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anarchie23
Description du blog :
Tout ce qui a trait à l'anarchisme en Creuse et au-delà...
Catégorie :
Blog Politique
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02.06.2007
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"Ecrits Choisis" d'Errico MALATESTA

Publié le 06/12/2008 à 12:00 par anarchie23
"Ecrits Choisis" d'Errico MALATESTA
L'incroyable activité du militant libertaire Errico MALATESTA s'échelonne sur plus d'un demi-siècle et le voit mêlé aux évolutions du mouvement anarchiste, du congrès de Saint-Imier de 1872 jusqu'aux débats sur le plateformisme des années 1930.

Il fut un écrivain et un orateur mais avant tout un révolutionnaire, à la fois praticien et théoricien. Il créa ou participa à de très nombreux journaux. Prenant part avec d'autres internationalistes à plusieurs tentatives insurrectionnelles dans les années 1870, il connaît la prison et l'exil à l'étranger. Il participe aussi à la "semaine rouge" en Italie en 1914 et au mouvement des occupations d'usine en 1920. A la même époque, il participe à la création de l'Union Anarchiste Italienne. Il est ensuite témoin de la montée du fascisme. Arrêté par les fascistes à presque 70 ans, il passe les dernières années de sa vie en résidence surveillée.

Au sein du mouvement anarchiste, Errico MALATESTA constitue un exemple remarquable de cohérence révolutionnaire au service de l'idéal de justice et de liberté qu'il défendra avec une égale ferveur toute sa vie.

Les problématiques soulevées par Errico MALATESTA, loin d'être dépassées, continuent de présenter une très grande actualité. A Errico MALATESTA revient le mérite d'avoir contribué à donner au mouvement libertaire son expression politique la plus achevée. Il aura mené un effort constant de clarification théorique visant à mettre en lumière les fondements sociaux et éthiques de l'anarchisme, fondé sur la cohérence des moyens et des fins ; un anarchisme large, pluraliste, anti-dogmatique, qui s'appuie sur l'analyse des faits, mais qui ne fait aucune concession sur les principes: son anarchisme fut aussi et surtout un anarchisme social.

Errico MALATESTA nous paraît être aujourd'hui le point de départ de toute réflexion ultérieure sur les fondements de la pensée anarchiste.

Ses écrits ont été sélectionnés et classés par thèmes.


PREFACE du livre par le Groupe Anarchiste Premier Mai de la Fédération Anarchiste (Annecy 1978):

"A travers ses articles et ses brochures, Errico MALATESTA a apporté des réponses à toutes les polémiques qui ont agité le Mouvement Anarchiste mondial, depuis le Congrès de la Haye en 1872 jusqu'à l'installation du Fascisme à travers l'Europe. Ces polémiques, ces hésitations, ces questions que se posaient les compagnons il y a un demi-siècle, les jeunes qui oeuvrent aujourd'hui dans le Mouvement se les posent aussi: Anarchisme et Syndicalisme, Organisation, Anarchisme et Liberté, la fin et les moyens, le parlementarisme, le rôle des minoritaires, etc...

L'oeuvre d'Errico MALATESTA est, en cela, le type même de la littérature de combat. Mais le monde a bien changé, change, et ne nous attend pas: trusts multi-nationaux, agriculture industrielle, technocratie, informatique, concentration des médias, technologie de pointe avec l'Etat policier qui en découle, etc...

Il nous semble donc important de publier les articles d'Errico MALATESTA dans un double but:
-Que les réponses d'Errico MALATESTA posent pour nous des jalons.
-Que ces réponses suscitent des discussions afin de mieux les situer dans l'époque présente et, certainement, de proposer de nouvelles solutions."


1 des "Ecrits Choisis" d'Errico MALATESTA:

"De par sa genèse, ses aspirations, ses méthodes de lutte, l'anarchisme n'est pas nécessairement lié à un système philosophique.

L'anarchisme est né de la révolte morale contre les injustices sociales. Se sentant étouffés par le milieu social où ils étaient obligés de vivre et ressentant les souffrances des autres comme si elles étaient les leurs, certains hommes se sont convaincus qu'une grande partie de la souffrance des hommes n'était pas la conséquence inévitable d'inexorables lois naturelles ou surnaturelles mais qu'elle provient, au contraire, de faits sociaux qui dépendent de la volonté humaine et peuvent être éliminés par l'action de l'homme ; dès lors s'ouvrait le chemin qui devait mener à l'anarchie.

Il restait à rechercher les causes spécifiques du mal social et les moyens capables de les détruire. Et lorsque certains crurent que la cause fondamentale du mal était la lutte entre les hommes avec, pour conséquence, la domination des vainqueurs et l'oppression et l'exploitation des vaincus ; lorsqu'ils virent que la domination des uns et cet assujettissement des autres avaient, au cours des vicissitudes de l'Histoire, engendré la propriété capitaliste et l'Etat ; et lorsqu'ils décidèrent d'abattre et l'Etat et la propriété -alors l'anarchisme était né."

(Penserio e Volontà, 16 mai 1925)

"Ecrits Choisis" d'Errico MALATESTA. Réédition de 2006. 210 pages. Editions du Monde Libertaire. 10 €

Antireligion

Publié le 10/08/2008 à 12:00 par anarchie23
Antireligion
Vous pouvez cliquer sur l'image pour l'agrandir.

En latin, en sanskrit, en arabe ou en hébreu, la Religion opprime !

Un siècle après la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, de nombreuses publications reviennent sur cette "spécificité" qui fit qu'enfin la France ne soit plus qualifiée par le Vatican de "fille aînée de l'Eglise".

Cette idée de laïcité issue de la Révolution Française, et devenue loi en 1905, est maintenant attaquée par les cléricaux d'origines diverses.
Bien sûr, la séparation n'a pas empêché le cléricalisme. Les religieux tentent toujours d'influer sur la vie privée, en particulier à travers les lois relatives à l'euthanasie, le Pacs, le divorce, l'avortement, la bioéthique... en y imprimant leur doctrine et leur chapelet d'interdits alimentaires, sexuels, etc...

Si la religion catholique, en France, voit son nombre de pratiquants(tes) diminuer régulièrement depuis une trentaine d'années et recrute de moins en moins de prêtres, elle conserve une grande influence dans les décisions prises au niveau de l'Etat.
Et d'autres religions, telles l'Islam, sont prêtes, avec le blanc-seing de l'Etat, à jouer elles aussi un rôle prépondérant dans la gestion des affaires publiques.

L'Etat adapte aujourd'hui ses relations historiques avec les religions car elles sont un excellent moyen de canaliser les populations. Ainsi, elles justifient la résignation au quotidien et briment les révoltes potentielles contre l'ordre établi, au nom du paradis futur...

Antireligieux, athées ou agnostiques, les anarchistes perçoivent généralement le combat pour la laïcité comme insuffisant, car les religions y sont cantonnées à un périmètre sans être réellement combattues. De plus, les laïques associent souvent la République et la Nation, à cette "valeur universelle", qui dépassent celle des églises.

Rappelons que les anarchistes ne défendent ni la République bourgeoise, ni le nationalisme, cause de tant de guerres entre les peuples...

Les textes rassemblés dans cette brochure se veulent des regards complémentaires sur l'offensive religieuse d'hier et d'aujourd'hui, et apportent des pistes de réflexion et d'action sur le nécessaire combat à mener pour la liberté individuelle.

Ainsi, Jean-Michel SAHUT montre les pièges tendus aujourd'hui aux laïques.
Pour sa part, Marc PREVOTEL rappelle comment des chrétiens ont investi le mouvement social et syndical, pour le détourner de ses objectifs de lutte contre le système d'oppression capitaliste et étatique.
Enfin, Jocelyn BEZECOURT montre que les limites imposées aux religions par la laïcité permettent de lutter contre l'obscurantisme, en particulier en revendiquant le droit au blasphème.

La laïcité, aujourd'hui, à l'instar de toute revendication pour plus de liberté, ne peut se contenter d'une loi. Il est nécessaire de lutter contre les superstitions en tout genre. Nous sommes des mécréants(tes) et nous le revendiquons !

Aujourd'hui les communautarismes progressent. Ils sont attisés d'un côté par des religieux se nourrissant de la misère sociale en manque de perspective émancipatrice, et de l'autre, par un Etat régulateur des rapports sociaux au profit des classes dominantes.

Une arme appropriée pour les combattre est la laïcité. Mais c'est surtout par un rapport de forces continuel dans la société entre ceux et celles qui luttent contre l'obscurantisme et ceux et celles qui veulent dicter leur ordre moral que nous irons vers plus de liberté individuelle et collective.

