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anarchie23
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Tout ce qui a trait à l'anarchisme en Creuse et au-delà...
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Blog Politique
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02.06.2007
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Arthur LEHNING

Publié le 10/08/2008 à 12:00 par anarchie23
Arthur LEHNING
Photo: Arthur LEHNING peint par Joop Sjollema.


Ayant pris pour notre groupe de la Fédération Anarchiste de la Creuse le nom de ce militant anarchiste, voici sa biographie:

L'ENGAGEMENT POLITIQUE

Arthur LEHNING naît le 23 octobre 1899 à Utrecht en Hollande. Il étudie les sciences économiques à Rotterdam puis à Berlin. Très tôt, il se familiarise avec l'antimilitarisme, l'anarchisme et le syndicalisme.

Aux débuts des années 20, il lit pour la première fois un ouvrage de Michel BAKOUNINE. Il assiste à Berlin à une conférence de Werner Sombart, historien spécialisé dans l'étude du capitalisme et autorité en la matière. Il retient de cet exposé un peu ennuyeux une anecdote concise, pleine de bon sens, lancée sur un ton humoristique: "Une usine de chaussures ne sert pas à fabriquer des chaussures mais à produire des bénéfices".

Il suit les cours de Gustave Mayer, professeur d'Histoire sociale en Allemagne, qui traite de la démocratie, du socialisme et des partis politiques. Toujours à Berlin, il rencontre Rudolf ROCKER et fait la connaissance des anarchistes russes, récemment libérés des geôles soviétiques, Alexandre BERKMAN et Emma GOLDMAN. Ces rencontres seront décisives pour son parcours ultérieur. Il s'engage dans le comité de défense des anarchistes poursuivis et emprisonnés en Union Soviétique.

En 1922, il devient correspondant à Berlin du Bureau International Antimilitariste Anarchiste fondé en 1921 à La Haye, s'attelant à la lutte contre le militarisme et la guerre. Il se lie d'amitié avec Georg Friedrich Nicolaï, pacifiste rescapé de la Première Guerre Mondiale, professeur et médecin-chef de l'hôpital "Charité" à Berlin, auteur d'un ouvrage publié en Suisse en 1917: "Biologie de la Guerre Mondiale".
Arthur LEHNING traite d'un sujet brûlant: "L'antimilitarisme en Hollande", article paru dans "Der Syndikalist".

En 1923, Mussolini n'est qu'au début de sa carrière, le putsch munichois d'Hitler n'a pas encore eu lieu et déjà Arthur LEHNING écrit dans "Erkenntnis und Befreiung" un article intitulé "Les racines du fascisme allemand". Il publie sa première brochure "La Social-démocratie et la guerre". Il y critique avec virulence la justification de la guerre défensive soutenue par la Social Démocratie et établit un parallèle entre cette attitude et celle de Karl Marx quant à la guerre franco-prussienne de 1870-71.
Arthur LEHNING s'appuie sur une idée-force reprise de la résolution du congrès de Bruxelles de la Première Internationale (1868): la tradition anarchiste de la grève générale comme opposition à la guerre.

Dans la période de l'entre-deux-guerres, il affine sa pensée et précise ses stratégies contre la guerre. Il préconise la création de comités dans les usines chargées d'analyser les modifications des circuits de la production à des fins bellicistes et capables de prendre les mesures adéquates pour les détourner à des fins autres.
Déjà en temps de paix, les travailleurs(ses) doivent abandonner leur poste en signe de protestation contre une production orientée exclusivement vers la guerre et montrer ainsi leur détermination et leur capacité à s'opposer à l'éclatement du conflit par la grève générale.
Il est convaincu que la grève générale déclenchée dans tous les pays impliqués dans la guerre renversera le "militarisme passif" et introduira la révolution sociale, qui, en supprimant le Capital et l'Etat, détruira par là-même le militarisme et les causes de la guerre.

Quoique Arthur LEHNING ne soit pas un défenseur invétéré de la non-violence, ses racines antimilitaristes plongent cependant dans le terreau d'une tradition pacifiste hollandaise influencée par l'anarchisme de Bart de LIGT et Clara MEIJER-WEICHMANN.

Mais Arthur LEHNING ne se contente pas seulement de paroles, de discours ou d'écrits pour faire partager ses convictions politiques. Il met également ses talents d'organisateur au service de l'anarcho-syndicalisme. Il rejoint l'"Internationale Arbeiter Assoziation" (IAA-AIT) fondée en 1922 qui regroupe les organisations anarcho-syndicalistes à travers le monde.

De 1927 à 1934, il rédige avec Albert de JONG, Augustin SOUCHY et Helmut Rüdiger le service de presse de la Commission Internationale Antimilitariste, issue de la fusion entre l'Association Internationale des Travailleurs et le Bureau International Antimilitariste. Ce bulletin fait l'état des discussions sur le désarmement, les causes et les buts de la guerre. Il contient des informations sur les luttes anti-militaristes et est diffusé auprès de 800 journaux et revues.
Des débats ont lieu au sein de cette Commission Internationale Antimilitariste sur les moyens de défense de la révolution. Arthur LEHNING et Albert de JONG rejettent l'idée de défendre la révolution en créant des milices, voir une espèce d'Armée Rouge. Ils plaident en faveur d'actions non-violentes telles la grève, le boycott, le non-paiement des impôts, la résistance passive et le refus de collaborer avec les agresseurs.

