
Nom du blog :
anarchie23
Description du blog :
Tout ce qui a trait à l'anarchisme en Creuse et au-delà...
Catégorie :
Blog Politique
Date de création :
02.06.2007
Dernière mise à jour :
29.09.2025
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Par anarchie23, le 30.09.2025
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à la fa , tu payes ta cotisation, tu commandes la camelote militante,
Par Anonyme, le 31.08.2025
Creuse-Citron a connu l'atelier de menuiserie Atout Bois lors de l'installation de Bobines Rebelles au printemps dernier, puisqu'il est implanté sur le site de Lachaud.
Cette association vise à mettre en commun du matériel, des ressources et des savoir-faire pour rendre accessible à tous le travail du bois, sous toutes ses formes.
-Creuse-Citron: Pouvez-vous nous présenter ce projet ?
-Benoît: Ici l'atelier a trois ou quatre ans, nous avons commencé à l'installer en 2010. J'ai créé l'association avec des amis en 1992 en Isère où elle a fonctionné jusqu'en 2001. Quand j'ai décidé de partir, personne n'ayant envie de continuer là-bas, l'association a déménagé avec moi et un peu de matériel, elle est restée en sommeil jusqu'en 2010.
Il y a quatre ou cinq ans, à plusieurs, on s'est rendu compte qu'on avait les mêmes envies et les mêmes besoins de mettre en place un atelier pour des gens qui souhaitaient en faire une activité régulière mais n'avaient pas d'atelier et aussi pour proposer du matériel, des compétences, de l'accompagnement à des gens qui veulent réaliser des choses dans le domaine du bois par eux-mêmes, mais qui n'ont pas tous les éléments pour être autonomes.
On a réuni en même temps des envies, des motivations, du temps et de l'argent pour acheter des machines et faire l'installation électrique.
-CC: Ca représente combien de personnes à la base en 2010 ?
-Benoît: Nous étions une petite dizaine et actuellement nous sommes sept ou huit à nous réunir tous les mois ou mois et demi pour gérer tout ce qui concerne Atout Bois.Nous sommes trois à avoir les compétences permettant de faire fonctionner l'atelier.
-CC: Comment avez-vous acquis le matériel ?
-Benoît: L'essentiel du parc de machines a été acheté par Atout Bois depuis 2010 et quelques-unes nous sont prêtées. Nous avons fait le choix d'acquérir du matériel d'occasion assez facile à utiliser, pas trop ancien, mais des grosses machines en fonte quasi inusables.
-CC: Quand on lit votre plaquette de présentation de l'association, ça se présente plus comme une offre de prestations de service que comme quelque chose de très participatif ?
-Benoît: On a plutôt envie que ce soit un atelier cogéré par les usagers mais dans la pratique les sollicitations que l'on a sont plutôt du type demande d'aide, à part quelques personnes qui sont plus disponibles et plus préoccupées par le fonctionnement de l'atelier. Pour les gens qui ne viennent que très ponctuellement ça s'apparente plus à de la prestation: ils viennent, font leurs travaux et repartent.
On s'est aperçu que c'était comme ça que les gens arrivaient et après, selon leurs motivations, certains s'impliquent plus.
-Manu: Avec Eddy nous utilisons souvent les machines, nous faisons attention à les utiliser comme il faut, à ranger correctement les outils, à nettoyer l'atelier après utilisation, pour que tout soit correct pour ceux qui viennent après. Nous n'intervenons pas pour régler ou réparer une machine, mais nous n'avons pas non plus l'impression de bénéficier juste d'une prestation de service.
Ce qu'il y a d'intéressant dans Atout Bois c'est qu'ici, par exemple, si tu as des meubles ou des aménagements à construire pour chez toi, à partir des planches brutes, tu peux tout faire dans l'atelier: dégauchir, raboter, scier, assembler. Tu peux arriver ici sans rien savoir faire, tu prends contact avec une personne comme Benoît, Jean-François ou Virgule et elle t'aide. Ce n'est pas elle qui fait le travail pour toi mais elle t'apprend à utiliser les machines et outils de menuiserie et à réaliser exactement ce que tu veux: ça permet vraiment d'apprendre à travailler le bois et à devenir autonome.
-Benoît: Je trouve important ce que dit Manu sur le souci de ranger l'atelier, c'est à la portée de tout le monde, mais ça ne coule pas forcément de source et c'est nécessaire à son bon fonctionnement.
-CC: Les gens qui font appel à l'association doivent-ils y adhérer ? Quelle contrepartie doivent-ils pour le service rendu ?
-Benoît: Oui, bien sûr et puis ils s'impliquent plus ou moins selon leurs envies, leurs disponibilités, l'importance des travaux qu'ils ont à faire. La contrepartie minimum c'est une cotisation. On a deux tarifs de cotisation, 20 ou 100 euros, au choix de chacun. Ceux qui utilisent régulièrement l'atelier vont vers une cotisation à 100 euros avec une participation aux frais de fonctionnement de l'atelier moindre et, inversement, ceux qui ne vont venir que très ponctuellement, outre la cotisation de 20 euros vont verser quelques euros pour les heures de machines. Le bois est facturé à part, il y a une petite fiche pour chaque adhérent où il note ce qu'il prend. Pour les frais de fonctionnement de l'atelier, on fonctionne sur une participation libre une fois payée la cotisation. C'est du prix libre et ça peut être autre chose que de l'argent, ça peut être donner du temps pour venir réparer une machine, pour aménager l'atelier.
