Créer un blog Présentation

Nom du blog :
anarchie23
Description du blog :
Tout ce qui a trait à l'anarchisme en Creuse et au-delà...
Catégorie :
Blog Politique
Date de création :
02.06.2007
Dernière mise à jour :
04.05.2008
RSS

Rubriques

>> Toutes les catégories <<
· Activités-Rencarts (19)
· De l'anarchisme.... (6)
· Documents, Affiches... (15)
· Histoires Anarchistes (13)
· Infos et Liens (24)
· Journal Anar (22)
· Ouvrages Anars (20)
· Portraits d'Anars (19)

Navigation

Accueil
Livre d'or anarchie23
Créer un blog
Contactez-moi !
Faites passer mon Blog !
Mes blogs et sites préférés

Billets les plus lus

· L'Affaire Sacco et Vanzetti
· Un Village Anarchiste
· Pour l'abolition de la carte d'identité
· Les libertariens
· Les députés ? A la retraite !
· Gentioux Antimilitariste
· Sarkosy à Sannat !
· BONAVENTURE, une école libertaire
· De l'autogestion concrète !
· Extrême France

Statistiques



Ajoutez aux favoris 20 derniers commentaires

les liens donnés par Autogestion
13.05.2008
Merci pour les liens !
13.05.2008
parler moins pour agir plus
11.05.2008
chouette !
08.05.2008
Courage !
07.05.2008
je vais revenir
07.05.2008
Villages alternatifs
04.05.2008
1er contact
04.05.2008
+ de 10 000 visites !
03.05.2008
Un prompt rétablissement !
03.05.2008
bonjour
03.05.2008
On s'y emploie !
03.05.2008
Merci !
03.05.2008
yeh
02.05.2008
Un plaisir...
01.05.2008
Bises à toi !
29.04.2008
koukou me revoilou
28.04.2008
Merci Libertad !
26.04.2008
Anarchie encore et toujour
26.04.2008
Je suis presque d'accord
22.04.2008
RSS

Blogs 19 à découvrir :

· amistaduruguay
· liguerevolutionnaire
· dubnorix

Portraits d Anars

Arthur LEHNING

Posté le 22.06.2007 par anarchie23
Bonsoir ! Ayant repris le nom d'Arthur Lehning pour notre groupe de la Fédération Anarchiste en Creuse, voici donc une petite biographie de celui-ci:

Arthur LEHNING (1899-2000)

Né le 23 octobre 1899 à Utrecht (Pays-Bas). Militant anarchiste et anarcho-syndicaliste mais aussi archiviste et historien du mouvement libertaire international.

Très jeune, il fréquente les milieux révolutionnaires qui refusent la guerre puis l'Etatisme bolchevique. Il est cofondateur, en décembre 1919, avec Rudolf Rocker et Augustin Souchy de la F.A.U.D. (Freie Arbeiter Union Deutschland), qui adhère le 22 décembre 1922 à Berlin, à la nouvelle A.I.T (Association Internationale des Travailleurs) anti-autoritaire.
Il prend part aux actions en faveur de Sacco et Vanzetti et publie une importante critique du bolchevisme.

Mais son action ne se limite pas à la politique, il occupe également la scène artistique et littéraire et participe au mouvement "Bauhaus". En janvier 1927, il crée la revue "I.10" qui comptera parmi ses collaborateurs de nombreux artistes et intellectuels.

En 1935, à Amsterdam, il fonde l'I.I.H.S (Institut International d'Histoire Sociale), qui deviendra un immense centre de documentation.
Secrétaire de l'A.I.T, il se rend à plusieurs reprises dans l'Espagne révolutionnaire de 1936.

En tant qu'historien, il est l'auteur de "De Buonarroti à Bakounine", mais aussi "Anarchisme et marxisme dans la révolution russe", etc...
Dans les années 1970, il publie les monumentales archives "Bakounine".
A l'âge de 100 ans (eh oui !) il est honoré de la plus haute distinction littéraire néerlandaise.

Il meurt le 1er janvier 2000 à Lys-Saint-Georges dans l'Indre où il s'était retiré avec sa compagne Toke Van Helmond.

Elisée RECLUS

Posté le 27.06.2007 par anarchie23
Géographe, théoricien du mouvement libertaire et militant anarchiste.

Né le 15 Mars 1830 à Sainte-Foy-la-Grande(Gironde) fait ses études de géographe à Berlin, avant de parcourir le monde. En 1871, il prend une part active à la Commune de Paris. Arrêté les armes à la main, il est condamné à la déportation en Nouvelle-Calédonie. Mais, grâce au soutien de la communauté scientifique, sa peine sera commuée, le 3 février 1872, à dix ans de bannissement.

Il rejoint alors son frère Elie (également anarchiste et communard) en Suisse, et participe à la Fédération Jurassienne, avec Bakounine et James Guillaume.
En 1877, il rencontre Pierre Kropotkine, qui deviendra son ami. Après la Suisse, c'est en Belgique, à Ixelles (près de Bruxelles) qu'Elisée Reclus s'installe. Très actif, c'est sous son impulsion qu'une Université Nouvelle est créé, ainsi qu'un Institut des Hautes Etudes (en 1894) dans lequel il enseignera.

Auteur prolifique, Elisée Reclus a participé à de nombreuses revues, brochures et journaux: "Le Révolté" ; "L'Insurgé" ; "Le Cri du Peuple", etc. Mais il est surtout l'auteur de l'extraordinaire "Géographie Universelle" (19 volumes) et de "L'Homme et la Terre" (6 volumes), ouvrages de géopolitique dans lesquels il analyse le rapport de l'homme et de son environnement et aborde des sujets très variés (éducation, naturisme, etc.) Il est un des tout premiers à mêler géographie et politique, sociologie et écologie... Ses travaux font encore référence aujourd'hui.

"Histoire d'un ruisseau" et "Histoire d'une montagne" sont peut-être ses 2 livres les plus connus: ils racontent, pédagogiquement, comment se forment un ruisseau et une montagne. En toute simplicité, avec beaucoup de poésie, mais avec un ton empreint de respect et de lucidité face à la nature.

Elisée écrivait: "Celui qui commande se déprave, celui qui obéit se rapetisse. La morale qui naît de la hiérarchie sociale est forcément corrompue."


Elisée Reclus meurt le 4 Juillet 1905. le dernier volume de "L'Homme et la Terre" ne sortira qu"après sa mort (édité par son neveu Paul Reclus).

Erich MUHSAM

Posté le 19.03.2008 par anarchie23
Avant tout, Erich Mühsam a été un agitateur, doué d'un sens prononcé pour la provocation, avec une bonne composante d'humour, habitué des cafés littéraires, il savait y faire apprécier ses poèmes caustiques. Ecrivain et journaliste de combat, souvent en conflit avec les autorités à cause de sa liberté de parole, il greffait de préférence sa réflexion sur les évènements de la vie quotidienne. Son existence d'"en-dehors", comme on disait alors en France, l'amenait selon des témoignages de contemporains à se tourner d'abord vers les exclus, chômeurs, repris de justice. Un de ses essais est consacré à l'homosexualité. Mais ce littérateur était aussi un homme d'action, confiant dans les vertus du "détonateur". Condamné à 15 ans de détention pour sa participation à la République des conseils de Munich, libéré après 5 ans, il a été également une des premières victimes du régime hitlérien auquel il s'était opposé dès le départ avec énergie et lucidité.

Erich Mühsam est né le 6 avril 1878 à Berlin, d'une famille juive. Son père est pharmacien. Dès ses études secondaires, à Lubeck, il manifeste son esprit de révolte et son sens critique en publiant dans un journal social-démocrate de la ville plusieurs articles anonymes sur la vie d'internat. Il est renvoyé du collège pour "activités socialistes". Après son baccalauréat, il est quelques temps apprenti puis aide-pharmacien.

Bientôt, il fait la connaissance de Gustav Landauer (voir biographie également ici) et s'associe avec lui aux activités de la "Nouvelle Communauté", un groupe littéraire libéral qui exercera par la suite une assez grande influence sur la vie intellectuelle allemande. Il fait quelques voyages en Suisse, en Italie, en Autriche et en France. En 1909, il s'installe à Munich où il gagne sa vie en collaborant à divers journaux, notamment à "Jugend" et à "Simplicissimus". Au mois d'avril 1911, il fonde la revue mensuelle "Kain" qu'il arrive à maintenir jusqu'à la guerre et dont il publie une nouvelle série de novembre 1918 à avril 1919.