En 1929, Arthur LEHNING tient un discours "L'antimilitarisme révolutionnaire et la tactique anti-impérialiste" lors du deuxième congrès de la Ligue contre l'impérialisme, à Francfort/Main. Il colle sans cesse aux thèmes d'actualité et en septembre 1930, il fait un exposé sur la réduction du temps de travail. Ses activités le conduisent en Espagne où le mouvement anarchiste est très développé avant le putsch franquiste.
Cependant, l'arrivée du fascisme détruit le mouvement ouvrier allemand et obligent les militants(tes) encore en vie à l'exil.

Arthur LEHNING prononce un ultime discours, le 17 février 1933, entre la prise du pouvoir par les fascistes et l'incendie du Reichstag: "Le concept d'Etat socialiste et le socialisme sans Etat". Il se réfugie en Hollande où il dirige par la suite l'Institut international d'Histoire sociale à Amsterdam où sont conservées de nombreuses archives du mouvement anarchiste.


L'ENGAGEMENT ARTISTIQUE

Arthur LEHNING découvre à Paris en 1924 la peinture moderne, les expressionnistes, les cubistes, les futuristes et les constructivistes. Il se passionne pour la littérature et l'art.

Entre janvier 1927 et juin 1929, il est rédacteur d'une revue née de sa propre initiative portant le nom mystérieux de "i 10", considérée comme la suite et le pendant des tendances développées dans "De Stijl" ou "Bauhaus". Il y attire un groupe de collaborateurs, dont la renommée mondiale viendra ultérieurement: des artistes tels Mondrian, Lissitsky et Kandisky ou encore J.J.P. Oud et Laszlo Moholy-Nagy spécialisé sans le film et la photographie.
Cette revue éditée en 4 langues (hollandais, allemand, anglais et français) ouvre ses colonnes aux courants nouveaux qui vont dans le sens des aspirations d'Arthur LEHNING: seule une révolution de la vie dans sa globalité pourra permettre d'édifier une société antiautoritaire .

S'y expriment des dadaïstes comme Hans Arp et Kurt Schwitters, les architectes Le Corbusier et Gerrit Tietveld, l'écrivain Upton Sinclair, Hélène Stöcker, spécialiste des droits de la femme, en enfin les anarchistes comme Max NETTLAU, Rudolf ROCKER, Bart de LIGT.

Arthur LEHNING intervient dans la revue et exige la libération de SACCO et VANZETTI, anarchistes italiens émigrés aux Etats-Unis et condamnés à mort par la justice de classe pour leurs convictions anarchistes.


Il critique la censure des films en Hollande, milite pour l'abrogation de la loi anti-avortement. Arthur LEHNING essaie de montrer du doigt la faillite du système en publiant des articles d'où transpirent de manière évidente ses mensonges et ses contradictions. Car il ne suffit pas de changer de régime pour que naisse des ruines une humanité transformée. Il faut transformer aussi les coeurs et les esprits. Les artistes doivent s'atteler à cette tâche.

Il côtoie Erich MUHSAM dans le Berlin des années 30. La pensée libertaire les lie. Erich MUSHAM est profondément imprégné par les idées de Michel BAKOUNINE. Il connait le texte d'Arthur LEHNING "Anarchisme et Marxisme dans la Révolution russe" paru en 1929 et 1930 dans "Die Internationale", revue mensuelle anarcho-syndicaliste de la "Freie Arbeiter Union Deutschland" (FAUD). Il retient cette définition que donne Arthur LEHNING du socialisme: "La Société libérée de l'Etat" et en fera une brochure.


LA RENOMMEE INTERNATIONALE

A partir de 1935-36, Arthur LEHNING participe à la création de l'Institut international d'Histoire sociale à Amsterdam. Il se penche sur le travail minutieux et monumental commencé par Max NETTLAU sur la vie et l'oeuvre du grand révolutionnaire anarchiste russe Michel BAKOUNINE.

Du point de vue international, Arthur LEHNING est surtout connu pour la réédition des oeuvres complètes de Michel BAKOUNINE dont la parution remonte à 1961, sous le terme "Archives Bakounine", réimprimées aux Editions "Champ Libre" en 8 volumes sous le titre "Oeuvres complètes de Bakounine".

Arthue LEHNING rencontre Max NETTLAU à Vienne (Autriche) en 1924. Il envisage un moment de vréer à Amsterdam un "Institut Max Nettlau", mais en 1935, c'est finalement l'Institut international d'Histoire sociale qui recueillera les fonds de sa bibliothèque unique et monumentale.

Par histoire sociale, cet Institut entend recenser et archiver tous les documents liés au mouvement ouvrier et au socialisme depuis la Révolution française. Les menaces de guerre toujours plus pressantes obligent l'Institut à transférer dès mars 1939 une partie des archives à Oxford (Grande-Bretagne). A la fin de son internement, Arthur LEHNING entreprend de monter cette filiale de l'Institut.

En même temps, il travaille dans la section néerlandaise de la BBC et sert de correspondant de guerre à Londres. Après la guerre en 1945, il retourne à Amsterdam et retrouve l'Institut dévalisé. L'état-major de Rosenberg s'y était installé en juin 1940. Celui-ci s'était empressé de communiquer à Berlin qu'"il avait mis la main sur une collection de torchons marxisants, bolchéviques et juifs".