Cette modeste brochure a la prétention d'y participer. Elle est disponible pour 4€ aux Editions du Monde Libertaire (voir lien ici même à gauche dans "Mes blogs préférés": cliquer "librairie Publico")

Attention anarchiste !

Publié le 12/04/2009 à 12:00 par anarchie23
Attention anarchiste !
"Mon engagement libertaire a pour but constant de remplacer la violence institutionnalisée par l'édification d'une société sans Autorité".

Doyen des anarchistes allemands, Augustin SOUCHY, né en 1892 et mort en 1984, a suivi et vécu 75 ans de révolutions dans le monde. Le récit de sa vie, traduit pour la première fois en français, est un témoignage vivant des tournants historiques du XX° siècle, auxquels il a voulu chaque fois participer, faisant connaissance au passage avec de nombreux camarades anarchistes impliqués dans ces évènements.

Il raconte ainsi de l'intérieur les guerres mondiales, la révolution russe, le régime de Weimar, le Mexique, la révolution espagnole, les kibboutz israéliens...
Impliqué lui-même en tant que syndicaliste révolutionnaire, cet homme d'action est aussi un homme de réflexion: il fut également conférencier, orateur et un auteur prolixe.

Cet ouvrage permet de revisiter des évènements d'une portée historique mondiale avec l'oeil du militant qui les a vécus. S'il résume modestement sa vie par le constat de "beaucoup d'aspirations, peu de réalisations", son témoignage prouve surtout que, malgré les épreuves de l'Histoire, ses convictions libertaires ne l'ont jamais quitté et l'ont guidé toute sa vie.

Cet homme a traversé les pages à la fois les plus noires de l'Histoire, mais aussi celles qui ont été les plus porteuses d'espoir en un monde meilleur. Ce rêve fut partagé par des millions de personnes.
Augustin SOUCHY, malgré les désillusions successives, n'a jamais perdu de son énergie militante ni de cet idéal.

Augustin SOUCHY dit que si, pour abattre ce monde de brutalité, la révolution sociale triomphante peut redistribuer équitablement les biens disponibles et en finir avec l'oppression étatique, elle ne peut garantir, à elle seule et jusqu'à la fin des temps, le bien être général. Il est nécessaire, à ses yeux, d'entretenir une dynamique révolutionnaire, car la liberté est un combat au quotidien.

A l'heure du relativisme et de la dépolitisation généralisée, lire Augustin SOUCHY est un acte d'insoumission contre toutes les barbaries de ce monde, passé, présent et à venir.

Augustin SOUCHY: "Attention anarchiste ! -Une vie pour la liberté- Mémoires" aux Editions du Monde Libertaire. 260 pages. Janvier 2006. 10€.

(Pour plus d'infos, vous pouvez trouver ici-même dans la rubrique "Portraits d'Anars" une biographie d'Augustin SOUCHY écrite par Martine REMON et introduisant le livre.)

Dictionnaire de l'Anarchie

Publié le 04/10/2008 à 12:00 par anarchie23
Dictionnaire de l'Anarchie
370 entrées, certaines très longues (Pierre-Joseph PROUDHON, Michel BAKOUNINE, Pierre KROPOTKINE, etc...) certaines d'à peine quelques lignes, pour tenter de restituer la pensée libertaire volée par les médias.

Il ne s'agit pas d'un dictionnaire des militants(tes) mais plutôt de la pensée anarchiste dans le monde contemporain (répercussions sur la pensée d'Albert CAMUS, Sartre, Breton et d'autres plus inattendus). Nous publions ici des extraits de son introduction:


"Après la Seconde Guerre mondiale, l'internationalisation du marxisme semblait mettre l'anarchie dans les oubliettes de l'histoire.

Mais rien n'est jamais sûr. L'impensable faillite du communisme en URSS et dans les pays européens écrasés par le bolchevisme a fait resurgir la pensée libertaire.

Original par rapport aux théories socialistes ou libérales, anti-étatiste, dénonçant toute dictature, fût-elle prolétarienne, l'anarchisme a même suscité d'étonnants revirements d'idées chez des intellectuels aussi engagés avec le Parti Communiste qu'André Breton et Jean-Paul Sartre.
"Pourquoi, déclarait André Breton au début des années 1950, pourquoi une fusion organique n'a-t-elle pu s'opérer à ce moment (lors de la naissance du surréalisme) entre éléments anarchistes proprement dits et éléments surréalistes ? J'en suis encore, 25 ans après, à me le demander."

Et Sartre, à la fin de sa vie, disant ne plus se reconnaître dans le marxisme: "J'aime bien rappeler les origines un peu anarchistes de ma pensée. J'ai toujours été en accord avec les anarchistes, qui sont les seuls à avoir conçu un homme complet, à constituer par l'action sociale, et dont le principal caractère est la liberté."

On croit rêver.

D'aberration en aberration, l'anarchie est devenue une mode. Un flacon de parfum s'est même, voilà peu, baptisé Anarchiste. Guy Sorman, auteur de "Révolution conservatrice américaine", prône un "conservatisme libertaire". Emmanuel Le Roy Ladurie se dit "libéral-libertaire", et Alain Touraine "socialo-libertaire". En mars 1983, dans "Le Littéraire", Jean-Jacques Brochier consacrait un long article à "Sollers anarchiste", et, en avril, un non moins long article à "l'anarchiste cérébral" Georges Simenon.

La méthode est bien connue. Cajolons l'adversaire pour mieux l'étouffer.

L'anarchie a une longue histoire et, au début du XIXe siècle, William GODWIN et Charles FOURIER peuvent être considérés comme des précurseurs de l'anarchisme. Pourtant, le véritable théoricien de l'anarchie, c'est Pierre-Joseph PROUDHON. Pierre-Joseph PROUDHON se proclame anarchiste et élabore une doctrine qui demeurera à jamais concurrente de celle de son contemporain et ennemi Karl Marx.

Pourtant, à la mort de Pierre-Joseph PROUDHON, en 1865, il n'existait aucun mouvement anarchiste, ni en France ni ailleurs. Bien que les ouvriers parisiens qui firent la Commune de 1871 fussent, selon l'expression de Karl Marx, "infectés de proudhonisme".

L'anarchie, comme mouvement politique, ne commence que vers 1880, et l'ancêtre, "le père de tous les anarchismes", c'est Michel BAKOUNINE exclu en tant que tel par Marx de l'Internationale.

L'anarchie se situe en dehors des partis et les récuse tous. Bien que la politique ouvrière française, à la fin du XIXe siècle, ait été foncièrement anarchiste, débouchant sur l'anarchosyndicalisme.

La difficulté de cerner l'anarchisme, c'est justement qu'il n'est pas un parti, mais l'association, parfois tumultueuse, de nombreuses tendances.

Quoi de commun entre l'anarchisme individualiste, qui va de Stirner à Emile ARMAND, et le communisme libertaire de Pierre KROPOTKINE sinon une opposition totale à l'embrigadement étatique ?
Rien de commun entre le pacifisme intégral de Louis LECOIN et sa défense des objecteurs de conscience, et le nihilisme teinté de terrorisme.
Rien de commun entre l'antipatriotisme, l'antimilitarisme, qui sont l'un des aspects les plus connus de l'anarchisme, et un patriote ukrainien anarchiste, valeureux guerrier, comme Nestor MAKHNO.

Rien de commun... Eh bien si, malgré des oppositions aussi vives, nous verrons que l'esprit libertaire se trouve aussi bien chez des hommes de guerre comme Nestor MAKHNO et DURRUTI, que chez des pacifistes comme Stirner ou Henry-David Thoreau. Le mouvement anarchiste n'est pas un parti politique. Sa doctrine est floue, parfois contradictoire. Avec néanmoins des constantes.

Par exemple la négation de l'autorité, de toute autorité.

"Il y a plusieurs variétés d'anarchistes, écrit Sébastien FAURE dans "l'Encyclopédie anarchiste", mais tous ont un trait commun qui les sépare de toutes les autres variétés humaines. Ce point commun, c'est la négation du principe d'autorité dans l'organisation sociale et la haine de toutes les contraintes qui procèdent des institutions fondées sur ce principe. Ainsi, quiconque nie l'autorité et la combat est anarchiste."

Négation de l'autorité et révolte.

Dans sa "Lettre aux anarchistes" (12 décembre 1899), Fernand PELLOUTIER écrit: "Nous sommes des révoltés de toutes les heures, des hommes vraiment sans dieu, ni maîtres, sans patrie, les ennemis irréconciliables de tout despotisme moral ou matériel, individuel ou collectif, c'est-à-dire des lois ou des dictatures (y compris celle du prolétariat) et les amants passionnés de la culture de soi-même."