En janvier 1918, au moment de la grève générale déclenchée dans toute l'Allemagne par les ouvriers des fabriques de munitions pour manifester contre la guerre, Erich Mühsam harangue à Munich les travailleurs des usines Krupp. De plus, il a refusé d'être incorporé dans le service auxiliaire patriotique qui vient d'être instauré. La police l'arrête et l'envoie en résidence surveillée. Libéré le 5 novembre, il tient au cours des 3 journées suivantes des discours pacifistes devant les casernes munichoises.

Après la proclamation de la République de Bavière et la constitution du Conseil des ouvriers, des soldats et des paysans, il est un des partisans les plus actifs du "pouvoir des conseils" et combat avec acharnement le retour à l'ancien parlementarisme. Le 7 décembre, 400 hommes conduits par Erich Mühsam et Rudolf Egelhoffer, l'un des principaux responsables de la mutinerie de Kiel, occupant les locaux de la presse munichoise. Eisner intervient personnellement, en pleine nuit, pour faire cesser l'occupation. L'opération se poursuit alors au ministère de l'Intérieur, où ils arrachent sa démission au ministre social-démocrate Aber. Mais les troupes gouvernementales les dispersent.

Le 10 janvier 1919, craignant des troubles à l'occasion des élections législatives, Eisner fait arrêter Erich Mühsam et 11 autres militants du Conseil ouvrier révolutionnaire et du K.P.D., mais une manifestation l'oblige à les libérer. L'un d'entre eux, le communiste Max Levien qui adhère aussi au Conseil ouvrier révolutionnaire animé par Erich Mühsam, est arrêté à nouveau début février pour un discours prononcé au Conseil central où il appelait à la lutte décisive contre la bourgeoisie. On fait état contre lui d'un article de l'ancien code pénal concernant l'"excitation". Les délégués du Conseil ouvrier révolutionnaire (R.A.R), dont Gustav Landauer et Erich Mühsam, se rendent au ministère de la Justice pour obtenir sa libération en menaçant d'une manifestation de masse. Il est relâché le même jour, le 9 février, et rejoint immédiatement une réunion du R.A.R. destinée à organiser la manifestation. Sur proposition de Gustav Landauer, le R.A.R se rend vers le théâtre où le Conseil central délibère lui aussi sur les décisions à prendre pour défendre la liberté d'expression et faire abroger l'article sur l'"excitation". La réunion sera agitée, au moment où les R.A.R et les communistes réclament d'ajouter aux mots d'ordre de la démonstration, la démission de certains ministres et la non-convocation de l'Assemblée nationale, les socialistes majoritaires quittent la salle. Ils sont remplacés aussitôt par "les hommes de confiance" des entreprises munichoises, et la très importante manifestation du 16 février est décidée.

Début avril, les Conseils d'ouvriers d'Augsbourg déclenchent une grève politique avec les mots d'ordre "dictature illimitée du prolétariat, création d'une République des conseils, alliance avec la Russie et la Hongrie soviétiques, rupture des relations avec le gouvernement central de Berlin, formation d'une armée révolutionnaire".

Plusieurs villes de Bavière suivent le mouvement. A Munich, Erich Mühsam est de ceux qui interviennent avec le plus de détermination pour inciter à la proclamation de la République des conseils de Bavière, dans la nuit du 6 au 7 avril. Selon les souvenirs du social-démocrate Niskisch, Erich Mühsam se propose comme délégué du peuple aux Affaires extérieures. Il est contré amicalement par Gustav Landauer, ce qui ne l'empêche pas de soutenir chaleureusement celui-ci pour la délégation à l'Education.

Le 13 avril, au cours du putsch social-démocrate, Erich Mühsam est arrêté avec certains délégués du peuple, et conduit à la prison d'Ebrach, près de Bamberg. Cette arrestation lui évite sans doute d'être abattu après le 1er mai. Le procès d'Erich Mühsam et de ses 12 camarades a lieu en juillet, à Munich. Il se défend de manière courageuse et sarcastique. La cour martiale le condamne à 15 ans de détention. Il est emprisonné à Ansbach, puis à Niederschonenfeld. Durant son incarcération, il écrit un "Hommage à Landauer", des poèmes et son drame "Judas" qui figurera au répertoire de Piscator.

Erich Mühsam est mort le 10 juillet 1934, assassiné au camp de concentration d'Oranienbourg.

Errico MALATESTA

Posté le 13.04.2008 par anarchie23
Errico MALATESTA (né le 14 décembre 1853 à Santa Maria Capua Vetere, dans la province de Caserte, en Campagnie, Italie -mort le 12 juillet 1932) est un propagandiste et un révolutionnaire anarchiste très actif tout au long de sa vie.

Il naît dans une famille de propriétaires terriens. Le père Federico et son épouse Lazzarina Rastoin (originaire de Marseille) possède aussi la fabrique de tannage de cuir la plus florissante de la région. Il fait ses études dans un collège tenu par les Pères Scolopi. Très jeune, il se range aux idées républicaines de Giuseppe Mazzini. A l'âge de 14 ans, il écrit une lettre au roi Victor-Emmanuel II, se plaignant de l'injustice locale, il est inquiété par la police, mais à raison de son âge, il est laissé libre.

En mars 1870, il est arrêté une première fois pour une réunion organisée dans un cercle d'étudiants républicains. Il est alors inscrit à l'Université de Naples, où il fait des études de médecine pendant 3 ans sans obtenir de diplômes. En effet, il est expulsé de l'université parce qu'en 1871, il adhère à la Première Internationale. Il devient le secrétaire de la section italienne. Entre-temps, après la Commune de Paris, il abandonne les idées républicaines pour adopter les idées anarchistes. La même année, il apprend la mécanique et l'électricité.

En 1872, durant le Congrès de Saint-Imier, pour la création de l'Internationale anti-autoritaire, il rencontre le révolutionnaire anarchiste Michel BAKOUNINE.

Durant les 4 années suivantes, il participe à la propagande internationaliste en Italie. Il est emprisonné 2 fois pour ses activités. En 1973, il est arrêté à Bologne et en 1874, il participe avec un petit groupe à une tentative infructueuse d'insurrection à Castel del Monte. Il est arrêté peu après à Pesaro. Le procès se termine par l'acquittement de tous les inculpés, résultat d'une grande popularité pour les insurgés et en particulier pour Errico MALATESTA.

Le 19 octobre 1875, Errico MALATESTA entre dans la franc-maçonnerie afin de tenter de diffuser l'idéal anarchiste et en sort définitivement le 18 mars 1876, indigné de la décision de la loge d'organiser une réception d'honneur pour Giovanni Nicotera, élu depuis peu ministre de l'Intérieur.

Le communisme anarchiste est proclamé pour la première fois à la Fédération italienne de l'Association Internationale des Travailleurs et Anti-Autoritaire au Congrès de Florence de 1876 par COSTA, Errico MALATESTA, Carlo CAFIERO et COVELLI. Cette prise de position suscite l'opposition au collectivisme qui est la position officielle de l'AIT anti-autoritaire (l'influence de Michel BAKOUNINE) de cette époque.

En avril 1877, Errico MALATESTA, Carlo CAFIERO, le russe Sergius STEPNIAK et une trentaine d'autres commencent une insurrection dans le Bénévent, prenant les villages de Letino et Gallo sans un combat. Les révolutionnaires brûlent les registres communaux sur les propriétés et déclarent la fin de règne du roi. Ils sont accueillis par la population avec enthousiasme, même un prêtre montre son soutien. Après avoir quitté Gallo, ils sont arrêtés par les troupes gouvernementales et mis en prison pendant 16 mois avant d'être acquittés.

Après un certain nombre d'attaques terroristes contre la famille royale italienne et leurs amis, la police commence à garder sous une surveillance constante les radicaux et les révolutionnaires. Bien que les anarchistes clament n'avoir aucun lien avec ses attaques, Errico MALATESTA, en tant que militant pour la révolution sociale, fait partie des éléments sous surveillance.
Après son retour de Naples, il sera obligé de quitter l'Italie, et commence une longue période d'exil.


LE DEPART DE L'ITALIE

En 1878, Errico MALATESTA commence une longue période de pérégrinations: il fair un brève passage en Egypte où il visite quelques amis italiens avant d'être expulsé par le consul italien, à cause de son implication dans les révoltes anticoloniales survenues en Egypte.