Nos frais de fonctionnement sont assez réduits: électricité, affûtage et entretien des outils. Nous avons fait le choix jusqu'à maintenant de ne pas avoir de salaire et de fonctionner bénévolement, du moins pour le fonctionnement propre de l'atelier, car, et c'est un autre volet de l'association, il peut y avoir des travaux qui nécessitent beaucoup de temps et sur lesquels on va se faire rémunérer en tant que prestataires.
-Eddy: Ce que je trouve intéressant dans cet atelier, c'est qu'on peut s'y impliquer progressivement et petit à petit faire plus de choses, s'organiser avec les autres. Cet atelier est adapté aussi bien à des gens qui ont peu de connaissances qu'à des utilisateurs professionnels: les machines sont très bien installées, tout est aux normes et sécurisé.
-Manu: Dans la région, il y a pas mal de gens qui ont un peu de matériel chez eux mais ici il y a un intérêt majeur, c'est de partager avec d'autres gens pour échanger, bénéficier de conseils.
-Patrick: Ici il y a un but pédagogique et un but associatif. On peut se rencontrer pour discuter de la même envie qu'on a de faire et des professionnels peuvent nous remettre dans le droit chemin si on ne connaît pas le travail.
-Eddy: La chose que je trouve vraiment bien, c'est de disposer de tout ce matériel qui n'est pas à la portée d'une personne seule tant pour l'espace que pour le coût que ça implique. Si tu t'achètes ton petit combi perso, tu n'arriveras jamais à faire les mêmes choses. Je trouve assez chouette l'idée de mutualiser l'achat d'un atelier.
-Manu: Pouvoir venir ici sans avoir de connaissances préalables et être accompagné pour apprendre à utiliser les machines permet de sortir de la logique de prestations de service qui domine dans la société: tu ne sais pas faire alors tu achètes tout fait. Apprendre à réaliser soi-même des choses dont on a besoin en les intégrant comme on le souhaite à son propre environnement, c'est un grand plaisir.
-CC: C'est ce qui nous a intéressé dans votre démarche: elle va à l'inverse du monde d'expert, de sous-traitance et de déresponsabilisation qu'on nous impose.
Il suffit d'avoir envie de se servir de ses dix doigts. Et concrètement qu'est-ce qui se réalise ici: des meubles, des aménagements intérieurs, des escaliers, des portes, des fenêtres, de la charpente ?
Est-ce qu'il y a une dominante ?
-Eddy: Nous, cet hiver, nous avons fait l'aménagement d'une roulotte de type ossature bois, nous sommes aussi venu dégauchir et raboter des éléments de charpente pour le lieu où nous vivons, faire un meuble de cuisine, des volets etc.
A Atout Bois, il y a aussi du matériel électro-portatif qu'il est possible d'emprunter pour faire des chantiers.
-CC: Est-ce que les gens qui viennent dans l'association ont plutôt un projet de vie différent par rapport à la norme sociale qu'on nous impose ?
-Manu: les gens qui viennent sont plutôt des gens qui habitent sur le plateau, qui sont intéressés par l'auto-organisation, la gestion collective, qui veulent dépasser la logique producteur-consommateur. Mais l'atelier n'est pas non plus un lieu de discussions sociales et politiques, c'est un lieu où dans la pratique tu peux faire des choses autrement. Il y a d'autres lieux pour discuter, mais il y a moins de lieux pour s'organiser.
-Benoît: le fait d'avoir choisi un système qui fait circuler le moins d'argent possible n'est pas un hasard non plus, de même que trouver des solutions pour des gens qui ont peu de moyens.
-CC: Vous faites aussi des chantiers associatifs ?
-Benoît: Ca peut être un système de chantier participatif avec les adhérents de l'association, plusieurs membres de l'association se retrouvent pour un chantier collectif comme ici à Lachaud pour l'aménagement des combles. Mais ça peut être aussi des personnes de l'association qui vont, plus en terme de prestataires de service, pour accompagner quelqu'un qui entreprend un chantier qu'il ne maîtrise pas complètement. J'ai beaucoup pratiqué ça pour des chantiers de toiture, par exemple, en mobilisant les copains et les voisins pour la main d'oeuvre. Dans ce cas, on facture du temps de travail d'accompagnement. La condition est que la personne qu'on aide participe au chantier, on n'a pas pour vocation de remplacer une entreprise du bâtiment, mais tous les degrés de participation sont possibles en fonction des compétences de la personne qui fait appel à nous. On peut aussi être un apport de main-d'oeuvre, de bras pour quelqu'un qui ne peut effectuer son chantier tout seul. L'atelier commence à être connu, mais cet aspect chantier est tout aussi important pour nous.
-CC: Avez-vous assez d'adhérents ?
-Benoît: Ca se fait petit à petit, si on se faisait plus connaître, on aurait un peu plus de monde, mais on est limité aussi par nos propres disponibilités. Certains adhérents, qui maîtrisent bien les machines, peuvent travailler en dehors de la présence des animateurs et pourraient être amenés eux-mêmes à transmettre leurs compétences à d'autres. La première année il y a quand même eu une cinquantaine de personnes qui sont venues travailler.
Atout Bois
Lachaud - 23340 Gentioux Pigerolles
Permanences à l'atelier (Lachaud):
le vendredi de 14h30 à 18h
06 06 41 34 98 (Virgule)
05 55 64 06 03 (Benoît)
05 55 67 99 57 (Jean-François)
(Article publié dans le n° 38 de Creuse-Citron, le journal de la Creuse libertaire, novembre 2013-janvier 2014.)
"Utopaille", c'est le nom donné par Henry et Béatrice Nguyen à leur maison bioclimatique en paille, auto-construite, qui sert de cadre à leurs activités de jardiniers et de restaurateurs... quelque peu hors normes.