La bibliothèque sera dispersée en Allemagne vers la fin de 1944 à la libération de la Hollande et ne sera restituée à Amsterdam que dans les années 1946/1947.

En 1952, Arthur LEHNING se rend en Indonésie. Ce voyage en Asie trouve ses racines dans le milieu des années 20, lorsque l'empire colonial hollandais éclate et que des fronts de libération nationale, des révoltes pour l'indépendance des pays colonisés s'organisent un peu partout.
Arthur LEHNING est anti-impérialiste, sujet alors très actuel et controversé aux Pays-Bas.

A Jakarta, il crée une Bibliothèque d'économie, de politique et d'histoire sociale avec les 15 000 ouvrages collectionnés par ses soins à travers toute l'Europe. Il enseigne à l'université de Jakarta entre 1954 et 1957.

Les années 60 seront consacrées essentiellement à la réédition des oeuvres de Michel BAKOUNINE. Il s'intéresse également à BUONARROTTI, "le plus grand conspirateur depuis la Révolution Française". Il publiera aussi un ouvrage, sorte de contribution à la connaissance du mouvement révolutionnaire européen du XIX° siècle, sous l'aspect de son internationalisme.

En tant qu'historien, il participe à de nombreux colloques et congrès internationaux. Il écrit de nombreuses brochures et de courts articles dans lesquels il affirme ses convictions. Sa bibliographie fait état de plus de 600 titres, la plupart en néerlandais et en allemand. Il n'a de cesse de réaffirmer ses aspirations libertaires et appelle à la désobéissance civile pour activer l'avènement d'une société sans classe ni Etat.

En 1999, le PC.Hooft-prijs (le plus important prix littéraire en Hollande) lui a été attribué pour l'ensemble de son oeuvre, qui portait aussi bien sur l'histoire du mouvement anarchiste et anarcho-syndicaliste et de ses théoriciens (notamment de Michel BAKOUNINE) que sur la critique du bolchévisme et du modèle soviétique.

Arthur LEHNING meurt le 1er janvier 2000 à Lys Saint-Georges dans l'Indre, village où il s'était retiré avec sa compagne Toke Van Helmond.

Biographie établie d'après le texte de Martine, liaison du Bas-Rhin de la Fédération Anarchiste.



Augustin SOUCHY

Publié le 12/04/2009 à 12:00 par anarchie23
Augustin SOUCHY
(28 août 1892 / 1er janvier 1984)

Evoquer Augustin SOUCHY, c'est s'atteler à couvrir 75 ans de révolutions dans le monde. Doyen des anarchistes allemands, il s'est éteint le 1er janvier 1984 à Munich où il avait décidé de s'établir en 1966 après des périples nombreux et périlleux à travers le monde.

Quand il naît en 1892 non loin de la frontière russo-polonaise (la Pologne fait alors partie de l'empire russe), les lois répressives sur les socialistes viennent à peine d'être abrogées. Son père, artisan-tourneur, est l'un des plus anciens sociaux-démocrates de Silésie et a déjà eu maille à partir avec les autorités en raison de ses convictions politiques. C'est tout naturellement que la famille accueille les ennemis du tsarisme lors de la première révolution russe de 1905.

Augustin SOUCHY écoute les récits des fuyards et rêve de révolution. Il poursuit des études de laborantin à Berlin où il rencontre E. Bernstein, Karl Liebknecht, Clara Zetkin. Il lit Gustav LANDAUER, Pierre RAMUS. Le soir, il fréquente les bibliothèques. Militant socialiste et pacifiste, il est emprisonné une première fois le 18 mai 1911, journée du souvenir des morts de 1848.

Quand éclate le premier conflit mondial, il est à Vienne. Il est antimilitariste et participe au groupe Befreiung. Il est arrêté, on l'attache à un autre prisonnier et on lui accroche une pancarte sur laquelle on lit: "Attention: Anarchiste !". Insoumis, il refuse de participer au carnage et s'exile en Suède où il entreprend d'approfondir les idées libertaires.

La prise du Palais d'Hiver en 1917 redonne espoir à toute une génération de révolutionnaires. Augustin SOUCHY croit à cette révolution. Il retourne en Allemagne en 1919, traversant la Norvège puis le Danemark. La FAUD (Union Libre des Travailleurs Allemands-anarcho-syndicaliste) vient d'être créée. Il rejoint les rangs des anarchosyndicalistes et collabore au journal "Der Syndikalist".

Il est en Russie en 1920, délégué par la FAUD pour participer, sur invitation de Lénine, au second congrès de la IIIe Internationale. Augustin SOUCHY flaire la magouille marxiste et déconseille à ses camarades la collaboration avec le Komintern. Il connaît le sort réservé aux opposants au régime bolchévique. Lors de ce séjour russe, il rencontre Pierre KROPOTKINE (il loge une semaine chez lui), Alexandre BERKMAN et Emma GOLDMAN. A son retour, il rédige une brochure sur la condition des ouvriers et des paysans en Ukraine où il critique virulemment le système bureaucratique.