La révolte peut amener la violence, dont Sébastien FAURE disait qu'elle était une "nécessité douloureuse". Si la violence est aujourd'hui rejetée par les fédérations anarchistes (la violence des années 1970-1980 n'est plus le fait des anarchistes devenus non violents et pacifistes, mais de groupuscules marxistes-léninistes: bande à Baader en Allemagne, Brigades rouges en Italie, Action Directe en France), l'histoire de l'anarchie comporte cependant une tradition de la violence.

Les courants libertaires sont aujourd'hui multiples et touchent le monde entier. Toujours importants en Italie, en Espagne et en France, nombreux en Amérique latine, c'est sans doute aux Etats-Unis que l'anarchisme connaît sa plus féconde activité théorique, par sa présence dans les universités (Murray BOOKCHIN, Noam CHOMSKY) et dans le monde du spectacle (du Living Theater à John CAGE).

L'anarchisme aux Etats-Unis demande une étude spécifique, ce que Ronald CREAGH a d'ailleurs réalisé par sa thèse de doctorat en 1978.

L'anarchisme a resurgi en Grèce, en Turquie, en Yougoslavie et dans les pays scandinaves. Et bien sûr, en Russie et en Ukraine, délivrés du joug bolchevique.

Dans sa préface au livre d'Alain PESSIN, "La Rêverie anarchiste" (1982), Gilbert Durand met l'accent sur la nouvelle pratique sociologique qui se refuse à considérer l'anarchiste comme un marginal. "Le mouvement anarchiste, écrit-il, se situe dans ces phénomènes de marginalisation qui, selon nous -mais déjà selon Marx dans son analyse de la société de la première moitié du XIXe siècle-, sont le sel fécond de toute société."

Dans les dernières décennies du XXe siècle, la sociologie et la philosophie universitaires se sont emparées de la pensée libertaire, même (et c'est souvent le cas pour les vedettes) lorsqu'elles ne citent pas leurs sources. Les études sur l'histoire et l'actualité de l'anarchie sont aujourd'hui nombreuses. Alain PESSIN, Gaetano MANFREDONIA, Ronald CREAGH, Michel Onfray ont donné à la pensée libertaire de nouvelles perspectives, même si celles-ci effarouchent parfois le militantisme traditionnel.

Gaetano MANFREDONIA souligne que "la composition sociale des militants(tes) [est] de plus en plus issue des classes moyennes salariées." et que le mythe du Grand Soir "ne fait plus recette". "Ne fait plus recette", mais galvanise néanmoins encore les jeunes militants(tes).

L'idée même d'une révolution sociale insurrectionnelle, poursuit Gaetano MANFREDONIA, demeure plus un mythe qu'une éventualité évidente, quand cette perspective était ancrée au plus profond des espérances anarchistes au début du XXe siècle.

Car si la philosophie anarchiste n'a jamais été "ouvriériste", si ses principaux théoriciens (à part Pierre-Joseph PROUDHON) n'étaient pas des hommes du peuple (Michel BAKOUNINE et Pierre KROPOTKINE aristocrates, Fénéon intellectuel bourgeois, Elisée RECLUS savant géographe), la majorité des militants(tes) furent néanmoins et, pendant longtemps, des artisans: cordonniers, imprimeurs... Symboliquement, la couverture de la revue d'Emile POUGET, "Le Père Peinard", célébrait un cordonnier à son établi.

En 1894, la police lyonnaise fichait 152 anarchistes. Parmi ceux-ci, 55% étaient des artisans: 39 cordonniers, 16 tisserands, 11 plâtriers, 8 teinturiers.
Les marxistes n'accusaient-ils pas les anarchistes d'être des produits de métiers en voie de disparition ? Mais le travail de ces métiers artisanaux permettait la rêverie. On sait que les cordonniers, notamment, étaient de grands lecteurs.

L'industrialisation de la cordonnerie et du tissage a balayé cette culture ouvrière. L'échec de toutes les révolutions populaires a mis à mal le messianisme.

Les nouveaux penseurs de l'anarchie se livrent à une complète reformulation des théories.

Subsistent, subsisteront toujours le rejet de l'Etat, du pouvoir (de tous les pouvoirs) et la fringale de liberté (de toutes les libertés).

Mais que sont aujourd'hui les Etats nationaux dans le contexte du capitalisme mondial ? Les anarchistes participent évidemment aux manifestations antimondialistes et écologistes. On les retrouve dans l'épopée du Larzac, dans les rassemblements contre les sites nucléaires, parmi les arracheurs de maïs transgénique.

Le situationnisme, les provos d'Amsterdam, Solidarnosc, autant de sursauts libertaires et revendiqués comme tels.

L'activité des militants(tes) anarchistes se retrouve aujourd'hui dans la critique des bureaucraties syndicales, dans la solidarité avec les objecteurs de conscience et les insoumis, dans les critiques de l'enfermement psychiatrique et de l'indigence carcérale, dans l'aide aux sans-papiers, aux sans-logis, aux SDF, aux exproprié(e)s.

On les retrouve encore parmi les théoriciens de la décroissance et les adversaires du matraquage de la publicité (les Déboulonneurs de pub).

On les retrouve toujours dans les luttes féministes. Toujours, puisque les anarchistes se sont démarqués des partis ouvriéristes en préconisant, dès le début du XXe siècle, des réformes fondamentales: moyens contraceptifs, droit à l'avortement, sexualité consciente, limitation des naissances, union libre.

Combien ont été condamnés à la prison pour une propagande interdite, aujourd'hui normale ?

Les anarchistes ont prôné, malgré la malédiction qui les poursuivait, ce qui est devenu le planning familial.

Enfin, Internet donne une puissance nouvelle à l'Internationale anarchiste puisqu'il permet un contact permanent, de pays à pays, de continent à continent. Les liens internationaux sont devenus plus faciles, plus immédiats et la propagande plus directe.

Le capitalisme dénoncé par Marx était absolument sordide. Mais il n'était qu'une préface malhabile à ce qui est devenu le capitalisme mondial aujourd'hui.

Face à celui-ci, que dire, que faire, sinon espérer ce que Jean PREPOSIET énonçait:
"Sans l'aiguillon libertaire, le pouvoir ne douterait jamais de lui-même. L'anarchisme reste la mauvaise conscience de l'autorité."

Michel RAGON

Du rouge au noir

Publié le 22/04/2009 à 12:00 par anarchie23
Du rouge au noir
220 pages. 1998. Collection Pages Libres. Editions du Monde Libertaire. 9,50€.

Le 1er octobre 1959, Gérard LORNE, moniteur de l'enseignement technique à St Gratien (Seine et Oise) est arrêté par la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) qui trouve chez lui le "trésor" du FLN, soit 44 millions de francs provenant des cotisations des travailleurs Algériens. Son arrestation fait suite à celle de Mohand-Ait El Hocine, chef de la Willaya "Paris-périphérie".

Gérard LORNE, militant critique du PCF (il fait partie du groupe qui édite "La Voie Communiste"), avait fait le choix d'aider la révolution algérienne en prêtant son appartement à des militants du FLN.

Pour cela, il écopera de 20 ans de prison.

Il s'évadera. Se réfugiera au Maroc avec armes, bagages et famille. Poursuivra la lutte, avec le FLN, pour l'indépendance algérienne. Construira un collège technique. Rencontrera une foultitude de militants dont Yasser Arafat, le chef trotskiste Pablo (qui avait pris en main l'achat et la fabrique d'armes pour le FLN)...
Et peu à peu découvrira que la lutte pour l'indépendance n'est que le prélude à la lutte pour un nouveau pouvoir.

Bref, le petit rebelle de toujours commencera à prendre de la distance avec... Il remettra de nouveau son ouvrage sur le métier et arpentera une fois encore les chemins de l'exil. En Tchécoslovaquie (Gérard LORNE était, bien évidemment à Prague en 68, quand les chars russes...), en Amérique Latine... Jusqu'à ce que la prescription opère et qu'il puisse refouler le sol Français.

Après avoir mis en place, en Ariège, un des premiers lieux de vie accueillant des toxicos, et s'y être encore une fois usé l'espoir, il promena son regard clair de vieux Gavroche partout où çà bouge un peu. Et c'est peu dire, qu'orgue de Barbarie aidant, le bougre nous a jouer la grande java libertaire de la révolte qu'il a toujours eu dans le coeur.

Ce livre nous raconte tout cela. Cette vie rouge de hasard mais noir de coeur et de conviction.


POUR L'AMOUR D'UNE ROSE, LE JARDINIER SE PIQUE SOUVENT A MILLE EPINES !