Pouvez-vous vous présenter et nous dire quel est votre projet sur ce lieu ?
- Nous habitons en Creuse depuis trente-trois ans et venons de redémarrer sur un nouveau lieu, les Ribières (commune de La Celle Dunoise). Nous avons acheté ce terrain et construit le bâtiment en 2008-2009 puis, dans la foulée, créé une activité de "jardin-restaurant". Cette activité est dans le prolongement de tout ce qui a un sens pour nous: le jardin (nous avons toujours jardiné), la nature, la cuisine, une certaine qualité de vie ici. En fait nous sommes partis de ce qui nous faisait plaisir, nous défendons à travers notre projet et notre manière de vivre une certaine idée de la ruralité porteuse de sens et de nouvelles valeurs.
C'est une activité à temps plein ?
- Pour Henry, c'est une activité à temps plein qui comporte deux volets. Un volet production de légumes pendant la semaine, et un volet restaurant qui ne fonctionne que le week-end, en pleine saison, les vendredis et samedis soirs et le dimanche midi. Ca n'a donc rien à voir avec un restaurant classique, on est très peu ouverts, car en amont, on produit de manière très artisanale, en agriculture biologique, tout un tas de légumes et d'herbes aromatiques. Nous avons voulu associer l'alimentation, la partie restauration, directement à un jardin potager avec comme intérêt notamment la proximité, la fraîcheur, la diversité. Nous sommes auto-suffisants et refusons tous les aliments trafiqués, traités et industriels.
Notre idée de jardin-restaurant est sous-tendue par une conception ouverte de la ruralité, par exemple en cultivant des légumes autres que ceux habituellement en Creuse: il faut savoir s'appuyer sur la tradition pour l'enrichir par de nouveaux apports.
Tu dis que vous êtes autosuffisants. Est-ce que cela inclut également le restaurant ?
- On a une période difficile en mai-juin.
Contrairement à ce que les gens peuvent penser, on n'a pas de problème en hiver car on a tous les légumes d'arrière-saison, de conservation, les légumes racines ; on a aussi moins de clients en hiver... Au printemps, c'est plus difficile: on complète auprès de maraîchers bios, mais l'autosuffisance reste un objectif. Aujourd'hui les gens ne connaissent plus les légumes d'arrière-saison et de conservation, ils sont habitués à manger des tomates en décembre, ils ne mangent plus de haricots secs, de lentilles, de pois cassés. Avec tout cela, plus les courges, les betteraves, les panais, les carottes, les navets et autres légumes racines, sans compter les légumes feuilles, les salades d'hiver, bref on a d'infinies possibilités de cuisiner, même en hiver.
Auparavant nous faisions le jardin comme la plupart des gens, pendant la belle saison, en commençant au mois de mai, après les saints de glace. Tout se terminant en octobre. On attendait impatiemment le printemps pour avoir nos premières salades, alors que maintenant, cet hiver, nous avons eu tout le temps de la salade.
Chaque année on arrive à augmenter la précocité, on joue beaucoup sur la diversité, on acclimate les plants, on les protège, on a aussi une petite serre de 18 m2. Nous ne sommes pas à l'échelle des maraîchers, nous sommes jardiniers.
Donc, vous ne commercialisez pas vos légumes ?
- Non, nous ne produisons que pour notre propre consommation et pour le restaurant. A part quelques haricots au sel, nous n'avons pas de quoi faire des conserves, le restaurant prend tout. Et puis quand on essaye de produire toute l'année, on a moins besoin d'engranger pour l'hiver.
On laisse beaucoup se ressemer les plantes qui s'acclimatent et poussent ainsi beaucoup mieux. Il n'y a pas plus simple, moins coûteux et plus efficace que ce concept de jardin biologique. Bien sûr, il faut arrêter de faire le jardin en rangs d'oignons et de traquer tout ce qui dépasse. Quand des salades montent nous les laissons fleurir et grainer pour qu'elles se ressèment. Nous connaissons des jardiniers qui n'ont jamais vu les fleurs de leurs légumes !
J'ai vu sur votre site que vous étiez certifiés AB par Ecocert et que vous avez laissé tomber.
- Nous sommes des militants de l'agriculture bio; mais ce qui nous intéresse c'est le bio au sens de la proximité, du naturel, du vrai. Le bio qu'on traite et emballe pour lui faire parcourir des milliers de kilomètres est très discutable. Dès l'installation, nous avons demandé la certification Ecocert, cela a duré trois ans, avec deux contrôles par an (un sur rendez-vous et un inopiné) effectués parfois par des gens qui ne connaissaient rien au jardin. Il n'y avait pas de cahier des charges pour la restauration bio, il suffisait de dire que les légumes venaient d'un jardin qui, lui, était certifié.
En 2012, un projet de cahier des charges s'est profilé, ça nous a intéressés et nous avons demandé la certification Ecocert: devis, facture, paiement. Ecocert envoie chaque année une facture au printemps, on la paye et on attend les visites de contrôle.
En 2012, nous aurions donc dû avoir 4 visites de contrôle, l'année se passe, aucune nouvelle, pas de rendez-vous. En octobre, mois de congé pour nous, je propose par courrier à Ecocert, puisque les visites n'ont pas eu lieu et qu'il semble difficile d'en faire 4 en novembre-décembre, de reporter tout ça en 2013 y compris le paiement effectué. Cela a déclenché un forcing pour effectuer les contrôles tout de suite. Ils ont eu une attitude vraiment dominante, ne nous ont pas répondu par courrier. Nous avons compris que même si les contrôles ne pouvaient pas se faire, le paiement étant encaissé, c'était plié pour 2012 et il faudrait repayer en 2013.