On le retrouve à Paris, le 20 mai 1921, devant le Mur des Fédérés, pour la commémoration du 50e anniversaire de l'écrasement de la Commune. Il rencontre Han RYNER, Sébastien FAURE, A. Nin, J. Maurin.

En 1922, les anarchosyndicalistes réunis en congrès international à Berlin fondent l'AIT (Association Internationale des Travailleurs). Cette organisation compte au moment de sa création 2 millions d'adhérents. 3 secrétaires sont chargés des tâches administratives et organisationnelles. Parmi eux, Augustin SOUCHY. Co-secrétaire aux côtés de Rudolf ROCKER et d'Alexandre SCHAPIRO, jusqu'en 1933.

Il entreprend ensuite une série de voyages en Amérique du Sud pour nouer des contacts avec les organisations proches et amies sur ce continent. Séjour de plusieurs mois en Argentine. Participe au congrès des anarchosyndicalistes latino-américains à Buenos-Aires ; conférences en Argentine et en Uruguay.

Il est à Berlin quand Hitler prend le pouvoir. La plupart des bureaux de la FAUD sont fermés. De nombreux compagnons choisissent l'exil. Il apprend l'incendie du Reichstag en compagnie d'Erich MUHSAM. Il propose de le cacher. Celui-ci pense fuir à Prague. Augustin SOUCHY se réfugie à Paris où les exilés politiques allemands sont nombreux. Il se rapproche de Louis LECOIN, et gagne sa pitance en tant que journaliste indépendant.

1936, la révolution espagnole offre un terrain de mise en pratique d'idéal longtemps rêvé. Augustin SOUCHY arrive quelques jours avant la tentative du putsch de Franco à Barcelone. Il a la quarantaine, n'a jamais été soldat, se bat aux côtés des anarchistes. Il est secrétaire international de la CNT (Confédération Nationale du Travail). Il parcourt l'Espagne durant toute la guerre civile et constate les réalisations concrètes de la révolution.

A la veille de l'écrasement du mouvement par la coalition fasciste internationale, il regagne la France. Là, sous le coup des lois xénophobes, il est interné dans les camps de Marolles, puis Audierne (Bretagne), d'où il s'évade à l'approche des troupes allemandes. Il se fait passer durant quelques mois pour un valet de ferme.
Augustin SOUCHY réussit à gagner Marseille et croise sur sa route VOLINE, misérable et tout à l'écriture de "La Révolution inconnue" (qui raconte l'histoire de la révolution makhnoviste en Ukraine qui a duré de 1918 à 1921).
Il s'embarque pour le Mexique via Casablanca qui accueille alors les réfugiés de la guerre d'Espagne.

Il y séjourne de 1942 à 1948 (journaliste à Mexico et collaborateur de "Novedades"), puis sur invitation du mouvement libertaire cubain, il visite Cuba (5 mois) en faisant des conférences dans les syndicats, les coopératives, les universités, auprès des ouvriers agricoles des plantations de tabac et de canne à sucre et fêtera joyeusement avec ses compagnons la fin du régime de Batista en 1960.
Entre temps, en 1952, il rentre en Europe. Il se déplace fréquemment: en Suède, en Italie, en Israël, en Yougoslavie, retourne en Argentine.

1952: conférences aux USA. Retour au Mexique fin 1952.
1958/1959: tournée de conférences dans certains pays d'Amérique Latine, du Mexique au Chili.

Dans les années 60, il se rend à Madagascar à la demande de la Confédération Internationale des Syndicats Libres pour une série de conférences, puis au Honduras et en Jamaïque, en Ethiopie, et enfin au Venezuela en 1964 avant de se fixer définitivement sur le sol allemand.

Septuagénaire, Augustin SOUCHY vivra encore 20 ans. Il suit de près les mouvements sociaux, en particulier la révolution de 1975 au Portugal. Il écrit, participe à des débats. Son livre "Nacht über Spanien" (Nuit sur l'Espagne), paru en 1955, est réédité dans les années 70. Un lectorat jeune et ouvert aux idées libertaires se l'arrache. Il se sert des médias comme tribune pour défendre l'humanisme libertaire et les idées forces de l'anarchisme.

En 1977 paraissent ses mémoires: "Vorsicht: Anarchist ! -Ein Leben für die Freiheit" (Attention: anarchiste ! -Une vie pour la liberté -voir ici même dans la rubrique "Ouvrages Anars" la présentation de ce livre).

Presque aveugle, il meurt de vieillesse le jour de l'an. "Direkte Aktion" lui consacre un long article pour "rendre hommage à un compagnon et un grand humaniste qui ne s'est agenouillé ni devant les dieux, ni devant les pouvoirs".

Martine REMON.


Errico MALATESTA

Publié le 22/02/2009 à 12:00 par anarchie23
Errico MALATESTA
Errico MALATESTA est né le 14 décembre 1853, à Santa Maria Capua Vetere, près de Naples, de parents appartenant à la classe moyenne.