Il était une fois un rebelle, un fils du peuple qui voulait changer le monde.
En ce temps-là, le Parti communiste français avait fait main basse sur l'espoir et c'est tout naturellement vers lui que le petit plombier-zingueur parisien dirigea ses premiers pas.
Est-il besoin de le préciser, notre nunuche politique, version Gavroche au pays du Stalinisme, s'y comporta en rebelle.

L'heure était, dans la clandestinité, à essayer, via des revues comme "La Voie communiste", de "réformer" le monstre.
L'heure était également à prendre ses responsabilités par rapport à l'histoire et à endosser le bleu de chauffe de l'action.
Aussi, quand au milieu des années 50 le peuple algérien se mit en tête de secouer le joug colonial que la France lui imposait depuis presque 2 siècles et d'habiller ce combat de la gandoura socialiste, notre rebelle n'hésita pas longtemps.
Contre l'opinion du PCF, qui était alors contre l'indépendance de l'Algérie, il décida d'aider la révolution algérienne et le FLN.
En accueillant des militants en délicatesse de..., en prêtant son appartement pour..., en rendant les mille et un "petits" services qu'ont toujours rendu les "fourmis rouges prolétariennes" du portage de valise...

Et il le paya cher.
Très cher !
Le Parti communiste français l'excommunia en lui taillant le costume "hitléro-trotskiste-petit-bourgeois" habituel.
La police française l'arrêta après avoir trouvé chez lui le "trésor" du FLN (44 millions de l'époque).
La bourgeoisie française et sa justice le condamnèrent à 20 ans de prison pour...
En ce temps-là les chemins buissonniers de l'engagement politique était pleins de ronces acérées !
Et pour Gérard LORNE, ce n'était que le début du chemin.

A la faveur d'une permission de sortie pour rendre visite à sa gamine qui était au plus mal (elle avait la maladie "du sang bleu" et avait une espérance de vie extrêmement réduite), il prit la poudre d'escampette et gagna le Maroc où le FLN bénéficiait de l'hospitalité du tout nouveau royaume chérifien indépendant.

Et le combat continua.
Sans moyens aucun, sans davantage d'argent, Gérard LORNE s'attela à monter de toutes pièces un collège technique d'un genre un peu particulier. Et il réussit ce challenge.
Des rencontres de tous ordres avec les militants algériens, des personnalités comme Yasser Arafat ou le chef trotskiste Pablo qui avait pris en main l'achat et la fabrique d'armes pour le FLN, des discussions sans fin sur la révolution, le socialisme, l'avenir, des actions tous azimuts, émaillèrent bien évidemment ce séjour au Maroc et lui firent comprendre que l'avènement de l'indépendance algérienne, fut-elle drapée dans le manteau de lumière du socialisme, n'était pas exempte des tares ordinaires de la lutte pour le pouvoir.

Bref, le rebelle commença à prendre de la distance par rapport à..., remit une fois de plus son ouvrage sur le métier et arpenta de nouveau les chemins de l'exil. Au Maroc, en Tchécoslovaquie, en Amérique Latine... Jusqu'à ce que la prescription opère et qu'il puisse de nouveau fouler le sol français.

C'était il n'y a pas si longtemps. Et c'est avec armes, bagages, famille et toujours ses foutues idées qu'il vint s'installer en Ariège du côté de St-Girons.
Il acheta des ruines. Il les remit en état. Il s'y installa en communauté familiale et il mit en branle un des premiers lieux de vie (Thélème) accueillant des toxicos.
Il s'y usa une nouvelle fois l'espoir sur la pierre ponce de la réalité et il reprit sans hésiter son courage à deux mains pour, une fois de plus, une fois encore, remonter son rocher d'éternel rebelle sur la colline (que certains disent absurde) de Sysiphe.

Engagement libertaire de tous les instants, membre de la Fédération Anarchiste, le bougre a continuer de faire des ravages.

A la faveur d'une rencontre de hasard (des notes de voyage sur le Guatemala, le Nicaragua... envoyées au "Monde Libertaire"), l'idée me vint presque immédiatement de demander à Gérard LORNE de nous écrire le récit de sa vie.

Son "instinct" de classe, le courage de ses engagements, le pathétique de ses illusions et de son "inculture" politique, le courage plus grand encore de ses doutes et de ses rebellions, l'humilité de son cheminement tout d'échecs constamment dépassés et transformés en de nouvelles espérances, en de nouvelles volontés, son arrivée toute de méfiance dans la galaxie libertaire... tout cela, et bien d'autres choses encore, me semblait plus que largement digne d'intérêt pour les jeunes et moins jeunes militants révolutionnaires de cette fin de XX° siècle.

Mais la réponse, je la connaissais d'avance.
Elle ne pouvait être que négative. Car, mais c'est bien sûr, quel intérêt à tout cela ? Tout un chacun en aurait fait autant ! Et puis n'était-ce pas de l'histoire ancienne ? Et qui aujourd'hui pouvait s'intéresser à...?

La réponse à la réponse, je la connaissais également.
Elle ne pouvait qu'être brutale. Du genre le passé n'est pas la propriété exclusive des anciens. Les jeunes générations sont en droit de se l'approprier. D'en tirer leçon. Et c'est inacceptable, politiquement parlant, pour des histoires de pudeur, de vraies ou de fausses modesties, de refuser, alors qu'il y a demande, le devoir de mémoire. Le cadeau de l'expérience.

Elle ne pouvait, également, qu'être renoncement sur l'accessoire pour pouvoir emporter le morceau sur l'essentiel.
Disons-le tout net, je désirais des mémoires à l'état brut. Un récit écrit à la première personne. Avec des moi-je à en perdre haleine de vérité, de courage, de doutes, de volonté, de témoignages...
Mais je savais que le "vieux" ne calerait jamais là dessus, et qu'il me faudrait me contenter de...

Ce livre n'est donc pas une autobiographie, mais un roman historique.
Un roman historique tout ce qu'il y a de vrai. De quasiment plus vrai que la réalité.
C'est l'histoire authentique de Gérard LORNE et de ces fils du peuple qui sont l'honneur du peuple et de l'espérance libertaire.

N'y cherchez pas l'étoile du Che ou la veste de cuir de DURRUTI qui sont les suaires de tous les mythes. Gérard LORNE, même romancé, ne nous offre que son costume de velours élimé de jardinier, qui, pour l'amour d'une rose, celle de la révolution et du socialisme libertaire, s'est déchiré aux mille épines de la vie.

Merci à toi, camarade, de nous rappeler que les épines de notre ordinaire sont susceptibles, à force et courage de volonté, de nous éveiller, dans la grande nuit de l'absurde, à l'amour des roses.

Jean-Marc RAYNAUD (Pour les Editions du Monde Libertaire).

L'Autogestion Anarchiste

Publié le 30/08/2008 à 12:00 par anarchie23
L'Autogestion Anarchiste
Photo: prise de décision dans l'usine autogérée Brukman, en Argentine, issue du film "The Take" de Naomi Klein.


L'usurpation d'une culture de la contestation issue des années 70 a été utilisée pour vider de son sens le concept d'autogestion, terme aujourd'hui galvaudé à tel point que les anarchistes lui préfèrent parfois le terme de "gestion directe".
Et pourtant, l'autogestion est issue des plus profondes aspirations à l'émancipation, sans cesse enrichie par les peuples et les civilisations qui se la sont appropriées.

Aujourd'hui, l'autogestion en marche avance plus vite que celle qui pense ! Daniel VIDAL, qui introduit cette brochure, en veut pour preuve différents exemples: révolte du Chiapas, mobilisations sociales massives de 95, pratiques autogestionnaires lors du VAAAG (Village Alternatif, Anticapitaliste et Anti-Guerres), mouvement des piqueteros et entreprises autogérées en Argentine...

Les anarchistes restent les partisans d'une autogestion intégrale, articulée de façon fédéraliste, avec pour projets la société égalitaire et la démocratie directe.
Ils sont souvent seuls, dans le champ syndical, à assurer la continuité de la maxime de la 1ière Internationale des Travailleurs: "L'émancipation des travailleurs(ses) sera l'oeuvre des travailleurs(ses) eux-mêmes" et de la charte d'Amiens de 1906.

Alors aujourd'hui cet espoir qu'il faut entretenir d'une autogestion qui resurgit parfois, doit aussi nous préoccuper puisque trop souvent, cette pratique sociale s'est diluée dans le réformisme, voire la réaction.

Les anarchistes, convaincus de la nécessité de la révolution sociale, affirment leurs conceptions émancipatrices d'une autogestion intégrale dans l'optique d'une orientation libertaire des luttes ou des occupations.

