctrine du syndicalisme révolutionnaire: la réaffirmation de l'objectif final de la "besogne" syndicale et du moyen pour y parvenir, la grève générale.
Il importe d'insister sur la date d'apparition de la "nouvelle" idée ouvrière en France, soit entre quinze et vingt ans après la Commune de Paris, la dernière des tentatives révolutionnaires du prolétariat parisien noyées dans le sang. Elle indique à un mouvement ouvrier en pleine reconstitution une nouvelle stratégie après le massacre de 1871 et les autres échecs des mouvements insurrectionnels, qui ont montré l'inanité du vieux socialisme barricadier, l'incapacité du prolétariat révolutionnaire à s'emparer du pouvoir par l'émeute. La grève générale est conçue comme une alternative, purement ouvrière, à l'action insurrectionnelle, mais aussi à l'action parlementaire qui réduit l'ouvrier à son rôle de citoyen. Au lieu d'intervenir comme citoyen pour assurer la conquête des pouvoirs publics par des partis politiques censés le représenter ou comme fantassin des avant-gardes insurrectionnelles, il intervient comme producteur en cessant de travailler: là est le coeur de l'idée "pure" de la grève générale comme moyen d'action proprement ouvrier, ce que Fernand PELLOUTIER appellera la "révolution de l'atelier". En ce sens, elle est une réalisation du vieux slogan de la Première Internationale sur l'émancipation ouvrière, qui sera "l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes".
C'est cette idée "pure" de la grève générale que défendent les syndicalistes liés aux courants antiautoritaires du mouvement ouvrier français, les allemanistes du POSR et les libertaires qui, entrés en masse dans les syndicats à la fin du XIXe siècle, occupent des postes de responsabilité dans la CGT à partir de 1901-1902. En ce sens, l'idée "pure" de grève générale est véritablement un autre nom de la "révolution sociale".
Pour ce qui est des représentants de ce que, par contraste, on pourrait appeler l'idée "impure" de la grève générale, c'est-à-dire les socialistes qui, à l'instar de Briand ou des vaillantistes, ne veulent ni renoncer à la stratégie de conquête des pouvoirs publics, ni se couper du syndicalisme, leur conviction est que la grève générale ne doit pas être opposée aux "autres moyens d'action" dont disposerait le prolétariat (le fusil ou le bulletin de vote), mais qu'elle doit être conçue comme un moyen parmi d'autres en vue de l'émancipation des opprimés. Le prolétariat, dit Briand, doit avoir "plusieurs cordes" à son arc et n'en négliger aucune.
LA THEORIE DE LA GREVE GENERALE
Quant à la théorie de la grève générale, elle est exprimée sous sa nouvelle forme dans la brochure de Fernand PELLOUTIER (et de l'allemaniste Girard) parue en 1895, "Qu'est-ce que la grève générale ?" puis dans une série de brochures rédigées par le Comité de la grève générale, soit en collaboration avec le POSR, en 1898, soit seule, en 1901, avec "la Grève générale" (écrit à l'évidence par un syndicaliste anarchiste, Emile POUGET ou DELESALLE, sans doute) et "Grève générale révolutionnaire" (due à Emile POUGET et parue en 1902). Un autre syndicaliste libertaire, Georges YVETOT, le second secrétaire adjoint de la CGT, écrit lui aussi une brochure sur le sujet, "Vers la grève générale". Comme on voit, le thème reste l'apanage des syndicalistes anarchistes et accessoirement des allemanistes.
Après 1902-1903, la théorie syndicale de la grève générale est acquise et elle ne fera plus l'objet d'aucune élaboration supplémentaire de la part des syndicalistes eux-mêmes. Elle devient alors un sujet de réflexion pour certains intellectuels, à commencer par les compagnons de route de la CGT qui animent la revue "le Mouvement socialiste", transformée en porte-parole intellectuel du syndicalisme révolutionnaire entre 1903 et 1910. C'est dans ses colonnes que le plus connu d'entre eux, Georges Sorel, fait paraître ses "Réflexions sur la violence", qui contient la fameuse théorie de la grève générale comme mythe social, souvent prise à contresens par de distraits commentateurs.
Il faudrait citer aussi ces quelques juristes qui, du début du siècle jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale, consacrent des thèses de droit au thème de la grève générale, dans une perspective évidemment contraire à celle du "Mouvement socialiste", mais dont l'existence même prouve l'intérêt que les contemporains prennent à l'idée force du syndicalisme.
Cependant, les sympathisants comme les adversaires du syndicalisme grève-généraliste notent tous que l'idée de "grève générale" connaît un certain déclin quelques années après le congrès d'Amiens, un déclin dont le début coïncide avec la crise que connaît la CGT à partir des évènements sanglants de Villeneuve-Saint-Georges en juillet 1908, dont elle ne sortira plus jusqu'à l'été de l'année 1914.
LA POSSIBILITE DE LA GREVE GENERALE
Il est difficile, pour finir, de ne pas se demander si les porte-parole du syndicalisme pouvaient tabler raisonnablement sur la réalisation de cette idée qu'ils avaient érigée en principe de leur mouvement. Pour leur part, les porte-parole de la social-démocratie européenne ont répondu à la question et ils l'ont fait, en général, en reprenant l'objection présentée par Engels dès avant la naissance du grève-généralisme. Selon eux, la grève générale révolutionnaire n'aurait été possible qu'aux deux conditions suivantes: que la classe ouvrière dispose d'une formidable organisation et d'une très solide caisse de résistance qui lui permettrait de tenir suffisamment de temps pour faire rendre gorge à la bourgeoisie. Nous n'en sommes pas là, constatent-ils, et quand nous en serons là un jour, quand la classe ouvrière aura atteint le niveau d'organisation nécessaire pour mener la grève générale avec l'assurance de gagner, cela signifiera qu'elle sera déjà en position d'instaurer le socialisme: elle pourra du coup faire l'économie de cette dernière épreuve de force. En d'autres mots: quand la classe ouvrière est trop faible, la grève générale est vouée à l'échec ; quand le prolétariat sera plus fort, elle sera inutile.