En 1869, il entend parler de l'Internationale: il a 16 ans. Ce jeune homme issu de la bourgeoisie napolitaine, passionné par les idées républicaines, rencontre alors FANELLI, GAMBUZZI et entre à l'Internationale en 1871. Après le massacre des ouvriers parisiens et la mort de la Commune, la bourgeoisie européenne, passée sa grande frousse, met l'AIT (Association Internationale des Travailleurs) hors-la-loi. Elle se reconstitue cependant en Italie, clandestinement, sous le nom de Fédération Ouvrière Italienne. Errico MALATESTA en est le secrétaire et rencontre Carmelo PALADINO qui l'initie à l'Anarchisme. Avec Carlo CAFIERO, il collabore à "L'Ordine" et à "La Campana" de Naples, puis il abandonne ses études de médecine (1872) et se consacre à fond à la Fédération Ouvrière Italienne: il devient, en conséquence, la bête noire de la police italienne.

En vue du Congrès de Saint Imier (Sept. 1872) il rencontre Michel BAKOUNINE et participe aux travaux de l'Alliance des Révolutionnaires Socialistes. Malgré sa grande énergie, Errico MALATESTA est de santé fragile ; Michel BAKOUNINE dit de lui: "Dommage qu'il soit si malade ! Nous le perdrons bientôt, il n'en a pas pour 6 mois."
A son retour, il est incarcéré à Bologne pour une durée de 54 jours ; motif: révolutionnaire dangereux !

En 1874 éclatent en Italie du Sud des mouvements insurrectionnels préparés par Michel BAKOUNINE et Andrea Costa. Errico MALATESTA se trouve dans les Pouilles: la police en est avertie et fait échec à ces mouvements. Il tente de fuir dans une charrette à foin mais il est reconnu et de nouveau incarcéré, à Trani. Au procès (1875) la propagande pour l'Internationale s'intensifie et c'est l'acquittement.
Errico MALATESTA rejoint Michel BAKOUNINE et Carlo CAFIERO en Suisse. Puis il part en Espagne. Il rencontre MORAGO à Madrid et rend visite à ALLARINI qui est en prison à Cadix.
Revenu à Naples, il devient franc-maçon espérant, comme Michel BAKOUNINE, obtenir une influence ; mais 2 ans après, il quitte la franc-maçonnerie en adversaire intransigeant.

En 1875, malgré les conseils de Michel BAKOUNINE, il part en Hongrie pour participer à l'insurrection de l'Herzégovine contre les Turcs. Il est arrêté et remis à la police italienne.

Lors du Congrès de l'AIT à Florence (1876) surgit le problème du Collectivisme et du Communisme. A ce congrès, tout d'abord à Florence puis dans les environs, enfin dans un bois, à cause de la police, est adoptée la formule: "De chacun selon ses propres forces, à chacun selon ses besoins."
Errico MALATESTA et Carlo CAFIERO sont nommés délégués pour le Congrès de Berne où Errico MALATESTA présente le Communisme Anarchiste.

Errico MALATESTA et Carlo CAFIERO préparent le Mouvement "La Bande de Benevento". Ils cherchent de l'argent, rencontrent Pierre KROPOTKINE, sans résultat ; finalement Carlo CAFIERO vend le reste de ses biens. Ce mouvement, en 1877, a valeur d'exemple. Le révolutionnaire russe Stepniak y participe. Malgré l'action des carabinieri, une trentaine d'internationalistes armés, drapeau rouge en tête, prennent le village de Letino. On distribue des armes aux paysans, on brûle les documents officiels. Ils vont ensuite à Gallo. Ils font partout des discours mais la population, qui écoute pourtant, ne participe pas. L'armée intervient: la situation est désespérée. Errico MALATESTA et Carlo CAFIERO, restés sur place, sont arrêtés.
L'équipée de Benevento a duré 12 jours ; un carabinier a été tué, un autre blessé. En prison, Carlo CAFIERO écrit "Résumé du Capital", Stepniak "La Russie souterraine", Errico MALATESTA un rapport des faits pour l'AIT. Au procès, Saverio Merlino s'offre à défendre Errico MALATESTA. Tous déclarent avoir tiré sur les carabinieri. Le jury les acquitte.
Errico MALATESTA revient à Naples, en 1878, où il est constamment surveillé par la police. Il a dépensé son héritage en propagande.

Il se rend en Egypte ; le consul italien l'expulse sur Beyrouth, celui de Beyrouth sur Smyrne. Se trouvant sur un bateau français, il se lie d'amitié avec le capitaine qui le garde à bord jusqu'en Italie. A Livourne, la police veut l'arrêter mais le capitaine refuse de le livrer. Finalement, Errico MALATESTA débarque à Marseille d'où il se rend à Genève pour aider Pierre KROPOTKINE à publier "Le Révolté".
Expulsé, il part en Roumanie, revient en France en 1879 ; à nouveau expulsé, il se rend alors en Belgique, puis il rejoint Londres où il se fixe. D'abord vendeur de glaces et bonbons, il ouvre par la suite un atelier de mécanique. Son ami Carlo CAFIERO souffre d'une attaque mentale. Andrea Costa se convertit au parlementarisme: sa défection causera de graves dommages aux internationalistes de Romagne. Il sera co-fondateur du Parti Socialiste Italien.