Dans la suite de la brochure, José Maria Fernandez PANIAGUA propose un bref historique de l'autogestion et de ses origines: en effet, si l'autogestion n'est pas un concept exclusif de l'anarchisme, c'est le mouvement libertaire qui lui a donné le plus de sens dans le champ politique, économique et social.

Pour que des notions comme liberté et démocratie ne se transforment pas en des concepts et des faits relativisés, la réactualisation du principe autogestionnaire devient urgente en ces temps de globalisation économique et de dépolitisation généralisée.

Enfin, Nelson MENDEZ et Alfredo VALLOTA abordent l'aspect plus idéologique de l'autogestion: pour l'idéal acrate, l'autogestion est un projet ou mouvement social qui, aspirant à l'autonomie de l'individu, a pour méthode et pour objectif que l'entreprise et l'économie soient dirigées par celles et ceux qui sont directement liées à la production, la distribution et l'utilisation des biens et des services.

Cette même attitude ne se limite pas à l'activité productive de biens et de services mais s'étend à la société toute entière, en proposant la gestion et la démocratie directe comme modèle de fonctionnement des institutions de participation collective.

L'autogestion anarchiste prétend à une transformation totale et radicale de la société. L'autogestion est une tentative de modifier l'organisation sociale et la notion de politique, en mettant entre les mains de toutes et de tous et de chacune et de chacun, de façon directe et sans intermédiaire, toutes ses affaires.

A nous toutes et tous d'avancer dans ce sens !

Brochure éditée aux Editions du Monde Libertaire. 3€.

L'Ecole Ferrer de Lausanne

Publié le 02/11/2009 à 23:20 par anarchie23
L'Ecole Ferrer de Lausanne
De Jean Wintsch et de Charles Heimberg. Introduction de Marianne ENCKELL. Editions entremonde. 2009. 70 pages. Lausanne. 8 €.
Avec le soutien de l'Association des Amis de Henri ROORDA et du Centre International de Recherches sur l'Anarchisme (CIRA) de Lausanne.

4ième de COUV':

De 1910 à 1919, l'Ecole Ferrer de Lausanne a offert à des enfants d'ouvriers un lieu où ils n'acquièrent pas "le savoir inutile" dispensé dans les écoles publiques, où ils ne font pas "l'apprentissage de la docilité".

Sa caractéristique a été "d'unir l'atelier à l'école, de faire collaborer parents, instituteurs, ouvriers et enfants, de préparer ces derniers à la vie qu'ils mèneront probablement, en évitant autant que possible le verbalisme, en exaltant leur curiosité et leur joie dans les recherches, en organisant les leçons souvent hors des murs de la classe, dans la réalité, là où se passe la vie".

Extraits DE L'INTRODUCTION de Marianne ENCKELL:

Il y a un siècle tout juste, de nombreuses écoles libertaires ont été ouvertes de par le monde sur le modèle de l'Ecole moderne de Barcelone, fondée par Francisco FERRER (1859-1909). On les trouvait à Stelton dans le New Jersey, à São Paulo, à Clivio en Italie du Nord [Voir les références données par Charles Heimberg [...]. On peut y ajouter Paul AVRICH, The Modern School movement: anarchism and education in the United States , Princeton, 1908 (rééd. AK Press, 2006). L'Ecole moderne, fondée à New York en 1911 puis installée à Stelton dans le New Jersey, a existé jusqu'en 1953.], à Lausanne... C'est l'expérience de cette dernière que relate le présent ouvrage. Un article de Charles Heimberg précède la réédition d'une brochure publiée par Jean Wintsch (1880-1943), médecin lausannois et fondateur de l'école, après la fermeture de cette dernière.

L'intérêt des anarchistes pour l'enseignement est ancien, les institutions nombreuses: rappelons Paul ROBIN et l'orphelinat de Cempuis, les expériences de Tolstoï, de Sébastien FAURE et de Madeleine Vernet, les écoles rationalistes en Espagne et en Amérique latine, les communautés éducatives en Europe du Nord [Encore quelques références supplémentaires: Roland Lewin, Léon Tolstoï et l'école de Iasnaïa Poliana , Grenoble, 1972 ; Edouard Stephan, La Ruche, une école libertaire au Pâtis à Rambouillet, 1905-1917 , Rambouillet, 2000 ; Madeleine Vernet, L'Avenir social: cinq années d'expérience éducative , Epone, 1912 ; Pere Sola, Cultura popular, educacio i societat al nord-est català, 1887-1959: Assaig sobre les bases culturals i educatives de la Catalunya , Gérone, 1983 ; Jan Moulaert, Le mouvement anarchiste en Belgique , Ottignies 1996.

Elles apparaissent dans le sillage des réflexions d'autres éducateurs, de Rousseau, Froebel et Pestalozzi à Maria Montessori, Edouard Claparède ou Adolphe Ferrière. [...]

Ils "s'amusèrent, et ils firent bien". On est loin ici de "l'apprentissage de la docilité" que critique Henri ROORDA (1870-1925), un autre inspirateur et collaborateur de l'Ecole Ferrer, qui enseigne les mathématiques à Lausanne. Il brocarde "la notion du parfait", le "savoir inutile": "Je me demande, écrit-il, si, en empêchant les enfants de bouger, on n'immobilise pas, du même coup, leur intelligence. [...] Ceux qui ont pour mission de nous instruire et de nous révéler l'univers commencent par nous enfermer durant des années dans un local d'où l'on aperçoit rien de ce qui est à la surface du globe. Ajoutons que les bons élèves sont ceux qui ne regardent pas par la fenêtre." [Henri ROORDA van Eysinga, "Les effets de l'éducation moderne", La Revue Blanche (Paris), n° 28, 1902. Voir aussi, du même, "l'Ecole et l"apprentissage de la docilité", L'Humanité nouvelle , (Paris), 1898 ; "La notion du parfait dans l'enseignement", La revue Blanche (Paris) n° 27, 1.4.1901 : "L'Ecole et le savoir inutile", L'Ecole Rénovée , Bruxelles, 1908.] Il constatera plus tard que Le Pédagogue n'aime pas les enfants (Lausanne, Les Cahiers Vaudois, 1917) -mais que les enfants n'en meurent pas- et appellera de ses voeux la "grande réforme de l'an 2000". [Avant la grande réforme de l'an 2000 , Lausanne, Payot, 1925. Peu d'études ont été consacrées à Henri ROORDA ; voir Geoffrey Fidler, "Henri ROORDA van Eysinga and "éducation libertaire", Paedagogica Historica (XXVI), 1990/3 ; Tanguy L'Aminot, "Henri ROORDA, lecteur de l'Emile", Orbis litterarum, International review of literary studies (58), 2003 ; Henri ROORDA, pédagogue libertaire, chroniqueur facétieux, et l'humour zèbre , Lausanne, Musée historique et éditions Humus, 2009.] [...]

EDUCATION INTEGRALE -La Grande Guerre a marqué une cassure dans le mouvement ouvrier des pays belligérants, et la plupart des écoles rationalistes et libertaires sont obligées de fermer. C'est d'abord ailleurs qu'elles ont continué de se développer [Higinio Noja Ruiz, La Armonia, la escuela en el campo (Alginet 1923) prés. par Marianne ENCKELL et Vicente Marti, Barcelone 1996 ; Collectif, Educatiano i moviment libertari a Catalunya, 1901-1939 , Barcelone 1980.] ; mais les inquiétudes et l'intérêt subsistaient. Enseigner aux enfants hors du carcan de l'éducation officielle, former les ouvriers aux tâches révolutionnaires, ouvrir des "athénées" et des bibliothèques sont des activités que l'on trouve dans tous les mouvements anarchistes, sous une forme ou l'autre. [Voir le formidable panorama dressé par John Shotton, No master high or low: libertarian education and schooling in Britain, 1890-1990 , Bristol, 1993, ou le recueil plus théorique de Francesco Codello, La buona educazione: esperienze libertarie e teorie anarchiche in Europa da William GODWIN à Neill. , Milan, 2005.]

Les exemples récents d'écoles alternatives ou d'"insoumission à l'école obligatoire" sont nombreux, souvent bien documentés ; les difficultés rencontrées, toujours aussi nombreuses. La classe unique de l'Ecole Ferrer de Lausanne peut aujourd'hui sembler peu aventureuse, la foi de ses promoteurs dans le progrès et la science bien désuète. Mais l'expérience et les débats qu'elle a suscités au sein du mouvement ouvrier, des milieux scolaires ou du grand public restent d'actualité, comme le montre Charles Heimberg.
Et la "grande réforme de l'an 2000" ne s'est pas faite. Reste à savoir si elle se fera un jour dans l'école publique, ou dans une tout autre configuration.

Marianne ENCKELL
(au passage un immense remerciement de m'avoir offert cet ouvrage excellent Marianne !)