Moralité: nous avons résilié le contrat qui nous liait. A la limite, si nous n'avions rien dit, comme nous avions payé, nous pouvions utiliser le label AB alors que rien n'avait été vérifié ! Dans le système économique actuel, tout se récupère et aujourd'hui, dans le bio, il y a beaucoup à méditer: 80% du bio est importé par les mêmes groupes agroalimentaires qui contribuent à la déforestation de la planète.
Maintenant nous nous sommes rapprochés de Nature et Progrès qui a créé le premier cahier des charges bio, qui a une démarche associative et participative très éloignée de la démarche commerciale d'Ecocert où tout se résume à payer pour acheter un label.
N'ayant plus le label AB, comment présenter votre restaurant ?
- Depuis trois ans nous étions référencés, sur Internet en particulier, comme "restaurant bio", concept auquel nous tenons beaucoup. Du jour au lendemain nous n'avions plus l'autorisation d'utiliser la qualification "bio" ! Du coup nous avons déposé la marque "jardin-restaurant bio-écologique", qui souligne bien que pour nous la notion de bio est secondaire par rapport à la pratique écologiste, où les légumes que l'on cuisine ont été cueillis le matin, n'ont pas été emballés ni transportés.
Ca n'a donc rien à voir avec les normes des restaurants bio ?
- Non. Et nous ne le regrettons pas, car lorsque nous nous sommes penchés sur le cahier des charges des restaurants bio, nous avons tout de suite compris que ça allait coincer. Là, nous nageons en pleine bureaucratie. il peut y avoir des restaurants "un peu", "moyennement" ou "carrément" bio ! Les restaurateurs doivent déposer toutes leurs recettes, avec la liste de tous les ingrédients ! Auparavant il suffisait d'indiquer clairement quels ingrédients bio étaient utilisés, les légumes chez nous par exemple. En Limousin quatre ou cinq restaurants pouvaient s'afficher comme restaurants bio. Aujourd'hui il n'y en a plus un seul.
Tu n'as plus le droit de dire "restaurant bio" parce que tu ne payes pas Ecocert !
- Parce que tu ne payes pas, effectivement ! Et parce que tu ne veux pas passer ton temps à remplir des papiers, sauf à faire tout le temps le même menu, ce qui est impossible quand tu dépends de ton jardin et aussi de ton feeling: tu ne mets pas toujours la même épice. C'est là où on voit les dangers de ces tentatives de normalisation, qui, même si elles partent de bonnes intentions, finissent par enfermer les gens et leurs pratiques pour les faire tous rentrer dans le même moule, alors qu'on a tellement besoin d'imagination, de création de choses nouvelles, de choses complémentaires.
Chez nous, les gens qui viennent manger, ne savent pas ce qu'ils vont manger !
Nous avons appelé ça un "menu de découverte". On leur dit: faites-nous confiance: d'une semaine à l'autre les choses changent, la semaine dernière les tomates n'étaient pas mûres, cette semaine oui, donc le menu est différent. Ce menu est basé sur la saisonnalité et sur un rapport de confiance, on ne vient pas que pour faire un acte de consommation, on vient aussi pour découvrir, pour être surpris. Nous sommes donc à deux mille lieues de passer des heures à écrire des recettes pour obtenir un label.
Sur votre site vous donnez en exemple des menus carnés, quelle est votre position par rapport au végétarisme ?
- Historiquement nous ne sommes pas végétariens parce que nous sommes des enfants de la campagne, nous continuons à consommer des viandes de qualité produites à la ferme, mais nous réfléchissons à nos pratiques et comprenons complètement que des gens puissent être végétariens pour tout un tas de raisons, y compris pour des raisons diététiques. Mais, dans la manière de présenter les choses nous avons dû mettre en relief le fait que nous n'étions pas un restaurant exclusivement végétarien, parce que dans les premiers reportages qui ont été publiés sur nos activités, du fait qu'on est un restaurant bio, on nous a automatiquement accolé l'étiquette "végétarien" ! Il est vrai que dans nos assiettes, les légumes sont plus mis en valeur que la viande, avec plus de légumes et moins de viande que dans un resto traditionnel. En fait, nous servons souvent sur demande des menus végétariens, par contre nous avons plus de mal en cuisine avec des menus végétaliens.
Finalement notre offre est un peu paradoxale, les gens ne savent pas ce qu'ils vont manger mais lorsqu'ils réservent nous leur demandons ce qu'ils n'aiment pas, s'ils ont une allergie, s'ils sont végétariens.
Nous sommes passionnés de végétaux et pensons qu'il y a énormément de choses à découvrir et à redécouvrir. Nous faisons beaucoup de mesclun, y compris avec tout un tas de végétaux, de feuilles, qui ne sont pas des salades (pimprenelle, arroches, chénopode, pourpier, baselle etc.).
Quelle est votre clientèle ?
- Nous essayons d'être le plus clair et le plus honnête possible par rapport à ce que nous proposons. Nous voulons avoir du plaisir dans ce que nous faisons, nous essayons de satisfaire des gens qui ont notre sensibilité ou d'aider des gens qui ont une démarche de réflexion et de curiosité sur la nourriture. Par exemple nous avons fait des menus végétariens pour des non végétariens curieux de découvrir cette cuisine. On n'a donc pas vraiment ciblé de clientèle, mais on a souhaité expérimenter des relations différentes au jardinage, à la cuisine et aux gens.
Donc le restaurant marche bien ?