Après avoir travaillé sur un bateau français, et s'être vu refusé son entrée en Syrie, en Turquie et en Italie, il débarque à Marseille, d'où il part pour la Suisse, à Genève (à ce moment-là un haut lieu de l'anarchisme) et où il fait la connaissance d'Elisée RECLUS (voir portrait dans cette même rubrique) et de Pierre KROPOTKINE, dont il devient un grans ami et avec qui il publie "La Révolte".

Il est expulsé de Suisse et part pour Londres en 1880, en passant par la Roumanie, Paris et la Belgique où il organise avec Pierre KROPOTKINE le Congrès International socialiste révolutionnaire.

En 1882, il prend connaissance de la révolte de Arabi Pacha et il retourne en Egypte pour essayer de transformer le mouvement nationaliste en révolte sociale. Il est arrêté par les soldats anglais et rentre en Italie clandestinement en débarquant à Livorno.

Peu de temps après, il est arrêté pour conspiration avec son ami Francesco MERLINO et d'autres révolutionnaires. Profitant de sa liberté provisoire, il se rend à Florence où il commence la publication de "La Question Sociale".

Malgré une condamnation à 3 ans de réclusion, en 1884, il se rend à Naples, pour aider la population touchée par une épidémie de choléra, qu'il quitte précipitamment pour l'Amérique du Sud afin d'éviter l'emprisonnement.


L'EXIL EN ARGENTINE

Il s'installe à Buenos Aires, où il entre en contact avec le "Cercle communiste Anarquico" et reprend la publication -en langue italienne- de "La Question Sociale".

En 1886, il tente l'expérience qui se révéla désastreuse, de chercheur d'or en Patagonie et en 1887, il participe à la naissance du premier syndicat argentin, le "Sindacat des boulangers", dont il écrit les statuts.

En 1888, il est accusé d'avoir falsifié de la monnaie, cela se révèlera faux. Il prend la décision de partir et après un court séjour à Montevideo, il rentre en Europe en 1889.


RETOUR EN EUROPE

Il s'établit d'abord à Nice, où il publie le quotidien clandestin "L'avvenire". La police française se met rapidement sur ses traces, l'obligeant à se réfugier de nouveau à Londres.

Entre 1891 et 1892 il tient une série de meetings en Espagne avec son ami Pedro ESTEVE, et il participe à une révolte populaire à Jerez de la Frontera. Recherché par la police, il retourne à Londres où en 1896, il assiste au Congrès socialiste international.

A Paris, on parle de contacts entre Marie Sophie de Bourbon, surnommé romantiquement la "Reine des Anarchistes" et Errico MALATESTA, rapports probablement seulement de connaissance compte tenu du peu de sympathie politique que montre l'aristocratie à l'égard des "subversifs".

En 1897, il voyage clandestinement jusqu'à Ancône, où il participe à la création de "L'agitazione".
L'année suivante, à l'occasion du "Mouvement pour le pain", il est arrêté et condamné à 7 mois de réclusion. A peine a-t-il fini sa peine qu'il est condamné à 5 ans de résidence forcée à Ustica, puis à Lampedusa d'où il s'évade en 1899 pour se rendre en Tunisie.

En 1900, après 2 brefs séjours à New York et à Cuba, il s'installe à Londres où il reste 12 ans à l'exception d'un voyage à Amsterdam en 1907 pendant lequel il participe au "Congrès Anarchiste International".


A LONDRES

Pendant le séjour dans la capitale anglaise, Errico MALATESTA gagne sa vie comme électricien et mécanicien. Pendant cette période, on note un certain ralentissement de son activité subversive. Très rapidement, il gagne l'estime des travailleurs anglais qui tiendront d'importantes manifestations de protestation lorsque Errico MALATESTA rencontre des problèmes judiciaires.

L'épisode du 20 mai 1912 est emblématique, quand la cour de Bow Street le condamne à 3 mois de réclusion suite à la plainte pour diffamation de la part de l'espion italien Ennio Belelli, la condamnation est accompagnée d'un décret d'expulsion qui est annulé suite à la manifestation populaire du 12 juin.

Il laisse l'Angleterre en 1913 pour rentrer en Italie où il commence la publication d'un hebdomadaire "Volonta".

En 1914, il est le principal artisan de la Semaine Rouge (settimana rossa) ; recherché de nouveau par la police, il est obligé de revenir pour la énième fois à Londres.

A la veille de la Première Guerre Mondiale, il se sépare douloureusement de son ami Pierre KROPOTKINE, après un âpre débat sur l'attitude que les anarchistes doivent tenir sur le sujet de l'interventionnisme. Errico MALATESTA soutient les idées de l'antimilitarisme et de l'internationalisme. Cette position est encore plus évidente en 1916, au travers de sa réponse au "Manifeste des Seize" publiée en avril par "Freedom".


LE RETOUR EN ITALIE

En 1919, après plusieurs tentatives vaines, Errico MALATESTA obtient un passeport du consul italien à Londres. Il s'embarque pour Taranto le 24 décembre. En Italie, il utilise immédiatement sa popularité pour mener une intense activité de propagande et de subversion qui en fait l'un des acteurs principaux de la période "biennio rosso". Il prend contact avec les "Arditi del Populo".

Entre 1919 et décembre 1921, il participe avec Gabriele D'Annunzio au coup de force sur la ville de Fiume. Son influence se fait sentir dans la charte du Carnaro écrite par le syndicaliste révolutionnaire Alceste de Ambris, et finalisée par D'Annunzio sous la forme d'une régence pirate autonome et littéraire.

En 1920, il dirige à Milan le quotidien anarchiste "Umanita Nova" ; la même année il est arrêté et enfermé dans la prison de San Vittore. Il commence avec d'autres détenus une grève de la faim qui le mène presque à la mort. La grève est arrêtée suite à un attentat perpétré par quelques anarchistes du courant individuel, le 23 mars 1921 dans un hôtel situé à proximité du Théâtre Diana.


LE FASCISME ET LA FIN DE L'ACTIVITE SUBVERSIVE

La même année, Errico MALATESTA est libéré ; il continue à diriger "Umanita Nova" jusqu'en 1922, année au cours de laquelle les fascistes prennent le pouvoir et interdisent le journal qui réouvrira en 1945 sous la forme d'un hebdomadaire.

Fuyant les contrôles fascistes, Errico MALATESTA se rend clandestinement en Suisse pour assister au 50ième Congrès de Saint-Imier, puis s'installe définitivement à Rome avec sa compagne Elena MELLI et sa fille Gemma.

Pendant les premières années du gouvernement fasciste, il poursuit son activité de propagande, de 1924 à 1926, malgré le rigide contrôle de la censure, il publie le journal clandestin "Pensiero e Volonta".

Les années suivantes, le régime fasciste impose à Errico MALATESTA le contrôle continu auprès d'un groupe de gardiens, le condamnant ainsi à un isolement en particulier des mouvements anarchistes.

Il passe les dernières années de sa vie reclus dans sa maison avec sa famille, subissant une détérioration progressive de son état de santé. En mars 1932, il survit à une grave infection pulmonaire, et meurt le 22 juillet d'une grave crise respiratoire.


PRINCIPES POLITIQUES

Errico MALATESTA tente une synthèse de la conception anarchiste, sans pourtant l'emprisonner dans un système. Pour atteindre ce but, il distingue l'anarchie de l'anarchisme. Le premier est la finalité, il a une valeur mi-historique et universelle: il représente le vouloir être et comme tel n'est pas déductible d'aucune situation historique. L'anarchisme est la traduction de cette fin dans la concrétisation d'une situation historique. La division correspond à celle entre jugements de valeur et jugements de fait.

Les valeurs fondamentales de l'anarchie -liberté, égalité, solidarité- sont des expressions rationnelles d'une aspiration universelle et comme telles ne sont liées à aucune doctrine. Errico MALATESTA refuse autant le droit naturel que le positivisme. Le premier, car il considère l'idée d'une société naturelle comme le résultat de la paresse de ceux qui rêvent que les aspirations humaines se réalisent spontanément, sans lutte ; le second, parce que l'exaltation de la science amène à un nouveau dogme.

Errico MALATESTA développe dans ses différents écrits des principes révolutionnaires anarchistes, tels le volontarisme, le gradualisme révolutionnaire et bien d'autres principes.

Il expérimente divers principes révolutionnaires dont l'insurrectionalisme dans le Bénévent, mais aussi dans d'autres pays, où il dut s'exiler.