Autrement dit, que la classe ouvrière soit en position de force ou de faiblesse, la grève générale n'a jamais de raison d'être aux yeux des tenants du socialisme politique. CQFD.
On sait peut-être que l'effort de Sorel pour donner une traduction théorique au syndicalisme révolutionnaire a tendu précisément à refuser toute discussion sur la possibilité réelle de la grève générale dans un avenir plus ou moins proche pour s'en tenir à l'examen de la fonction remplie "hic et nunc" par l'idée de grève générale. Il n'en reste pas moins que, de même que la meilleure preuve du pudding, c'est qu'on le mange, la meilleure preuve qu'auraient pu donner les grève-généralistes de la possibilité de réalisation de l'idée syndicaliste et de sa capacité à entraîner la classe ouvrière, ç'aurait été de la réaliser. "Une seule chose, a écrit Colette Chambelland, aurait pu nous montrer la force de cette idée: le déclenchement d'une grève générale, mais cela n'a jamais eu lieu, ni même n'a jamais été tenté."
Nul n'ignore en effet que la CGT grève-généraliste n'a jamais eu l'occasion de mettre en oeuvre la grande idée sur laquelle elle s'était créée, ni sous sa forme offensive (la grève générale comme l'autre nom de la révolution sociale), ni sous sa forme défensive (la grève générale comme une arme contre la guerre entre les peuples), les deux versants de l'idée depuis les années de la 1re Internationale.
Le plus étonnant sans doute, c'est que la première réalisation (ou quasi-réalisation) de cette idée est apparue en France à un moment où la panoplie syndicaliste avait été rangée au magasin des accessoires: on a assisté, en 1936 (soit trente ans après le congrès d'Amiens) puis en mai 1968, à des réalisations partielles de la grève générale alors même que la doctrine grève-généraliste avait été abandonnée depuis longtemps par les courants majoritaires du syndicalisme, la pratique venant confirmer en partie une théorie désormais inexistante, ou peu s'en faut. Et il est encore plus frappant de constater aujourd'hui encore le retour de cette idée "française", même s'il faut bien reconnaître que la majorité de celles et ceux qui en usent n'y mettent plus les mêmes espoirs que les syndicalistes de 1906.
Miguel CHUECA
(article paru dans le Hors-Série du "Monde Libertaire" de l'été 2009)
Bibliographie sommaire:
-"Déposséder les possédants. La grève générale aux temps héroïques du syndicalisme révolutionnaire", textes recueillis et présentés par M. Chueca, Agone, Marseille, 2008.
-Leroy, Maxime, "La Coutume ouvrière", Editions CNT-RP, Paris, 2007 (réédition).
-PELLOUTIER, Fernand, "Histoire des Bourses du travail", Phénix Editions, Ivry, 2001 (réédition).
-POUGET, Emile, 1906. "Le Congrès syndicaliste d'Amiens", Editions CNT-RP, Paris, 2006.
Publié le 18/07/2009 à 19:10 par anarchie23
BIENVENUE AU CIRA !
La bibliothèque du CIRA recueille, conserve et met à disposition des ouvrages, périodiques et documents portant sur l'histoire, le mouvement et les idées anarchistes, dans des locaux de 130 m2. Le CIRA est constitué en association, avec un comité local et des bibliothécaires bénévoles pour la plupart.
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Le CIRA retourne à Genève de 1975 à 1989 avant de revenir à son adresse actuelle, dans des locaux construits spécifiquement avec l'aide de sympathisants(tes) et de proches.
Le catalogue se professionnalise depuis 1985 avec un fichier matières établi sur mesure, en fonction des thèmes spécifiques, et s'informatise depuis 1995.
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Les périodiques de la révolution espagnole (1936-1939) comportent quelques raretés, de même que les collections de journaux clandestins et des premiers journaux publiés après la mort de Franco.
Le "Journal officiel de la Commune de Paris" (mars-mai 1871) est arrivé récemment sur nos rayons.
-Publications éphémères et archives: la collection la plus vaste concerne la Suisse: documents relatifs à Ernest COEURDEROY, Michel BAKOUNINE, Louis BERTONI, Carlo FRIGERIO, Lucien TRONCHET, au Groupe du Réveil et au Groupe Ravachol (Genève), aux mouvements de jeunes depuis 1967, aux squats et infokiosques.
Pour la France, un beau fonds autour de Mai 68, des bulletins intérieurs d'organisations, beaucoup de tracts et de coupures de presse sur des villes ou des évènements.
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-Enregistrements vidéo et audio: une base de données comporte plus de 1500 titres de films où apparaissent des anarchistes ou des allusions à l'anarchisme ("Les anarchistes à l'écran, Anarchists on Screen" 1901-2003, bulletin du CIRA 60, 2004). Le CIRA en possède près de 500, de qualité variable. Il conserve aussi cassettes et CDs audio, ainsi que textes et partitions (les plus connus ont été publiés en brochure: "Un siècle de chansons", bulletin du CIRA 52, 1996).
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Publié le 08/05/2009 à 12:00 par anarchie23
Sur la couverture de cet ouvrage, les portraits de gauche à droite de Pierre-Joseph PROUDHON, Michel BAKOUNINE et de Pierre KROPOTKINE.
Discussions entre Pierre-Joseph PROUDHON, Michel BAKOUNINE et Pierre KROPOTKINE, les 3 fondateurs de l'anarchisme.