- Il marche relativement bien, la période hivernale est très calme, on ferme trois mois par an, le mois de mai parce qu'à cette époque on n'a pas grand-chose, le mois d'octobre, et du 15 décembre au 15 janvier. Financièrement ça marche bien, dans le cadre que nous nous sommes donné: faire quelque chose de ciblé, de qualitatif, de petit, ne pas avoir de charges importantes en investissements. Au niveau professionnel on n'a pas d'équipement coûteux, on travaille d'une manière familiale, comme dans une table d'hôte par exemple. On sert 15 personnes maximum, on n'a pas de cuisinier ni de serveur. On essaye d'avoir une activité vivrière autonome. Dans le même esprit nous avons construit nous-mêmes la maison (bois et paille). Quand nous nous levons le matin nous n'avons ni loyer à payer, ni dette à rembourser, ni salaire à provisionner !
Comme nous travaillons uniquement sur réservation, nous évitons le gaspillage, les stocks à gérer, nous n'avons besoin ni de chambre froide ni de surgélateur.
En résumé, nous sommes passionnés par une recherche d'alternatives et, pourquoi pas, d'utopies concrètes pour participer et contribuer au monde de demain.
UTOPAILLE
Les Ribières
23800 La Celle Dunoise
Tél: 05/55/63/74/45
[Article paru dans le n° 37 de Creuse-Citron -août-septembre 2013-, le journal de la Creuse libertaire.]
... humeur, humour, humain
"Tant qu'un homme pense qu'il est la chose la plus importante de ce monde, il ne peut réellement apprécier le monde qui l'entoure. Il ressemble à un cheval avec des oeillères ; il ne voit que lui en dépit du monde environnant."
Don Juan Matus, in La Roue du temps de Carlos Castaneda, éditions du Rocher.
Petit rappel des (mé)faits
Fin décembre, les riverains d'un certain nombre de routes départementales de Creuse reçoivent un courrier les prévenant du passage prochain de la DDT (Direction départementale des territoires) pour effectuer l'élagage des bords de voiries. Notez que le document mentionne uniquement le terme "élagage" (taille de branches) et que la DDT abattra gracieusement les arbres des riverains désireux... Le désir devait encombrer la conscience de bon nombre...
Début janvier, ce fut le massacre systématique d'arbres dont beaucoup étaient plus que centenaires. Des particuliers et des associations se mobilisent. Le journal La Montagne en fait une première page intelligente. Un collectif se constitue lors d'une réunion à Ahun et prend rendez-vous avec J.J. Lozach, sénateur et président du Conseil général. Il sera demandé au C.G. un moratoire, arrêt des "travaux", le temps de mettre de l'intelligence dans la pratique de la DDT.
Ce sera un niet de Lozach, la DDT poursuivra les "travaux" -la saison touchant à sa fin- avec des consignes plus soft sur le terrain.
Alors que la planète est dévastée à grande échelle, c'est aujourd'hui sous nos yeux que frappent la bêtise, l'ignorance, la convoitise et l'égotisme de ceux qui s'arrogent, encore et toujours, le droit et le devoir de décider à notre place. Ceux-là ont un fantasme qui occupe leur temps perdu: désenclaver la Creuse, l'ouvrir à leur civilisation (numérisme, tourisme, productivisme, consumérisme). C'est la fantaisie occupationnelle et ubuesque du C.G.
En langage contemporain, désenclaver signifie: routes et bagnoles. Et ces dernières années, le bitume a coulé par centaines de millions d'euros: les virages ont été rectifiés, les haies et les arbres arasés. La Creuse, c'est 120 000 habitant-e-s sur 5000 km2, ça fait pas lourd en trafic et en risques routiers... n'était le pastis.
Mais les pontes qui décident des investissements collectifs sont obtus. Humains formatés hors sol, dans un pays où prime le rêve urbain stérile, ils désirent faire, d'une des dernières régions où le biotope naturel était abandonné à son heureux sort, une cité pavillonnaire entourés d'un désert vert. Jusqu'à présent, le sous-développement économique l'avait préservée de la cupidité... et de l'envie de pouvoir. L'Etat central l'avait oublié... Heureux les oubliés... N'était un jour l'idée de donner les sous aux "collectivités locales".
Les vassaux, les politiciens professionnels du C.G. -histoire de justifier leur existence et de pérenniser leur job (cumuls)- trop occupés à jouer au pouvoir (qui trop embrasse mal étreint...) et totalement coupés du vécu creusois, ont aussi eu une idée, une seule, ou plutôt une non-idée.
Puisque la Creuse semble être un mystère qui ne colle pas avec béton et bitume, le C.G. décide de faire faire un audit par des experts de la com'. Vous savez, ces spécialistes de la virtualisation du monde... Ces DRH du marketing sociétal. La-dite "collectivité locale", faute de comprendre ce qu'elle a de "local", demande à des boîtes "spécialisées" de pondre une image, un fantasme de ce "local". Mais cet artefact mental est un voile sur la réalité, il ne la remplace pas, il l'occulte.
Le fantasme, le mythe de l'homme urbain qui usurpe aux indigènes le choix de leur environnement, de leur milieu, de leur mode de vie est celui du colonialisme. Une longue histoire qui perdure plus que jamais, y compris intra muros. Il n'y a plus de territoires oubliés.
La planète est exploitée avec acharnement jusque dans ses derniers retranchements. La destruction et l'épuisement de ses ressources mettent fin à 500 ans d'un mode de vie et d'une vision du monde et de nous-mêmes. Une nouvelle anthropologie est nécessaire. Le savoir actuel sur nous-mêmes (histoire, psychologie du moi, etc.) participe de et pérennise l'ancienne anthropologie. Nous sommes à la fin d'une vision matérialiste de l'existence.