"Une chose est de comprendre, une autre de pardonner certains faits, les revendiquer, en être solidaires. Nous ne pouvons accepter, encourager et imiter de tels actes. Nous devons être résolus et énergiques, mais nous devons également nous efforcer de ne jamais dépasser les limites nécessaires." (Errico MALATESTA, "Un peu de théorie" (1892))

Il met en garde contre les tendances à la bureaucratisation dans les organisations anarchistes:
"Evidemment si, dans une organisation, on laisse à quelques-uns tout le travail et toutes les responsabilités, si on subit ce que font certains sans mettre la main à la pâte et chercher à faire mieux, ces "quelques uns" finiront, même s'ils ne le veulent pas, par substituer leur propre volonté à celle de la collectivité. Si dans une organisation tous les membres ne se préoccupent pas d'exercer sur tout et sur tous leurs facultés critiques et laissent à quelques-uns la responsabilité de penser pour tous, ces "quelques uns" seront les chefs, les têtes pensantes et dirigeantes." (Errico MALATESTA, "L'Agitation à Ancône" (1897)).

Il est très critique vis-à-vis du syndicalisme révolutionnaire que défendait Pierre Monatte. Il exprime son point de vue sur cette question au Congrès international anarchiste d'Amsterdam en 1907.

Il critique également la plateforme de Piotr Archinov, plateforme étant une proposition d'organisation avec de nouveaux principes, et qui fut lancé par le groupe russe Dielo Trouda (pourchassé par les bolchéviques) en exil. Errico MALATESTA remarque dans la "plateforme" des principes peu libertaires dans le fond, sur la responsabilité collective par exemple, et quand au fonctionnement sur les prises de décisions peu claires, laissant le champ vide à de possibles prises de pouvoir.


LA REVOLUTION, UN ACTE DE VOLONTE

La volonté est l'élément décisif pour la transformation sociale. La société libertaire dépend uniquement de la volonté des hommes. L'histoire échappe à toute philosophie et à toute tentative de prévisions. Pour cela, il n'est pas possible de savoir quand la période est faste pour la révolution et il faut profiter de toutes les occasions. La révolution n'est pas un fait économique et sociale mais un acte de volonté. La révolution doit rassembler les masses, mais les masses ne deviendront pas anarchistes avant que la révolution ait commencé ; les anarchistes doivent alors se joindre aux masses et les accepter comme elles sont, sans projets pédagogiques inévitablement autoritaires et en adaptant plutôt l'idéologie à leur ressentir. L'action révolutionnaire à 2 objectifs: la destruction des obstacles à la liberté, et la diffusion graduelle de la pratique de la liberté, privée de toutes coercitions.

Gustav LANDAUER

Posté le 22/09/2007 par anarchie23
Gustav Landauer naquit le 7 avril 1870 dans une famille juive moyenne à Karlrushe, en Allemagne du Sud-Ouest, une région avec un long passé de dissidence sociale remontant au Moyen Age et où naquirent et grandirent deux autres anarchistes: Johann Most et Rudolph Rocker.
C'est en 1870 qu'éclata la guerre franco-prussienne qui marqua l'apparition de l'Allemagne comme une puissance militaire centralisée. Tout au long de ses 50 années d'existence, Landauer dut se battre contre ce Léviathan sans cesse grandissant. En même temps, il s'opposa à la version centraliste et étatiste du socialisme contenue dans le parti social-démocrate allemand au caractère hiérarchique et autoritaire.

En 1892, après des études aux Universités de Heidelberg, Berlin et Strasbourg, Landauer se joignit à un groupe marxiste dissident à Berlin connu sous le nom de "Die yungen" (les jeunes) qui avait été expulsé du parti social-démocrate l'année précédente.

Assurant l'éditorial du journal hebdomadaire du groupe Der Sozialist, il émit une critique décentralisatrice et anti-autoritaire du marxisme dans la lignée de Kropotkine et Bakounine, réclamant le remplacement de l'Etat par une fédération de communes autonomes organisées à partir de la base.
Comme Kropotkine et William Morris, Landauer admirait la vie communale décentralisée du Moyen Age, "un ensemble d'unités indépendantes", qu'il appelait "une société de sociétés". Bien qu'il acceptât la notion de lutte de classe, il fut rebuté par la rigidité dogmatique de la théorie marxiste ainsi que par toute autorité bureaucratique centralisée, tant économique que politique.

En 1893, il fut un des dissidents -Rosa Luxembourg en fut une autre- exclus du Congrès de Zurich de la 2° Internationale. Ce qui provoqua le départ du vétéran Amilcare Cipriani, qui protesta: "Je m'en vais rejoindre ceux que vous avez bannis, les victimes de votre intolérance et de votre brutalité".
Landauer fut à nouveau exclu -avec Errico Malatesta, Ferdinand Domela Nieuwenhuis et d'autres délégués anarchistes- du Congrès de Londres en 1896, la dernière fois que les anarchistes cherchèrent à participer aux rassemblements de l'Internationale socialiste. Dans son livre "Aufruf zum Socialismus" publié en 1911, Landauer alla jusqu'à appeler le marxisme "le fléau de notre ère et la malédiction du mouvement socialiste".

En 1893, après le Congrès de Zurich, Landauer publia son premier roman, "Le Prêtre de la mort", mais ses activités littéraires furent interrompues par un séjour en prison pour avoir publié des "propos séditieux" dans Der Sozialist dont la parution fut temporairement suspendue. Bien qu'il ait été emprisonné de nombreuses autres fois -une pour avoir critiqué le chef de la police de Berlin- il continua à publier Der Sozialist jusqu'à la fin de la décennie, en faisant un journal d'une haute qualité intellectuelle bien qu'ayant une valeur d'agitation limitée. Car son orientation théorique et philosophique grandissante l'empêchait d'avoir une grande audience parmi la classe ouvrière. Ce journal toucha de plus en plus d'intellectuels et de spécialistes plutôt que des ouvriers et des paysans. Ce qui provoqua des divisions parmi les ouvriers du journal qui objectaient que celui-ci perdait son efficacité en tant qu'instrument de propagande anarchiste. Bien que Landauer essayât de modifier son attitude, il n'alla pas assez loin et en 1899, une audience de plus en plus rare obligea Der Sozialist à cesser sa publication.

A cette époque, Landauer en était arrivé à abandonner ses attaques de front contre le capitalisme et l'Etat.
Auparavant, sa pensée avait été dominée par l'anarchisme révolutionnaire de Bakounine et de Kropotkine. A propos de Bakounine, il notait: "Je l'ai aimé et admiré depuis le premier jour que je l'ai rencontré" et en 1901 il édita avec Max Nettlau une collection allemande des oeuvres de Bakounine. Au cours des années suivantes, il traduisit plusieurs des livres les plus importants de Kropotkine. Et puis, au début du siècle, il tomba de plus en plus sous l'influence de Tolstoï, et principalement de Proudhon, qu'il appelait "le plus grand de tous les socialistes". Il s'inspira beaucoup du mutuellisme de Proudhon pour former sa propre philosophie, adoptant l'idée d'une "Banque du Peuple" qui permettrait au petit producteur d'obtenir des crédits moins chers et de faciliter le juste échange de ses produits. De plus en plus, il mit l'accent sur une révolution sociale pacifique et sur l'importance de l'éducation libertaire, principalement celle développée par Francisco Ferrer et son mouvement d'école Moderne.
Pendant ce temps, il restait attaché à Kropotkine, moins pour l'aspect militant et révolutionnaire de sa pensée que pour son approche éthique, sa théorie de l'aide mutuelle et son intérêt pour la production coopérative décentralisée.

Suivant les principes fédéralistes de Kropotkine et Proudhon, Landauer réclamait une société basée sur la coopération volontaire et l'aide mutuelle, "une société d'échange égalitaire basée sur des communautés régionales, des communautés rurales qui combinent l'agriculture et l'industrie". Il parla de moins en moins de lutte de classes, et pour lui, "action directe" signifia alors la création de coopératives pacifiques combinées avec la résistance passive à l'Etat plutôt que la révolte armée ou les actes de propagande par le fait.
Pour Landauer, en outre, la "grève générale" vint à signifier non pas l'arrêt du travail, mais la poursuite du travail pour le bénéfice propre de chacun et sous le contrôle de chacun. Considérant l'Etat comme "la négation de l'amour et de l'humanité", il réclama son remplacement par des communautés volontaires. Il appela les ouvriers, les paysans ainsi que les intellectuels à sortir de leur passivité et à se détacher de l'Etat -en quoi il voyait un système de contrainte, d'exploitation et d'injustice- en formant leurs propres communes rurales et urbaines.