A Londres a lieu le dernier congrès de l'AIT. Sont présents: Pierre KROPOTKINE, Merlino, Louise MICHEL. Errico MALATESTA propose "une nouvelle organisation semblable à l'Internationale, qui conserve son nom mais accentue ses principes dans un sens révolutionnaire."
Pratiquement, il n'obtient aucun résultat, à cause, surtout, de l'esprit anti-organisateur des Anarchistes français. "Nous sommes des doctrinaires impénitents" dit Errico MALATESTA. Sous le nom de Serreaux, un policier français participe au Congrès ; il dirige la "Révolution Sociale" à laquelle participent Louise MICHEL, Carlo CAFIERO, etc... Il donne de nombreux renseignements aux polices européennes.

Errico MALATESTA quitte Londres pour rejoindre les Egyptiens en révolte contre les Européens. Il ne parviendra pas à les joindre et rentre alors clandestinement en Italie. Il est arrêté mais relâché peu après, grâce à une nouvelle loi qui supprime la détention préventive. Il fonde "La Questione Sociale" et "Anarchia".

En 1884 a lieu le procès d'Errico MALATESTA, Merlino et autres ; condamnés à 4 et 3 ans de prison, ils font appel et sont remis en liberté provisoire. Une épidémie de choléra éclate à Naples ; Errico MALATESTA, avec d'autres compagnons, se porte volontaire pour soigner les malades. Roméo LOMBARDO et Antonio VALDRE meurent. Errico MALATESTA, ex-étudiant en médecine, s'occupe de la section de malades où l'on enregistrera le plus de guérisons. Un décret officiel le remercie, mais il refuse les remerciements. Lorsque l'épidémie cesse, les anarchistes quittent Naples en publiant un manifeste: "La cause véritable du choléra est la misère, et le seul remède pour éviter son retour ne peut être que la révolution sociale."

Le procès reprend ; les condamnés s'enfuient. Errico MALATESTA se fait enfermer dans une caisse de machines à coudre pour échapper à la police et il s'embarque pour l'Amérique du Sud ; auparavant il avait publié son dialogue "Entre paysans".
En 1885, à Buenos Aires: avec Agenore NATTA, il installe un atelier de mécanique et publie un journal en langue italienne: "La Questione Sociale". Il organise les sections ouvrières de résistance, en particulier l'"Association des Boulangers d'Argentine".
Avec AGOSTINELLI, Agenore NATTA, MANICONI, PALLA, il part en Patagonie dans l'espoir de ramener de l'or pour la propagande. Après des aventures rocambolesques, il revient à Buenos Aires où, à part quelques visites à Montevideo, il restera jusqu'en 1889.

Il rentre en Europe ; à Nice, il publie "L'Associazione" mais, interdit de séjour en France, il doit partir précipitamment pour Londres. Il ouvre à nouveau un atelier de mécanique. Effectuant des voyages clandestins en France et en Italie, il est arrêté en Suisse. Il revient à Londres où il doit polémiquer avec d'autres anarchistes sur les attentats, les syndicats, etc...
En 1892, il se rend en Espagne. Il rencontre Fernando Tarrida del MARMOL à Séville ; Ricardo MELLA et Fermin SALVOCHEA à Cadix. Carlo CAFIERO meurt à Nocera Inferiore.
Il effectue des voyages clandestins en Belgique et en France, échappant à chaque fois à la police.

A Londres, tous les anarchistes réfugiés décident d'intervenir au Congrès International Ouvrier Socialiste (1896). Errico MALATESTA est délégué de l'Espagne. Il y a aussi Fernand PELLOUTIER, Pietro GORI, Gustav LANDAUER, Domela NIEUWENHUIS de Hollande. Les marxistes étant majoritaires votent l'expulsion des anarchistes et des socialistes anti-parlementaires.
Errico MALATESTA rencontrera Michele ANGIOLILLO à Londres ; il naîtra entre eux une amitié fraternelle. Michele ANGIOLILLO exécutera le 8 août 1897, à Santa Agueda, le président du Conseil des Ministres espagnol Antonio Canovas del Castillo. Michele ANGIOLILLO sera garrotté le 20 août 1897 dans la cour de la prison de Vergara.

Revenu incognito en Italie, Errico MALATESTA polémique dans "L'Agitazione" avec Merlino qui est passé au parlementarisme: peu d'anarchistes italiens suivront Merlino.
Errico MALATESTA propage pour la première fois en Italie la méthode syndicale et l'action directe ouvrière. "L'Agitazione" est très estimée de ses adversaires: la police ne parvient pas à l'arrêter. Mais 9 mois après son arrivée, la femme d'un compagnon, croyant être trompée, fait un scandale devant la maison où se cache Errico MALATESTA, maison qu'elle croit être le lieu des "turpitudes" de son mari. Découvert et arrêté, Errico MALATESTA est remis en liberté, sa condamnation à 3 ans de prison étant caduque.

De nouveau arrêté avec ses camarades pour "Association de malfaiteurs", il en profite pour lancer une campagne pour la "liberté d'association", campagne qui réussit: les anarchistes ne sont plus considérés comme malfaiteurs mais comme agents subversifs. Déjà condamné à 6 mois de prison, Errico MALATESTA est envoyé, à la suite de "troubles sociaux", en réclusion avec 2 compagnons en 1899, gagne Malte, Londres, puis Patterson (USA).
Là, il continue le journal "La Questione Sociale" et doit polémiquer avec l'individualiste CIANCABILLA et son journal "L'Aurora". Au cours d'une discussion animée, un camarade "énervé" tire sur lui un coup de revolver et le blesse à une jambe.