Quelque part, dans un lieu imaginaire, les trois fondateurs de l'anarchisme dialoguent autour d'un samovar:
Michel BAKOUNINE: Salut Pierre-Joseph PROUDHON, alors, heureux ? C'est le bicentenaire de ta naissance quand même ! Viens prendre le thé !
Pierre-Joseph PROUDHON: Oh, moi, les anniversaires, les commémorations, ce n'est pas trop mon truc...
Il se saisit d'une tasse de bon thé russe et le porte à ses lèvres.
Pierre KROPOTKINE: Tout de même Pierre-Joseph PROUDHON, vous ne pouvez pas nier l'importance de votre bicentenaire ! ?
Pierre-Joseph PROUDHON: J'ai été tellement calomnié que je ne m'attends à rien de bon...
Michel BAKOUNINE: Mais tu as tort, il y a des gens qui continuent de défendre nos idées.
Pierre KROPOTKINE, prenant quelques gâteaux: Mais oui, Pierre-Joseph PROUDHON, les faits vous rendent enfin justice. Cette crise du capitalisme est une crise de la circulation du capital, comme vous nous le disiez il y a déjà longtemps et toutes vos solutions reviennent sur le devant de la scène (mutualisme, coopératives ouvrières, commerce équitable, troc...).
Pierre-Joseph PROUDHON: Vous m'en direz tant... Mais propose-t-on réellement ce que je voulais obtenir, l'abolition de la monnaie, des salaires, des loyers, du fermage et de la rente par l'annulation du crédit à intérêt ?
Michel BAKOUNINE, manquant renverser le samovar: Mais oui, on ne jure plus que par toi ! Bientôt les banques seront en faillite, les Etats aussi et ce sera le retour de l'anarchie, du non-gouvernement et de la non-propriété...
Pierre KROPOTKINE, fronçant les sourcils: Je me demande tout de même comment le système a pu se prendre à ce point les pieds dans le tapis. Ces dernières années je ne cessais de croiser Adam Smith goguenard... Il persiflait en me voyant, ricanait sous cape...
Pierre-Joseph PROUDHON: Les temps changent, c'est à nous de rigoler maintenant, car la fameuse régulation par la main invisible du marché de Smith, on voit pourquoi elle est invisible, c'est qu'elle n'existe pas ! Cela aussi je l'ai toujours dit !
Michel BAKOUNINE: Mais oui, les gars, leur fiction de l'autorégulation par la dérégulation des marchés s'est cassée la gueule ! Pour eux, c'est le début de la fin !
Il porte un toast à la révolution.
Pierre-Joseph PROUDHON: Tu as toujours été trop impatient, Michel BAKOUNINE, trop bouillant. Après tout, il se pourrait que le système se relève de cette crise cardiaque. Il est mal en point mais il n'est pas mort.
Michel BAKOUNINE: Alors, il faut l'aider à crever, poussons-le vers l'abîme !
Pierre KROPOTKINE: Tout de même je suis inquiet, je ne sais pas si les gens sont préparés à ce qui va se passer. Est-ce que l'état des forces révolutionnaires peut leur permettre de résister à l'attaque qui va être portée contre le peuple ?
Pierre-Joseph PROUDHON: C'est vrai que le Capital va tout tenter pour se sauver, il va leur faire les poches et les tondre comme des moutons et je ne sais pas si les anarchistes sont prêts. Les marxistes, eux, par contre, m'ont l'air plus avancés...
Michel BAKOUNINE: Tu parles, il n'y a qu'à voir la mine défaite de Marx et de son copain Engels pour comprendre quelle confiance il a en eux. Ils n'ont pas franchement la mine des grands jours... Non, pour moi ils sont finis, c'est à nous de prendre notre chance. Il faut faire confiance à la spontanéité des masses.
Pierre KROPOTKINE: D'accord, mais les masses ont besoin de temps pour comprendre ce qui se passe et pour s'organiser. Cela ne va pas être facile...
Pierre-Joseph PROUDHON: C'est juste, mais comme dirait Socrate: "les belles choses sont difficiles". Personne n'a jamais dit que l'anarchie se réaliserait en un tournemain. Fondamentalement, je crois aussi que tout dépendra du degré de gravité auquel parviendra la crise du système. Si elle est trop profonde, il faudra nécessairement trouver des réponses économiques alternatives et c'est à partir de là que peuvent repartir nos idées.
Michel BAKOUNINE: Mais oui, ce sera comme dans l'Espagne de 1936-1939 ! Un gigantesque mouvement de collectivisation autogestionnaire dans l'industrie, l'agriculture et les services. Vive la grève générale et vive la révolution !
En disant cela il renverse définitivement le samovar.
Pierre KROPOTKINE: Décidément, Michel BAKOUNINE, vous êtes incorrigible. Ne voyez-vous pas que nous n'avons pas de base organisationnelle suffisamment large pour faire progresser nos idées ? Moi, si j'étais à la place des anarchistes d'aujourd'hui, j'essayerais de faire grandir notre organisation et j'impulserai un grand mouvement de constitution de cercles de réflexions sur la crise, où les gens pourraient échanger service contre service et se familiariser politiquement avec nos idées. A partir de ces cercles je lancerais alors des mots d'ordre d'auto-organisation et d'autogestion spontanées. C'est au peuple de trouver lui-même les formes et les modes de réalisation de son émancipation.
Michel BAKOUNINE: Mais bien sûr, quelle idée géniale ! Des cercles comme ceux que nous faisions à l'époque pour résister à l'autocratie du Tsar et à l'oppression de l'Empire...
Pierre-Joseph PROUDHON: Cela me semble aussi une excellente idée ! Que les cercles d'entraide contre le libéralisme s'épanouissent, et qu'advienne enfin une véritable société d'aide mutuel, une authentique fédération de communes libres où chacun soit l'égal de chacun, non pas seulement dans les mots mais dans les faits !