Le socialisme, pour Landauer, n'était plus l'inauguration de quelque chose de nouveau, un acte apocalyptique brutal, mais la découverte et le développement de quelque chose "toujours à son début" et "toujours en train de se transformer". Dans ses livres les plus connus, "Die Revolution" et "Aufruf zum Sozialismus", il appelait les ouvriers à créer une société libre "en dehors" et "au côté" de celle existante. Il les pressa de "partir du capitalisme" en "commençant à être des êtres humains" de créer ce que nous appellerions maintenant "une société alternative" prenant la forme d'enclaves libertaires à l'intérieur de l'ordre établi, qui servirait d'inspiration et de modèles pour les suivantes. En d'autres termes, il ne concevait plus la révolution comme un violent soulèvement de masse mais comme la création pacifique progressive d'une "contre culture".

En formulant cette conception, Landauer était fortement influencé par l'écrivain français du 16° siècle, Etienne de La Boétie, et sa critique de la "servitude volontaire" des masses. La Boétie avait dit que le peuple devait se dégager de l'appui des institutions autoritaires et former ses institutions libertaires. Si personne n'obéit au tyran, son pouvoir disparaîtra. Se libérer de la société centralisée, curative et bureaucratique, tel fut alors le message essentiel de Landauer.

Son "Socialist Bund" fondé en 1908, devait marquer le début d'une telle société alternative, constituée de corps naturels et volontaires. En même temps, le "Socialist Bund" devait être une alternative libertaire au parti social démocrate autoritaire et hiérarchique. Vers 1911, il ne comptait pas moins de 20 groupes à Berlin, Zurich et dans d'autres villes allemandes et suisses, et même à Paris.

Mais bien que Landauer soit devenu un porte parole de la coopération volontaire et de la résistance passive, il ne renia jamais complètement la révolution de masse. Il ne repoussa jamais l'insurrection populaire spontanée. Et bien qu'il fût opposé au terrorisme individuel, il conserva toujours une certaine sympathie pour les terroristes et il comprenait le désespoir qui les poussait à agir ainsi.

Au cours des années précédant la première guerre mondiale, Landauer était un personnage familier au sein des cercles politiques et intellectuels allemands. Grand, mince, la carrure étroite, les traits fins, et les yeux expressifs, il portait souvent une grande cape et un vieux chapeau. Soucieux, fervent, toujours à la recherche de la vérité, il évita constamment tous les dogmes. On sentait quand il parlait, écrivait Rudolf Rocker, que chaque mot sortait de son âme, était empreint d'une intégrité absolue. Mais il fut un prophète sans gloire dans son propre pays. Il s'attira la haine éternelle de beaucoup de ses compatriotes par son opposition à la guerre.

"La guerre est un acte de puissance, de meurtre, de vol", écrivait-il déjà en 1912, avant Randolph Bourne. "C'est l'expression la plus aiguë et la plus claire de l'Etat" (une célèbre expression de Bourne "La guerre c'est la santé de l'Etat"). A Noël 1916, il écrivit une lettre à Woodrow Wilson mettant l'accent sur la nécessité non pas seulement de la conclusion de la paix, mais aussi d'une ligue des nations pour le contrôle des armes et pour assurer la protection des droits humains à travers le monde.

Quand la Révolution éclata en Bavière, le 7 novembre 1918, premier anniversaire de la Révolution Bolchévique, Landauer fut appelé à Munich par son ami Kurt Eisner, président socialiste de la nouvelle république bavaroise. Landauer, cependant, ne devint pas membre du cabinet de Eisner, comme cela fut parfois affirmé. Il joua, avec ses camarades Erich Muchsam et Ernst Toller, un rôle essentiel dans un mouvement pour l'organisation de conseils d'ouvriers, de fermiers, de soldats et de marins destinés à lancer cette espèce de société fédéraliste qu'il avait si longtemps préconisée. Il milita, avec Muchsam, au Conseil des Travailleurs Révolutionnaires (R.A.R) et au Conseil Central des Travailleurs de Bavière. Il continua de soutenir un système de conseils et de coopératives, basé sur l'autonomie et l'autogestion, laissant de côté toute idée de gouvernement parlementaire ou de dictature prolétarienne avec un contrôle de l'Etat sur l'industrie et l'agriculture. Se différenciant nettement de Muchsam sur ce point, il avait critiqué la dictature révolutionnaire créée en Russie par Lénine, en écrivant en 1918 que les bolchéviques "oeuvraient pour un régime militaire qui serait beaucoup plus horrible que tout ce que le monde avait connu". Au lieu de la vision marxiste du socialisme d'Etat et d'une dictature du prolétariat, Landauer continua à se battre pour une société décentralisée de coopératives et de communautés libres avec un contrôle local et une autogestion à partir de la base.

Non pas qu'il espérait que l'âge d'or d'une société sans Etat serait atteinte du jour au lendemain. "Il ne me vient pas à l'idée de désirer un résultat définitif, disait-il. Je verrai toujours quelque chose au-delà du but. J'ai pour objet le processus et nous sommes enfin dans le processus."

Mais ces espoirs, bien que limités, furent de courte durée. Après l'assassinat d'Eisner (dont la mort fut durement ressentie après les meurtres de Rosa Luxembourg et de Karl Liebnecht à Berlin) Landauer devint ministre de l'Education dans un nouveau Conseil de République proclamé à Munich le 7 avril 1919, le jour de son 49° anniversaire. C'était peut-être un poste indiqué pour lui, disciple de Ferrer, pour un homme qui accordait une si haute valeur à l'éducation pour accomplir la révolution spirituelle de ses rêves. Mais il conserva ce poste seulement une semaine, le perdant lorsque les communistes prirent le pouvoir. Bien qu'il est élaboré un programme d'éducation libertaire pour les citoyens de tous âges, adultes aussi bien qu'enfants, celui-ci ne fut jamais appliqué.

Le 1er mai 1919, le ministre de la Défense à Berlin, Gustav Noske, envoya des unités "freikorps" pour écraser la révolution bavaroise. Le lendemain, Landauer fut arrêté. Dans la cour de la prison, un employé se leva et le frappa au visage, donnant ainsi le signal d'un sauvage massacre.

Provoqué, attaqué par une meute, Landauer fut battu à coups de matraques et de crosses de fusil, puis piétiné, écrasé.
"Tuez-moi donc" s'exclama-t-il. "Pensez que vous êtes des êtres humains !". A ces mots, il fut abattu. Son corps fut mis à nu et jeté dans un lavoir. (Erich Muchsam devait subir le même sort aux mains des nazis en 1934).

Noske, un social démocrate, félicita le commandant des forces punitives pour "la façon si discrète et pleinement réussie avec laquelle vous avez mené l'opération à Munich". Le soldat qui tua Landauer fut acquitté de toutes charges après avoir proclamé qu'il avait tout simplement "suivi des ordres". L'employé qui avait frappé Landauer au visage se vit infliger une amende de 500 marks. Un autre employé fut condamné à 5 semaines de prison, non pour avoir tué Landauer, mais pour avoir volé sa montre. L'officier en fonction ne passa jamais en jugement.

Un monument à la mémoire de Landauer, érigé par l'Union Anarcho-Syndicaliste avec l'aide des travailleurs de Munich, fut détruit par les nazis après l'arrivée au pouvoir de Hitler.

Sa mort tragique et brutale aux mains des soldats du totalitarisme naissant continue de soulever l'indignation et la compassion. Il fut le plus célèbre martyr anarchiste de la Révolution Allemande. Il fut aussi l'intellectuel anarchiste allemand le plus influent du 20° siècle, à la seule exception peut-être de Rudolph Rocker. Son oeuvre fut louée par des écrivains allemands aussi éminents qu'Hermann Hesse et Arnold Zweig.

Paul AVRICH


- Texte publié en avril 1975 dans "L'Humanisme Libertaire" n°215.