La Terre et les Temps

Publié le 11/02/2009 à 12:00 par anarchie23
La Terre et les Temps
Recueil de nouvelles de Pierre MARLSON (voir l'interview de celui-ci dans la rubrique "Journal Anar").

"La Terre et les Temps" signe le retour tant attendu à la publication d'un de nos grands auteurs de SF à la Française: Pierre MARLSON "L'enfant et le capitaine", in Revue "Phénix" (1990), "Les Compagnons de la Marciliague", Encre, coll. L'Utopie tout de suite (1977), "Désert !" Kesselring, coll. Ici et maintenant (1979), "L'Empire du peuple" (écrit avec Albert Higon), Albin Michel, coll. Super fiction n° 23, (1977), "Où se peigne la pluie aux courbes des ombrelles" (1975) in Retour à la terre, 1, Denoël, Présence du Futur n° 189 (1975), sous la houlette de Jean-Pierre Andrevon.

Pierre MARLSON n'a rien perdu ni de sa verve ni de son style si personnel qui font de ces 4 nouvelles de purs moments de bonheur à la lecture ! "La Terre et les Temps" est un recueil qui inspire le respect sans dispenser le lecteur d'un réel effort à s'ouvrir à un monde très personnel, le monde de la SF selon Pierre MARLSON !

Un monde de féerie du verbe, une incitation aux voyages extraordinaires entre notre bonne vieille terre et les mystères que tissent les temps dépeints à souhait par l'auteur... "La Terre et les Temps", une virgule qui manquait à l'oeuvre de Pierre MARLSON que nous vous invitons à redécouvrir dans les moments où il dévoile la permanence de ses idées, la richesse de son intellect et de son indémodable puissance d'analyse et de compréhension.

Vient de paraître aux Editions Libertaires (janvier 2009)
140x210 mm, 176 pages.
isbn: 978-2-914980-70-8
12€
(voir lien vers le site des Editions Libertaires à gauche dans la rubrique "Mes Sites Préférés" -commande en ligne possible)

Maurice JOYEUX

Publié le 25/02/2009 à 12:00 par anarchie23
Maurice JOYEUX
QUATRIEME DE COUVERTURE:

"Entre l'anarchisme et le marxisme, il n'y a pas de conciliation possible. Le marxisme maintient l'homme dans le cercle qui enserre les sociétés de classes, quel que soit le système dont elles se réclament, l'anarchisme sort l'homme de ce cercle. Malgré ses prétentions, le marxisme n'est qu'une adaptation des sociétés de classes avec des moyens appropriés. L'anarchisme est rupture. C'est la civilisation de l'Homme en lutte contre toutes les formes d'oppression."

Ainsi écrivait Maurice JOYEUX.

Les Editions du Monde Libertaire se devaient de consacrer un livre à celui qui, par son action et sa pensée a marqué, et marque encore aujourd'hui, le mouvement libertaire français.

Maurice JOYEUX se montra, sa vie durant, ouvert à toutes les pistes dès lors que le principe fondateur s'appuyait sur cette notion chère qui s'appelle: la liberté, et, en brisant les conformismes, Maurice JOYEUX construisit les adaptations de la pensée libertaire nécessaires au monde contemporain. Il reste, encore aujourd'hui, l'un des principaux artisans de sa reconstruction.

Roland BOSDEVEIX, qui fut un de ses compagnons de combat pendant plus de 20 ans, raconte Maurice JOYEUX dans ces pages. Il raconte le personnage d'abord, celui qui passa de la révolte (qui le conduisit plusieurs fois en prison) à l'action révolutionnaire et à la création de la Fédération Anarchiste.
Dans une deuxième partie, l'auteur analyse l'oeuvre et la théorie de Maurice JOYEUX.


PREFACE de Michel RAGON (31 mars 2004)

En 1947, à 23 ans, grâce à Henri POULAILLE, je publie mon premier livre: "Les Ecrivains du Peuple" ; et celui-ci me dit d'aller en porter un exemplaire à un libraire de Montmartre qui a pris pour enseigne: "Le Château des brouillards".
C'est ainsi que j'ai rencontré pour la première fois Maurice JOYEUX, alors libraire et néanmoins anarchiste.
Rencontre qui, pour moi, allait devenir aussi fructueuse que celle d'Henri POULAILLE. Mes 2 aînés m'ouvraient une voie qui est toujours demeurée la mienne: celle de la philosophie et de l'action libertaire.
Pour Henri POULAILLE, Maurice JOYEUX était un jeune homme. Il était en effet son aîné de 14 ans. Pour moi, Maurice JOYEUX était un aîné déjà prestigieux. Coïncidence étrange, il était, lui aussi, mon aîné de 14 ans.
Si Henri POULAILLE m'a beaucoup donné, Maurice JOYEUX m'a beaucoup offert. Il m'a permis de collaborer à "La Rue", au "Monde Libertaire", à "Radio Libertaire" et de fréquenter le Groupe Louise Michel.
Toujours, il demeura un camarade attentif, critique positif à l'occasion, parfait ami toujours.
Très vite, à l'amitié de Maurice JOYEUX s'ajouta celle de sa compagne, Suzy CHEVET, de sa fille Claudette, de son gendre Pepito ROSELL et des 3 petits-enfants: Ninon, Thyde et Wally qui continuent aujourd'hui l'oeuvre des parents et grands-parents, au sein de la Fédération Anarchiste.

Cette biographie et étude critique de l'oeuvre de Maurice JOYEUX montre bien la transformation qui s'est opérée chez Maurice JOYEUX à partir du moment où il a partagé sa vie avec Suzy.
Avant Suzy, c'était un révolté, un bagarreur. Avec Suzy, ce devint un révolutionnaire conscient et un organisateur.
Qui a assisté aux sensationnels galas de la Fédération Anarchiste, au Moulin de la Galette ou au Palais de la Mutualité, avec leur affluence record et leur programme exceptionnel (Brassens, Léo FERRE, Jean Yanne, etc), se souvient de l'efficacité de Suzy et avec quelle communication chaleureuse elle obtenait des collaborations épatantes pour nos galas.

Roland BOSDEVEIX appelle Maurice JOYEUX un "vieux lion". C'est dire l'énergie qu'il diffusait. Mais par son physique il ne ressemblait guère à un lion. Ni d'ailleurs à un tigre. De petite taille, très mince, nerveux, toujours en mouvement, coléreux, imprécateur, enthousiaste, il avait conservé, à la fois dans son langage et son aspect, l'allure de l'ouvrier trimardeur qu'il avait longtemps été.
Les tribuns sont rares et parfois dangereux lorsqu'ils donnent dans le populisme. Maurice JOYEUX était populaire, à la voix forte, aux paroles claires, vibrantes, chaleureuses, convaincantes.
Sa culture littéraire et politique était exceptionnelle. De PROUDHON et Michel BAKOUNINE à Albert Camus et André Breton, il avait beaucoup lu, beaucoup réfléchi. Ses critiques de livres dans "Le Monde Libertaire" témoignent de l'étendue de ses connaissances et de la pertinence de ses jugements.
Théoricien, son ouvrage "L'Anarchie dans la société moderne" demeure un classique de la littérature libertaire. Lorsque je fus amené à diriger une collection de volumes sur les sciences humaines, aux Editions Casterman, j'offris naturellement la possibilité à Maurice JOYEUX de rédiger un livre et il publia avec succès: "L'Anarchie et la révolte de la jeunesse".

Après la mort accidentelle de Suzy, en 1972, il y eut chez Maurice JOYEUX une fêlure qui ne se guérit jamais.
Aux obsèques, au crématorium du Père Lachaise, une véritable foule était venue. J'eus beaucoup de mal à me frayer un passage pour dire le petit message d'adieu que Wally m'avait demandé de prononcer au nom de la famille.


AVANT-PROPOS (par Roland BOSDEVEIX)

Octobre 1966. XVIII° arrondissement de Paris. Métro Jules Joffrin. Remontant la grouillante et commerçante rue Ramey, nous empruntons à mi-chemin sur la gauche un petit passage du même nom. L'étroitesse du lieu associé à un éclairage blafard donne au passage une impression de coupe-gorge. Au fond de celui-ci, une grande porte de garage ouverte s'offre à nous. Deux ou trois personnes discutent sur le pas de la porte nous laissant supposer que c'est bien à cet endroit là que nous avons rendez-vous avec le Groupe libertaire Louise Michel. En réalité, nous venons pour la première fois aux cours donnés par ce groupe qu'annonce le journal de la Fédération Anarchiste à chacune de ses parutions. La porte franchie de ce qui pourrait s'appeler l'entrée de l'immeuble, un petit couloir distribue l'accès des différentes caves où les habitants du quartier entreposent leurs encombrants. La porte du local de ce groupe que je découvre pour la première fois est entr'ouverte...