Texte: Michael PARAIRE
Publié le 29/04/2009 à 12:00 par anarchie23
Photo: Le 4 Mai 1886, la police charge à Haymarket (célèbre place du marché d'un quartier populaire de Chicago) la tribune d'un meeting anarchiste.
L'idée du Premier Mai comme journée d'actions et de revendications ouvrières fut lancée pour la première fois en 1884 au IV° congrès du syndicat américain AFL (Fédération américaine du travail).
Il fut en effet décidé d'impulser à partir du Premier Mai 1886 une immense campagne d'agitation, essentiellement menée au travers de grèves, visant à obtenir la limitation de la journée de travail à 8 heures.
Si, à la date fixée, des grèves éclatèrent sur l'ensemble du territoire américain, c'est à Chicago qu'elles furent le plus radical et où cette journée acquit une importance historique qui marquera pour toujours le mouvement ouvrier international.
Chicago était alors un des centres les plus actifs du mouvement ouvrier américain, principalement dominé dans cette ville par les militants anarchistes dont un certain nombre étaient des immigrés allemands. Ces derniers occupaient d'ailleurs une place dominante parmi les travailleurs de la ville.
A l'occasion du Premier Mai 1886, un véritable bras de fer va s'engager avec le patronat local. Au lendemain de cette journée, alors que les grèves se poursuivent en entraînant plusieurs milliers de travailleurs, les patrons licencient 1200 ouvriers, font appel à des "jaunes" (les "scabs") mais aussi à la célèbre agence "Pinkerton" spécialisée dans la "casse" de grèves en fournissant des provocateurs ainsi que des tueurs à gages.
Le 4 mai au soir, un immense meeting, rassemblant près de 15 000 personnes, est organisé sur la célèbre place du marché (Haymarket) d'un quartier populaire de la ville. La plupart des militants anarchistes en vue y prennent la parole, tel Albert Richard PARSONS.
En plein milieu du meeting, la police à cheval chargea alors le rassemblement provoquant ainsi un véritable affrontement. (voir photo).
Dans la bataille, une bombe fut lancée sur un détachement de police par un militant anarchiste allemand, Schnaubelt, dont on ne sut jamais si son acte était l'objet d'une provocation ou d'une sincère réponse à la violence policière.
Il n'empêche que cet acte fut le prétexte à une violente répression où perquisitions et arrestations se multiplièrent dans les jours qui suivirent. Huit des principaux leaders syndicaux de la ville, tous anarchistes, furent alors arrêtés et condamnés à la peine de mort le 20 août 1886 lors d'une véritable parodie de justice.
Trois compagnons virent finalement leurs peines commuées en années de bagne. Malgré la campagne de solidarité, le 11 novembre 1887 au matin, Albert PARSONS, Adolphe FISCHER, Georges ENGEL et August SPIES furent pendus. Louis LINGG s'étant suicidé en prison deux jours plus tôt pour échapper à l'exécution.
En 1893, la révision du procès reconnut l'innocence des 8 inculpés ainsi que la machination policière et judiciaire mise en place pour criminaliser et casser le mouvement anarchiste et plus largement le mouvement ouvrier naissant.
Les suppliciés furent alors réhabilités et les 3 emprisonnés purent quitter le bagne.
Le Premier Mai est donc bien une journée inscrite dans l'histoire du mouvement ouvrier avec le sang de militants anarchistes.
DAVID (article paru le 30 avril 1998 dans le "Monde Libertaire", le journal de la Fédération Anarchiste).
Publié le 16/04/2009 à 12:00 par anarchie23
Photo extraite du film de Jean-Luc Comolli "La Cecilia" (1975).
COLLOQUE "VIVRE L'ANARCHIE" organisé par le CIRA (Centre International de Recherches sur l'Anarchisme) Limousin au Château de Ligoure en Haute-Vienne près de Le Vigen du 1er au 3 Mai 2009.
Plus d'infos sur www.rencontresdeligoure.com
VIVRE L'ANARCHIE: EXPERIENCES COMMUNAUTAIRES ET REALISATIONS ALTERNATIVES (XIXe et XXe siècles)
Après les années de doute qui ont suivi la chute du mur de Berlin et l'effondrement du communisme, de plus en plus de personnes par-delà leurs différences idéologiques de départ, s'interrogent aujourd'hui sur les moyens qui permettraient d'éviter les erreurs sur lesquelles ont échoué les tentatives émancipatrices du passé.
Fait symptomatique, tout un pan de la tradition socialiste et ouvrière que l'approche marxiste stalinienne dominante avait stigmatisé comme utopiste sort de l'ombre. Qu'il s'agisse du commerce équitable, des vertus du crédit gratuit ou de l'économie sociale, nous assistons à une véritable réhabilitation posthume d'une tradition émancipatrice qui avait été l'apanage des premiers socialistes et qu'il est possible de retrouver dans de multiples manifestations anarchistes du XIXe et du XXe siècle.
Loin de l'image d'Epinal de l'anarchiste poseur de bombes ou doux rêveur, les courants libertaires ont su impulser dès leur origine des pratiques militantes visant à favoriser le changement social radical au moyen de réalisations de projets de communautés de vie ou de travail en rupture avec les conditions de vie et de production de leur temps.
Cette volonté de commencer les transformations souhaitées ici et maintenant sans attendre le jour hypothétique de la révolution sociale, que nous appelons l'anarchisme réalisateur, n'a pas été l'apanage exclusif des courants libertaires. Elle prolonge, à sa manière, les pratiques des réformateurs sociaux d'avant 1848 qui, tel Fourier, étaient partisans non pas de vagues rêves utopiques aux conséquences inévitablement totalitaires ou liberticides, mais de ce qu'ils présentaient explicitement comme des formes d'expérimentation sociale.