Louise MICHEL

Posté le 02.03.2008 par anarchie23
Bonjour ! Dans le dernier numéro de janvier/mars 2008 de Creuse-Citron, le journal de la Creuse libertaire, vendu à prix libre, nous pouvons y lire cet article:

UNE LOUISE MICHEL UN PEU TROP ASEPTISEE

L'automne dernier, les Creusois eurent l'occasion de visiter à Aubusson une exposition sur la "fascinante Louise Michel". Celle-ci était organisée par l'association Louise Michel de Haute-Marne (département où elle est née).

DES OUBLIS ?

Cette exposition a pu surprendre le visiteur un tant soit peu au courant de l'engagement politique de Louise Michel car en parcourant les 23 panneaux proposés, il lui aura été bien difficile de découvrir que celle-ci fut une ardente militante anarchiste ainsi que la première à arborer le drapeau noir qui devint, par la suite, l'emblème si connu du mouvement anarchiste. "...Plus de drapeau rouge mouillé du sang de nos soldats. J'arborerai le drapeau noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions". Elle se réclamera de ce mouvement jusqu'à sa mort.

Très tôt, elle s'engagea dans une activité politique radicale sans concession: elle fut secrétaire de la Société démocratique de moralisation ayant pour but d'aider les ouvrières. Elle fut adhérente, sinon proche, de la Première Internationale ainsi que des idées de Blanqui, auteur du fameux "Ni Dieu, ni maître". Tout cela sans oublier son rôle très important dans la Commune de Paris (1871). C'est sans doute au contact de Nathalie Le Mel, une des animatrices de la Commune, déportée avec elle en Nouvelle-Calédonie, que Louise Michel devint anarchiste.

Elle disait: "Si un pouvoir quelconque pouvait faire quelque chose, c'était bien le Commune composée d'hommes d'intelligence, de courage, d'une incroyable honnêteté et qui avaient donné d'incontestables preuves de dévouement et d'énergie. Le pouvoir les annihila, ne leur laissant plus d'implacable volonté que pour le sacrifice. C'est que le pouvoir est maudit et c'est pour cela que je suis anarchiste."

CONSENSUS MOU

On peut se demander pourquoi de telles impasses sur les idées politiques de Louise Michel. Que ses idées et son engagement anarchistes dérangent, c'est évident. Mais, plus banalement, cette présentation très édulcorée de Louise Michel n'a rien d'étonnant en ces temps d'apolitisme généralisé et de confusion idéologique portée à son maximum. Toute référence en ce domaine se doit d'être lisse, peu propice à la confrontation d'idées...en quelques mots, consensuellement et politiquement correcte !

Déjà, la présentation qu'en faisait l'association annonçait la couleur: "faire connaître son oeuvre", c'est-à-dire "sa lutte contre toutes les injustices, toutes les formes de racisme, pour une instruction pour tous, la dignité pour les travailleurs et le respect de toutes les cultures." N'en jetez plus, la coupe citoyenniste est pleine à ras bord ! Surtout aucune référence explicite aux positions idéologiques, on ne peut plus claires, de Louise Michel.

Dans la lignée de l'aspect positif de la colonisation, de l'orchestration mélo-dramatique de la lettre de Guy Môquet et de bien d'autres révisions, cette exposition y trouve sa petite place, peut-être bien involontairement de la part de ses concepteurs. En effet, il n'est même pas sûr qu'il y ait une volonté délibérée d'occulter des positions idéologiques dérangeantes pour nombre d'humanistes bien intentionnés.

UNE RECUPERATION VIEILLE COMME LA "BONNE LOUISE"

Après les calomnies, les insultes et les mensonges de son vivant, le temps de la récupération vint. Son nom est un des plus utilisés aux frontispices des écoles, collèges, lycées... De nombreuses rues nous la rappellent tous les jours. La Mairie de Paris n'hésite pas à lui rendre hommage en organisant un important colloque (2005), un prix Louise Michel (remis par le Sénat) a été créé pour "honorer" une personnalité censée défendre les valeurs républicaines. Parmi les derniers à qui ce prix a été décerné, on trouve Chirac, Balladur, Bouteflika ou encore Hosni Moubarak ! Il n'y a plus de limites au grotesque. Il ne manque juste que Sarkozy en fasse une de ces prochaines idoles politiques. Pourquoi pas, au point où on en est ?

Après être restée une semaine dans la salle de la Bourse du travail, l'exposition a été tranférée dans les locaux du lycée E. Jamot. A n'en pas douter, ce fut une belle leçon d'histoire et d'éducation civique comme on les aime aujourd'hui: révisée à souhait, débarrassée de ses oripeaux révolutionnaires, en un mot citoyenne !

COMPLEMENTS BIOGRAPHIQUES

1870: elle est élue présidente du Comité de vigilance des citoyennes du 18ème arrondissement de Paris. Peu après, elle se proposera pour se rendre seule à Versailles et tuer Thiers.

Mars 1871: pendant la Commune, avec un fusil sous son manteau, elle monta à l'assaut des Buttes de Montmartre pour empêcher la prise des canons de la Garde nationale par les Versaillais.

Mai 1871: (fin de la Commune), sur la barricade de Clignancourt, elle participe aux derniers combats de rue. Elle se rendra pour faire libérer sa mère, arrêtée à sa place.

Juillet 1881: elle assiste au congrès anarchiste international de Londres qui consacre la propagande par le fait comme moyen d'émancipation des travailleurs.

Mars 1883: avec E. Pouget, Louise Michel prend la tête d'une manifestation de "sans-travail" à Paris précédée du drapeau noir. Celle-ci dégénère rapidement en pillages de boulangeries et en affrontements avec les forces du désordre. Louise sera condamnée à 6 ans de réclusion pour "excitation au pillage".

Août 1886: elle est condamnée à 4 mois de prison pour incitation au meurtre durant son intervention en faveur des mineurs de Decazeville.

1888: elle débute une longue série de conférences en faveur de l'anarchisme et de la grève générale.

Et ça continue ainsi jusqu'à sa mort en 1905.


SUPPLEMENT D'ANARCHIE23: nous voudrions compléter cet article juste par 2 extraits de la brochure "Louise Michel" de Claire AUZIAS, parue en 2003 aux Editions du Monde Libertaire:

"Les productions commémoratives du parti communiste français retracent volontiers la première partie de la vie de la révolutionnaire, mais s'arrêtent mystérieusement au départ en Nouvelle-Calédonie, en 1872. Entre 1872 et 1905, date de sa mort, que s'est-il donc passé qui ne soit pas à dire ? (c'est par exemple le cas, entre mille, de la biographie d'Irma Boyer dans la collection "Les belles figures du prolétariat"). Enfin, quelques anarchistes écrivirent des biographies de Louise Michel: Charles Malato, André Prudhommeaux, Hem Day, Lorulot, etc. Ceux-ci exaltent l'inlassable propagandiste anarchiste qu'elle fut de 1880 à 1905, sans pour autant ignorer l'enfance et la jeunesse de cette dernière."

"Le lecteur désireux de connaître la fondatrice du journal "Le Libertaire", avec Sébastien Faure son cadet, lira donc avant tout les propres "Mémoires" de Louise Michel, heureusement réédités récemment, ainsi que son maître livre: "La Commune, histoire et souvenirs", pareillement réédité enfin !"

Maurice JOYEUX (1910/1991)

Posté le 09.08.2007 par anarchie23
Bonjour ! Aujourd'hui, nous allons vous parler d'une figure marquante de l'anarchisme: Maurice Joyeux ! Egalement parce que nous connaissons personnellement des membres de sa famille. Et puis pour une question toute bête: est-ce que sans lui, la Fédération Anarchiste serait ce qu'elle est aujourd'hui ?

Le 29 Janvier 1910, Maurice Joyeux naît à Paris.
A 14 ans, sa famille s'installe à Deauville et il est apprenti serrurier. C'est sa première expérience dans le monde du travail et aussi sa première révolte: il casse une côte à son patron qui voulait le frapper. Il est condamné à une amende de 1000 francs. Dès cette époque, il est décidé à ne plus jamais dépendre de personne.

C'est à l'occasion de la manifestation contre la condamnation à mort de Sacco et Vanzetti en 1927 qu'il rencontre le mouvement libertaire. Il a 17 ans.
A 18 ans, sa rébellion contre les brimades imbéciles et gratuites de l'armée le conduit en prison où il passera 3 années et sera traduit 2 fois devant le Conseil de guerre.