Il n'y a qu'à se rendre à l'évidence que l'obstination à juguler et éradiquer humains, nature et humaine-nature nous conduit au désastre. Il n'y a pas, il n'y a plus, il n'y a jamais eu de "crise" conjoncturelle. Juste une adaptation du capitalisme, un obscurantisme de la pensée unique pour tenter de nous faire avaler la pilule.
L'Occident expire, il est en voie de sous-développement, et les pays "émergents" (Inde, Chine, Corée du Sud, Brésil) seront des feux de paille, s'asphyxiant dans un cloaque de métaux lourds et dans les délires mégalomaniaques de leurs oligarques. Némésis est là. Nous, clients de la production chinoise, à l'obsolescence programmée j-1, disparaîtrons faute de sous. Penser global.
Penser local ? Les édiles du C.G. sont aussi formatés au fantasme de la croissance dont ils cueillent encore momentanément les fruits. Pour cacher leurs forfaits, ils ont créé l'Agenda 21. Je vous invite à consulter le magazine La Creuse, n° 57, vitrine du C.G. et de l' Agenda 21.
Avec lui la croissance sera durable. Oh, pardon, le développement... Leur forfait ce n'est pas grand-chose et beaucoup d'argent, car à part couler du bitume et fanfaronner sur la culture-musée (morte ?), rien n'est pensé pour la culture vivante: les potentialités, hic et nunc, de la société civile.
Et en Creuse, la culture vivante participe de la nature, de la vie en son sein.
Cette nature n'est pas seulement là pour faire joli. Celui qui aime ce biotope, l'apprécie pour ses bocages, ses bosquets, ses bois, ses forêts, ses rivières surplombées d'arbres, sa faune et flore, mais aussi pour les énergies subtiles qu'elle dégage, le silence derrière le non silence.
Un biotope vivant, sous nos latitudes, se conçoit si et seulement si il y a l'arbre.
Or cet être majestueux et bénéfique est menacé par des appétits voraces et, comme dans toute colonie, les bénéfices n'iront pas aux autochtones. Je veux parler des déforestations massives perpétrées partout sur la Creuse.
Des coupes à blanc de dizaines d'hectares mettent à nu des collines entières, ne laissant au regard que la désolation d'un champ de bataille: Verdun, la Marne.
Propriétés de particuliers (environ 90% des surfaces boisées, 10% gérées par l'ONF), ces parcelles ne font l'objet d'aucune réglementation cohérente. Les entreprises forestières mercenaires, qui opèrent pour les grandes scieries et les usines à papier, ont le champ libre. Deux fonctionnaires de la DDT (encore elle) sont censés gérer ces déboisements mais ne sortent de leur bureau de Guéret qu'avec des pieds de plomb. Là, nous devons être vigilants. La concentration du Capital s'opérant, une grosse scierie risque de débarquer, comme dans le Morvan (500 000 m3 par an), avalant les petites entreprises et décimant la forêt.
Celle-ci sera laissée saccagée ou reboisée en monoculture de résineux ou d'essence sans lignine (OGM créé pour faciliter la fabrication du papier). Dans ces déserts verts, la vie et la biodiversité ont totalement disparu.
Une gestion sylvicole éveillée parle de jardiner la forêt par des coupes d'éclaircies sélectives afin de favoriser les étages diversifiés d'arbres et d'arbustes, de flore et de faune. Oeuvre lente et soigneuse il est vrai, mais oeuvre digne de ce nom. Aujourd'hui, nous en sommes bien loin. C'est ce genre de forfait, la marchandisation (à 2€ le m3) de nos forêts, l'objectivation totale de la nature, que tenterait bien de nous occulter le C.G. avec son Agenda 21.Les mots d'ordre, sauce écolo, que des fils de pub ont pondu, sont "économiquement efficaces, socialement équitables et écologiquement tolérables". Inspirés des fantasques "sommets de la terre" de Rio (1992) et consorts, et de l'euphémique "développement durable" (DD), cet aphorisme est le grand nettoyage en vert de fin de cycle (green washing).
L'idée est que la nature et les peuples qui vivent dans et par elle, seront tolérés si c'est économiquement efficient. Usurpée par les néo-libéraux et les écologistes de marchés (EELV, Hulot, Cohn Bendit et consort) la parole des pionniers et de la mouvance éco-alternative est aujourd'hui détournée trivialement par tous les acteurs du marché et leurs politipantins.
Les péripéties de l'actualité politicienne nous font voir un système politique sur le déclin. Les écologistes de marché, disciples d'Eva Joly, goûtent du pouvoir, s'y vautrant, admirant les marches militaires et ânonnant avec les lobbies les louanges du DD. Et, au fond, personne ne remettant en cause "l'environnement ça commence à bien faire" de Sarko.
L'Agenda 21 est le symbole grotesque de ce "green washing". L'absence totale de compréhension de ce que signifie: vision globale, action locale, et de ce qui porte depuis plus d'un siècle et demi les fondements de l'écologie politique (voir Thoreau, Bernanos, Orwell, Charbonneau, Illich, Ellul, Gorz, Dumont, etc.) est affligeant et à la mesure de ce qui sépare l'ancienne anthropologie de la nouvelle. Pour ces politiciens hors sol, la pensée portée par cette vague de fond est aussi obscure que les trois mots inscrits sur les frontons des mairies le sont pour la République. Pour eux, comme pour beaucoup d'ailleurs, bios, biotope, biodiversité, nature, pour rester dans l'environnementalisme, sont une énigme dès lors qu'ils sont amenés à y penser.