Tant bien que mal, sur des bancs ou des chaises récupérées ici ou là, de nombreux auditeurs s'entassent dans ce local exigu. Les poteaux qui soutiennent la verrière servant de toit ainsi que les murs sont tapissés d'innombrables affiches anars défraîchies ou récentes: galas du groupe, appels à la lutte, annonces de meeting... A moins d'un mètre au-dessus de nos têtes des fils suspendus traversent la pièce de part en part, attendant sans doute quelque prochain tirage sérigraphique. Une table barre le mur du fond derrière laquelle trois personnes attendent que l'auditoire soit prêt. Enfin, derrière ces trois personnages, des rayonnages couvrent le mur où s'entassent dans ce que l'on ne peut pas appeler "la plus haute expression de l'ordre": ronéotype, ramettes de papier, rangées de livres, bacs à fiches, paquets de colle à papier, agrafeuse...

Trois personnages sont assis derrière cette table. Deux jeunes, à l'allure étudiante, et le troisième nettement plus âgé qui ne peut être à mes yeux que le conférencier annoncé dans le journal: Maurice JOYEUX. Bien qu'assis, l'homme semble de courte taille. Il possède des cheveux gris peu enclins à se laisser peigner facilement. Son visage pâle et ridé accuse la vie tumultueuse et difficile que l'homme avait dû endurer et certainement de nombreuses nuits de veille. Vêtu d'un pull au col roulé quelque peu défraîchi, il tire inlassablement sur une pipe noircie par des années de service. Appuyé à fond sur le dos de la chaise, les épaules rentrantes prêtes à livrer un prochain combat, face à son public il semble paisible. Mais le calme n'est qu'apparent. Les années futures de fréquentation du personnage m'apprendront que derrière cette attitude se cachait un homme actif, particulièrement nerveux, à l'image de son regard vif.

L'auditoire est à son comble ou, plus exactement, la salle est au maximum de sa capacité d'absorption. Ne pouvant pas rentrer, certains restent debout dans l'entrebâillement de la porte. Puis, l'heure venue, l'un des trois personnages attablés prononce quelques mots d'usage pour présenter le cycle des cours du Groupe Louise Michel avant de passer la parole au conférencier du soir. Maurice JOYEUX parle sans hâte, avec la clarté, l'aisance et la verve qui caractérise les tribuns. Le calme apparent qui régnait quelques instants auparavant avant l'ouverture des travaux se brise rapidement pour ne laisser apparaître qu'un homme passionné par son sujet qu'il domine parfaitement bien.
Dans une étrange et magique communion le public écoute en silence le conférencier. L'exposé dure plus d'une heure avant que Maurice ne s'arrête pour laisser aux auditeurs le soin d'intervenir. Il répond à tout et à tous laissant parler son coeur, son intelligence avec calme, avec passion. Quelquefois, se déchaînant contre les contradicteurs dont les propos lui semblent provocateurs ou contraires aux principes qui caractérisent ses idéaux de justice, de liberté et de fraternité. La réunion terminée, nous nous égaillons satisfaits et comblés par les propos positifs et combatifs de Maurice qui fourniront à nous, jeunes auditeurs, les éléments indispensables de construction de notre pensée libertaire.

Oui, ces cours du Groupe libertaire Louise Michel verront passer de nombreux auditeurs qui, pour un certain nombre, formeront une bonne partie des militants de la Fédération Anarchiste de la région parisienne et qui, eux-mêmes, viendront plus tard dispenser ces formations faisant le renom du groupe organisateur. Parmi ces conférenciers, pour ne citer que quelques-uns parmi les plus connus, il y eut les militants: Maurice LAISANT, Maurice FAYOLLE, les frères LAPEYRE, l'historien Jean MAITRON, les écrivains: Jean-Pierre Chabrol, Michel RAGON... Ces cours furent l'émanation de la volonté de Maurice JOYEUX qui, en digne continuateur de la pensée de Fernand PELLOUTIER, entendait former les militants à une forte culture révolutionnaire.

Comment, en quelques mots, peut-on définir l'homme qui nous offrît son amitié et avec lequel nous militerons jusqu'à ce qu'il nous quitte ? Un être sensible et fraternel, avec ses faiblesses, ses qualités, ses colères, une mémoire et une intelligence hors pair. En bref un homme droit, un vrai, fait de chair et d'esprit. Au risque d'utiliser une définition tautologique, il fut un anarchiste empreint d'une profonde culture humaniste.


"Maurice JOYEUX" par Roland BOSDEVEIX, collection "Graine D'Ananar", Editions du Monde Libertaire, 104 pages, 2005, 9€.

May PICQUERAY

Publié le 19/09/2009 à 16:23 par anarchie23
May PICQUERAY
De COLLECTIF: 96 pages. 2004. Editions Libertaires. 8€

Les "Editions Libertaires" viennent de rééditer le livre de May PICQUERAY "May la réfractaire, mes 81 ans d'anarchie". En complément de cette autobiographie, il nous a semblé important de consacrer à May une "Graine d'ananar" mettant en perspectives et en valeur d'autres facettes, plus littéraires et politiques, du personnage.

May PICQUERAY, en effet, ce n'était pas seulement cette petite femme (haute comme deux pommes trois quarts, dixit Bernard THOMAS) qui envoya en 1921 un colis piégé (il explosera sans faire de victime) à l'ambassadeur des Etats-Unis à Paris, pour protester contre la condamnation à mort de SACCO et VANZETTI ; qui, lors du congrès de l'Internationale syndicale rouge, en 1922, à Moscou, monta sur la table pour dénoncer des congressistes en train de se goberger alors que le peuple soviétique crevait de faim ; qui refusa de serrer la main au généralissime Trotsky à qui elle était pourtant venu demander la libération de camarades anarchistes emprisonnés par les bolcheviques ; qui en 1924 fit le coup de poing au meeting de la Grange-aux-Belles lors duquel les bolchos tuèrent deux ouvriers anarchistes à coups de revolver ; qui pendant la guerre, en mai 68, au Larzac en 1975, à Creys Malville en 1977, et jusqu'à sa mort en 1983 n'en rata pas une. Ce n'était pas seulement cette femme de toutes les révoltes, de toutes les mobilisations pour des causes justes, et de mille et une rencontres avec Sébastien FAURE, Nestor MAKHNO, Emma GOLDMAN, Alexandre BERCKMAN, Marius JACOB, DURRUTI, Louis LECOIN... C'était aussi la fondatrice du journal "Le Réfractaire" dans lequel elle a écrit de nombreux textes qui ne sont pas piqués des hannetons.

Ce livre, avec en prime un certain nombre de témoignages inédits de camarades ayant eut l'occasion de l'approcher de près, met l'accent sur cet aspect moins connu de May écrivaine, journaliste et polémiste.

Et c'est peu dire que ca dégage ! Que ca décoiffe ! Et que ca défrise !
Les patrons, les flics, les curés, les militaires... et jusqu'à certains rabougris du socialisme et, même, de l'anarchisme !
Du bonheur à l'état pur !

IRRESISTIBLE !

Lors du printemps de Tienanmen, le monde n'a eut d'yeux que pour ce petit bonhomme qui s'est avancé d'un pas tranquille au devant d'un char et qui a arrêté toute la colonne en levant simplement la main. Cela semblait irréel !

En mai 68, à Paris, Suzy CHEVET, une petite mamie anar, a arrêté, seule, une charge de CRS en brandissant une arme de dissuasion massive... son parapluie. Les jeunes flicards n'en croyaient pas leurs yeux !

May PICQUERAY (1898-1983) fait assurément partie de ces très rares personnes qui ne doutent de rien et qui, quand elles accrochent le fil de leur rêve à une montagne et se mettent à tirer, trouvent tout naturel de la voir s'écarter de leur chemin. [...]

Pour elle, cela allait de soi ! [...]
Pour elle, c'était la moindre des choses !

[...] en 1922, [...], elle était parvenu à obtenir une entrevue avec Trotsky, le chef de l'armée rouge. Et, une fois en sa présence, après avoir refusé de lui serrer la main au motif de Kronstadt et de Nestor MAKHNO, elle l'a regardé dans les yeux et lui a demandé la libération de camarades anarchistes emprisonnés par les bolcheviks. D'un simple claquement de doigt Trotsky aurait pu l'envoyer au goulag. Il n'en a rien fait et a accédé à sa demande. Pour May, il ne pouvait pas en être autrement !