En 1932, lors de la grande crise économique, il connaît l'asile de nuit, les soupes populaires. Il s'engage au Comité des Chômeurs dont il deviendra le secrétaire. C'est le début de son action syndicale. Il rencontre toutes les composantes du mouvement ouvrier: communistes, trotskistes, pacifistes et bien sur les anarchistes. Il raconte leurs premières actions dans son livre "Le Consulat Polonais". L'attaque de ce Consulat lui vaut 1 an de prison à Fresnes, en 1933.

Il adhère à l'Union Anarchiste en 1935, et est condamné à 6 mois de prison pour violence à agents. En 1936, il participe aux occupations d'usines et anime le Front Révolutionnaire. Ses idées sur l'anarchisme et l'anarcho-syndicalisme sont développées dans "Autogestion, gestion directe, gestion ouvrière".

Réfractaire à la guerre, il est arrêté en 1940 pour n'avoir pas répondu à sa feuille de mobilisation et est condamné à 5 ans de prison. Incarcéré à Montluc à Lyon, il s'évade après avoir fomenté une mutinerie (sujet de son livre "Mutinerie à Montluc" édité en 1971) ; mais il sera repris et finalement libéré en 1944.

Durant toute sa vie, Maurice Joyeux aura donc fait 10 ans de prison. Durant ces années d'incarcération, il découvre et étudie Proudhon, Bakounine, Kropotkine, Stirner, Malatesta, Reclus... qui viendront compléter sa connaissance de la littérature populaire et sociale (Hugo, Zola, London, etc...)

Mais Maurice Joyeux affirmera la nécessité pour le mouvement libertaire de s'inscrire dans l'évolution des situations contemporaines en ne faisant plus seulement référence aux grands anciens.
Autrement dit, au niveau des principes ne rien changer, au niveau des moyens il faut s'adapter, assumer les évolutions de la pensée.


Dès la libération, il s'emploie donc à la construction de la Fédération Anarchiste et à l'édition du "Libertaire". Il le fera avec Vincey, les frères Lapeyre et une militante qui deviendra sa compagne: Suzy Chevet. La Fédération Anarchiste se structure, se donne des moyens de propagande. Il ouvre une librairie anarchiste à Paris appelée "Le Château des brouillards".

En décembre 1953, c'est la scission: Fontenis, qui avait créer "l'Organisation Pensée Bataille" (O.P.B) à l'intérieur même de la Fédération Anarchiste, provoque son éclatement en plusieurs nouvelles organisations dont la Fédération communiste libertaire (F.C.L).
Mais Maurice Joyeux reconstruit la Fédération Anarchiste autour du nouveau journal "Le Monde Libertaire" (hebdomadaire toujours existant).
Il a rédigé une brochure (L'Hydre de Lerne) racontant l'histoire de la Fédération Anarchiste et publiée en 1967.

Avec sa compagne, Suzy Chevet, et le groupe "Louise Michel", il crée "La Rue", revue d'expression culturelle libertaire.
En 1981, il est le premier invité de Radio Libertaire (radio libre de la Fédération Anarchiste à Paris qui émet toujours).
Il meurt le 9 décembre 1991.

Il nous laisse plusieurs brochures et ouvrages théoriques: "L'Anarchie et la Société Moderne"(1969); "L'Anarchie et la Société Contemporaine" ainsi que 2 livres de souvenirs "Souvenirs d'un anarchiste" et "Sous les plis du drapeau noir".
Commande possible en ligne à: http://www.librairie-publico.com.

Il est sorti également récemment un documentaire filmé retraçant sa vie.

Le dernier couplet de la chanson de Léo Ferré "Les Anarchistes" fait explicitement référence à lui:
"Y'en a pas 1 sur 100 et pourtant ils existent
Et qu'ils se tiennent bien
Bras dessus bras dessous
JOYEUX ! Et c'est pour çà
Qu'ils sont toujours debouts
Les Anarchistes"

May-Picqueray (1898/1983)

Posté le 15.07.2007 par anarchie23
Bonjour ! Puisque notre 1er groupe de la Fédération Anarchiste en Creuse en 1991 s'appelait "May-Picqueray", voici donc la biographie de cette militante anarchiste:

May-Picqueray aurait pu, comme tant d'autres, n'être qu'une petite bretonne ordinaire. Papa convoyeur postal. Maman couturière en chambre. Le certif à 10 ans 1/2 avec la mention "très bien". Et, à 11 ans, au boulot ! Sa voie semblait toute tracée. Mais les hasards de la vie ont fait qu'il en a été tout autrement.

Placée chez un négociant à Penhoët, elle y resta peu et fut engagée par une institutrice pour s'occuper d'un de ses deux fils épileptique. Considérée comme l'enfant de la maison, elle partit avec ses employeurs et leurs 2 fils au Canada. Deux ans plus tard, le petit épileptique meurt et elle fréquente alors le lycée de Montréal. Mais arrive la guerre de 14/18: le négociant regagne la France et est tué, sa femme meurt et un oncle recueille le fils restant. Quand à May, elle est rapatriée.

Elle travaille alors comme interprète puis dactylo bilingue. Mariée une première fois, elle quitte son mari qui se droguait.
Arrivée à Paris en 1918, elle se lie à Dragui, étudiant en médecine qui l'initie à l'anarchisme. Elle rentre chez les anars et n'en sortira plus jamais. Elle participe aux sorties champêtres collectives que pratiquaient volontiers les compagnes et les compagnons. Elle connaît là Sébastien Faure (militant anarchiste ayant créé l'école libertaire La Ruche) et Louis Lecoin (célèbre militant libertaire pacifiste ayant, entre autres, fait une grève de la faim en 1963 pour faire adopter sous le régime gaulliste le statut d'objecteur de conscience). Mais Dragui part pour l'Allemagne...

En 1921, elle défraye la chronique en envoyant un colis piégé à l'ambassadeur des Etats-Unis à Paris (il explosera sans faire de victimes) pour protester contre la condamnation à mort de Sacco et Vanzetti.(anarchistes émigrés italiens accusés de meurtre injustement)
Inscrite au groupe des Jeunesses anarchistes des Ve et XIIIe arr. et aux Jeunesses syndicalistes, elle devient en 1922 secrétaire administrative de la Fédération des Métaux de la CGTU. Elle assiste au 1er congrès de la CGTU à St-Etienne.

May-Picqueray fut déléguée au IIe congrès de l'Internationale syndicale rouge à Moscou en 1922 où elle ne passera pas inaperçue: elle monte sur la table pour dénoncer des congressistes en train de s'empiffrer pendant que le peuple russe crève littéralement de faim. Elle ose chanter "Le Triomphe de l'Anarchie" en fin de repas alors que résonnent les choeurs de l'allégeance au marxisme. Et elle refuse de serrer la main au "généralissime" Trotski -grand chef de l'Armée rouge et bourreau des marins de Kronstadt et des paysans makhnovistes ukrainiens- à qui elle est pourtant venue demander (elle l'obtiendra) la libération de 2 jeunes anarchistes russo-américains. (Mollie Steiner et Sonya Flechine, condamnés à la déportation aux îles Solovietsky).

Bloquée à Moscou pour défaut de passeport, elle put revenir grâce à de faux papiers mais arrêtée à la frontière franco-belge, elle fut écrouée à Avesnes-sur-Helpe et condamnée pour usage de faux.
Quelques mois après son retour, la Fédération des Métaux étant passée sous influence communiste, elle la quitte.
En 1924, May-Picqueray est au meeting de La Grange-aux-Belles pour faire le coup de poing lors duquel les bolchéviques de chez nous tuèrent 2 ouvriers anarchistes à coups de revolver.
Elle partit ensuite pour la province (à St-Tropez) où, mi-rédactrice, mi-correctrice, elle travailla pendant 7 ans dans un journal régional. Elle fut également, pendant 3 ans, la secrétaire particulière d'Emma Goldman (militante anarchiste féministe très connue).

Elle revient à Paris pendant la guerre d'Espagne et travaille pour diverses oeuvres de bienfaisance. A partir de juin 1940, à Toulouse, elle s'occupe des camps de concentration français de la zone libre, en particulier des camps de Noé et du Vernet. Elle favorisa plusieurs évasions, puis se sentant suspectée, elle dut quitter la région. Elle n'en continua pas moins, de manière indépendante, à fabriquer des faux papiers pour des évadé(e)s ou des résistants(tes) de divers groupements.