En organisant ce colloque, le but que nous nous fixons est donc de contribuer à mieux connaître ce qu'il faut considérer comme une conception à part entière du changement social radical qui déborde le cadre strictement anarchiste et/ou libertaire. La présentation de quelques-unes de ses multiples manifestations, enfin, nous offrira aussi l'occasion de nous interroger sur la pertinence et la portée de ce modèle encore aujourd'hui.
-Vendredi 1er mai (14h30-17h30): Du socialisme expérimental à l'anarchisme réalisateur. Expérimentation et changement social au sein des courants socialistes au cours du XIXe siècle.
Modérateur: Gaetano MANFREDONIA
Pierre Mercklé: Le Phalanstère est un laboratoire. La science sociale expérimentale de Charles Fourier entre théorie et pratique.
Olivier Chaïbi: Réalisations et réalisateurs proudhoniens.
Nathalie BREMAND: Education et révolution: l'enfant et le changement social chez les fouriéristes, les communistes icariens et les anarchistes.
Soirée (21h): Projection du film de Jean-Luc Comolli, "La Cecilia" (1975).
-Samedi 2 mai (9h30-12h30): Insurrection ou évolution ?: tendances et manifestations de l'anarchisme réalisateur jusqu'à l'entre-deux-guerres.
Modérateur: Ronald CREAGH
Isabelle Felici: "La Cecilia": quels enseignements pour les anarchistes du XXIe siècle ?
Anne Steiner: Vivre en anarchiste à la Belle Epoque: la tentation de l'illégalisme pour échapper au salariat. Débats au sein des milieux individualistes dans les années qui précèdent la guerre de 14/18.
Gaetano MANFREDONIA: L'Anarchisme réalisateur d'Emile ARMAND.
Céline BEAUDET: Les Colonies anarchistes de l'Entre-deux-guerres: de la mêlée au désert.
-Samedi 2 mai (14h30-17h30): Le renouveau des expériences réalisatrices et/ou alternatives depuis les années 1960.
Modératrice: Marianne ENCKELL
Edward SARBONI: 1968 à 1978: Communautés libertaires et rejet des pratiques "politiques" institutionnalisées.
Ronald CREAGH: La Fourmilière américaine: de la microsociété au groupe affinitaire. Anarchisme diffus ou anarchisme confus ?
Jean-Manuel TRAIMOND: Christiania: une quasi anarchie depuis 1971.
Soirée (21h): Projection du documentaire "Autrement". Ce documentaire a été réalisé et produit en 2002 par une équipe liée à Espace Noir, lieu culturel autogéré de Saint-Imier dans le Jura suisse.
-Dimanche 3 mai (9h30-12h30): Débat Persistance et actualité des stratégies réalisatrices.
Modératrice: Cathy YTAK
Marianne ENCKELL: Vivre autrement en Suisse.
Jean Berthaut: Squats, une expérience collective urbaine.
Publié le 07/10/2008 à 12:00 par anarchie23
Photo: Mary SMILES et Stephen MAC SAY lors de leur collaboration à "La Ruche", l'école libertaire de Sébastien FAURE (1906/1910).
Stephen MAC SAY et Marie-Adèle Anciaux (dites Mary SMILES) étaient un couple d'anarchistes qui avait trouvé refuge en Creuse à côté de la Souterraine pendant la guerre de 14-18.
BIOGRAPHIE:
De son vrai nom Stanislas Alcide Masset, né le 15 octobre 1884 à Beaurepaire-sur-Sambre dans le nord de la France et décédé le 10 mars 1972 à Morencez dans l'Eure-et-Loir. Militant anarchiste, professeur de français, forain puis apiculteur.
Il a 17 ou 18 ans lorsque, avec des camarades étudiants, il crée le "Club des égaux" ; le refus des hiérarchies et des ségrégations exprimé par ce titre lui interdit de se limiter au milieu universitaire ; il se tourne vers le monde paysan parmi lequel il recueille des adhésions.
Il lui est offert alors d'entrer professionnellement dans la carrière journalistique mais il repousse les sollicitations qui lui sont faites.
Il a 22 ans lorsqu'il unit sa vie à celle de Mary SMILES, née, comme lui, en ce département du Nord, à Prisches, le 8 mars 1887.
Appartenant à l'enseignement, il exerce successivement à Charleville et à la Fère, où les méthodes qu'il developpe lui attirent la sympathie, voire l'amitié de ses élèves. Il s'oppose très vite à l'enseignement "officiel" dont il déplore les méthodes et le caractère avec lequel il est prodigué et le quitte.
En 1906 il rejoint, avec sa compagne Mary SMILES l'école libertaire "La Ruche" de Sébastien FAURE (communauté éducative fondée sur les principes libertaires qui a fonctionné de 1904 à 1917 près de Rambouillet) où ils enseigneront tous les 2 jusqu'en 1910. Leurs dons d'éducateurs allaient pouvoir s'épanouir, où, rompant avec une pédagogie basée sur une hiérarchie et des ségrégations, ils réaliseront leur rêve d'une école fraternelle, sans frontière d'autorité entre les enseignants(tes) et les enseigné(e)s.
Lorsqu'en 1910, Stephen et Mary quitteront "La Ruche", ils répugneront à se faire les collaborateurs d'un enseignement que Stephen avait dénoncé dans son livre: "L'école laïque contre l'enfant".