Et tout au long de sa vie [Dans son autobiographie "Mes 81 ans d'anarchisme" rééditée en 2003 aux Editions Libertaires, May nous raconte l'infini de ses aventures.] il en fut ainsi.
A la première injustice qui pointait son nez à l'horizon c'était plus fort qu'elle. Il fallait qu'elle dégaine. Et mieux valait alors se planquer tant elle était irrésistible.

May c'était ça. Un coeur si vaste qu'on n'en voyait que la moitié. Des convictions en béton armé. Une grande gueule qui démarrait au quart de tour et qui fonçait en n'ayant peur de rien.

Oh bien sûr, la médaille avait son revers.
Avec un caractère d'une telle trempe, May s'est souvent vu reproché d'être sinon autoritaire, du moins un peu carrée.
D'avoir tendance à se la jouer perso. Du genre qui m'aime me suive. Et, d'ailleurs, ca suivait presque toujours. La fleur au fusil. Ou, comme du côté du mouvement libertaire organisé, en traînant les pieds au motif d'être par trop souvent mis devant le fait accompli. Et puis -mais comment aurait-il pu en être autrement ?- la confusion s'invitait de temps à autre au bal de cette navigation à l'instinct. Un jour c'était plus anar que moi tu meurs. Et le lendemain, virage à 180°, direction toute vers la recherche de l'union sacrée de la sainte famille humaniste dans le but d'essayer de se rallier le vote d'un certain nombre de députés...

Bref, le personnage était complexe. Paradoxal. Parfois déconcertant. Comme le sont tous ceux et toutes celles qui se plongent corps et âme dans l'action et qui tracent leur chemin... en marchant.
Cela étant, si May fut effectivement une femme d'action fonctionnant au coup de coeur, à l'affectif et au pragmatisme, elle ne fut pas que cela. Elle fut aussi une femme d'écriture dotée d'une plume à son image.

Ce livre qui regroupe un certain nombre des articles qu'elle a écrit pour ce journal de combat qu'était "son" "Réfractaire" (avril 1974 - décembre 1983) nous fait découvrir cet aspect mal connu de May PICQUERAY. Et, c'est peu dire que c'est du bonheur à l'état pur !

Un seul exemple:
En 1976, le général Bigeard, alors secrétaire d'Etat, s'était fendu d'une diatribe sexiste à dégueuler à l'encontre de notre Arlette nationale.
En 10 lignes, May a remis le soudard à sa place.
Son petit billet se terminait par: "Général, secrétaire d'Etat aux armées, tortionnaire en Indochine, en Algérie et ailleurs. Et maintenant, propagandiste du viol... Il est complet ! Goujat !"

(Le 22 mars 2004, quelque part dans les maquis du rêve libertaire.
Pour les Editions Libertaires.
Dominique LESTRAT, Jean-Marc RAYNAUD, Franck THIRIOT)


1 des articles de May PICQUERAY qui composent ce livre:
BAS LES PATTES M. HERNU !

L'autorité ne peut exercer son oeuvre oppressive qu'en accaparant l'homme chez l'enfant, à cet âge où il est désarmé, son jugement sans force, sa mémoire vide et sans défiance.

L'esprit religieux, revêtant de multiples formes, tend à substituer dogme à dogme et le laïque s'évertue à remplacer l'amour de Dieu par le culte de la patrie ou le respect de l'Etat par le bonheur du peuple (!). Ces deux religions d'Etat ou d'Eglise, voilà l'ennemi qui tisse contre l'enfant sa toile de fourberie et de servilité. L'Etat a proclamé l'enseignement laïque et obligatoire pour les enfants de six à treize ans, mais l'Etat s'est réservé le droit de placer les générations à venir sous sa tutelle, de marquer de son empreinte et de façonner à son gré les cerveaux et les coeurs. L'Etat et l'Eglise savent très bien que l'homme ressent toute sa vie l'influence subie à l'école et s'entendent comme larrons en foire pour marquer les enfants de leur empreinte ineffaçable.

Leur morale ? Un code de maréchaussée, façonnant le cerveau de l'enfant à obéir sans contrôle à la loi du plus fort.
Morale immorale. Morale de calcul cynique et odieux qui donne une prime aux actes humains. Est-ce que la récompense ou la peine n'outrage pas la fierté, la dignité ?

On pervertira le sens moral de l'enfant en lui faisant mépriser le pauvre bougre qui aura dérobé un morceau de pain pour apaiser sa faim, en lui faisant admirer et saluer le bon patron qui ne produit rien et possède tout, en méprisant également l'ouvrier, le pauvre, le mal-vêtu qui produit tout et ne possède rien.

L'esprit de patrie sera développé fortement: "La patrie, la grande famille qu'il faut aimer par dessus tout. Elle seule possède toutes les qualités: courage, dévouement, génie, etc.
La haine de l'étranger sera inculquée de la façon la plus imbécile qui soit. L'héroïsme du soldat est la première des vertus, l'obéissance passive le plus grand des devoirs ; la préparation au dressage militaire la plus noble des tâches. Le service militaire est l'apprentissage de la guerre. Il est nécessaire pour former une armée solide capable de nous défendre contre les malfaiteurs du dedans et les ennemis du dehors."

Les malfaiteurs du dedans, c'est la troupe des exploités qu'il faut maintenir, les grévistes qu'il faut contenir, la horde menaçante des ventres creux qu'il faut mater un jour ou l'autre.
L'armée est, avant tout, le chenil de garde de la grosse propriété et de la haute finance.

C'est ainsi que dès l'enfance, inconscients et naïfs, nous avons tété au biberon du militarisme et sucé le lait empoisonné d'un patriotisme imbécile !

Puis, grâce à la faiblesse ou à la complicité des parents, le prêtre vas se glisser pour parfaire cette oeuvre de corruption et de mensonge. Merveilleux instrument d'autorité, calcul cynique et éhonté d'une secte qui, pour établir sa domination par la crainte, agite le spectre d'un enfer imaginaire pour que plus tard l'homme ne voit pas l'enfer réel, l'enfer social dans lequel il se débat.

Mais l'Eglise ne suffit pas, la Laïque viendra à la rescousse.
Le dressage militaire: tête droite, tête gauche, marcher au pas derrière des tambours et un drapeau, et pourquoi pas, apprendre le maniement des armes.

Et le dressage à l'arrivisme, car il faut arriver dans la vie, réussir, faire son chemin ; qu'importe alors l'amour de la vérité, de la franchise, l'esprit de solidarité, la dignité, la liberté. Peuh ! des mots d'utopistes, de rêveurs... d'anarchistes ! Tant pis si l'on écrase, au passage, ceux qui se trouvent sur le chemin.

Et l'Histoire ? Celle de la liberté à travers les âges ? La genèse de l'idée révolutionnaire ? Non. On pervertit l'imagination de l'enfant par l'apologie constante de crimes couronnés de succès, de victoires, de héros.

Ajoutons à cela l'autorité paternelle, souvent maladroite, exercée au sein de la famille. Pire parfois que l'autorité militaire qui s'exerce, elle, sur des jeunes gens dont le cerveau a atteint un certain développement, acquis une certaine force de résistance. Tandis que l'autorité paternelle s'exerce sur l'enfant de la naissance jusqu'au jour où il a acquis son entier développement cérébral. Son premier rôle est d'accoutumer l'enfant à l'obéissance, il détruit sa personnalité, son caractère. L'enfant subit donc l'influence de ce triple pouvoir: Dieu, Patrie, Famille. Le résultat: d'un côté des tyranneaux sans coeur et sans scrupules, de l'autre une race d'esclaves soumis et résignés.

L'Ecole a ainsi forgé de toutes pièces cette société immonde qui n'est qu'un vaste coupe-gorge, un maquis militaire, financier et éligiosâtre.
L'Ecole ainsi comprise est bien l'antichambre de la caserne et de la sacristie.

Notre Hernu national trouvant ce programme insuffisant veut en rajouter !...

Dans un pays réputé pour son intelligence, l'ECOLE est en retard ; elle impose des programmes ridicules, inadaptés à l'heure présente. Les enseignants, comme les élèves, sont découragés devant cette situation.

L'Etat, si généreux avec son armée, doit donner à l'éducation nationale les moyens indispensables pour que les enseignants puissent remplir la tâche qui leur est dévolue: celle de former intellectuellement et moralement une jeunesse SAINE, capable d'instaurer une société SAINE et heureuse.

Les enseignants auront fort à faire pour éviter la perversion totale de l'enfance, les parents lucides devront apporter leur collaboration effective et les gens épris de liberté les soutenir de toutes leurs forces, de tout leur coeur. Bas les pattes, Hernu, laissez les vivre !

May PICQUERAY
("Le Réfractaire" n° 79, décembre 1982.)