Y songer n'est pas spontané, mais réactif, aliénés eux-mêmes de leur propre "nature". Aussi en appellent-t-ils au plan com' pour leur donner un sens.
Naissent ainsi les aphorismes du jour: "esprit-nature", "Creuse, être libre".
Dans un autre domaine on appelle cela l'exotérisme, la forme dénuée de fond, la face apparente des choses. Cette vision, cette apparence n'est elle-même qu'un artefact du formatage culturel et civilisationnel, un conditionnement mental (le tonal pour les sages Toltèques du Mexique, par exemple). Ce mode d'être hors sol introjeté par l'homme urbain le conduit à voir l'élément naturel comme un décor, un paysage, un lambeau de verdure derrière un écran 16/9°. Enfin, la où il serait économiquement toléré...
Mais où ?
-Pas dans les bocages où les éleveurs bovins suppriment arbres et haies pour obtenir plus de primes à l'herbe de la PAC et arrosent gaiement les prairies variées de glyphosate (Roundup) afin que le dactyle (monoculture herbacée) règne en maître. Aujourd'hui, ici, 200 hectares et 150 vaches ne suffisent-ils plus à la survie d'un éleveur ? Eh non...
-Pas dans les forêts à la merci de la grosse industrie. Et plus sur le bord des routes... où le sens des responsabilités du chef a eu raison des arbres au profit du sécuritaire. Civilisation paranoïaque. Et pour une fois le principe de précaution a prévalu: abattre tous les arbres plutôt que de risquer un hypothétique accident de voiture dont Monsieur le Président pourrait être rendu responsable.
Pendant que les cantonniers de la DDT massacraient sans discernement, M. Aubert, le chirurgien esthétique d' Agenda 21, mettait sous presse un fascicule bien à propos: La Taille des arbres.Hilarant.
"Agir d'abord, réfléchir ensuite" eut pu être le modus operandi du C.G., mais de toute évidence, il n'apas dû faire le lien entre sa propagande verte et sa pratique.
Aujourd'hui la santé de l'humain et de la nature est gravement compromise (eau, air, nourriture): 100 000 molécules de synthèse différentes se baladent, se mélangent et on ignore les effets de la combinaison de deux de ces molécules ; 70% des terres arables sont épuisées par la surproduction et l'agrochimie contre seulement 30% il y a trente ans.
Anéantissement, fruit du mythe techno-scientiste et de l'illusion d'un possible affranchissement de la nature et de notre propre nature humaine.
Agenda 21, donc, se gausse d'une consultation publique préalable à son élaboration qui s'avère en fait être des plus laconiques (quatre réunions, quatre lieux excentrés et quatre thèmes chaque fois différents). C'est une parodie du "local". Le changement dans la continuité. Ainsi la couleur verte du DD recouvrira les activités déjà existantes du C.G.: logement, transports, personnes âgées... Le service public, quoi.
Et après une cosmétique qui ne mange pas de pain (fauchage tardif sur le bord des routes), le C.G. s'en retournera à ses cumuls pendant dix ou quinze ans, son plan à terme durable. laisser faire, laisser aller continuera à offrir un tapis rouge à l'homo-oeconomicus, promesse du DD...
Pas homo sapiens-sapiens... C'est notoirement prématuré, dans un autre monde peut-être, car l'homme conscient de sa conscience c'est celui qui porte la sagesse, la sophia.
Mais heureusement, oh miracle, il y a l'Etang des Landes. 162 hectares de nature "sauvage" reconstituée, l'euphémisme ! Le fleuron d' Agenda 21, un musée de la nature. Quand ils auront fait de la Creuse un désert vert comme la Beauce, il nous restera la nature musée.
D'ailleurs, nous reste-t-il auche chose ?
Sur terre, les coins de nature-naturelle sont êau de chagrin. Les dernières forêts primaires sont dévastées pour faire les meubles jetables et pas cher de Carrouf, Ikea & co avec pseudo label vert.
Nous avons la culture musée où raffolent pavoiser, cumul oblige, les politiciens. Il est tellement plus aisé de folâtrer dans les mondanités de la culture morte que de s'interroger sur la culture de masse qui lobotomise nos congénères et nos enfants et les maintient dans l'ignorance de leurs potentialités d'autonomie et de souveraineté existentielle.
Rappelons par exemple que Patrick Buisson le conseiller d'extrême droite de Sarko est aussi le directeur de la chaîne Histoire de TF1, ou que Michel Pébéreau, président de la BNP-Paribas, participe à l'élaboration des manuels d'économie des lycées. L'Education nationale et la télé sont les deux mamelles de la pensée unique.
Il est bien plus aisé de contrôler, en les confinant dans un étang, les environnementalistes que de les voir lâchés partout dans la nature. Un os à ronger. Peut-être qu'un rien les satisfait. L'environnementalisme a trop souvent été la bonne conscience des multinationales.
Nature morte, nature musée. Cachez ce sein... Cette nature profonde... Notre "nature" profonde, notre essence...
Aurait-elle, même, le goût de ce qui manque... Apporterait-elle la paix intérieure en attente... Le XXI° siècle sera spirituel ou...
Les experts communicants ont pris les mots pour la chose. Nés dans et par un monde virtuel, que savent-ils de l'esprit dans la chose. Quelque chose sait en eux, comme en chacun de nous, mais ouvriront-ils leur boîte de Pandore ? Oseront-ils prendre conscience de l'illusion qui voile la réalité des énergies dans et par lesquelles nous sommes mûs et nous nous mouvons ? Ces énergies qui forment un Tout indissociable. Un arbre abattu et c'est une part de nous-mêmes qui est amputée. Les peuples premiers remercient ce Tout, pour le poisson péché, le singe chassé. Nous nous massacrons gratuitement.