Pendant toute cette période, l'activité de Stephen MAC SAY ne se limitera pas à l'éducation des enfants, il collaborera au "Libertaire", aux "Temps nouveaux", à "L'Anarchie" (de 1906 à 1911), à "L'Idée Libre" (revue d'éducation sociale fondée par LORULOT) et au périodique d'Emile ARMAND "Pendant la Mêlée" et "Par-delà la mêlée" qui lui succèda à partir de janvier 1916, propagera dans sa région journaux et tracts et organisera des conférences comme il le fera toute sa vie.
En 1909, il fonde le journal "Le Fouet", organe du groupe d'action des régions d'Avesnes, de Verviers et de Valenciennes, puis organe du Groupe d'action et de défense des départements du Nord et de l'Aisne, enfin organe mensuel d'éducation et de lutte ouvrière. Le siège du journal était à La Flamengrie (Aisne).
Fatigués, ils retournent dans le Nord, leur terre de naissance, pour y prendre du repos, puis ils se fixent dans l'Eure-et-Loir, où ils exercent le métier de forains en confection, qui leur évite une servitude patronale.
Ils se réfugient en cette oasis de verdure, dans la campagne beauceronne, à "La Sauvagette" à Gourdez-Luisant dont le porche s'est ouvert à tant de camarades venus respirer le calme et la plénitude d'une demeure personnalisée par ceux qui l'habitaient.
Rapproché de cette nature qu'il a tant chantée dans ses écrits et dans ses vers, Stephen MAC SAY adjoindra vers 1916 à ses occupations commerciales, dont il cherche à se libérer, l'activité apicultrice, ce qui lui permettra de développer, concernant les abeilles, cette observation minutieuse et attendrie qu'il a pour toutes les espèces dites inférieures et dont, sa vie durant, il prendra chaudement la défense.
Vice-président de la Ligue contre la vivisection, il dénoncera le sadisme des expériences pseudo-scientifiques et développera les rapports possibles entre les animaux et les hommes.
Outre ses livres: "La vivisection, ce crime" ; "Avec les bêtes chère compagnie" ; "Les bêtes proches de l'homme", diverses allusions à ce thème se retrouveront dans d'autres ouvrages: "Propos sans égards" et dans des tracts pamphlétaires: "Pour les bêtes martyres" ; "L'Enfer des laboratoires" ; "On assassine nos amis les animaux" ; "Sous le règne de l'homme (les animaux et nous)" ; "Corridas et chasse à courre" ; "Une science égarée torture et assassine nos amis les animaux".
Mais le 2 août 1914 sonne la guerre ; c'est à Tours, chez un instituteur où ils sont en visite, que Stephen et Mary apprennent l'assassinat de Jaurès, prélude à la guerre mondiale.
Stephen est réformé, mais compte tenu de son activité et de son antimilitarisme (il n'ignore pas l'existence du carnet B) , il juge plus prudent de s'éclipser, comme l'ont fait à ce moment beaucoup de camarades.
Les voilà donc dans un petit village de la Creuse, proche de La Souterraine.
Après quelque temps, les choses semblant se calmer, ils prennent la route du retour, s'arrêtent dans un petit pays d'Eure-et-Loir, où ils avaient l'habitude de faire le marché. Là, les gendarmes viennent l'arrêter.
Il sera du reste relâché le lendemain et, aux dires des gendarmes, n'aurait pas été inquiété s'il n'avait pas quitté son domicile.
En effet, Malvy, ministre de la Guerre, ne fait pas jouer les ordonnances du carnet B, qui prévoyaient d'arrêter ou d'envoyer en première ligne les militants figurant sur la liste ; mais nul ne pouvait prévoir cette suppression et même beaucoup n'en avaient pas connaissance.
Les archives de la police confirment bien que Stephen MAC SAY était recherché (et traqué par un indic du nom de Foureur) de 1909 à 1912 pour non présentation au service militaire.
En leur absence, le domicile de Stephen et Mary avait été perquisitionné.
Durant ces sombres jours, ils poursuivront parallèlement leur commerce et l'apiculture ; ils abandonneront le premier lorsqu'ils auront établi 360 ruches.
La guerre prend fin.
La propagande reprend vie, les journaux sortent de l'ombre. Naturellement, Stephen sera des premiers à y collaborer. Dans le premier numéro de "L'En-dehors" daté du 31 mai 1922, journal individualiste d'Emile ARMAND, il fait de la réclame pour son miel !
Vers les années 1926, Sébastien FAURE, qui en nourrit depuis longtemps le projet, entreprend la parution de cette monumentale "Encyclopédie anarchiste" pour laquelle il fait appel à la collaboration de tout ce qu'il peut toucher d'esprits libres parmi ses contemporains.
Comment Stephen MAC SAY n'en serait-il pas ? Non seulement il apporte à l'oeuvre entreprise une participation considérable, sous son nom, sous ses initiales SMS, ou sous le pseudonyme de Lanarque, mais, lorsque Sébastien FAURE devra être hospitalisé pour une opération, c'est à lui qu'il confiera la poursuite de l'encyclopédie.
Durant cet intérim, Stephen sollicita la collaboration d'IXIGREC que Sébastien FAURE n'avait pas contacté. Par la suite, celui-ci rétabli et ayant repris la direction de l'oeuvre entreprise, apprécia et sollicita IXIGREC.
La "Voix Libertaire", organe de l'Association des fédéralistes anarchistes, compta également Stephen MAC SAY parmi les siens dans sa rubrique "Nos Collaborateurs" le 9 mars 1929. Ainsi qu'au "Semeur" de A. Barbé de 1927 à 1936. Il collabora aussi au premier numéro de "L'Unique" (1er juin 1945) sous-titré dans ses débuts "Bulletin intérieur exclusivement réservé aux amis d'Emile ARMAND" !
La bonté et l'intelligence d'un homme ne désarment pas la méchanceté et la bêtise de ses semblables: Stephen est dénoncé comme juif à l'occupant hitlérien. (ce qui, soit-dit en passant, était faux) il est à nouveau contraint de quitter sa maison avec Mary.