Errico MALATESTA écrit "Il Nostro Programma", se rend à Cuba, puis revient à Londres (1900) où il reprend son atelier de mécanique et d'électricité dans le quartier d'Islington. Il publie divers journaux: "L'Internazionale", "Lo Sciopero Generale", etc.

En 1907 il participe au Congrès anarchiste d'Amsterdam où il s'oppose à Monatte sur l'organisation syndicaliste.
Monatte: "Le Syndicalisme Révolutionnaire, à la différence du socialisme et de l'anarchisme qui l'ont précédé dans la carrière, s'est affirmé moins par des théories que par des actes, et c'est dans l'action, plus que dans les livres, qu'il faut aller le chercher. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir tout ce qu'il y a de commun entre anarchisme et syndicalisme", etc.
Pour plus d'information sur ce sujet, lire le livre disponible auprès des Editions du Monde Libertaire intitulé "Anarchisme et Syndicalisme: le Congrès Anarchiste International d'Amsterdam de 1907" de M. Delasalle, A. Miéville et M. Antonioli.
Dans l'histoire de l'anarchisme, le Congrès d'Amsterdam, qui s'est tenu du 14 au 31 août 1907, constitue un des évènements les plus significatifs: les délégué(e)s de 14 pays participèrent à ce congrès ; la présence de figures historiques du mouvement anarchiste international, telles qu'Errico MALATESTA, Luigi FABBRI, Monatte, Benoit BROUTCHOUX, Emma GOLDMAN, Rudolf ROCKER, CORNELISSEN... lui donna un relief particulier.
Parmi tous les problèmes débattus, celui qui fera date dans l'histoire de l'anarchisme international fut celui du développement futur du mouvement ouvrier et en particulier sur le rapport entre anarchisme et syndicalisme, entre organisation spécifique et organisation syndicale, de masses.
Le débat entre Errico MALATESTA et Monatte constitue encore aujourd'hui une référence et un témoignage historique d'une valeur indiscutable.

En 1910, un terroriste russe qui travaille à l'atelier d'Errico MALATESTA est surpris en flagrant délit de vol et est tué après une bataille rangée avec la police. Errico MALATESTA n'est pas inquiété. Il écrit l'article "Capitalistes et voleurs".
A la suite de provocations de la part d'agents du gouvernement italien, il manque d'être expulsé de Grande Bretagne.
En 1913, rentré en Italie, il rencontre Mussolini, directeur du journal "Aventi", le plus important des journaux ouvriers. (En 1912, au Congrès du Parti Socialiste Italien, à Reggio Emilia, le groupe réuni autour de Bissolati, Bonomi et Cabrini, qui s'était déclaré en faveur de la guerre, est exclu du Parti. Mussolini qui appartient à l'aile gauche est chargé de la rédaction de "L'Avanti". Après le début de la 1ère guerre mondiale, Mussolini prit soudain parti, dans "L'Avanti", pour la guerre. Il fut relevé de ses fonctions et exclu du Parti.)
Errico MALATESTA calme les querelles personnelles parmi les anarchistes ; prend des contacts avec les autres organisations révolutionnaires, fait des conférences, encourage le syndicalisme (1914).
Il reçoit Mussolini et discute longuement avec lui sur la révolution. Mussolini est sceptique. Errico MALATESTA conclut en disant à Luigi FABBRI: "Cet homme est révolutionnaire seulement dans son journal, il n'y a rien à faire avec lui"...

A Ancône, lors de manifestations antimilitaristes auxquelles participe Errico MALATESTA, le peuple s'empare de la ville: la police tire ; les Syndicats décrètent la grève générale ; l'armée intervient ; c'est la Semaine Rouge. Mussolini soutient le mouvement en paroles, mais ne fait rien. Errico MALATESTA doit fuir à nouveau. Il est à Londres, toujours électro-mécanicien.
Après la publication pro alliés de Pierre KROPOTKINE, il écrit dans le journal "Freedom": "Les anarchistes ont-ils oublié leurs principes ?".

En 1919, il retourne en Italie, à Gênes, où il est accueilli par la foule. Il commence une série de conférences sur la nécessité de la révolution. Il engage des négociations avec les socialistes afin de la réaliser ; la police essaye alors de l'assassiner. Malgré les obstacles légaux, "Umanita Nova" tire à 50 000 exemplaires. Il impulse l'Union Syndicaliste Italienne (USI), d'influence anarchiste.

En 1920, un soulèvement a lieu à Ancône: les usines sont occupées, mais le mouvement est trahi par l'attitude des sociaux démocrates de la CGL, qui rendent les usines. (CGL: les associations professionnelles qu'on désignait aussi, au début, sous le nom de "Leghe di Resistenza" donnèrent naissance à la Confédération Italienne du Travail (Confederazione Italiana del Lavoro), qui succédait à la Commission Syndicale domiciliée à Milan. Du point de vue de l'organisation, la CGL se trouvait en liaison avec le parti socialiste.)