Aujourd'hui, la Creuse se repeuple principalement de populations urbaines: retraités fatigués de la gesticulation de la vie citadine ou jeunes n'ayant cure des lumières de la cité et refusant le salariat.
Certains viennent avec un projet d'agriculture naturelle de semi ou d'auto-suffisance alimentaire. L'esprit du mode de vie qui anime ces néo-ruraux, dont un certain nombre est du cru, est basé sur la convivialité, la sobriété matérielle, le détachement du superflu et du paraître.
Habitat alternatif, récupération, consommation de produits locaux et bios permettent de réduire réellement l'empreinte écologique. Le principal obstacle à leurs projets est l'accès à la terre. Les politiques agricoles visent à la concentration des exploitations. Les terres qui se libèrent sont d'office octroyées par la SAFER (aux mains du lobby agro-industriel) aux déjà très gros éleveurs bovins.
Ce que devraient comprendre les politiciens, puisqu'on n'est pas encore assez nombreux pour s'en passer, c'est qu'un futur vivable, un présent pérenne, en Creuse, ne se fera pas en éludant l'imaginaire porté par ces nouveaux peuplements. Le savoir-être et le savoir-faire sont dans la société civile. Ces savoirs ne doivent pas être exercés par ceux qui s'autoproclament spécialistes avec l'aide d'une bureaucratie incompétente, contre-productive et qui ne vise qu'à sa propre survie.
En attendant, et dans le cas qui nous occupe, je proposerais au C.G. de développer une réglementation locale contraignant les éleveurs et exploitants forestiers à respecter et préserver le milieu naturel qu'ils occupent... pour l'instant. Cette réglementation aura à l'esprit: la nature, moins on y touche mieux elle se porte ; le biotope pas plus que l'humain ne sont marchandise ; la terre, même réduite à l'état de cendres n'aura cure de l'orgueil et de la convoitise de l'humain.
Humain, humilité, humus.
QIDDHAM
(Article paru dans le n° 36 de Creuse-Citron, le journal de la Creuse libertaire, mai-juillet 2012.)
Il y aura bientôt deux ans que le mouvement des indignés (15M) est né en Espagne (le 15 mai 2011). Au premier campement de la Puerta del Sol à Madrid a succédé rapidement l'occupation des places d'une soixantaine de villes espagnoles. Ce mouvement déclenché via les réseaux sociaux s'en prenait au gouvernement socialiste (PSOE) alors au pouvoir avant de continuer à manifester son opposition au gouvernement suivant, de droite celui-là (PP). Le fait est qu'aucune organisation politique n'a entendu le message de ces indignés, et n'y a donc répondu. C'était pourtant assez clair: sans partis ni drapeaux, il s'agissait de reprendre une parole longtemps confisquée afin de débattre pour exiger un changement de système politique et économique, celui-ci ne cessant d'appauvrir une majorité de la population (99%) pour en enrichir une infime minorité (1%). La gauche n'a pas vu venir ce mouvement du 15M et ne l'a pas compris. Après plus de trente ans de "démocratie", cette gauche évoque ses réalisations: la diversification des programmes éducatifs dans les écoles publiques, les espaces verts créés, l'essor économique depuis la mort de Franco, etc. Le 15M a rendu évidente l'obsolescence de cette façon classique de faire de la politique. La gauche n'a pas compris pourquoi ces indignés la dénonçaient comme étant responsable de la situation actuelle du pays. Ceux (syndicats institutionnels et partis politiques) qui ont signé en 1977 le pacte de la Moncloa pour accompagner la "transition démocratique" payent maintenant leur allégeance au système capitaliste qu'ils ont renoncé à combattre, se contentant de le gérer pour leur propre profit (les affaires de corruption à gauche comme à droite se succèdent allègrement). Comme le disait le journal El Païs: "Le mouvement des indignés a découvert le cadavre mais n'a pas commis le crime." Responsables, partis de gauche et syndicats officiels le sont. Et de s'excuser et de reconnaître: "Nous avons fait des erreurs, nous avons une responsabilité dans le résultat de la politique économique, nous allons nous corriger, nous allons faire mieux, nous allons faire plus." Peine perdue, les indignés ne les croient plus, ni eux ni ceux (de droite) qui sont désormais aux commandes. Ce qu'ils veulent, c'est repenser fondamentalement la relation entre les citoyens et la politique.
La route semble longue et ardue, mais une convergence des intérêts de classe s'est faite naturellement jour: les indignés investissent l'espace public via les assemblées de quartiers, rejoignant ainsi ceux qui y luttaient depuis longtemps, et se retrouvent ainsi sur le même terrain des luttes quotidiennes, pas toujours légales mais tellement légitimes qu'elles conquièrent la sympathie générale. Parallèlement à cela, le combat anticapitaliste se poursuit dans les entreprises par le biais des organisations anarcho-syndicalistes. Qu'ils se disent révolutionnaires ou indignés, ils semblent décidés à ne plus subir, mais plutôt à se passer de tous les parasites au pouvoir et à s'autogouverner. Les Espagnols sont en train de basculer dans une autre époque, l'indignation et la révolte grondent, et le chapitre de la transition démocratique est en train de s'achever. Il aura duré trente six ans, comme... la dictature de Franco.
RAMON
(Article publié dans le n° 32 du Monde libertairegratuit ou à prix libre du 4 avril 2013.)