Cependant, comme lui et sa compagne pouvaient être poursuivis à bien d'autres titres par les représentants de la haine, de l'intolérance et du racisme, ils abandonnent leur heureuse retraite, qu'ils réintégreront en 1946, après un séjour de 5 ans en Corrèze.
Ils la réintègreront pour la trouver mise à sac: bibliothèque et documents disparus ou volés.
Mais ils appartiennent à cette trempe sur laquelle l'adversité ne mord pas, pour qui le découragement n'est que passager et dont l'existence est un défi au sort.
Ils sont de ceux-là qui pansent les plaies et relèvent les ruines, et Stephen reprendra le combat pour toutes les causes justes et humaines ; il rédigera de nouveaux écrits pour l'enrichissement des hommes.
Comme tous les grands esprits, il ne se limitera pâs à l'étude d'un problème et à la passion d'une chose ; de tout ce qui est vie, rien ne lui est étranger. En dehors de ses ouvrages sur le problème éducatif: "Pour les petits" ; "Vers l'éducation humaine" ; "Les véhicules du crime (Presse et cinéma)" ; "Le cinéma et la délinquance juvénile" ; "Pas de jouets guerriers, pas d'éducation belliqueuse" ; "L'Histoire devant l'homme et devant l'enfant" ; en dehors de ses ouvrages anticléricaux et sociaux: "Les Histrions de la foi" ; "De Fourier à Godin" (à propos du Familistère de Guise) ; "Propos sans égards" (son livre-maître. Pointes, pensées et pamphlets. Synthèse de ses recherches et de ses pensées, qui constitue son testament philosophique).
Il se penche sur bien d'autres questions, celle de l'urbanisme: "Du logis des siècles à l'habitat normal" ; celle du style: "L'écrivain personnel et la critique de tradition", il ressuscite pour nous la longue suite des auteurs dans de savantes études: "La fable, joyau des ans" ; "Le conte à travers les peuples et les âges", il s'abandonne au rêve et à la beauté dans son recueil de vers "Révoltes et sanglots" qui, dans sa seconde édition revue et augmentée, deviendra "Emois et révoltes".
Il faudrait rappeler encore ses ouvrages compatissants aux animaux, cités plus hauts.
Ou s'attarder sur son ouvrage "Vers l'éducation Humaine" (1911) où il dénonce l'écrasement de l'élève par l'institution scolaire et annonce sur ce plan Paul Goodman et Yvan Illich. Il réhabilite l'autodidactisme, la connaissance primordiale de soi, l'introspection. Cette démarche de précaution et de réalité doit précéder pour lui tout acte pédagogique.
Son étonnante lucidité ne s'émousse pas sous le poids des années, et la mort le surprendra dans son sommeil le 10 mars 1972, alors que l'après-midi même il corrigeait les épreuves de son dernier livre: "L'Histoire devant l'homme et l'enfant".
Il s'éteindra comme il le désirait, sans souffrances, lui qui s'était évertué à adoucir toutes celles qui frappent tout ce qui vit en ce monde.
Mary SMILES, sa compagne, sera la compagne des bons et des mauvais jours, la fidèle collaboratrice de sa pensée et de ses actions, dont rien ne la séparera que la mort, après 66 ans de vie commune. Outre son action éducative, elle est inséparable de l'action de Stephen en faveur de la nature et en particulier de la défense des animaux au sein de la "Ligue contre la vivisection". Elle s'éteindra à Chartres le 9 février 1983.
Biographie établie grâce à "L'Ephéméride Anarchiste" et surtout par rapport à la brochure de Maurice LAISANT: "Stephen Mac Say, l'éducateur, l'humaniste, l'Ami des Bêtes". 1978. Edité par le Groupe Etienne de la Boëtie de la Fédération Anarchiste.
Publié le 24/08/2008 à 12:00 par anarchie23
En septembre 1993 s'ouvrait sur l'ïle d'Oléron une école libertaire: BONAVENTURE.
Des enfants, de 3 à 9 ans, y apprenaient à lire, écrire et compter, et surtout, à apprendre.
A construire des savoirs. A s'apprendre. Dans le cadre d'une petite classe unique. Mais aussi en dehors de la classe et de l'école. Et tout cela, au rythme endiablé d'une éducation permanente à et par la liberté, l'égalité, l'entraide et l'autogestion.
Ecole libertaire, centre d'éducation libertaire... BONAVENTURE taraudait inlassablement l'hiver éducatif pour y apposer quelques touches de couleurs anti-autoritaires.
Mais BONAVENTURE n'était pas que cela: en brandissant haut et clair le drapeau de la laïcité, de la gratuité, d'un financement social, de la propriété collective.
En affirmant la nécessité d'un service social d'enseignement et d'éducation qui soit vraiment celui de l'égalité des chances, BONAVENTURE était fantassin d'une petite armée de gueux qui labourait les terres ingrates d'une transformation sociale radicale.
BONAVENTURE a du fermer en 2001 mais ses locaux s'oriente vers d'autres activités: bibliothèque anarchiste, salle de réunion, etc...
Ayant été l'un des humbles animateurs de cette école les 2 premières années de son fonctionnement, j'aurais je pense aimer y être également élève.
BONAVENTURE, c'était de l'anarchie au quotidien. Du palpable, du concret. C'était la démonstration qu'il est possible de faire autrement, ici et maintenant. Et c'est en faisant des choses différemment que les choses... changent !
On peut retrouver l'histoire de BONAVENTURE dans 2 livres: "Bonaventure, une école libertaire" et "La farine et le son", publiés aux Editions du Monde Libertaire.
Une vidéo (VHS) existe également.