A Bologne, après un meeting anarchiste où Errico MALATESTA prend la parole, des incidents éclatent: il y a des victimes et des blessés du côté des ouvriers et de la police. Errico MALATESTA et l'équipe d'"Umanita Nova" sont arrêtés.
Les protestations se multiplient, des attentats fascistes ont lieu.(Le 23 mars 1919, Mussolini fonde les "Fasci di Combattimento". Le 9 novembre 1921, fondation du "Partido Nazionale Fascista". Mussolini est reconnu comme Duce. Le 27 octobre 1922, début de la marche sur Rome. Le 30 octobre 1922, constitution du nouveau gouvernement Mussolini.)

En mars 1921 une bombe est lancée au théâtre Diana, tuant 20 personnes. Il s'agit, hélas, de l'attentat d'un anarchiste individualiste. Les fascistes attaquent et détruisent les locaux d'"Umanita Nova".
Bien que comprenant et expliquant des faits semblables comme le produit inévitable des injustices sociales et des provocations d'en haut, Errico MALATESTA leur a toujours manifesté dans sa propagande son opposition la plus décidée.
(Giuseppe Mariani qui participa à l'attentat du Diana, le 23 mars 1921 -attentat qui causa de très nombreuses victimes et qui fut commis en signe de protestation contre le maintien en prison d'Errico MALATESTA- passera 25 ans en prison et en déportation dans les îles ; mais il attendra sa libération -Mussolini étant exécuté et le Fascisme abattu- pour dire ce qu'il pensait depuis longtemps, à savoir que l'attentat était une erreur.) Luis MERCIER-VEGA, "L'increvable anarchie" -coll.10-18, p.76.

Le procès d'Errico MALATESTA et de ses amis (son avocat est toujours Saverio Merlino) se termine par un acquittement général.
Le Fascisme, financé par la bourgeoisie, aidé par le gouvernement, avance. En juillet 1922, l'Alliance du Travail (Union des divers Syndicats sur l'impulsion d'Errico MALATESTA) proclame la Grève Générale ; mais les fascistes la déciment par la force. Ils brûlent ensuite, sur la place Cavour, le portrait d'Errico MALATESTA. "Umanita Nova" est interdit.

Errico MALATESTA a 69 ans: il reprend son métier d'électricien.
En 1924 paraît "Penserio e Volonta". Le Fascisme à ses débuts laisse la liberté de la presse, mais la censure se fait de plus en plus sévère et en 1926 interdit la revue. L'atelier d'Errico MALATESTA est détruit par les Fascistes: il doit, ainsi que sa compagne Elena MELLI, et sa fille Gemma, vivre de l'aide des compagnons anarchistes.

Il refuse de quitter l'Italie. Au moment de la République espagnole (12 avril 1931: victoire des Républicains aux élections. Proclamation de la république) "il aurait voulu partir, mais il était déjà trop tard". Luigi FABBRI, p. 160.
Une équipe de police le surveille nuit et jour. Sa santé faiblit. Il fait passer des articles pour "Il Risveglio" et " L'Adunata dei Refrattari".

"Franchement, quand on a rêvé et tant attendu, il est douloureux de mourir dans les conditions où je vais peut-être mourir, à la veille, qui sait ?, des évènements espérés. Mais que veux-tu, peut-être n'y a-t-il rien d'autre qu'à attendre la fin avec, devant les yeux, l'image de ceux qui m'ont tant aimé et que j'ai tant aimés". (Lettre à BERTONI, 30 juin 1932).
Errico MALATESTA meurt le 22 juillet 1932.

(Biographie qui se trouve dans l'ouvrage "Ecrits Choisis" d'Errico MALATESTA ) -voir ici même dans la rubrique "Ouvrages Anars" la présentation de ce livre-.


EN SUPPLEMENT:
"J'ai le malheur -ou le bonheur- de ne pas être un littérateur. Je ne sais pas faire de belles phrases et cela ne m'intéresse pas, je n'aime pas la rhétorique ampoulée. Ce que je dis, je le dis toujours au pied de la lettre et c'est pourquoi j'ai tendance à prendre au pied de la lettre ce que disent les autres."
(Errico MALATESTA, "Penserio e Volonta", 16 avril-16 mai 1925)


"Par respect pour la vérité aussi bien que dans l'intérêt du mouvement anarchiste, il est faux de présenter Errico MALATESTA comme un agitateur et un révolutionnaire professionnel. Si sa vie est aussi importante que ses idées, pour le mouvement anarchiste, c'est précisément parce qu'il n'a été ni un révolutionnaire professionnel, ni un "saint", ni un "prophète", ni un "homme prédestiné". Errico MALATESTA a toujours été un compagnon parmi d'autres compagnons et s'il cherchait à défendre son point de vue, c'était sans jamais tenter d'imposer le poids de sa personnalité à un argument. Il est bon d'ajouter à cet égard que, comme orateur, il n'a jamais utiliser de "trucs" oratoires et, comme auteur d'articles, il s'est toujours attaché à convaincre ses lecteurs par la clarté, la logique et le strict bon sens de ses arguments. Et c'est justement non pas malgré cette attitude mais grâce à cette attitude que ses écrits sont imprégnés (comme l'étaient ses discours, j'en suis persuadé) d'une véritable chaleur humaine, parce qu'ils partent de la compréhension des problèmes (ainsi que des difficultés à surmonter) auxquels sont confrontés tous ceux qui désirent ardemment faire quelque chose pour changer radicalement la société."
Vernon RICHARDS, "MALATESTA, Life and Ideas".