May-Picqueray devient ensuite correctrice à Paris puis dans un journal local en province et adhére au syndicat des correcteurs lors de son entrée dans la presse parisienne. Elle fut l'une des 4 ou 5 femmes, toutes militantes, que comptait alors ce syndicat.
Elle fonde l'association "Les Amis de Louis Lecoin" pour apporter une aide pratique aux insoumis, réfractaires et autres objecteurs de conscience. C'est là qu'elle fait paraître le journal "Le Réfractaire" dans lequel elle écrit une foultitude de textes au vitriol.

Et puis, jusqu'au bout, on la retrouve en mai 68, au Larzac en 75, à Creys-Malville en 77... Bref, jusqu'à sa mort en 83, May n'en aura pas raté une !
Elle était d'une intransigeance de tous les instants, d'un courage à toute épreuve et d'une gentillesse jamais démentie.
Cette réfractaire à toutes les injustices comme à toutes les oppressions nous incite à ne pas désespérer de l'espèce humaine !

May ! On t'aimait, tu nous manques et on t'aimera toujours !


On peut retrouver May-Picqueray dans son livre "Mes 81 ans d'anarchie" (13€ aux Editions Libertaires et à commander à PUBLICO 145 rue Amelot 75011 PARIS) et dans le film de Bernard Baissat "Ecoutez May-Picqueray" (sorti en 1984 en 16 mm)



Nestor MAKHNO (1889/1934)

Posté le 24.07.2007 par anarchie23
(Vous pouvez agrandir la photo en cliquant dessus !)


Bonjour ! Puisque demain 25 juillet, les anarchistes du monde entier commémoreront l'anniversaire des 73 ans de la mort de Nestor Makhno ; que des compagnes et des compagnons iront fleurir sa tombe au Père Lachaise et qu'également nous avons un compagnon anarchiste creusois qui a repris son nom pour son e-mail, voici une petite biographie de celui-ci:

Nestor MAKHNO, anarchiste ukrainien né à Houljaipole le 27 octobre 1889 et mort à Paris le 25 juillet 1934.

Fils d'anciens serfs, la petite enfance de Makhno, dont le père meurt alors qu'il n'a que 11 mois, est marquée par une grande misère. Dès 10 ans il doit quitter l'école pour travailler et aider sa famille dans le besoin. Conscient de l'injustice dont il est victime, il ne comprend réellement la lutte de ses ancêtres, les Cosaques de Zaporijjia, pour la liberté, que le jour où, à 13 ans, ne supportant plus de voir un garçon d'écurie se faire rouer de coups par les jeunes maîtres, il court chercher de l'aide auprès du premier garçon d'écurie, Batko Ivan, qui se rue sur les 2 hommes. Tous les employés demandent alors leur compte auprès du vieux propriétaire qui prend peur. Cette première révolte marque profondément le jeune Makhno.

En 1906, période de grande répression tsariste, il fait la connaissance de paysans anarchistes de Goulaï Polié. Ce groupe de paysans libertaires édite et distribue des tracts, répond par l'action directe à la terreur gouvernementale, au travers notamment d'expropriations. A l'instar des autres anarchistes de l'Empire russe, ils décrètent la "Terreur Noire" contre le tsarisme. Suite aux attentats avortés du groupe de Goulaï Polié (contre le gouverneur de la province puis contre la filiale locale de l'Okhrana) Nestor Makhno est arrêté avec 13 de ses compagnons. Il échappe à la peine de mort en raison de son jeune âge, et ne sort de prison qu'à la révolution, 9 ans plus tard. En prison il découvre le livre "L'Entraide" de Pierre Kropotkine, fait la connaissance de Piotr Archinov, et, témoin de l'attitude servile des intellectuels envers les gardes-chiourmes, cesse de croire en l'honnêteté révolutionnaire des hommes politiques.

Après sa libération, il retourne à Goulaï Polié où il décide de créer une Union des paysans en 1917 qui devient un soviet. Comme une traînée de poudre, l'initiative se répand chez les ouvriers et les paysans de toute la région. C'est le retour des expropriations, de la collectivisation des terres, des usines et des ateliers. Cette période voit également la naissance de Communes reposant sur le volontarisme, l'égalité, la solidarité et l'autogestion de certaines manufactures.

Le 6 janvier 1918 l'Assemblée Constituante est dissoute, la situation est si confuse que les armées austro-allemandes en profitent pour pénétrer en Russie et menacer le régime bolchévique. Le 3 mars 1918, par l'accord de Brest-Litovsk, Lénine accepte le démantèlement de l'ex-Empire russe. L'Ukraine, sous protectorat austro-allemand, est de nouveau confronté aux exactions commises par le retour des allemands et des propriétaires terriens. Des insurgés se soulèvent et un bataillon composé de volontaires de Goulaï Polié se forme pour venir en aide à la ville d'Alexandrovsk et lutter contre l'occupation militaire. Les troupes allemandes en profitent pour occuper Goulaï Polié.
Makhno part à Moscou pour discuter avec Lénine de la situation ukrainienne. De retour à Goulaï Polié, il se démène pour réveiller l'esprit de révolte et préparer le soulèvement contre les oppresseurs. Septembre 1918 voit la naissance de la fameuse "Makhnovchtchina" et de ses drapeaux noirs. En moins de 3 mois, les makhnovistes libèrent une importante partie de l'Ukraine orientale.

Les troupes d'occupation vaincues, le nouvel ennemi est le général Dénikine dont les troupes sont constituées d'officiers nationalistes. Portant un ruban blanc ils sont appelés "les blancs".
Devant la menace que représentent Dénikine, Lénine et Trotsky créent une nouvelle armée, l'Armée Rouge, où la plupart des soldats sont recrutés de force.
Makhno et ses troupes se soulèvent immédiatement contre les "blancs", mais hésitent à se battre aux côtés des rouges. Il accepte d'intervenir néanmoins par solidarité. Mais les rouges tentent de s'accaparer le pouvoir local. Comprenant le but de leurs manoeuvres, il les chasse.
La population, fuyant devant l'armée des blancs qui pillent, violent et fusillent, cherche à rejoindre Goulaï Polié, centre de l'insurrection. Des centaines de paysans viennent grossir les troupes makhnovistes qui se reforment rapidement. Mais les armées de Dénikine ne cessent de progresser, il faut donc agir au plus vite, aussi un accord est passé entre les anarchistes et les rouges.
Mais les bolchéviques, inquiets du nombre croissant d'anarchistes et socialistes révolutionnaires au sein des troupes de Makhno, abandonnent l'Ukraine.

Makhno mène la lutte jusqu'en 1919 contre les forces blanches et les troupes d'occupation allemande et autrichienne. Puis, les makhnovistes, déclarés hors-la-loi par les bolchéviques, sont obligés de prendre les armes.
En août 1920, Makhno est blessé lors d'un combat contre les sociaux-traîtres rouges.

Craignant pour sa vie, il quitte l'Ukraine pour la Roumanie puis la Pologne. Il se rend ensuite à Dantzig où il est arrêté et détenu. Grâce à un petit groupe d'anarchistes locaux, il s'évade puis rejoint Paris où à la suite de rencontres intéressantes il fonde le journal Dielo Trouda (La Cause du Travail). En 1926 paraît le texte connu comme "La Plate-Forme d'Archinov". Texte important proposant une méthode organisationnelle des anarchistes suite aux échecs en Russie.
Il reprend ses activités mais sous un angle théorique. Malade, ayant des blessures de guerre mal soignées, il meurt à Paris le 25 juillet 1934, laissant ses récits d'Ukraine inachevés.

Makhno, organisateur anarchiste hors-pair, aura eu à combattre à la fois 3 armées différentes: Les troupes d'occupation austro-allemandes, "les blancs" nationalistes et les rouges bolchéviques. Tout d'abord "allié" des rouges, ceux ci auront été finalement ses pires ennemis.
L'on retrouvera d'ailleurs durant la guerre d'Espagne quelque peu le même cas de figure.(Staline envoyant ses troupes plus pour éliminer le mouvement anarchiste que pour combattre le régime de Franco)

Pour plus d'infos, vous pouvez lire "Nestor Makhno, le cosaque libertaire" et "Les anarchistes russes, les soviets et la révolution de 1917" d'Alexandre Skirda.
Disponible à PUBLICO, 145 rue Amelot, 75011 PARIS.

Il existe également un documentaire "Nestor Makhno, paysan d'Ukraine" réalisée en 1996 par Hélène Châtelain.
Ce blog est hébérgé par centerblog. Créer un blog c'est simple, rapide et gratuit sur centerblog.net !
Signaler un abus