Publié le 10/08/2008 à 12:00 par anarchie23
Vous pouvez cliquez sur l'image pour l'agrandir.
Nous nous sommes intéressé(e)s à Adrienne MONTEGUDET, une militante communiste qui, au soir de sa vie, serait devenue libertaire.
Petite bio: Née le 12 juin 1885 dans une famille paysanne de la Creuse, elle deviendra institutrice.
Mariée en 1908 avec Léon Montégudet -enseignant et fondateur du syndicat CGT des instituteurs (trices) de la Creuse et ayant pris la tête de la riposte quand le gouvernement avait prétendu interdire aux enseignants(tes) le droit de se syndiquer. Membre du parti socialiste SFIO, il opte ensuite pour l'adhésion à l'Internationale communiste mais il ne put s'inscrire au tout nouveau parti communiste car il fut atteint par la tuberculose en 1922- ils militent ensemble.
A la mort de celui-ci, Adrienne MONTEGUDET poursuit son militantisme à la CGT et anime en 1921 les "Comités Syndicalistes Révolutionnaires" à Aubusson. Ces Comités étaient un courant minoritaire de la CGT qui restaient fidèles à la Charte d'Amiens et qui étaient très influencés par le léninisme en opposition au courant majoritaire de Léon Jouhaux, de la SFIO...
A la scission de la CGT en 1921, Adrienne MONTEGUDET passe à la CGTU en 1922 et participe à la Commission Féminine. La CGTU était liée exclusivement au Parti Communiste de 1921 à 1936 et a épurée de ses rangs au fur et à mesure et assez brutalement les anarchistes ayant tenté d'y apporter leurs points de vue.
Quand le syndicat des mineurs de Lavaveix Les Mines décide avec des organisations de cheminots, de lignards des PTT, des ouvriers du bâtiment et quelques autres cégétistes de rejoindre la CGTU, elle est élue comme secrétaire de la nouvelle Union Départementale.
Ayant évité de peu la révocation à cause de son militantisme, Adrienne MONTEGUDET eut à subir une censure, et d'autorité, le préfet la fit muter de son école d'Aubusson à celle de la petite commune de Jalesches, entre Boussac et Guéret.
Sa rencontre avec un militant d'origine italienne l'amène ensuite un temps à Moscou où elle devient professeur de français.
En 1927, elle est de retour en France où elle tente d'impulser une propagande dans le milieu paysan en rompant avec le Parti Communiste. Elle retourne néanmoins en URSS en septembre 1930 pour le Congrès de l'Internationale syndicaliste Rouge mais se montre très critique envers le régime soviétique et les délégués français qui refusent de voir les réalités. (Dès 1917, de nombreux anarchistes avaient déjà pointés du doigt la supercherie du régime marxiste-léniniste).
En 1931, elle collabore à "L'Emancipation", journal de la Fédération de l'Enseignement puis fréquente le groupe de Pierre Monatte qui édite "La Révolution Prolétarienne". (Pierre Monatte ayant été anarcho-syndicaliste jusqu'au Congrès Anarchiste d'Amsterdam de 1907 puis suite à sa fameuse querelle avec Errico MALATESTA sur le rôle du syndicalisme -Monatte pensait que le syndicalisme à lui seul permettrait la révolution sociale alors qu'Errico MALATESTA soutenait avec raison qu'il n'était qu'un levier possible parmi d'autres- a fondé le journal "La Vie Ouvrière" et fut un grand ponte des Comités Syndicalistes Révolutionnaires. Il a été également membre du Parti Communiste et de la CGTU).
Adrienne MONTEGUDET quitte ensuite la Creuse pour Marseille où elle prend part en 1936 aux réunions anarchistes et devient secrétaire du Comité des Femmes Libertaires, l'équivalent des "Mujères Libres" pendant la guerre d'Espagne, courant féministe et demandant l'émancipation des femmes.
Elle apporte alors son aide aux réfugié(e)s italiens(nnes) et espagnol(e)s.
Au début de la Seconde Guerre Mondiale, elle s'installe à Antibes puis à St Paul-de-Vence où, en contact avec Célestin Freinet (instit aux méthodes pédagogiques en avance sur son temps et ancien membre du Parti Communiste exclu pour ça) elle prend en charge un groupe de réfugié(e)s tchèques (Juifs pour la plupart) qu'elle cachera en Creuse puis près de Bayonne.
Adrienne MONTEGUDET s'éteindra le 23 août 1948 à Bayonne.
Cette petite biographie nous amène à plusieurs questionnements:
-Tout d'abord le parcours de cette militante qui était à la base communiste, syndicaliste rouge puis progressivement qui s'oriente vers une démarche anti-communiste, féministe, sensible à des méthodes d'éducation novatrice. Sensible aux idées anarchistes ensuite.
-Sa période creusoise n'a rien d'anarchiste: elle semble encore bien trop liée au communisme.
-Son syndicalisme (lié à la CGT puis à la CGTU) mais c'est peut-être là, rencontrant des militants(tes) anarchistes qu'elle a commencé à "basculer" et à devenir de plus en plus critique des méthodes autoritaires communistes.
-L'affrontement des communistes et des anarchistes au sein de la CGTU était très violent. Ayant vécu en URSS plusieurs années, elle a certainement pu s'apercevoir de la "tromperie communiste"...
Alors ? Adrienne MONTEGUDET nous fait penser à ces trop rares communistes , aveuglés par l'URSS, qui se sont émancipés de la mainmise du Parti Communiste et ont su reconnaître à un moment que les anars avaient raison.
Au vu de son parcours, c'est ce qui semble probable...
(nous sommes preneurs de toutes infos supplémentaires, si vous en avez, à propos d'Adrienne MONTEGUDET. Merci !)